NOSOLOGIE
MÉTHODIQUE,
OU 317'
DISTRIBUTION DES MALJDIES
EN CLASSES, EN GENRES ET EN ESPECES,
Suivant VEÇprit de Sy D EN H AM y & la
Méthode des BOTANISTES. . -
Par François Bôissièr de Sauvages 7
Confeiller & Méilecin du. Roi ^ & ancien Pro-
feffeur de Boranique dans FUniverfité de Mont¬
pellier, des Àcadétniés de Montpelfiër, de Lon¬
dres-, d’Upfal, de Berlin, de Florence, &c.
T RA nu î TE fur la dernîererédition kuïne, par,
M. Gouvion , DoUeur en Médecine.
On a joint à cet Ouvrage celui du Chev. VoN
Linné, intitulé Généra Morhorum , aveft^-
Traduâion françolfe à côté.
TOME PREMIE
A LYON,
Chez Jean-Marie Bruyset, Imprimeur-^
M. D C C. L X X I 1.
ÂrSG Approbatior et P&ikjeecs dv Rot*
Si morbî ciîiuüibet hiftoriam diligenter perf-
peâam haberem , par malo remediuai
nwmquam non fcirem adferre.
Sydenham,
AVIS
DE L’ÉDITEUR.
NO US avons appris au mo*«
ment où nous allions ren*
dre publique la traduftion de la
Nofologie de M. de Sauvages ,
qu’il en paroiffoit une autre à
Paris, fous le nom de M.
Chirurgien , avec des notes en
forme de commentaires ; nous
aurions craint avec raifon une
concurrence , dont l’effet eût tout
au moins été de rendre l’acheteur
indécis, & de préfenter au public
une fécondé traduélion d’un mê^
me ouvrage , fi les négligences
'qu’on rencontre à chaque page
dans celle de M. N*** n’euffent
'éloigné nos appréhendons . Plu-
-ffeurs Èleves de l’illullre Sauva-
Tomc /. ^ V
iv Avis DE l’Éditeur.
ges n’ont pu- voir fans indigna¬
tion UU' ouvrage’^ aiiquélil devra
fa gloire , paroîtrè ainli défiguré
dans la Ikngue d’une nation qui.’
s’honore de l’avoir vu naître j ils
ont regardé comme une injure
faite à la mémoire de ce grand,
homme, une traduâion dont là
îiegligence & l’infidélité ne trou¬
vent aucun exemple. Nous ne
craignons pas de l’avancer , Mi
N’*'** a traduit la Nofologie fans
lavoir jamais lue avec la feule
application néceffaire pour fai-
fir la chaîne ,& i’enfemble des
principès de l’Auteur. On cher-
cheroit vainement dans fa traduc¬
tion cette exaftitude dans le fiyle
indilpenfable pour tout écrivain,
mais; qui l’efi encore plus dans des
ouvrages didaéliquçs, - fur.*tcut de
Tefpece de celui- ci- j les; citations
.de la nomenclature des Auteurs,
placées? a la tête de chaque
maladie , ont à peine été fidér
AyiS/DE l’Éditeipr.
lement'îranfcntest; des noms va-^
gués font iubftitués- aux. phrafes’
des Naturaiiftes ; une eonfufion:
pareille fe retrouve à tout inftant
dans les définitions & dans, les
principes miêmes pofés par Fau¬
teur de la Nofoiogie 5 la préci¬
pitation que M. N'*'** a mife dans
fon travail Fe montre de tous
côtés ; dans vingt pages que
nous , avous pnfes au hafard
dans la< Feptieme ClafTe , tome
II de fa traduélion , on trou¬
ve trois omiffipns ,: page _ 466
du volume cité, qui répond à la
page 70 du tome lî de l’ouvrage
latin , une partie du traitement de
l’Ophtalmie phlyâéneufe manque
totalement ; page 478 , I. Dyf-
phagie fpafmodique , le Traduc-
-teur omet un alinéa entier de M.
de Sauvages ; pn peut voir un
oubli pareil à la page 48 2. Peut-
être eft-ce autant à la multiplicité
des oublis de cette efpece , qu’à la
a iij
VJ Avis de l'^ÊdîtEur.
petiîeffe du carâftere qua ein-I
ployé rEditeur de Paris , que^ la
fubftance des dix volumes que
nous publions fe trouve réduite k
trois gros volumes dans la traduc¬
tion de M. -N***.
L’examen de quelques pagèÿ
p'riïes datîs lé même volume &
dans le mêrneendrôit , noiis^ mis
à portée de relever dans un auffi
petit efpaee un nombre confidé-
rabie de fautes ri groriieres , qu’il
parôat incGncevàbl'é qu’on ait pü
porter :jürqu’æ- ce point le défaut
de refpeft pour le public. Lè T ra^
duéteur , par des omiriions moins
conridérables que celles que nous
'Venons de citer, mais plus impor¬
tantes peut-être, tronque des phra-
fes entières ^ altéré , énerve , af-
foibiit le fèns de l’Auteur , quei-
quefois il lui en fubititue un autre
avec plus de hardiefFe que de
fuccès 5 c’eri: ainri qu’à la page
5 40 , M. N*** veut qu’on con-
Avis de l’Èditeue. vij'
foîe une femme en travail '/àr
refpérance d'une nohïbreufc pofié-
nté ; c’eft ainfî qu’il rend le texte;
fpe pulchræ pralis fixûr quèm rnU-
lier cupit. Pag. 462. il rend pât
le raccourcïffefnent de la pdupiefe-^
la 'brièveté de cette partie pro¬
venant de naiffance , ndtiVam hVè-
vitatem i page 463 , il rend pab
les tuniques internes de là co/rlée ^
les lames qui compofent cette
partie de l’œil , qui eft‘eile-mêîfte
une tunique 464 , li^e 2 ,
il traduit -par fk'rfonnes attàquée's
du fcorbut , le niot fèrophulojl^ qui
dé ligne ceux qui ont les écrouel¬
les ; page 466 , il annonce le quin¬
quina comme fpécitique dans
l’Ophtalmie fébrile , tandis que le
texte porte feulement qu’elle a été
guérie par le quinquina , & cela
d’après une feule obfervation in-
fuffifante pour le faire envifager
comme fpécifique dans ce cas;
page 470 , ces mots dans le texte
fl ïij
viij A V I s - D E D-I T E U r;
hj-rudines aurihust, admovere fuadet
Ar^ieus.y Çont rendus par ceux-ci j
AAl-ée ^fionJèilLe - de ff jervçr d'%ir
rondelle. p}i''udes . la fangfue &
idairondelle font apparemment aux'
ÿepx de ÎV* 'deux, animaux
Tl ypi%s.'aans. Iecneiie,cle.s êtres^
Gii'îiXui r"|vGrte ppu de- des con?
fondre,; page 476 , il nous, apprend
qu’on détruit l agacement des dents
en, mâchant QU papier ; il confond
la.fiaceidité^avçc la duidité^page
479 , en pariant ,des parties voi?
fines des organesde la déglutition ;
page 480, la luette avec l’oefo-
phage; page - 4 8 4. jl’aftipn de te-
ter avec celle, d’avaler ; même
page , la glotte avec l’épiglotte ;
page 490 , les cavités droites avec
les cavités gauches du cœur ; pag.
491 , la figure avec le volume du
même vifcere ; page 494 ,, ie py¬
lore avec l’eftomac ; page 5 14 ?
les gros inteftins avec les intefliiis
grêles; page 551 , i’intefiin iléon
Avis de l’Éditeur. ix
avec le colon; même page , la
veffie avec les uréteres ; à la
page 5 o6 , veficulas pediculis ple~
nas eil rendu par des véficules
pleines de pédicules^ au lieu de
poux i page 524, ces mots in-
termittentes febres diuturnæ , des
fievres intermittentes opiniâtres,
font rendus par des jievres inter^
mittentes diurnes , &c. &c. &c.
Parmi les bévues de cette ef-
pece , nous ne citons point toutes
celles qu’un leêleur attentif pour-
roit trouver dans le petit nombre
de pages d’où nous les avons ti¬
rées , tout l’ouvrage en fourmille ;
on en trouvera pluùeurs autres
exemples à la fuite de notre tome
X , page 3 9 1 & fuiv. Cette criti¬
que plus détaillée d’un petit nom¬
bre de paffages de M. N***, pour¬
ra achever de convaincre ceux à
qui i’expofé que nous venons de
faire laifferoit des doutes.
Une traduêtion aufii mal faite
X Avis t)E ^’ÊDiTWft.
que celle de M. N***, devoît
lailTer tout le mérite de la nou¬
veauté à celle que nous publions j
elle eft due aux foins éclairés de
M. Gouvion Dofteur en Méde¬
cine, dont les lumières font au¬
tant le fruit d’une longue étude
que d’une pratique conlfante &
heureufe ; Difciple lui-même de
M. de Sauvages, il a affifté à fes
leçons , & l’a fuivi exaê^ement
dans la pratique pendant quatre
années confécutives ; imbu des
principes de ce grand homme il a
îaifi le vrai feus de Ion ouvrage ,
& l’airendu avec cette clarté d’èx-
preffion qui eft la fuite & l’effet de
la netteté des idées avec lefquelles
on s’eft long temps familiarifé :
Selon que notre Idée eft plus ou moins obfcure, ;
L’expreSîon la fuit ou moins nette ou plus pure j
Ce que l’on conçoit bien s’énonce élaireroent.
Boileau , Anpoét. ehap. t. .
Ce feroit fans fondement que
V les notes en petit nombre de M.
Avis: de L’ÈD^TE-üRi, xJ
pompeufèment annoncées
fous le nom de commentaire , 6c
adroitement confondues avec, cel¬
les de M. de Sauvages , & les cita¬
tions de divers A-uteurs qu’il rap¬
porte , feroient croire au Leâeur-
non prévenu que l’édition de M.
N*** mériteroit à cet égard queL
que préférence fur la nôtre ; nous
en appelions avec confiance au
jugement des Leéleurs éclairés;,
ces notes peu importantes: rou¬
lent pour la plupart fur l’étymo¬
logie des mots empruntés du grec.^
à peine en compteroit-on une
douzaine qui renferment des ob-
fervations de quelque importance.^
ou qui ne foient la répétition de ce
que l’Auteur même a dit. Un com¬
mentaire de cette efpece peut-il
dédommager le Leéfeur de l’alté-
ration continuelle du fens de M.
de Sauvages? Comment d’ailleurs
peut-on commenter un Àüîeur
xij Avis de l’Éditeur.
qu’on ne s’eft pas feulement appli¬
qué à entendre ?
Nous avons cru enrichir notre
édition par une addition plus effen-
tielle, en y joignant l’ouvrage du*
Chev, von Linné, intitulé Généra
morborum , accompagné d’une
TraduéHon françoife 5 ce mor¬
ceau digne de la célébrité & du
génie du Reftaurateur de la Bota¬
nique, nous a paru placé naturel¬
lement à la fuite de la Nofologie
de M. de Sauvages qui le cite
fouvent, & les Lefteurs y ver-:
ront fans- doute avec plaifir un
ouvrage déjà fort connu , mais
ttès-rare en France.
♦
A MONS-
J MONSEIGNEUR .
CACHET
DE GARNERAND,
Premier Préfident du
Parlement , & Inten¬
dant de la Principauté
de Dombes.
^M^onseigneur,
L OUURAGE dont j*ai
I honneur de vous oj^rir Icl
traduction^ comprend deux
Tome I. A
^ E P I T R E.
mille- quatre cents efpeces de
maladies obfervées jufqu icL
Que d'ennemis à la fois dé¬
chaînés contre le genre hu¬
main ! & peut-on Je jlatter
de les connaître tous F Com¬
bien d'autres maladies échap¬
pées jufqu à préfent à la fa-
gacité des plus habiles Obfer-
vateurs ? Je fuis fiifi d’effroi
à la vue d’un nombre aujji
prodigieux de maux auxquels
L humanité ef en butte. Ce
qui n augmente pas peu ma
frayeur , c ef la difîcuké de
les connoùrc & de les dlfiln-.
EPITRE. 5
gutrles uns des autres k tra¬
vers ces nuances prefque im¬
perceptibles qui Couvent les
confondent : ce nef qu en
faififant ces nuances fuon
peut parvenir a fixer les limi¬
tes qui fiéparent chaque efipece
de maladie. Ce n ef que par
ce moyen qu on peut s'élever
a la connoijfiance des caufies
ê des principes qui leur don¬
nent naifance , & qui ficuls
préfientent les indications cu¬
ratives capables d' en triom¬
pher. Les plus habiles Mé¬
decins ont fiénti la nécefifté
4 E P I T R E.
d! une méthode qui, éloignée de
toute hypothefe , & fondée
uniquement fur U ohfervation
la plus exaBe des fymptômes y
préf entât, d’une maniéré çlai~
re & précife , le caraBere
diflinBf de chaque genre &
de chaque efpece de maladie*
Ils ont regardé cette méthode
comme le feul moyen de dé¬
brouiller le chaos des maladies
& de porter la Aiédecine â ce
degré de perfeBion ou nous
voyons l’Hifoire Naturelle
parvenue de nos jours*
L’exécution d’un pareil
E P I T R E. 5
projet exigeait un homme qui^
à r étude approfondie de tou¬
tes les parties de la Médecine
joignît r efprit ohfervateur
f/’Hippocrate , & toute la fu¬
gacité du jugement de Galien:
tel fut rUluflre Boiffier de
Sauvages, V honneur & la gloi¬
re de VUniverfté de Mont¬
pellier. Après trente ans d’un,
travail opiniâtre , il ft enfin
paroitre cet Ouvrage f jufe-
ment célébré , dans lequel tou¬
tes les maladies connues fc
trouvent difrihuées en clajfes^
en genres y ê en efpeces , &
’é êpître: ■ -
déjîgnées chacune par: des ca*
racler es évtdens qui leur font
propres & qui les difinguem
les unes des autres : Ouvrage
immortel qu on peut confidér,
rer comme le dénouement du
nœud gordien de la MédecU
jie y comme un fécond fil d K~
riadne 5. dirigeant les pas du
Médecin dans le labyrinthe
dl la pratique. _
Cette efpece de Préface pour-
roit paroître déplacée dans
une P pitre dédicatoire , fi elle
etoit adrejfée h un Grand qui
n eût d’autre mérite - que fa
EPÏTRE. 7
naiffanceou fes dignités; mais
tous ceux qui ont U honneur
de vous çonnoitre , favent ,
Monseigneur. , que celui
à qui elle s^adreffe ^ joint d
r élévation du génie ^ V étendue
des connoiffances & F amour,
le plus vif pour les arts , fur-
tout pour ceux qui tendent
plus direclement au bien de
Fhumanité ; df à ces titres
que V Ouvrage dont j'ai V hon¬
neur de vous pré f enter la tra-
ducliony a droit devons plaire^
& qu on peut vous en entre¬
tenir ; je ferai au comble de
1
8 EPITRE. ,
mes vœux , Jî cette TraducHoti
efl digne de V Auteur , du Pu¬
blic y & de celui a qui elle ejl
offerte.
Je fuis avec le plus profond
reJpeSy
MONSEIGNEUR,
F nre trh - humhle & trks^
obéijfant fervitcur,
Gouvion , Dofteiir en
Médecine penfîonné de
l’Hôtel -Dieu de Tré¬
voux.
9
ÉLOGE
DE MONSIEUR
DE SAUVAGES,
Lu dans une Affemblée publi¬
que de la Société Royale
des Sciences de Montpel¬
lier , par M. de Ratte , Se¬
crétaire perpétuel de cette
Compagnie.
François Boissier de
Sauvages de la Croix ,
fixieme fils de François Boilîier ,
Seigneur de Sauvages , ancien Ca¬
pitaine du Régiment de Flandres ,
& de Gillette Bianchier , naquit
10 Eloge
à Alais ie iz Mai i jo6 , jour
fameux dans FEiftoire de la So¬
ciété Royale ,■ par eue éclipre
totale de.foleil, époque demos
pfèmiers travaux. Ce qu il y, eut
ici de plus remarquable , c’eft qu’il
vint au monde au moment précis
oii ie fcieil difparuî entièrement
circonftaoce qui n’eut pas pafle
pour indifférente dans ces temps
oiù les affres , prépofés par l’aveu¬
gle ignorance au gouvernement
des chofes d’ici-bas j préffdqient
particuliérement à la naiffance
des hommes célébrés , & te fai*
foient un devoir aux yeux du pré¬
jugé d’annoncer leurs deftinées.
Les difpofitions de M.-de' Sau¬
vages firent naître en fa faveur
des préfages plus sûrs que toiè,
ceux qu’on tiroit autrefois des co¬
mètes & des écîipfeSi îlfutaiféde
s’appercevoir qu’il mérkoit une
excellente éducation : celle qu’il
te^ut à Alais fut cependant' afez
DË M.de Sauvages, ii
défeâueufe ; on n y ayoit pas en¬
core établi de College public , &:
il n’eut pour guide dans les Hu¬
manités & la Philofophie que des
Maîtres d’un mérite obfcur, plus
propres à nuire qu’à contribuer
aux progrès de leurs Difciples,
Ce défavantage , très - grand en
lui- même;, le fut moins pour l’A¬
cadémicien que nous regrettons :
fes talens furent le réparer ; iis ap-
planiffoient par d’heureux efforts
les difficultés les plus confidéra-
blés J & embeiiiiToient les diffé¬
rentes routes qu’il étoit obligé de
fe frayer.
Ces premiers ffîccès excitèrent
vivement la tendreffe d’iin pere
dont les foins pour l’éducation de
fes enfans fe trouvoient malheu-^
reufement bornés par fa fortune ^
qu’un procès de trente ans , qu’on
lui avoit injuftement ffifcité , avoir
fort dérangée. Dans cette fîtua-
Il Eloge
lî’étoit pas fans fondement , que
le- mérite ôr les talens , fuppléant
par eux -mêmes à Fimperfedlion
de leur première culture , releve-
roient une famille originairement
noble & très- bien alliée , pleine
d’honneur & de vertu , jouiffant
depuis plus de trois fiecles de Fef
time & de la confidé ration publi¬
que , comme par un droit héré¬
ditaire.
Déterminé par un penchant
qu’on étoit bien éloigné de com¬
battre , M. de Sauvages après la
Philofophie , vint étudier en Mé¬
decine à Montpellier , ce fut au
commencement de 1722. L^’U-
niverlité de cette Ville comptoit
alors , entre les Profefleurs à qui
le dépôt de fa réputation avok
été confié , Mrs. Aftruc , Deidier,
Haguenot , Chicoyneau. M. de
Sauvages faiht avidement & re¬
cueillit avec foin les inftruéfions
de ces grands Maîtres, &; l’on
DE M. DE Sauvages, i 3
peut dire qu après la nature ^ ils
eurent , à certains égards, la gloire
de l’avoir formé.
Du caraftere dont il étoit , il
ne pouvoit fe promettre des pro¬
grès médiocres j il eût voulu tout
épuifer , du moins tout approfon¬
dir. L’Anatomie , la Chimie , la
Botanique , pour laquelle il prit
une forte paffion , toutes les con-
noiflances , qui font la bafe natu¬
relle de la profeffion qu’il devoir
exercer , ne lui fuffiibient pas.
Des recherches , que beaucoup
d’autres négligeoient fans fcrupu-
le , lui paroiffoient importantes &
même néceffaires : par-tout il dé-
couvroit des rapports plus ou
moins fenûbles avec l’art de gué¬
rir. Il fuivit la Phyiique dans tou¬
tes fes branches , & jufques dans
fes moindres détails ; & à l’égard
des Mathématiques, dont Ton frere
aîné, qui ne fe contentoit pas d’en
connoître le prix , lui avoir déjà
ï-4 Eloge
communiqué le goût_, il les appre-
noit de lui-même , & s’y livroit
totalement dans le temps des va¬
cances qu’il ailoit paffer à Alais :
il Je rendoit inieniiblementlaGéo-
métrie allez familière pour être en
état de l’appliquer à la Médeci¬
ne, comme il a fait depuis avec
tant de fuccès dans une muldtiide
d’Ecrits.
. , îl fat reçu Dofteur de Montpel¬
lier en 1726. Sa Thefe de Licen¬
ce lit du bruit j; il agita cette queE
tion : Si V amour peut être guéri par
des remedes tirés des plantes ; ma¬
tière très-fufceptibie d’agrément ^
& dont le choix feui pouvoit in¬
diquer un amateur de la Botani¬
que. La maladie , dont il ofoit
attaquer les funeftes lymptômes ,
fouvent plus dangereufe que les
iievres les plus violentes n’elf
pas communément comprife dans
ce qui fait proprement l’objet de
la Médecine ; ii eft vrai que le
D E M.' DE SaU V KX^ES,
Médecin du jeune Antiodius dé-
GGuvrit la folie pailic-n de ce Prin¬
ce par l’application des réglés de
{on art ; mais il ne s’avifâ nulle¬
ment de foupçonner que les plan¬
tes en pareil cas pulTent avoir
l’honneur de, la guérifon ^ oi le
remede qu’il propofa, comme feul
infaillible , s’offrit fans doute plus^
naturellement Comme tout in-
téreflé dans la vie des hommes
d’un mérite rare & didingué ,
nous ne ferons nulle difficulté de
dire ici que la Thefe de M. de
Sauvages lui valut pour quelque
temps le ffirnoin de Médecin d&
V amour, Ce.n’eft pas fous ce titre;
que l’Ailemagna^ i’îtalie , l’An¬
gleterre & les autres Pays ffiyans
l’ont connu depuis.
M. de Sauvages , dans fa patrie
plus qu’ailleurs , fut le Médecin de
Pamour til. eut dans fa jeunedê,,
ou parut avoir, ile ;sçeuî tendre 5
ümfoit des vet^ , pn ;ne',per’?^
ï6 Eloge
loit à Alais que des pièces de
Poéfie qui lui échappoient fré¬
quemment , pour ou contre le
E^au fexe , félon qu’il en étoit
bien ou mal traité. Les pièces
qu’uï\ peu de dépit lui arrachoit ,
tenoiént fouvent lieu de remede
pour une guérifon que les plantes
n’auroient pas opérée , & jufti-
fioient en quelque forte le nom
dont on l’a voit décoré. On peut
juger de fon talent pour les vers
par plufieurs morceaux de fa com-
pofition inférés dans les Mercu-
res de ce temps- là : ce font des
Madrigaux , desEpigrammes, des
Sonnets , des Elégies , & d’autres
Ouvragés de cette efpece, tous
affez bons pour permettre à leur
Auteur d’afpirer à la réputation
de Poète j mais il eut le courage
de renoncer à cette gloire , dont
l’appas eft fi féduifant. Sa profef
fion , qu’il ne perdoit point de
Tue , l’occupa bientôt plus que
DE M. DE Sauvages. 17
jamais ; il regarda comme des
diftraâions importunes tout ce qui
pouvoir le détourner de cet objet
principal : les -petits vers furent
facrifiés à fon devoir ; il les ban¬
nit impitoyablement de Tes amu-
femens , & le Dieu du Parnaffe ne
fut plus pour luiÆe le Dieu de
la Médecine. ^
Les grands talens doivent fe
perfeftionner dans la Capitale.
M. de Sauvages , qui s’y rendit
vers 1 7 3 O , y paffa environ quinze
mois au milieu des Sciences & des
Savans , & probablement il s’y
feroit fixé , fi les attaques fréquen¬
tes d’un mal d’yeux , mal trop
cruel pour .un homme de lettres ,
ne l’eulTent ramené malgré lui
dans fa patrie. Il attribubit à l’air
& au climat de Paris cette incom¬
modité qui , en fe diffipant , lui
laifla le relie de fes jours un peu
de foiblefîe dans l’organe de la
vue : peut-être devoit-3 s’en pren-
ï'8 - . E-£ o g e '
dre à fa grande application au
travail , prodigieufement redou¬
blée dans la Capitale par les occa-
fîons plus multipliées de s’inirrui-
re ; mais il eft rare que ceux qui
ont commis des excès en ce genre,
s’en accufent de bonne foi.
Ce qui ed; terrain , c’eft que
pendant ce féjôur de Paris il con-,
eut & exécuta fheureufe idée
d’un Ouvrage , où les maladies ,
exaélement diftinguées par leurs
genres & leurs elpeces , fe trou¬
vent didribuées en différentes ciaf
fuivant la méthode employée
pour les plantes par les Botaniftes.
11 avoir d’abprd communiqué fon
plan à l’illuffre M. Boerhaawe ,
qui, en louant le projet , n’avoit
point diffimuié les difficultés de
l’exécution ; mais les obftacles ,
loin de rebuter M. de Sauvages^
fervoient à l’animer. Il pourfuivit
fon entreprife avec vivacité ; il
lut une infinité de livres que les
DE M; DE SAUrXGES. • ï
îîombreuiès Bibliothèques de Pa¬
ris iui fournifîbient j ii confulta les
perîonnes les plus expérimentées,
dans la profeiîîon 5 il amaffa des
matériaux j il les mit en oeuvres.
Tout cela fe fit en peu de temps j
& à peine fut-il de retour en Pro¬
vince , que le Public reçut de lut.
le Traité des Claffes des Mala¬
dies, en un volume in-iz, com-
pofé en François.
Ici commence la réputation de
M. de Sauvages parmi fès Con¬
frères & dans le monde favant.
Son livre, quin’eft que le germe
d’un autre beaucoup plus confî-
dérable qu’il a publié dans la fui^e
fur la même matière, le fit con-
noître dès-lors avantageufement.
Il n’eut pas befoin d’un autre titre
pour monter au grade de Profefi-
feur en Médecine dans i’Univer-
fiié de Montpellier , fans pafTer
par les épreuves ordinaires du
concours & de. la. difpute. Les
to * Eloge
Ciafles des Maladies parurent en
1731 , & trois ans après le Roi lui ^
donna la furvivance de la Chaire
qu’occupoit dans cette Univerhté
feu M. Marcot , l’un de nos Aca¬
démiciens , premier Médecin or¬
dinaire de S. M. Sc Médecin des
Enfans de France.
Placé à vingt-huit ans à côté de
ceux qu’il avoir eu pour Maîtres,
deftiné à former comme eux de
dignes Eleves , il jugea bientôt
que , pour donner fur toutes les
parties de la Médecine d’utiles
inflruftions , il falloir en reélifier
d’abord la théorie , étrangement
défigurée par plufieurs opinions ,
dont la railon & l’expérience confi
pirent également à démontrer la
fauffeté. Ces opinions, on eft forcé
de le dire , dominoient dans l’U-
niverfité de Montpellier : M. de
Sauvages les y avoir trouvées lorfi
qu’il étoit venu pour étudier en
Médecine 5 lui -même , dans les
DE M. DE Sauvages. 21
commencemens , les avoit peut-
être adoptées fur la foi d’autrui ;
mais au moins on lui doit cette
juftice , qu’il s’étoit bientôt dé¬
trompé , fans abandonner , fur une
infinité d’autres points très-elTen-
tiels , la doéirine confiante de
cette même Ecole , doftrine qu’il
avoit reçue avidement & foigneu-
fement recueillie , . comme nous
l’avons déjà dit. Il efi nécefiaire
d’obferver que les opinions fpé-
culatives qui le choquoient tant ,
n’étoient point particulières à cette
Ecole fi renommée ; c’étoient les
dogmes favoris de beaucoup d’au¬
tres Facultés , enfeignés par des
hommes célébrés , à qui la Mé¬
decine a d’ailleurs les plus grandes
obligaiions. CeS autorités refpec-
tables n’impofoient plus à M. de
Sauvages : l’erreur lui parut au
contraire plus dangereufe par le
crédit que lui prêtoient des noms
22
Eloge ■ '
- Lés Médecins qui foutenoient
5vec le plüs de confiance la fauffe
doftrine dont nous parlons , fe
paroient- volontiers du titre de
Médecins Mécaniciens , fe diftin-
guant par là -de ceux de leurs pré-
déceffeurs qui n’avoient vu , dans
les phénomènes de l’économie
animale, qu’une fermentation ima¬
ginaire , un combat chim.ériquey
des alkalis avec les acides. Pour
eux , ils faifoient profeffion de
n’admettre que des idées claires ,
des principes diftinéfement con¬
nus. Ils appelloient à leurdecours
la Phyfique expérimentale, larMé^
chanique hydraulique , la Géomé¬
trie 5 mais par malheur ils-en abu-
foient J & c’etoit la four ce dé leurîs
egàremèns. l'is îiroient ibuvent
d’une expérience certaine ou d’un
principe vrai , de^faulfës conle^
quenees .* féuvent -, auffi la mé-
prife*&>Pe#euî? vendit du pnncipé
jnême. On m-ettoit fur le* ecSpitè
i5E M DE Sauvages. îf
des Méchaoiques & de îa Géo¬
métrie , des théorèmes prétendus ,
des axiomes qui ne le furent ja¬
mais; efpece d’outrage que l’on:
faifoit impunément à des fciences
dont le partage eil la certitude.-
On avançoit avec une entière
alTurance qu’un fluide , mû par
une force donnée , reçoit toujours
fur fon paffage un accroiffement
de vîteffe, à mefure que ce paf-
fage efl plus rétréci : on foutenoit
que les machines augmentent les
forces, tandis quelles ne font que
les appHquer & les modifier : on
ne vouloit tenir aucun compte des
pertes caufées par les frottemens:
on admettoit des reffbrts fupérieurs
à la force qui les avoit comprimés,
des mouvemens fans moteurs, des
effets plus grands que leurs caufes.
Ainfi, quand il étoit queftion d’ex¬
pliquer comment le mouvement
du fmig continue, nonobftant les
réfiftances . accumulées _qui de^
14 Eloge
violent , ce femble , en peu d’inf-
tans l’anéantir 5 on difoit qu’en
vertu de la ftruéhire particulière
du cœur , ce mouvement une fois
imprimé devoit, à l’aide des ali-
mens que nous prenons , de l’air-
qui nous environne & que nous
refpirons , durer toute la vie : &
fi l’on fentoit malgré cela la né-
ceffité de remonter la machine ,
on attribuoit cette fonftion au flui¬
de nerveux , qui s’en acquittoit mi-
raculeufement j car on étoit bien
éloigné de penfer que ce fluide ,
qui , empruntant fa vîtefTe du fang,
n’a pu prendre d’ailleurs , dans les
fuppofitions les plus favorables ,
qu’une petite portion de la force
que le fang a perdue , ne peut lui
rendre , félon les lois ordinaires
de la nature , plus de mouvement
qu’il n’en a reçu. Pour rendre rai-
fon de l’augmentation du mouve¬
ment du fang dans la fievro , on
difoit que les obflruétions des
petite
DE M. DE Sauvages, if
petits vaiffeaux, de cela feul qu’el¬
les rétréciffoient & gênoient le
paflage de ce liquide , lui don-
noient plus de vîteffe ; & fi l’on
avoit quelque honte de faire naî¬
tre fi mal-adroitement la force de
la réliilance même , on faifoit réa¬
gir les vaiffeaux fur le fang , en
fuppofant dans le tiffu de leurs
fibres un reffort fi merveilleux &
fi parfait , que nul effort n’étoit
capable de tenir ces vaiffeaux dif*
tendus, ou du moins de les em¬
pêcher de fe rétablir. La théorie
ordinaire de l’inflammation n’étoit
pas moins vicieufe : la même illu-
fion régnoit par-tout ; les mêmes
principes , par un enchaînement
néceflaire , mais malheureux , ra-
menoient toujours les mêmes con-
féquences.
L’amour de la vérité dominoit
dans M. de Sauvages. Il fuivit la
pente de fon caraSere , quand il
prit la généreufe réfolution de
Tome h B
l6 E L O G E *
combattre ces erreurs , depuis
iong-temps accréditées. Quelque
déterminé qu’il fût à les poursui¬
vre fans relâche , & s’il étoit poffi-
l>le , jufqu’à, leur entière extinc¬
tion, il cacha d’abord une partie
de fon projet par égard pour les
Proféffeurs , fes Confrères , qu’il
voyoit tous plus ou moins atta¬
chés à ces fauffes explications.
Rien de plus firople en apparence
que fon début : il propofoit avecla
modeftie d’un nouveau venu quel¬
ques difficultés en forme d’éclair-
ciffemens. Bientôt il fe montra
plus hardi , & comme on avoit
dû le prévoir , on ne fut pas long¬
temps fans en venir de part &
d’autre à une guerre déclarée. M.
de Sauvages attaquant toujours ,
.& fes adverfaires mettant en œi>
vres tout ce qu’ils avoient de ref-
fources pour le défendre , la dif
pute s’anima de plus en plus , les
Subterfuges & -le bruit de l’école
DE M. DE Sauvages. 27
troublèrent plus d’une fois ia mar¬
che compaffée & géométrique de
M. de Sauvages ; mais il ne fe
contentoit pas d’argumenter fur
les bancs , il expofoit fes préten¬
tions dans pludeurs Difîertations
imprimées, qui fe füccédoient les
unes aux autres avec rapidité , en-
forte que ceux qui avoient refufé
de l’écouter , fe trouvoient forcés
de le lire. Infenfîblement il gagnoit
du terrein ; fes adverfaires mal¬
gré la bonne contenance qu’ils
afFeéloient , étoient pouffés de
pofte en pofte : leur embarras ,
dans de certains momens , étoit
extrême ; ils ne vouloient pas ref-
fufciter la fermentation pour ja¬
mais abolie , & ils ne favoient
guere plus où fe réfugier.
Il fallut reconnoître que M. de
Sauvages avoit raifon fur bien des
points , & que plufieyrs des ex¬
plications qu’il Gombattoit , pou-
voient fans le moindre inconvé-
Bij
28 E L O GE i
nient lui être facrifiées ; on lui
demanda feulement ce qii’ il pré-
tendoit mettre à la place. Il pou¬
voir répondre ^ & il le fit d’abord,
qu’une erreur n’efi: ni plus ni moins
erreur , foit qu’on la remplace ou
non par des, vérités j mais il com¬
prit bientôt que , dans la pofition
où il étoit , cette réponfe fi foli-
de J fi vraie , ne feroit pas long¬
temps fatisfaifante. Le perfonnage
de fimple defiruéleur n’efi: pas i
toujours propre à foumettre ou à
gagner les efprits : on n’habite pas
volontiers fur un tas de ruine ; on
cherche un petit édifice , où l’on
puiffe loger avec quelque fureté,
Prefîe par cette confidération , il
fe réfolut enfin à mettre au jour I
fon fentiment fur toute cette ma¬
tière, tel que nous allons l’expofer.
Les phénomènes de l’économie
animale , en préfentant à chaque
inftant une force qui croît comme
la réfiftance même , fe montrent
DE M. DE Sauvages. 29
füpérieurs aux lois ordinaires de
la méchanique ; il eft d’ailleurs
fort naturel que des puiffanees ani¬
mées augmentent leur effortà me-
füre qu’on leur réfifte , & dans
l’homme corporel & fpirituel tout
enfemble , il exifte certainement
une puiffance de cette efpece.
L’ame , de l’aveu de tout le mon¬
de, eft le principe des mouve-
mens volontaires du corps hu¬
main ; elle l’eft auffi , félon M. de
Sauvages , des mouvemens invo¬
lontaires & naturels. Excitée par
le fentiment confus de fès befoins,
occupée en tout temps de la con-
fervation du corps auquel elle eft
unie , poufîee par le défît inné d’é¬
loigner le terme fatal qui doit rom¬
pre cette union , elle agit dans
cette vue par une efpéce d’inftinâ,
fans fe rendre fenfîblement té¬
moignage de fon aélion-; elle eft
le moteur qui remonte la machi¬
ne 5 elle combat efficacement les
B iij
1
30 E L O G E ;
réfiftances ordinaires , qui tendent
à; fuppriffier k cours de nos îiqpi^ ;
des 5 elle fait eireuler le fang; : à
de nouveaux obftacles , elle op- •
pofe de nouveaux efforts & c’eft
dans' ces fortes'd’elkr-ts redoublés
que Gonffffe la fievre j efforts heu- ,
reux GU iBalheurteux ielon les cir- -
conftances 5 efforts^ dent l’unique
bût eff notre guériibn meme : on’
reconnoit ici cette natuie, dont
le Médecin dok étudier laimarehe
& feconder les opératioi^. Tel ;
eff k%ffêMe qp€' M'. de Sauva-' [
gpsr fe fit- unO gloiîe':d:’ adopter. A i
peine s’étoit-ii expliqué dans une :
Differtation^ qui en promettoit
beaucoup d’autres , que les ad-
verfaires , à qui là guerre défen- .
five avoir afféz mal réuffi^ , furent ■
agreffeurs à leur tour ^ fe flattant
de prendre bientôt leur re vaacbe. .
Les objeéiions ne manquèrent
pas : ils oppoferent à M. de Sau¬
vages que fon opinion Je condui- .
DE M, DE Sauvages. ^<i’
{oit à donner non-feulement aux
bétes, mais aux plantes même^, une
ame intelligente y ilrépondit, Su de
vive voix , & dans pIufieurs^The-
fes ou Differtations imprimées^
qu"ii n’avoit jamais eru que les
bêtes fliflent de pures, machines ,
& qu’à l’égard des phénomènes
de la végétation , on favoit affez
que la chaleur du feleil ^ celle des
feux fouterreins , l’aélion des fucs
de la terre , en étoient , fans au¬
tre principe moteur , les vérita¬
bles caufes : on lui nia que Famé
peut agir fans s’appercevoir de fon-
aélion. Il eut recours alors à tout
ce que la Métaphyfique pouvoir
lui fournir fur les perceptions obf-
cures & les affeftions confufes de
Famé ; il cita Fexemple des paf-
fions , dont les eiiets les plus fou-
dains & les plus indépendans de
la volonté font fi fenfibles fur nos
organes. Si Fobfcurité du fijjet fai-
foit naître des objeélions , elle les
B iv
32 E L O GE
rendoit moins concluantes. Uim
certitude des coups portés pen¬
dant la nuit eft fouvent une ref-
fource heureufe pour les éviter :
on eft vivement prefîé , & l’on
échappe à la faveur des ténèbres.
M. de Sauvages n’avoit pas le
premier propofé cette opinion ^
qui étoit celle de plufieurs moder¬
nes , fans parler de tous les feâa-
teurs qu’elle a eu dans l’antiquité ;
mais , s’il n’eft pas l’inventeur du
fyftême , il fe l’eft rendu propre ,
en lui donnant une nouvelle for¬
me , en cherchant à l’appuyer par
des preuves nouvelles , en travail¬
lant plus que perfonne à le mettre
en crédit : il s’en eft occupé dans
la plupart de Tes ouvrages, il y
reveiioit continuellement 5 il en a
tant parlé , qu’il nous a mis dans
la nécelïité d’en parler beaucoup
nous-mêmes.
Après plufieurs années que dura
cette difpute , les efprits agités fe
DE M. DE Sauvages. 53'
calmèrent. Qu’a-t*il enfin réfulté
de cette controverfe d’école ?
Rien d’utile pour la pratique , il
le faut avouer : les Médecins Ani-
mifies OU non , emploient dans
les mêmes occafions les mêmes
remedes j & la nature de fon côté,
l’ame , fi l’on veiât , n’en fait ni
pluî ni moins. Pour la Théorie*de
la Médecine , M. de Sauvages l’a
réformée , comme il l’a voit pro¬
jeté ; la fauffe doêfrine qu’il a
combattue , éft aujourd’hui tota¬
lement décréditée à Montpellier ,
& il n’y a pas d’apparence qu’elle
s’y rèleve jamais. A l’égard du
fyftême qui attribue à l’aêfion de
l’ame le mouvement même du
cœur & la ; circulation du fang ,
on peut croire auffi qu’il ne fera
jamais univerfellement reçu : il
eft plus aifé de le défendre , quand
on a bonne envie de le foutenir,
que de perfuader ceux qui feront
naturellement portés à le rejeter.
B V
34 E L a GE -
La pkpart des Médecins üè conten¬
teront de reconnoître en général
un principe des^mouve mens vit aux,
fupérjeurs au mécanirraeordmai^
re : quel que £bit ce principe, il exif
te , c eft affez ; la curiofité biert ré¬
glée fe dirpenîera d’aller plus loin.
Et au fond , c’efl; ici la marche
& refprit de la Phyfique moder-
'ne 3 tout s’y réduit en derniere
analyfe à quelques principes d’ex¬
périence, incônnuS'en eux mêmes,,
ainii que dans leur liaifon avec la
caufe première , & manifeÆés feu¬
lement par leurs elFets. De -là
le reproche de renouvelkr les^
qualités occultes ; reproche dont
on eft auiourd’hui fort : peu tou¬
ché. M. de Sauvages admettgiê
trois principes de ce genre : l’im-,
puhîon; elle eft obfcure, quoiqu-
elle tombe fous les fons ; l’attrac¬
tion ; la raifon & l’expérience l’a-
voient fait Nevtonien, avant que
k mode même invitât de l’être;-
D Ë M. DS Sauvages. 3 5,
la farculîé motrice de l’ame ; elle:
fe découvre dans les mouvemens
volontaires, & nous avons vuqu’ili
faifoit dépendre de la meme caufe
les mouvemens néceffaires & na¬
turels.
Pendant qu’il étoit le plus oc¬
cupé de la conteâation. dont nous
venons de rendre compte , il fe
ménageoit du temps pour appren-?
dre rAnglois , devenu £ utile k
ceux qui ambitio-nnent la gloire
d’exceller dans les fciences ; &,
en l’apprenant, il traduilit en Fran¬
çois FHémaftatique , ou la Stati¬
que des Animaux du célébré M.
Haies. Il y joignit un Commen¬
taire , qui fut imprimé à Geneve
en 1744 ^ avec la traduétiondu
texte , & deux Differtations du
Traduéleur , l’une fur la fièvre ,
& l’autre fur l’inflammation. L’in-
fuflifance des explications préten¬
dues mécaniques efl démontrée
.dans cesDiffertaiions., où rame ^
^6 Eloge
principe des mouvemens du coeur,
parok jouer le principal rôle. M.
de Sauvages développe ici les
mêmes idées quil vouloir faire
régner dans l’école , & il les ex-
pofe à rUnivers favant.
Sa Traduêrion de THémaftati-
que ne pouvoir être d’ailleurs que
favorablement accueillie. Elle fut,
avec tout ce qui l’accompagne ,
mife à fon tour en Italien par une
jeune Napolitaine, & en Allemand
à Leipfick , avec les notesparticu-
lieres que MademoifeTle Ârdin-
gheli , c’eft le nom de cette fa-
vante Italienne , avoir ajoutées à
celles du Traduêleur François.
En 174a, M. de Sauvages fut
nommé par le Roi pour faire , à la
place de M. Chieoyneau le fils,
qui venoit de mourir , les démonf
trations des plantes au Jardin royal
de cette Ville , alternativement
avec M. Fitz-Gerald , qui étant
mort lui-même en 1748 , lelai^
DE M. DE Sauvages. 37
pour plufieurs années chargé de
tout ce travail. Il eut en 175 2 un
Brevet de SaMajefté, qui, avec
le titre de Profeffeur royal de Bo¬
tanique , lui en attribuoit plus par¬
ticuliérement les fonébons pen¬
dant la jeuneffe de celui que ces
mêmes fondions regardoient na¬
turellement. Cétoit fervir M. de
Sauvages que de fournir de l’ali¬
ment & de l’exercice au goût qu’il
avoit toujours témoigné pour la
Botanique. Ses leçons fur cette
fcience eurent beaucoup d’éclat :
on couroit en foule pour l’enten¬
dre ; on le fuivoit dans fes her-
borifations à la campagne , d’oti
il rapportoit de temps en temps
différentes plantes , dont ce pays
s’étoit cru jufqu alors dépourvu.
Il en faifoit venir en même" temps
quantité d’étrangeres. Avec nos
richeffes , çroiffoit le nombre de
ceux qu’il rendoit capables d’eri
faire ufage : on voyoit 'naitrè fur
'1
^8 Eloge
fes pas des plantes & des Bota-
niftes.
Il fit paroître en 1 75, i Ton Ou¬
vrage intitulé : Metkodus Folio-
rum , ou Expofition d une nouvelle
Méthodo pour connoître les efpe-
çes par les feuilles. Là fe trouve
le Catalogue d’environ 5 00 plan¬
tes des environs de Montpellier
qui manquent dans le Botanicum
Monfpelienfe de M. Magnol. Ce
meme Catalogue , fous le nom;
Flora Monfpelienjis , eft encore
inféré dans le quatrième tome des
jimœnïtates Aeademicæàe M. Lim
næus. Cet illuftre Chef des Bota-
niftes de nos jours , déjà depuis
long -temps en eorrefpondance
' avee M. de .Sauvages , marquoii
publiquement en toute occafion
îiefiime qu’il avoir pour lui. il faut
remarquer que des 500 plantes
dont nous parlons , il y en a plu-
fieurs que M. de Sauvages a carac^
léri^es & nommées, fi a fait cinq
de Mr n-E Sauvages. ^9^
genres nouveaux ^ XeTricmkemum^
Xahenus, le Camphorofma, \é Buf-
jonia & le Reaumuria : ces deuX
derniers font oonraerés à deux
hommes célébrés : les Botani%&
font dans l’ufage de faire de ces:
fortes de |îréfens , non-foulement
à leurs pareils , mais encore à d’au¬
tres perfonnes difonguées. Il étoi^
jufte que M. de Sauvages en eût
un de cette efpece ; il le dût à M.
Linnæus , qui . donna le nom de
Sauvagefia à une plante venue de
la Cayenné. M. Boerhaave avoit
de même autrefois gravé for une
plante le nom de feu M. Kiffolle ^
un des plus fav ans BotaniHes de
cette Gompagriie.
L’ordreehronologiqüe des pror
duêiipns de M.; dé Sauvages nous
conduit à fos Elémens de Phyfîo
logie & à fa Pathologie métho¬
dique ^ deux Trakés ou la force
■motrice de l’ame n’eÉ pasotkjUée^
eempofés 'en ütm.pourÊi0âîiiï3^
40 E L O G E
tion principalement des Etudians
en Médecnie , & publiés en 175 5
& 1559. Nous trouvons de plus,
én négligeant ou confondant les
dates , un grand nombre de Dil-
fertations latines fur des fujets par¬
ticuliers très -intéreffans. Tantôt
il y ouvre de nouvèlles fources
de pronoftics pour les maladies 5
tantôt il examine les avantages
que peut avoir la maniéré dont
ôn pratique la Médecine chez les
Chinois : ici fon objet eft d’établir
rinfkience des aftres fur le corps
humain ; influence phyfique , bien
différente de celle que nous avons
traitée au commencement de cet
Eloge d’aveugle fuperffition : là ,
voulant dévoiler la nature du flui¬
de nerveux , il imagine le pre¬
mier, & prou ve , autant qu’on le
peut , par la plus exaéle analogie,
ue ce fluide eft le m-ême que lè
uide éleéfriqûe ; fentiment adop-
térièpuis prefgüè uni verfellement.
de M. de Sauvages. 41
& qui conïpte entre fes partifans
le fameux Phyficien de Philadel¬
phie , M. Franklin , dont le fuf-
frage , dans tout ce qui concerne
l’éleélricité , ne peut être que d’un
grand poids.
On trouvera dans le quatrième
tome de la Colleêtion de M. de
Haller une Differtation de M. de
Sauvages ( ) , où il a raffemblé
tout ce qu’il avoit dit ailleurs de
plus fort pour établir fon fyftême
de l’aftion de l’ame , comme prin¬
cipe des mouvemens du cœur. Cet
Ecrit lui attira une critique très-
polie de M. Eberhard , Profeffeur
de Mathématiques àWittemberg,
& aujourd’hui de Médecine à Hall
en Saxe. M. de Sauvages répondit
avec la même polireffe , auffi éloi¬
gnée de l’ancien ton des Ecoles ,
qu’aflbrtie au ton moderne des
Académies.
( ) Cette Differtation eft intitulée : Ds
I^aturâ redivivâ feu de imperio anima in cou
42 Eloge
li avoit pris ce ton de bonne’
heure , & il avoit aifément acquis
toute la perfeftion* Il s’étoit vu
dès 1731 attaché , fous le titre
de Correfpondant ,, à la Société
royale des Sciences , qui,, i’ayant>
nommé Adjoint quelque temps
après , l’avok enfin; élevé en 1 740
au grade d’Allocié dans la> elafie
des Botaniftes. Peu d’Académè-
ciens , nous pouvons le dire , ont.
été plus affidus que lui,,&: ce qui
eft tout autrement important,, plus
utiles à nos Conférences. H fe pré-
fentok rarement les mains vuides;;
il rendoit la plupart de nos Séan¬
ces intéreffantes ou par fes pro¬
pres ouvrages-, ou par ceux que
lui envoyoient continuellement
divers Savans de l’Europe , fes.
Çorrefpondans.
Un caraftere d’utilité , plus pro¬
chaine & plus fenfible , diftingue ,
entre tous les différens Mémoires
que nous avons de lui, fon Ecrit
DE M. DE Sauvages. 45
fur h maladie des; bœtifs du Viva-
rais , les Oblèrvations iiir les eaux
minérales d^’Alais le détail qu’il
nous a donné des guérifons opé¬
rées à Montpellier par le moyen
de l’EIeélrieiîé ^ fon Mémoire fur
la maniéré d’élever les-vers.à foie ,
fujet qu’il abandonna bientôt à M»
l’Abbé de Sauvages , fou- frere ,
qui l’a traité , comme l’on fait ,
avec le plus grand fuccès.
Les Recueils de l’Académie des
Sciences de . Paris offrent deux
Mémoires de M. de Sauvages,
envoyés en 1739 ^ *74^ pour
notre tribut annuel. L’^un de ces
Mémoires met en évidence les
qualités nuifiblesde certaines plan¬
tes ; l’autre eft la Relation de la
maladie d’une fille , tout à la fois
fomnambule & cataleptique.
Un fait particulier à notre Aca¬
démicien , c’eft qu’ après la mort
de M. de Plantade , la place de
Secrétaire, ayant, vaqué dans la
44 Eloge
Compagnie environ un an & de¬
mi , il en fit durant ce temps-là
Tes fondions , fans que le foin qu’il
prenoit de raffembler & de met¬
tre en ordre les produâions des
autres , l’empêchât de produire
beaucoup lui-même.
Quoique fes recherches fe foient
étendues fur prefque toutes nos
Sciences , nos volumes prouve¬
ront que , même dansl’Académie,
Tapplication des Mathématiques
à la Médecine fut toujours un de
fes grands objets ; ce qui lui donna ‘
plus d’une fois occafion de nous
entretenir de fes difputes avec, les
Profefleurs, fes Confrerès, dont
plufieurs étoient auifi lés nôtres ,
comme Académiciens. La Socié¬
té, prife pour juge de certains
points conteftés , d^écida toujours
en faveur de M. de Sauvages ,
en s’abftenant de toucher à des
queftions métaphyfiques , qui ne
font nullement de fon refîbrt.
de M. D E SaUV^AGES. 4 f
Les Compagnies favanres^tran-
feres ornèrent leurs liftes du nom
e M. de Sauvages. Il étoit des
Sociétés royales de Londres , d’U-
pfal & de Stockolm , de l’Acadé¬
mie de Berlin , de celle de l’Infti-
tut de Bologne , des trois Sociétés
établies à Florence , de l’Acadé-
mie Impériale des Curieux de la
Nature, qui, en l’agrégeant , lui
donna le nom de Straton fécond.
Ces différentes adoptions aca¬
démiques , en le rendant plus cé¬
lébré , augmentoient Je nombre
de ceux qui recherchoient fa cor-
refpondance. On ne finiroit point,
û l’on vouloit fimplement nom¬
mer les Savans , tant du Royaume
que des Pays étrangers , qui fe fai-
foient honneur d’être en commer¬
ce avec lui.
Aux Académies empreffées de fe
l’affocier , il faut joindre celles qiii
couronnèrent fes travaux. If rem¬
porta le prix en 1748 , au juge-
46 E l O GE . !
ment de T Académie des Sciences ;
& Belles - Lettres de Touloufe,
par une Differtation fur la rage.
Deux favans Traités dont l’un a
■pour objet l’aélîon des médica-
mens , & l’autre , les effets de
Tair fur le corps humain , lui firent
déGer-ner les memes récompen-
fes littéraires par l’Académie de
Bordeahx. Celle de Rouen lui
donna une femblable couronne
pour l’Ecrit qu’il lui avoit envoyé
•fur les animaux venimeux de Fran¬
ce. Il -concourut pour le prix pro-
pofé par l’Académie de Berlin,
fur la queftion célébré de la caufe
du mG’uvement mufculaire , &
TOuvrage qu’il avoit prëfenté fut
imprimé 4 la fuite de celui qui
-avoit eu la préférence.
Nous ne faifons qu’indiquer des
Ecrits fufîifamment connus. Les
-deux Differtafions couronnées 4
"Bordeaux , ont été traduites en
Ttâlien > de . commentées par M.
DE M. DE Sauvages. 47
Manetti , favanî ProfeiTeur de Fio-
rence. La DilTertation fur la rage
a reçu jufqu’à trois fois l’honneur
des éditions poftérieures.
On demandoit à M. de Sau¬
vages depuis long-temps :une nou¬
velle édition du Traité des Claffes
des Maladies qui étoit devenu ra¬
re , & il avoit promis de la don¬
ner : il fit bien plus que de tenir
Simplement fa parole , lorfqu’il pu¬
blia fongrand Ouvrage , intitulé :
Nofologia rrnthodica fifiens Moj^
borum ciajfes , généra & fpecies , &C,
en cinq volumes in-S^, miprimé
à Amfterdam en 1 7 ^3..
Il efl: vifîble en effet que ce der¬
nier Ouvragelemporte infiniment
fur celui qu’on avoit redeman¬
dé : c’eft toujours le même projet
d’une difiribution méthodique des
maladies en elaffes , en genres &
;en efpeces j mais ici la matière
s’eft prodigieufement accrue dans
i exécution-,- & la forme efl: pref-
4§ Eloge
que nouvelle. L’arrangement total
eû. mieux entendu j les obfer va¬
rions font en bien plus grand nom¬
bre & plus variées. L’Auteur in¬
dique les fources oà il a puifé :
il a reçu des fecours d’un de fes
Confrères dans l’Académie , M.
Cuffon , Dofteur en Médecine de
Montpellier , qui lui a fourni l’idée
& les principaux détails d’une des
Claffes^ avec certaines efpeces
& certains genres dans les autres
Claffes , & quelques ordres par¬
ticuliers.
Dix claffes comprennent 295
genres , fous lefquels viennent fe
ranger environ 2400 efpeces de
maladies jufqu’ici obfervées. Quel
nombre prodigieux d’ennemis l
M. de Sauvages ne fe flattoit ce¬
pendant pas de les connoître tous.
SaNofologie eft dédiée à la fa-
vante Mademoifelle Ardingheli :
il fe fouvenoit d’avoir été traduit
par elle , & même embelli.
On
IDE M. DE Sauvages. 49
On peut dire avec vérité que
M. de Sauvages a donné, dans
fa Nofologie méthodique^ un Dic¬
tionnaire des maladies univerfel
& raifonné , une introduftion gé¬
nérale à leur connoiffance ; un
Traité , qui tient le milieu entre
la Pathologie , qui confidere nos
maux , & la Thérapeutique , qui
s’applique à les guérir ; un Ou¬
vrage vraiment claffique , nécef-
faire aux Commençans , & que
les plus expérimentés dans l’Art
doivent eux -mêmes fans cèffe.
confulter; le Bréviaire des Mé¬
decins , comme on a dit autrefois
d’une des Tragédies du grand
Corneille , qu’elle étoit le Bré¬
viaire des Gourtifans.
Doit - on s’étonner après cela
que la réuffite de cet Ouvrage
ait été des plus marquées y qu’on
l’ait imprimé déjà plus d’une fois ;
que plufieurs fameux ProfeiTeurs
Tome /. C
50 E L O G E
fe foient empre:fôs d’en adopter
entièrement refprit & ia métho¬
de ; , que le célébré M. Linnaeus
ait pris ia Nofologie méthodique
pour, bafe de fes leçons de Méde-.
eine dans FUniveruté. d’Upfai.
Ce favant Suédois , l’un- de nos
AfFociés étrangers , avec qui M.
de Sauvages entretenoit toujours
une exaéle correfpondance , doit
fixer ici plus particuliérement no¬
tre attention. Il admiroit les Ou¬
vrages dont nous avons parlé j il
aimoit tendrement & même paf-
fibnnément l’Auteur , qui de fon
côté lui avoit voué les mêmes fen-
timens : c’efl une efpece de phé¬
nomène que cette vive amitié de
deux perfonnes , qui ne s’étoient
jamais vues. Nous ne doutons
point que M. Linnæus n’ait donné
des larmes fur une perte que nous
avons tant de fujets de déplorer. Il
parloit fans ceffe de M. de Sauva-
DE M. DE Sauvages. ^ t
ges , comme d’un des plus grands
omemens qu’ait jamais eu la Fa¬
culté de Montpellier j il le préfé-
roit fans héfiter à des hommes
fublimes , qui ont fait auffi la
gloire de ce fecle. En lui écrh
vant , c’étoit tantôt , au grand,
à rillu'jlre Sauvages , tantôt , au
Prince des Médecins, Il favoit
bien qu’il blefferoit par-là l’ex¬
trême modeftie de fon ami ; mais
il ne pouvoir fe réfoudre à fup-
primer l’hommage qu’il croyoit
devoir en toute occafion à un
mérite fi éminent.
Il étoit ordinaire à notre Aca^
démicien de recevoir ces épi¬
thètes honorables des étrangers ,
dont plufieurs , voyageant dans
d’autres parties de la France ^ fe
détournoient pour le venir voir
à Montpellier , où fa chaire de
Profeifeur le fixoit.
On fe fouvient encore d’un
C ij '
Çi Eloge
Seigneur Pruffien , qui en arri¬
vant dans cette ville , demanda
qu’on le conduisît chez celui qu’il
appelloit le Grand Sauvages , &
qui témoigna fa furprife & fon
indignation même , en voyant
que ceux à qui il s’adrefîbit , ne
fav oient d’abord à quel perfon-
nage il donnoit ce nom.
Xes Ecrits qui lui a voient ac¬
quis cette réputation , étoient les
réfultats précieux de fa vafte lec¬
ture , de fes méditations profon¬
des , de fes obfervations fur fon
Art , de fes calculs mathémati¬
ques, d’un grand nombre d’ex¬
périences de Phyiîque , & d’Hy-
draulique , fouvent faites par lui-
même. Il compofoit du reftê avec
une extrême facilité. Dès qu’il
avoit une fois conçu & bien mé¬
dité fon fujet, il lailfoit aller fa
plume avec une rapidité prodi-
gieufe j de là des négligences
DE M. DE Sauvages, 53
dans fon ftyle , qui pourroit en
général être plus châtié. Il flii-
voit d’ailleurs très - fcrupuleufe-
ment , en écrivant fur les Scien¬
ces , certains principes rigoureux
qu’il s’étoit faits ; il rejetoit , au
mépris de fon ancienne Poéfie ,
la plupart des expreffions figu¬
rées y plufieurs métaphores mê¬
me , dont l’ufage efi: familier ,
& qui donnent au difcours plus
d’agrément & de vivacité : ce
défaut d’ornement étoit au fond
un inconvénient allez médiocre ,
& les étrangers fur- tout n’en ont
jamais paru choqués.
Quelque attaché qu’il fût à fon
cabinet , à fes livres, à fes ex¬
périences , il quittoit tout pour
les malades qui réclamoient fon
fecours. Ik furent d’abord en pe¬
tit nombre : ce n’efl: pas qu’il
n’eût du talent pour la pratique j
mais il ignoroit entièrement l’art
C iij
54 Eloge
de fe faire valoir , & il falîoit
du temps pour réduire au'fîlen-
ce ceux qui prétendoient borner
fon mérite à la limple fpécula-
tion. Les étrangers lui rendirent
bientôt juftice : il lui venoit de
toutes parts un nombre infini de
confultations : & même il com-
mençoit à pratiquer dans la ville
plus c|u’auparavant , lorfque la
mort nous l’a enlevé.
Sa màladie , qui dura près de
deux ans , fe manifefta par une
difficulté de refpirer , qui , réfîf-
tant à tous les remèdes, & aug¬
mentant toujours , ne Fempêcha
pas néanmoins de vaquer, pen¬
dant un temps , à fes travaux
ordinaires. Il continua de fré¬
quenter & les Ecoles de Méde¬
cine , & l’Académie 5 il prépara
quelques augmentations pour une
nouvelle éfiition de la Nofolo-
gie méthodique j il mit la der-
de M. de Sauvages. 55
niere main à un grand nombre
de Mémoires , deftinés par cette
Compagnie à l’imprefEon : ces
Mémoires, aind perfeétionnés ,
me furent remis par lui - même
deux mois avant fa mort.
Il étoit alors obligé de gar¬
der la chambre , & enfin il fut
forcé de s’alliter : fa poitrine ,
vivement attaquée , fit pronon¬
cer qu’il étoit fans refiburce. Il
ne s’occupa bientôt plus que de
l’autre vie j & muni des fecours
de la Heligion , il mourut dans
les difpofitions les plus édifiantes ,
le 19 Février "^767 , âgé de foi-
xante ans & neuf mois. Il avoit
enfeigné la Médecine dans la Fa¬
culté de Montpellier pendant près
de trente-trois ans , foit en qua¬
lité de furvivancier de M. Mar-
cot , foit après la mort de ce
dernier, comme Profeffeur Ti¬
tulaire.
5^ Eloge j
Les fentimens qu’il a fait pa- }
roître en finiffant J étoient la fuite
de ceux qu’il avoit eu toute fa
vie. Les vérités de la Foi le trou¬
vèrent dans tous les temps plein ‘
de refpeéf & de foumiiîion. Il
avoit étudié les preuves du Chrif-
tianifme, pour être en état de
montrer , dans l’occafion , qu’el-
les font dans leur genre auffi con¬
cluantes que les démonftrations
géométriques : il ne s’en étoit pas
tenu , fur cette importante ma¬
tière , à la théorie J & long temps j
avant fa mort , on l’a vu vivre, I
non- feulement eÈ honnête hom¬
me , mais encore en très - bon ,
Chrétien.
ïi étoit fimpîe dans fes moeurs
comme dans fon caraélere. Il
communiquoit fans peine ce qu’il
favoit , & il recevoir des autres
auffi volontiers, ce qu’ils étoient
en état de lui apprendre. Ses
de M. de Sauvages. 57
connoiffances paffoient fans fafte
dans fes converfations 5 nulle
envie d’étaler. Il portoit quel¬
quefois dans le monde cet air
que l’on prend dans le Cabinet,
& ’qui s’oppofe fi fouvent mal¬
gré nous à l’enjouement & aux
grâces.
Il avoit époufé en 1748 Jeanne
Yolande Foucard d’Oiimpies ,
fille de Nicolas Foucard d’Ôlim-
pies, Capitaine au Régiment Dau¬
phin , Dragons , Chevalier de S.
Louis, & fœur de Mônfieur le
Lieutenant de Roi de Montpel¬
lier, avec laquelle il a vécu dans
la plus parfaite union. Il en a laifle
deux fils & quatre filles.
Plufieurs freres qu’il avoit fe
font tous diftingués dans diffé¬
rentes profefiions : on a déjà parlé
du goût de l’ainé pour les Ma¬
thématiques. M. l’Abbé de Sau¬
vages , l’un d’entr’eux , connu par
^8 Eloge, &c.
plufîeurs Ouvrages , eft Affocié
Vétéran dans cette Compagnie:
il, eft fâcheux pour nous que,
yetenu par d’importans devoirs,
il ne puifte nous confoler par fa
préfence de la perte d’un frere,
dont nous regretterons long¬
temps, & les talens fubUmes,
& i’utüe affiduité.
DISCOURS
PRÉLIMINAIRE.
I. L n’y a point de Médecin
T quelque inftruit qu’il foit
wn des principes qu’on enfei-
gne dans les Ecoles , qui ,
lorfqu’il en vient à la pratique , ne ren¬
contre prefque tous les jours des diffi¬
cultés , & ne refle incertain fur le parti
qu’il doit prendre , foit à caufe de la di-
verfité des maladies , de la confiifion des
fignes , ou de la nouveauté des fymç-
lômes , foit à caufe de la contrariété qiiî
régné dans les fentimens des Auteurs.
Dans cette iacheufe extrémité où j’ai
été réduit ainfi que les autres , fi je m’a-
drefîbis à mes Collègues , ils me ren-
voyoient à l’ufage & à l’expérience ; fi
je confultois les Auteurs , j’y trouvois à
la vérité beaucoup d’infirudions , mais
gui n’avoient aucuù rapport à mon
C vj
1
58 Discours
fujet. En effet, ii eff affez' ordinaire de
trouver dans les livres ce que l’on fait,
.& de ne point y trouver ce que l’on
ignore. J’ai enfin rencontré des Prati¬
ciens très-habiles & d’une probité re¬
connue , qui m’ont avoué qu’ils s’é-
toient eux-mêmes trouvés dans cet em- i
barras , &: qu’ils euffent renoncé pour 1
toujours à la Médecine , fi quelque main '
fecourable ne les eût foutenus , & s’ils^
n’euffent eu la çonfolation de partager i
ce malheur avec tous ceux qui font j
nouveaux dans la pratique. Cette foi-
blé çonfolation , la feule qui relie aux !
malheureux, me touchoit peu ; comme
je fentois tout le poids de mon far¬
deau , j’ai cherché à m’en débarraffer ,
& je m’ai épargné ni peine ni foins
pour trouver un fil qui pût m’aider à
îbrtir du labyrinthe de la pratique.
2. J’ai d’abord fenti que la première
difficulté eonfifie à découvrir l’efpece
de la maladie qu’on traite , & la fecon*-
de , à découvrir l’indication curative
ou la méthode la plus propre pour la
guérir : mais où trouve-t-on des livres
qui indiquent les efpeces de chaque
maladie , & les méthodes convenables
pour y remédier? Si l’on en croit les
Préliminaire. 59
Auteurs ÿ l’ufage de la Théorie efl: de
diriger les pas du Médecin dans les cas
infinis & variés que fournit la pratique,
& de fuppléer au défaut des obferva-
tions 5 de maniéré qu’un jeune Médecin
qui la poffede , puiffe , en fuivant le
fyftême qu’il a adopté , non- feulement
diftinguer les différentes efpeces de ma¬
ladies qu’il rencontre , mais encore les
guérir , à l’aide des indications que la
Théorie lui fournit. Cette opinion a lî
fort prévalu , qu’il n’y a point d’ap¬
prenti , qui , au fortir des Ecoles , &
après s’être muni d’un petit nombre de
noms, de difiinâiions & d’hypothefes,
ne méprife prefque tous les Auteurs ,
fans en excepter Hippocrate & Galien ,
& qui n’attaque avec audace cette foule
de maladies "qui affligent l’humanité ,
dans l’efpoir de les vaincre avec le feu!
fecours de fa théorie ; mais il n’efl: pas
long-temps à reconnoître fa témérité:
effrayé du nombre des ennemis qui
l’affaillent , rebuté par les difficultés
qu’il rencontre , peu s’en faut qu’il ne
prenne la fuite. La honte le retient;
incapable de recourir à fes maîtres , le
défefpoir ranime fon audace , fur-tout
s’il s’apperçoit que certains. Médscinsi
1
D I C O ÏJ B. s
aiifli ignorans qua lui, ont acquis .du *
bien & de la réputation par leur char-
latanerie , ce qui malheureufement n’ar- ^
rive que trop fouvent. Séduit par leur
exemple , notre apprenti prend la mê¬
me route , il compote fon vifage & fes
gefles , il alFeéle un air grave & férieux,
& couvrant fon ignorance & fes dou- !
tes fous un dehors impofant , il débite i
d’un ton de maître des phrafes trivia- ^
les ; & après en avoir long-temps im-
pofé à autrui , il s’en impofe enfin à
lui -même, il en vient au point de fe
méconnoître , & de fe regarder comme
un -perfonnage important.
3 . Un Médecin qui ne fonde point
fa fortune fur l’ignorance du vulgaire,
& qui veut fe rendre habile dans fon
Art par des voies honnêtes ^ n’adopîe
point indiftinâement les théories qui
ont cours dans la pratique de la Me- '
decine , ni les rejette pas-non plus fans
examen , à l’exemple des Èmpyriques.
Pvejetez avec foin toute théorie , dont
les principes précaires font plutôt fon¬
dés Air le caprice que fur une expé¬
rience réitérée , & qui efl; appuyée fur
des poflibilités , plutôt que fur des faits
& des expériences inconteflables. N’é-
Préliminaire. 63
tabliffez jamais pouir principes de votre
Art des chofes dont on n’eft point af-
furé, &furlefquelles vous ne voudriez
point fonder votre fortune ; la vie des
hommes pourroit-elle vous être moins
chere que l’argent? Ne nous donnez
jamais pour certain tout ce qui peut
être contefté dans la rigueur mathéma¬
tique, & par un efprit libre de pré¬
jugés , ou du moins , comme dit Pit^
carn , tout ce qui n’atteint pas au degré
de certitude que nous acquérons par
le témoignage de nos fens.
4. Mais qu’il s’en faut beaucoup que
la Médecine foit fondée fur de pareils
principes ! Vous convenez vous* mê¬
mes qu’avant qu’on eût découvert la cir¬
culation du fang , elle étoitfauffe & rem¬
plie d’erreurs. O vous Syftématiques ,
vous Partifans de la fede mécanique î
qui tenez aujourd’hui le premier rang ,,
vous prétendez qü’avant notre fiecle
la Médecine étoit remplie d’erreurs ,,
& obfcurcie par la fumée des fourneaux;
des Chimiftes. Voyons donc fi cette
théorie à laquelle vous donnez le beau
nom de Mécanique , approche plus de
la vérité , eft affez fure pour initier
en Qjoins de temps les Commengans à
64- Discours
la pratique , & leur tenir lieu des inf,
truûions qu’on acquiert par l’ufage &
par l’expérience? Concluons donc que
les théories que les anciens ont fuivies
ne font d’aucune utilité dans la prath
que , à caufe des erreurs & des fauf<
fêtés dont elles font remplies , & que
ceux qui les ont adoptées , & qui ont
prétendu avoir porté la Médecine à fon
comble , ainfi que s’en vantent les Mé¬
caniciens modernes , ont été jufqu’ici
dans l’erreur.
5 . Je conviens cependant avec les
modernes , que la pratique a été portée
un peu plus loin dans notre temps que
dans celui des anciens ; mais on auroit
tort de croire que notre théorie eft
‘meilleure que la leur, &nous ne fom-
mes redevables de cet avantage qu’au
temps & aux expériences que les Pra¬
ticiens ont eu occafion de faire pen¬
dant cette longue fuite de fiecles qui
nous ont précédés. En effet, les prin¬
cipes auquel on donne le beau nom
de Mécaniques , font fi oppofés à
ceux de la Mécanique , h remplis
d’erreurs , qu’on auroit tort de les pré¬
férer à ceux des anciens Galéniftes , &
fur-tout à ceux de Balioni , de Duret
Pe. ELI MINAI RE.
& de Riviere. C’ell une opinion géné¬
ralement reçue chez tous les moder¬
nes , que le cœur , femblable à un mo¬
bile perpétuel , fe meut de lui ' même
fans le fecours d’aucun moteur , & que
fon mouvement ne fauroit être ralenti
par la vifcofité des fluides , ni par le
frottement des vaiflèaux ; qu’il n’y a
aucun équilibre outre les corps élafli-
ques & les obftacles qui leur réfiflent,
& que plus la diftention de ces corps eft
grande , & plus ils ont de facilité à fe
remettre dans leur premier état ; que
les fluides ont dans des conduits étroits
une plus grande vîtefîe , non point refl
peclive , mais abfolue , quoique la force
motrice demeure la même; ils veulent
ei:fin que l’économie animale foit ab-
folument gouvernée par certaines lois
imaginaires de fympatbie &; d’irrita¬
tion , ou , ce qui revient au même ,
par une certaine fatalité aveugle , & ils
donnent à cette Théorie le nom de
Mécaniqiie , quoiqu’elle foit entiére-
m.ent contraire aux principes de cette
Science , les plus inconteftablement
reçus.
6. 11 n’efl: donc pas étonnant que les
modernes , quoiqu’attachés à la même
1
66 Discours
£ecl:e , ne foient pas plus d’accord en-
tr’eux qu’avec les vrais Géomètres ,
qu’il ayent des opinions différentes fur ■
la même maladie , non-feulement dans
différens pays , mais encore dans la
même Ecole. La fievre nous en four- i
nira un exemple , vu qu’elle compofe
une claffe de maladies à part. L’un l’at- ,
tribue à l’irritation & au picotement
du cœur un fécond , à la prefïion &
à la diffention qu’éprouve ce vifcere
de la part du fang ; un troiüeme , à
l’obftruélion des extrémités des vaif-
feaux fanguins ; un quatrième , à celle
des arteres lymphatiques -, un cinquie- '
me , à la comprelîlon des greffes vei- i
nés ; un fixieme , à la mauvaife qua¬
lité du fuc nerveux ; un feptieme enfin,
à la tenuon & à l’ébranlement du fyf-
tême nerveux &c. Quelle efl: celle de
ces théories qui , fondée fur des princi-
pes incontefiables d’ Anatomie Sc d’Hy-
draulique , rende raifon de tous les phé¬
nomènes , & puiffe fèrvir de bafe fure
à la pratique ? Toutes ont un cours
depuis environ dix ans ; il n’y en a pas
une qui n’ait été combattue par des
Géomètres; pas une, dont l’expérien¬
ce , qui eff la mere des Sciences , ait
Préliminaire. 67
montré l’utilité & la néceffité dans la
pratique. U y a plus; on voit des Mé¬
decins dont les fenîimens font difté-
rens fur la théorie de la fievre , & qui
emploient cependant les mêmes reme-
des contre cette maladie. Un Médecin
aime-t-il le fang , il s’efforce de guérir
la fievre par plufieurs faignées réité¬
rées. Un autre , pour me fervir de l’ex-
preffion de Gédcon Harvey ^ efi-il Ster¬
coraire, il a recours aux cathartiques
& aux lave mens , quoique ni l’un ni
l’autre ne l’attribuent ni à la pléthore ,
ni à la cacochylie , mais à l’obftruâion
des vaiffeaux capillaires. J’ai connu il
y a quelque temps un célébré Prati¬
cien appellé Verny , qui vient de mou¬
rir, lequel attribuoit toutes les mala¬
dies tant les aiguës que les chroniques
au trop grand épaifliffement du chyle ,
& qui cependant employoit pour les
guérir la même méthode que ceux qui
les attribuent à d’autres caufes , par
exemple , que Mrs. Wieujfens & Chirac ,
qui les attribuoient à la fermentation ,
& M. Deidier, qui leur affignoit pour
eaufe un vice dans la circulation.
7. On voit donc qu’il n’y a jufiqu’ici
aucune connexion entre la théorie &
1
?
é8 Discours
la pratique. On acquiert celle-ci par
tradition, & il n’y a aucun Médecin,
quelque affuré qu’il foit de fes princi- '
pes théoriques , qui ofe s’y fier lorf.
qu’il eft quefiion de la vie des hommes,
en quoi certes ils ont raifon , car nous
avons très-peu de principes auxquels
on puiffe fe fier dans une matière auffi
grave & auffi importante. D’où vient
donc que la Médecine , qui efl: le plus
noble & lé plus ancien de tous les Arts ,
a fait jufqu’aujourd’hui fi peu de pro¬
grès , que fa théorie ne peut initier les
Candidats à la pratique , ne leur four-
niflant que très-peu de principes cer¬
tains &; incontefiables ? C’eft là une
preuve des difficultés de l’Art & de la
négligence impardonnable de ceux qui
l’exercent. 11 y en a peu qui s’attachent
à devenir favans , ôc qui emploient la
méthode qu’il faut pour l’être. (*)
(*) A moins, dit Galien, qu’il n’arrive quelque
tévclution étrange dans les affaires humaines , c’en
eft fait des bonnes études , tant il y régné de dé-
fordre & de confufîon. On s’attache bien moins à
découvrir la vérité , qu’à acquérir la réputation de
Savans. La plupart méprifent l’étude de la Logique
& des Mathématiques ; les uns n’apportent pourtour
mérite dans la difpute qu’un air grave & impofant }
les autres n’aiment que les contes & les febles ;
les autres éludent les raifons qu’on leur oppofe , ou
Préliminaire. 6^
Covame le peuple greffier & ignorant
s’arroge le droit de juger les Médecins ,
il arrive que ceux qui n’ont que le gain
& leur réputation en vue , s’efforcent
de lui plaire ; mais comme il n’aime ni
l’étude de la vérité , ni la vérité même ,
le' Médecin évite cette voie comme
dangereufe , ou du moins fuperflue ,
perfuadé que le plus court moyen de
le faire un nom eff d’acquiefeer aux
préjugés des femmelettes & des Apo¬
thicaires.
8. On ne doit admettre d’autres prin¬
cipes dans la Médecine que ceux dont
la certitude efl; égale à celle que nous
acquérons par le témoignage des fens.
Or ces principes ne font autres que les
expériences & les fyllogifmes déduits
les uns des autres , félon la méthode
des Géomètres.
9. On dit que nous expérimentons
une chofe , lofqu’étant attentifs à nos
fenfations , nous appercevons l’impref-
fion qu’elle fait fur nous. Si nous ob-
fervons les faits fpontanés qui arrivent
les tournent en plaifanterie. Si quelqu’un affilié à nos
leçons & à nos démonftrations , ou il n’y entend
rien du tout ; ou fuppofé qu’il les entendè, & qu’elles
luttent fes principes , il fe- fâche- & accable les
DialeRiciens des plus affireufes imprécations. Gateru
Mtth. Mid.Lih. Z. ■ -
1
70 Discours 1
dans-FU nivers par l’entr emife de la vuej î
du toucher , de Fouie , &c. cette ob- i
fervation fe nomme Expérience. Si ces '
faits fpdntanés dépendent abfolument
de notre entremife , fi nous y contri- j
buons , & qu’ils ne puiflent point arri- |
ver {ans nous , cette obiervation s’ap- |
pelle un Ejfai ou une Epreuve. On nom- j
me Phénomènes tous les faits qui tom- I
bent fous la connoiiTance des fens , foit j
qu’ils arrivent d’eux-mêmes , ou que j
Fart y ait part. On voit donc que l’ex- I
périence n’efi autre chofe que la con-
noilTance des phénomènes que nos fens
apperçoivent , ou , ce qui revient au
même , une obfervation attentive de
ce que nous voyons. On l’appelle Conf-
tante , lorfque nous connoilTons un phé¬
nomène avec toutes les circonfiances
qui en font une fuite néceffaire', & Con-
tingente, lorfqu’on n’apperçoit d’autres
circonfiances que celles qui l’accompa¬
gnent fortuitement ; & Faujfe , lorfque
Fon fait entrer dans l’expérience des
circonfiances que nos fens n’ont point
apperçues , ou ne peuvent apperce-
voir , ou.qu’on en omet quelques-unes
qui en font une fuite néceffaire. Les
erreurs quç Fon peut commettre lorf-
Préliminaire. 71
qu’il s’agit de conftater une expérien¬
ce fe réduiienî aux fuivantes. La pre¬
mière eft lorfqu’on rapporte des cir-
conftances qui ne contribuent en rien
à l’exiftence du phénomène , & qui
entant que telles , font abfolument inu¬
tiles. La fécondé, lorfqu’ôn en oublie,
quelques-unes qui en font une fuite
néceffaire. La troifieme , lorfqu’on ne
détermine point le nombre des circonf-
tances qui fervent à en donner la con-
noiffance complette.
10. C’ed: une erreur très-ordinaire
aux hommes de confondre leur juge¬
ment avec l’expérience ; & cette erreur
a lieu toutes les fois qu’on décrit un phé¬
nomène , de maniéré que telle ou telle
chofe y èft repréfentée comme la caufe
ou l’effet , ou même comme le principe
d’un autre. Nos fens feuls ne fauroient
appercevoir la connexion qu’il y a en¬
tre une caufe & l’effet qu’elle produit ,
je veux dire , qu’ils ne peuvent apper¬
cevoir une caufe entant que telle. Ceux
qui veulent s’inftruire des autres con¬
ditions requifes dans une expérience,
n’ont qu’à voir la Thefe de Mufchen-
broek & la Préface d’Hamberger fur la
Phyûque, Si l’on emploie les fyUogifr
Discours
mes pour démontrer une propofition
par le moyen de quelques autres que
l’on connoît déjà, cela s’appelle une
Preuve & une Démonjlration, \oï{ç:^Qx\.
ne fe fert pour prémiffes que de Z)«-
finitions , ^Expériences incontefiabhs ,
èi Axiomes & de Propojitions déjà dé¬
montrées.
1 1 . La Définition eft une énuméra¬
tion des lignes intrinfeques qui fervent
à nous faire connoître une chofe, &
à la diftinguer des autres. Si après avoir
©bfervé attentivement une maladie,
nous faifons l’énumération des lignes
intrinfeques qui lui font propres & qui
îa font diftinguer de celles qui lui ref-
femblent ; nous avons la définition de
cette maladie.
IJ Axiome eft une propofition théo¬
rique qui n’a pas befoin de démo nilra¬
tion , & qu’il fuffit d’énoncer pour en
faire connoître la vérité. Telles font
les propofitions dans lefquelles on n’at¬
tribue au fujet que ce qui .eft énoncé
. dans fa définition; par exemple , le tout
efi plus grand que fa partie. Tout ce
qu’on peut affirmer d’un genre , peut
également s’affirmer de tout ce qu’il
comprend , & c’eft fur cet Axiome
P.R É L î M I N A I R E. 75
qu’eû fondée la dodrine des fyllo-
gifnies. , , .
I Z. Enfin , la Medecine doit eni'
prunter de la Philofophie , de la Mé¬
canique , de la Géométrie & des autres
Sciences générales , non- feulement les
termes , mais encore les principes j c’efi:
d’elles que les Médecins empruntent
les propofitions démontrées , & ils ne
font pas obligés de les démontrer eux-
mêmes.
13. Tant que les Médecins néglige¬
ront la méthode démonftrative , on
n’aura aucun principe fur lequel on
puifle faire fond dans la pratique , &
qui ait la certitude qu’elle exige ; la
théorie de cet Art fera toujours incer¬
taine , & chacun fera valoir fon opi¬
nion à proportion de l’efprit & du
crédit qu’il aura.
14. La caufe des erreurs & des bé¬
vues que commettent les Médecins ,
n’eft autre , félon moi , que le mépris
qu’ils ont pour les obfervations évi¬
dentes & les phéndïnenes connus , qui
avec le fecours de la Logique , pour-
roient leur fournir des corollaires aufli
certains qu’utiles. Ils afpirent fans ceffe
aiLx chofes cachées & qui pafient leur
Tome /» D
74 Discours
intelligence , & moins elles font à por¬
tée de leur efprit , plus ils s’opiniâtrent
à les atteindre par la force de leur ima¬
gination , & à les exprimer par des pa-
rôles. Ce n’efl: que par une obforvation
confiante & afîidue qu’on découvre les
phénomènes de telle ou telle maladie ;
ces phénomènes font évidens , il ne
faut aucun effort d’efprit pour les ap-
percevoir , & c’efl cette facilité même i
qu’on a de s’en inflruire , qui fait mé- ' j
prifer l’hifloire exaâe des maladies; on
ne la donne qu’en paffant & à la hâte.,
quoique ce foit leltul moyen de dé¬
duire une bonne théorie fondée fur la
vérité ; de même que c’efl de l’obfer-
vation exaâe des phénomènes célefles,
que les Aflronomes ont tiré leurs meil¬
leurs fyflêmes. S’agit-il de difcourir de
caufes cachées & qui paffent notre in¬
telligence , on trouve aufS-tôt des mil¬
liers d’Œdipes , qui s’appuyant fur des
principes puifés dans leur imagination ,
& non dans la nature des chofes , in¬
ventent quantité * d’hypothefes ingé-
jîieufes , qu’ils ne fauroient prouver fi
on les leur nie, & que piufieurs ce¬
pendant regardent comme des réglés
iiifeilUbles dans la pratique. Par exem-
PRELIMINAIRE. 75
pie , Wïllis voulant expliquer d’où vient
que l’Apoplexie sSehe les fens & les
jnouvemens volontaires , tandis que les
mouvemens vitaux' confer vent leur vi¬
gueur & augmentent , a imaginé des
nerfs deftinés aux mouvemens volon¬
taires dont il met l’origine dans le cer¬
veau , & d’autres deftinés aux mouye-
mens vitaux , dont l’origine félon lui ,
eft dans le cervelet. 11 prétend que
l’Apoplexie n’aftede que le cerveau,
& n’agit point fur le cervelet , où elle
ne caufe ni engorgement ni oppreft-
fion. Pour mieux établir fon fenti-
ment , il a avancé que le cervelet eft
plus folide que le cerveau, & fi nécef-
faire à la vie, qu’il fiiftit de l’enlever
ou de le comprimer pour faire moiirk
un animal dans la minute. Tout ce
qu’il avance eft ou gratuit , ou entiè¬
rement faux, ainfi que je m’en 'fuis
convaincu par l’expérience , & .que
s’en convaincfont tous ceux qui vou¬
dront l’éprouver. Mais peu de gens
veulent fe donner cette peine.; & la
raifon en eft qu’il eft plus aifé d’inven¬
ter tranquillement dans un cabinet j que
de fe tranfporter dans un amphithéâtre
pour y faire des expénencés avec le foin
76 Discours
& l’exaâitude qu’elles requièrent. J’ai
toujours étéfurpris de voir que les ma¬
ladies dont la caufe nous efl: la plus
cachée , & que les plus fameux Méde¬
cins ont le plus de peine à guérir, telles
que l’Epilephe , l’Ephialte , la PalEon
liyftérique , l’Apoplexie , &c. font
celles pour lefqueiles les ignorans ont
un plus grand nombre de Spécifiques,
& à la théorie defquelles les jeunes
Médecins s’attachent le plus , & dont
ils expliquent le plus aifément la caufe;
aulîi remarque-t-on que la plupart igno¬
rent les premiers élémens de la Méca¬
nique & de l’Anatomie.
15. On en voit qui ofent expliquer
& développer d’un ton de maître la
- machine du corps humain, laquelle eftfi
compliquée , & qui cependant ignorent
la théorie des machines les plus fim-
ples, telles que le levier, la balance.
Ils portent l’aiuface jufqu’à méprifer
.ces fciences; ils regardent les Mathé¬
matiques , qui fervent de fondement
à la Phyfique & à la Philofophie , com¬
me une fcience vaine, propre àinduire
en erreur les Médecins ; ils leur en
défendent l’étude , & la bannififent des
Ecoles comme indigne'd’y avoir entrée.
Préliminaire. 77
H n’efl point de témérité plus punif-
fabIe,difok autrefois Sanôorius , que
de fe refbfer à l’expérience lorfqu’on
n’en a aucune : on peut en dire autant
de ceux qui méprifent les Mathéma¬
tiques qu’ils ignorent , à moins qu’ils
ne veuillent imiter le renard, qui ayant
laiffé fa queue dans un piege , con-
feilloit 'à fes camarades de fe défaire
de la leur comme d’un fardeau inutile
& incommode , & qui , comme dit
Bernoulli , fe vit accablé de huées.'
J’attribue encore les erreurs que l’on
commet dans la Médecine , à l’igno¬
rance des Mathématiques, ou plutôt de
la méthode que fuivent les Géomètres.
Il elt vrai qu’il y a plufieurs parties
dans cette Science , telles que l’Aftro-
nomie , la Gnomonique , la Trigono¬
métrie , &c. dont un Médecin & un
Phyficien peuvent fe paffer; cepen¬
dant i’ofe dire que celui qui n’étudiera
point dans l’Hydraulique les propriétés
générales des fluides , la façon d’ap¬
précier leur vîteflé & leur force, ou
qui ne puifera point dans la Géomé¬
trie & dans la Mécanique la connoif-
fance de la capacité des vaifleaux , de
leurs diamètres ôc de leurs furfaces
D iij
y8 Discours
aiïîfi que la connoiffance de la dureté
des foîides , du mouvement^ du ton
des fibres; celui-là , dis-je , ne parvien¬
dra jamais à connoître parfaitement
i’économiè animale. Perfonne n’ac^
querra la théorie de l’ouie & de la ,
vue, s’il n’étudie i’Acoufiique & l’Op¬
tique ; en un mot , perfonne ne com¬
prendra les expériences qu’on a faites,
ne fera eij état d’en faire de nouvelles ,
d’en tirer des conféquences , de rai-
fonner avec certitude tant en Phyfi-
que qu’en Médecine s’il ignore la
Géométrie , qui , comme M. Wolf l’a
fort bien démontré, efl: la meilleure
de toutes les Logiques. Quiconque
ignore la Géométrie & l’Arithmétique ,
peut fe difpenfer de lire les excellens
morceaux contenus dans les Mémoires ;
des Académies, & dans les Ecrits des
plus fameux Médecins de notre fiecle,
il n’y entendra rien.
i6. On ne doit point conclure de ce
que je viens de dire , qu’un Médecin ne
puifie devenir habile dans fon Art , ni
l’exercer avec fuccès, s’il ignore les Ma¬
thématiques, ni qu’il lui fufiife de les pol-
féder , pour exceller en peu de temps
dansfaprofeilion ;ilfaudroit être infeafé
Préliminaire. 79
pour avoir une pareille idée. Je fuis
cependant perfuadé qu’on ne peut éta¬
blir aucune théorie certaine de l’éco¬
nomie ^imale , fans la connoiflance
de la Pl^fique & des Mathématiques,
& qu’un homme qui joindra à la con-
noiffance de ces Sciences celle de
l’Anatomie & de la matière Médicale ,
fera infiniment plus en état qu’un au¬
tre de pratiquer la Médecine avec fuc-
cès. En un mot, je foutiens qu’il n’y
a que l’étude de l’Anatomie , de la Phy-
fique expérimentale & des Mathéma¬
tiques , qui puilfe fournir une théorie
affurée ; & comme la plupart des Mé¬
decins ignorent ces Sciences, il n’efi:
pas étonnant que l’Æthiologie four¬
mille d’erreurs : or une Æthiologie erro¬
née n’eft pas plus utile à un Médecin ,
que la Mufique à un Architeûe ; elle
ne fauroit le diriger dans la pratique ,
ni fuppléer à l’étude des fymptomes ,
à l’obfervation & à l’expérience, quoi¬
que la plupart des Médecins prétendent
le contraire.
17. Tout le monde convient que îa
Médecine eft encore aujourd’hui une
Icience conjeôurale , d’oii il fuit qu’on
ne peut la poliéder qu’on ne fe foiî
D iy
So D I s C O U R S
rendu habile dans l’art des conje£hîres.
Or, qui efî-ce qui a jamais enfeigné
cet art, h ce n’eft les Mathématiciens,
favoir, Hughens^ Bernoulli^ Montnvort
& s''Grave]andc ? Quiconque ignore
les Mathématiques , ne raisonnera ja¬
mais pertinemment fur les conjedures
qui nous fervent fi fouvent de guides
dans la pratique de la Médecine.
i8. Je ne puis finir cet article fans
infifter fur un autre défaut qui régné
dans la théorie de la Médecine. On
efl: aujourd’hui dans l’ufage de traiter
les chofes d’une façon vague & géné¬
rale , de ne point diftinguer les circonf-
tances & les caufes qui entrent dans
l’expofition d’un phénomène , & de
me point déterminer au jufte les quan¬
tités. C’efi: cependant de cette exac¬
titude que dépend la connoiflance de
la vérité. Dans la Géométrie , un fi^ne
omis , une petite quantité négligée ,
rendent la foîution d’un problème tout-
â- fait faufîe ou contradiâoire , & pofi-
tif ce qui étoit négatif , ou au con¬
traire. Or, combien d’erreurs ne doit-
on pas commettre dans les calculs de
Médecine , lorfque fans méthode , &
fur des principes le plus fouvent ima-
Préliminaire. Si
ginaires , on entreprend de débrouiller
les difficultés qu’on rencontre fur fa
route I Si quelqu’un examinant la lym¬
phe qui eft dans une palette , Sc la
voyant féparée du fang qu’on a tiré
à un homme attaqué d’une pleuréfie ,
veut prouver qu’elle a été figée par
la chaleur inflammatoire , il foutient
que le fang efi; extrêmement échauffé;
il exagere le frottement des folides &
des fluides dans les fievres aiguës, &
n’eft point furpris qu’il arrive à la
lymphe qui efl: dans le corps , la même
chofe que dans l’eau bouillante. Cepen¬
dant fi l’on s’en rapporte aux expé¬
riences , il n’efl; pas difficile de réfuter
cette erreur; car il faut pour coaguler
la lymphe une chaleur de cinquahte-fix
degrés, au lieu que celle du fang dans un
homme vivant, n’exce de pas le trente-
troifiemie degré du thermomètre de
M. de Réaumur. Quelques-uns préten¬
dent que la preffion de l’air fur deux
cylindres plans de marbre de vingt- fix
lignes de diamètre , entre lefqueis on
a verfé du fuif fondu , & qu’on a en-
fuite expofés à la gelée , fuffit pour
les jinir au point, qu’il faut une force
de 6co livres pour les fé parer; d’où
Dv
gi— Discours
ils concluent que la preffion de Pair
eü immenfe , oC que c’efl: à elle feule
qu’on doit attribuer l’adhérence des
corps. Ceux qui raifonnent ainfi con¬
fondent leur jugement avec l’expé¬
rience , & iis éviteroient cette erreur,
s’ils vouloient obferver que la preflion
de l’air n’excede point la pefanteur
xi’une colonne de mercure de même
bafe, & dont la hauteur efl de vingt-
huit pouces , & que ce poids , fur une
bafe de vingt-llx lignes de diamètre,
ne paffe pas 5 8 livres , ou la dixième
partie des <joo livres ; & ils en con-
ciuroiènî que la preffion de l’air eft
dix fois plus petite qu’il ne faut pour
pouvoir unir ainû ces deux pièces de
marbre.
19. Les Médecins théoriciens qui ne
prennent point l’expérience pour gui¬
de , & qui ne jugent des, faits que par
les hypothefes qu’ils ont adoptées , dé-
duifent tous les effets qu’ils-obfervent
de la poffibîlité qu’ils ont fuppofée ,
ou de pareils autres principes vagues
& indéterminés ; mais ils gqurroient
également, s’ils le vouloient, en tirer
une conféquence contraire : cela doit
être ^ donc cela eff leur argument
PRELIMINAIRE. 85
ordiTiake ; îTiais cet arguiKcnt eû très-
faux en Phyf que , & à peine admet-
elle le contraire : cda eji, donc cda doit
être; d’eii je conclus que les confé-
quences qu’on tire des faits , & que
Ton confirme par de nouvelles expé¬
riences , peuvent feules produire quel¬
que certitude phyfique.
2.0. H efl fâcheux que la Médecine
ait emprunté fi tard le fecours des
Mathématiques , par l’entremife à’M-
phonfe Bordli. Il y a lieu de croire que
la poftérité jouira des travaux de Bdlini,
de Jurin^ de Bernoulli^ de Michdot^
A' Hamberger , s’il fe trouve beaucoup
d’hommes pareils zHaks ; mais en atten¬
dant, je ne confeiile à aucun homme
foge de prendre pour guide une théorie
aufli foible & aufii hypothétique què
celle qi* a cours dans notre fiecle. Il
y a environ cent ans qu’on a décou¬
vert la' circulation du fang, mais oa
n’en connoît pas encore toutes les lois,
Ü n’y a pas long-temps que Jacques
KeiU a prouvé qu’elle efl: infiniment
plus lente dans les petits vaifTeauxque
dans l’aorte , m.ais on ne connoît point
encore parfaitement fa vîtefle abfclue.
Nous apprenons de l’hydrauliquequeîie.
g4 Discours
eft la preilion du fang en repos dans
les vaifi'eaux ÿ mais ce n’ell que depuis
peu que M. Bernoulii nous a inftruits
dans fon Hydrodynamique de laprefîîon
qu’il exerce contre ces mêmes vaif-
leaux dans fon mouvement progreffif,
Harnberger vient de nous faire con-
noître les effets de fon adhérence Sc
de fa vifcofiîé , mais il refte encore à
favoir jufqu’à quel point fon mouve¬
ment eû retardé par cette vifcofité &
par fon frottement contre les petits
vailfeaux. H s’enfuit donc qu’on ne
ccnnoit point encore parfaitement la
circulation du fang , & que par confe-
quent notre théorie eft encore obfcure
& incertaine.
2. 1 . Que fera donc un Médecin parmi
cette foule de difficultés qu’il rencontre
dans la pratique ? De quelle houflbie
fe fervira-t-il pour fe conduire parmi
les ténèbres que caufent les orages
des maladies ? Qui efl-ce qui fuppléera
à cette longue expérience qui ne s’acÿ,
quiert qu’aux dépens de la vie de plu-
fieurs milliers d’hommes ? Ne conful-
tons point là - deffus indiflinâement
tous les Médecins. Les uns fe vantent
d’aYoir atteint le but par la force de
PRELIMINAIRE.
leur efprit & par leur application ; d'au¬
tres attribuent leurs fuccès dans la pra¬
tique à leurs fecrets, d’autres aux hypo-
thefes qu’ils ont adoptées , & il y en a
peu, fl l’on en excepte ceux qui ont
vieilli dans le métier , & qui îe font
fait une grande réputation , qui ofent
avouer qu’ils n’en font redevables qu’à
la perte réitérée de leur honneur, à
des expériences fiineftes , & à une
obfervation affidue des maladies. Con-
fuîtons plutôt ce Maître ingénu de
notre Art , cet heureux Praticien ,
Thomas Sydenham , la lumière de l’An¬
gleterre , l’Apollon de la Médecine ,
qu’on n’oferoit nommer , comme dit
Boerhaave , fans lui donner les plus
grands éloges , encore n’égaleront-iîs
jamais ce que m^éritent -les fervices
fignaîés qu’il a rendus à cette Profeffion
qu’il exerça avec tant de -dignité.
22. » Je fuis convaincu, dit ÏHippa-
» crate Angleterre , que le plus court
» moyen de perfeûionner notre Art,
» eft de donner i ® . une hiHoire ou une
»♦ defcripîion des maladies , auffi bien
>» faite hc auffi naturelle qu’il eft pof-
» fible ; 2^. d’établir une pratique ou
» une méthode de les guérir, fixe &
» confirmée par l’expérience.
86 Discours 1
23. Quant à rHiiloire des maladies^,
il convient « dei;îes ranger fous
» des efpeces certaines & définies ,
avec le même foin & la même exac-
» titude que le pratiquent les Bota-
» niftes ; car on trouve certaines œa-
» ladies qui étant rangées fous un
» même genre & fous un meme nom,.
» & qui fe reffemblant par quelques
» fymptomes , .différent néanmoins
» par leur effence , & demandent une
» méthode curative différente. Per-
H fonne n’ignore que le nom àe Ckar-
» don eft un nom générique qui con-
» vient à plufieurs efpeces de plantes;
» mais un Boîanifle pécheroit contre
»» i’exaôitude , fi en donnant la def-
» cription générale de cette plante ,
» il fe bornoît à indiquer les fignes
« généraux qui la diftinguent des au-
» très genres de plantes , & s’il nég'i-
» geoit de fpécifier les fignes & les
» caraftefes particuliers qui diftinguent
» les différentes efpeces de chardon
» les unes des autres.
» De même , il ne fufîit pas d’cb-
» ferverles fymptom-es généraux d’une
■» maladie qui comprend fous elles plu-
w fleurs efpeces. Il eft vrai qu’on ne
» remarque pas la même variété dans
Préliminaire. 2j
» toutes les maladies ; mais il y en a
pluâeurs que les Auteurs rangent
fous la même ciaffe , fans diôinguer
^ leurs efpeces, qui different effen-
^ tieliement entr’efles , ainfî qu’on le
H verra dans la fuite. Il y a plus : dans
» les cas mêmes oü l’on range les ma-
yy ladies félon leurs efpeces , c’eff tou-
» jours relativement à une hypothefe
» qu’on fubftitue à la vérité des phé-
» nomenes , de forte que cette dif-
» tindion eft bien moins fondée fur
>♦ le vrai caradere de la maladie , que
>) fur Fhypothele que l’Auteur a adop-
M tée. » Par exemple , les Galéniftes ,
préoccupés de leurs quatre humeurs , _
ont divifé les maladies en fanguines ,
bilieufes, pituiteufes & mélancoliques ;
mais cette diffindion eft bien moins
fondée fur des lignes évidens de la
furabondancede ces humeurs, que fur
l’exillence imaginaire d’une matière
morbifique. Paracelfe a de même dif-
tingué les maladies en falines,terreftres
& mercurielles ; d’autres , en acides
en alkalines , par une fuite de la théorie
qu’ils avoient adoptée, d’où il eff arrivé
que rHiftoire des m-aîadies eff deve-
ûue une forêt immenfe , dont iss
1
88 Discours
arbres ont donné jufqu’ici très-peu de
fruits.
24. Il faut en fécond lieu que celui
» qui écrit fHidoire des maladies , re-
» nonce pour quelque temps à l’hypo-
» thefe philofophique dont il eft pré-
» occupé , & qu’enfuite il obferve
» avec attention les phénomènes clairs
» & naturels des maladies quelque
» peu intérelTans qü’ils lui paroiffent.
» U doit en cela imiter les Peintres,
» qui, lorfqu’ils font un portrait, ont
» foin de marquer jufqu’aux lignes &
» aux plus petites taches , naturelles
H qui fe rencontrent fur le vifage de
» la perfonne qu’ils peignent. 0§, ne
» faurqiî croire à combien d’erreurs
» ces hypothefes philofophiqiies ont
» donné lieu. Les Auteurs qui en font
w imbus , trompés par les fauffes cou-
» leurs qu’elles répandent fur les ob-
» jets , apperçoivent dans les maladies
» des phénomènes qui n’exiftent que
. » dans leur cerveau , oc qu’ils euffent
» réellement apperçus , fi l’hyp.othefe
» qu’ils ont adoptée eut été véritable.
» Si la maladie préfente réellement
» quelque fymptome qui quadre avec
J» leur hypothefe, ils i’enfient au-delà
Préliminaire. §9
M de toute expreffion , & trasforment
» comme l’on dit, le rat en éléphant,
» comme fi c’étoit le principal nœud
^ de l’affaire. Si le phénomène ne s’ac-
corde point avec leur hypothefe,
» ou ils le paffent fous filence , ou ils
» n’en difent qu’un mot, à moins qu’à
H l’aide de quelque fubtilité philofo-
» phique, ils ne trouvent moyen de
» les concilier.
25. » Il faut en troifieme lieu que
>» celui qui décrit une maladie ait foin
» de diftinguer les fymptomes qui l’ac-
» compagnent néce flaire ment & qui
» lui font propres , de ceux qui ne font
» qu’accidentels & fortuits , tels que
» ceux qui dépendent du tempérament
» & de l’âge du malade , & de la mé-
» thode curative qu’on emploie ; car
» il arrive fouvent que la maladie varie
» félon la méthode dont on fe fert , &
» que les fymptomes font bien moins
» lefFet du mal que celui de la con-
» duite que tient le Médecin. Pour
» ce qui efl: des circonftanees déta-
» chées, on doit les omettre. En décri-
» vant les carafteres de la fauge , un
w Botanifie ne s’avife pas de parler
>* de la morfore des chenilles. On ne
ço Discours
» fauroit croire , dit Sydenham^ de
» quelle utilité feroit une pareille Hif-
» toire ; elle l’emporteroit de beau-
» coup lur ces bagatelles & fur ces
» recherches fubtiles dont nos livres
» modernes font remplis.
26. Ce font là les trois réglés que
îa fagefie elle-même diéle à quicon¬
que écrit fur les maladies. Elles feré-
duifent à diftinguer d’une maniéré pu¬
rement hiftorique leurs efpeces &
leurs genres, à bannir de rHiûoire
qu’on en donne toute hypothefe phi-
lofophique , & à tirer leurs caraâeres-
des fymptomes qu’elles préfentent
conftamment. 11 faut bien fe garder de
confondre les faits purement hiEori-
ques , avec les opinions philofophi-
ques , aütrement il n’y a plus -à comp¬
ter fur l’expérience (10); ni . établir
la théorie philofophique pour bafe de
l’hiftoire, car un pareil fondement eft
ruineux, ainïi qu’on ne J’éprouve que
trop (6-10). Et comme dans la re¬
cherche de la vérité, il faut toujours
partir des chofes certaines pour parve¬
nir à la connoiffance de celles qu’on
ignore , il s’enfuit que l’HiUoire doit
lervir de bafe à la Üiéorie, & - jamais
Préliminaire. 9I
celle-ci à FHiltoire. Latroifienie réglé
eft fondée fur ce principe , que les
fvmptomes étant plus aifés à connoître
que les caufes , vu qu’ils frappent les
fens , ils font infiniment plus propres,
fur-tout s’ils font conftans , à nous
faire connoître le vrai caraftere des
maladies , à' nous les faire diflin-
2,7. Nous n’avons que trois voies
pour nous infiruire pour étendre
nos connoifiances ; favoir , l’Hiftoire ,
la Philofophie & les Mathématiques.
L’Hifloire eft la conftoiflance des faits :
Par exemple , elle nous apprend que
la Pleuréfie efl accompagnée de la fîe--
vre , de la difficulté de refpirer , de la
toux &c de douleurs de poitrine. La
Philofophie efila connoiflance des cau¬
fes & des principes ; ainfi celui - là a
une connoiflance philofophique de la
Pleuréfie , qui conncît les caufes & les
principes des quatre fymptômes qui'
l’accompagnent ; qui fait , par exem¬
ple , qu’ils proviennent de l’inflamma¬
tion de la pleure ou des poimons. La
connoiflance mathématique confifte à
connoître les quantités & à favoir les
mefiirer ; par exemple , à déterminer
91 Discours
la force oc la vîteffe du pouls , le de¬
gré de la chaleur , l’intenfité de la dou^
leur, la violence de la tpux, & de tels
autres fymptomes.
xS.'La cosnoiffance Hiftorique eft
très-fimple & très-aiiee à acquérir, &
elle doit précéder toutes les autres. La
connoiflance Phiîofophique des mala¬
dies eft e^rêmement curieufe , &
diftingue le dogmatique de l’empyri-
que. Enfin la connoiflance Mathéma¬
tique eft la plus certaine & la plus utile
dans la pratique ; mais comme elle eft
moins cultivée , il eft rare qu’on puiffe
y parvenir. )
29. Tous ceux qui font verfés dans
les Mathématiques & dans l’étude de
la Médecine , favent que la connoif-
fance que nous avons des choies fe
réduit à celle des rapports qu’elles ont
entr’elles, des lois & des propriétés
des forces qui produifent en elles les
changemens qu’on y remarque. Je ne
parle ici que des chofes corporelles.
** Or, on connoît ces forces & ces lois
» du mouvement par les aélions qu’el-
» les exercent mutuellement les unes
» fur les autres , & ce font ces allions
» & les eftets qui en réfultenî, qui
Préliminaire. 95
nous conduifent à la connoifîance
» des lois qu’elles obfervent. A i’é-
» gard de la caufe phyfique , que les
» Philofophes recherchent avec tant
» de foin , & qu’ils regardent comme
» le principe de ces forces , on l’ignore
» entièrement. Comme donc on ne
» peut la connoître , qu’on ne con-
» noiffe auparavant fes forces & les
» lois qu’elles gardent entr’elles,ils’en-
» fuit que û ces forces font inconnues,
» la caufe phyfique l’efi; de même , &
» que la connoifiance de celle-ci feroit
» inutile à ceux qui connoîtroient ces
» forces. Les Médecins doivent donc
» fe borner à connoître les forces
» des médicamens & des maladies au
» moyen de leurs opérations ; ils ,doi-
>» vent les obferver avec foin , & s’é-
» tudier à en connoître les lois , & ne
» point fe fatiguer à la recherche des
» caufes phyfiques , qu’on ne peut
» connoître qu’on ne foit inlîruit des
» lois que ces forces fuivent, &; dont
» la conûoiffance eft inutile au Méde-
» cin , lorfqu’il eft une fois inftruit
» de ces lois. Pitcairn. Préf. pag.x.
30. On connoît le rapport qu’il y
a entre la pefonteur fpécifique dé l’or
94 Discours
& celle de l’eau mais on ignore en¬
core en quoi conMe la gravité du pre-
mier. On eft parvenu à connoître les
lois & les propriétés de la pèiànteur
dont les Horlogers & les faifeurs d’inf-
trumens Aftronomiques & tant d’au¬
tres , font un fi grand ufage en obfer-
vant & en calculant les effets qu’elle
produit ; ce font- là les feules lois dont
la connoiffance foit utile : quant à la
caufe de la gravité , il ne leroit bon
de la connoître , qu’autant qu’elle nous
conduiroit à la connoiffance des' lois
de la pefanteur-, de la vîteffe , & des
efforts , & à les déterminer avec pré-
cifion. Cependant / quoiqu’on ignore
cette caufe , on n’a pas laiffé de décou¬
vrir les lois des forces à l’aide des phé¬
nomènes , & ces forces étant connues,
îes Artiftes pourront fe paffer de la
connoiffance pHlofophiqiie de la pé-
fanteur. On peut en <fire autant de
celle des maladies & des remedés que
îes Médecins s’ëfforcent d’acquérir , vu
qu’il fuffit de î’Hiftorique & de la Ma¬
thématique qui en efi: une fuite , pour
être inffruit de fout ce qu’il y a d’utile ,
de certain & de néceflaire danslapra-
rique. • :
P R É L I M I N AIRE.
9)
Fondemens
De la Nofologie Hijîorique,
. 31. La Nofologie eft la fcienee des
maladies , ou l’art de démontrer tout
ce qui les concerne , foit d’itne maniéré
affirmative ou négative , & elle fait
partie de la Pathologie. Pour que la
démonftration foit fore , le raifonne-
ment doit être fondé for des expérien¬
ces ou des faits hiftoriques indubitables,
fur des définitions , for des axiomes 8c
des propofitions démontrées. Elle exige
des définitions des maladies , des def-
criptlons hiftoriques , & des principes
certains puifés dans l’Anatomie , la
Chymie , l’Hydraulique Sc la Mécar
nique.
31. Lorfque le nombre des chofes
qu’on veut connoître eft confidérable ,
il eft néceffaire de foivre un ordre ,
tant pour en faciliter l’intelligence , que
pour aider la mémoire , obfervant au¬
tant qu’on le peut celui qu’elles gar¬
dent entr’elles. L’ordre qu’on fuit en
traitant d’une Science , fe nomme Me-
thodi.. Or comme il y a un grand nom-
^6 Discours
bre de maladies , il convient pour en
feciliter la connoiffance , d’obferver la
meilleure méthode que l’on peut dans
i’hiftoire qu’on en donne.
3 3 . Les mots font les fignes de nos
idées ; & comme nous ne parlons &
nous n’écrivons que pour communi¬
quer nos idées à autrui & lui faire part
de ce que nous penfons , & que nous
ne pouvons le faire que nous n’ayons
auparavant déterminé la valeur de ces
fignes & que nous ne leur en ayons don¬
né connoiffance , ce qui exige une dé¬
finition , il s’enfuit que lorfque nous
voulons nous faire entendre , nous de¬
vons faire enforte que la valeur des
mots foit fixe , confiante & connue ,
ou ce qui revient au même , ne nous
fervir que de" ceux dont la définition
’eft connue.
34. La définition des mots & des
termes d’un Art fe nomme Nommcla’
turc. Si celle-ci eft vague & incertai¬
ne , elle excitera dans l’efprit des Lec¬
teurs des idées différentes de celles de
l’Auteur , ce qui caufera une équivo¬
que. Pour l’év'-ter , il faut donner à cha¬
que chofe différente un nom propre,
qui ne convienne qu’à elle feule ;
ne
Préliminaire. 57
ne point comprendre fous le même
nom des chofes différentes , ni une
même chofe fous différens noms. Lorf-
qu’on fuit une route contraire , on a
beau parler & écrire , perfonne ne nous
entend.
3 5. LaNofologie hiftorique a pourfon-
dement la Méthode & la Nomenclature.
I ® De la Méthode Nofologique,
36. La méthode Nofologique eft de
deux fortes , Synoptique & Syftéma-
tique. La Synoptique eft la divilion
des maladies en deux parties oppofées j
que l’on divife de nouveau en deux
autres , comme fi l’on divife les mala¬
dies en externes & en internes , &
chacune d’elies en particulières & en
univerfelles. Les maladies particulières
externes & internes , en maladies de
la tête , de la poitrine , du bas ventre
& des membres. Cette méthode em¬
ploie les livres , les chapitres , les arti¬
cles & les paragraphes ; mais les Na-
turaliftes , &; fur - tout les Botaniftes ,
ont remarqué depuis long -temps qu’¬
elle eft moins claire & moins aifée que
la Syftématique.
Tome I. E
Discours
37. La méthode Syilématique joint
enfemble les maladies qui fe reffetn-
bient , & les fépare de celles qui ne
leur reffemblent point; elle réduit tou¬
tes les maladies particulières à leurs
efpeces, ces efpeces à leurs genres,
les genres en ordres , & ceux-ci à un
petit nombre de claffes. Ceux qui cul¬
tivent i’Hiftoire Naturelle ont aban¬
donné depuis long-temps la méthode
Synoptique , & ont adopté la Syûé-
matique.
387 J’appelle Signes, les qualités in-
trlnfeques des choies qui fervent à les
faire connoître , & à les diilinguer les
unes des autres. JFolf. Logic, LaNc-
fologie a pour but de nous faire con¬
noître les maladies , & de nous les
faire diftinguer : or, comme on ne peut
atteindre à ce but qu’en employant
des moyens convenables , qui ne font
autres que les lignes en quedion ; il
s’enfuit qu’un Médecin qui cultive la
Nofologie doit principalement s’atta¬
cher à connoître les lignes des mala¬
dies. Les Boîanides donnent à ces fi-
gnes le nom de CaraHeres.
39. La Définition ed l’énumération
des fignss nécefîaires & fulBfans po«t
Préliminaire. 99
{^e connoître îa chofe définie, 8c
pour la -diflinguer des autres,
£og. Elle donne une notion com-
plette 8c déterminée du terme auquel
elle répond. Afin donc d’avoir une
idée complette ôc déterminée d’une
maladie , il faut la définir , ou faire l’énu*
mération des fignes 8c des caraderes
qui lui font propres.
40. Pour qu’un ligne nous condiiife
à la connoiffance d’une maladie , il faut
qu’il foit plus clair & plus évident que ce
qu’on cherche; & pour que cette cor.-
noiffance foit certaine , elle doit être
fondée fur des fignes certains 8c indu¬
bitables , d’oü il luit que les définitions
des maladies doivent être tirées de
fignes certains & évidens.
41. Le Genre &C la différence fpéci-
fique nous fourniffent des fignes pour
connoître la chofe définie , 8c pour la
diftingiier des autres. JFo//. Logic. >8^,
Il fiîhr'de là que le genre & la diffé¬
rence fpécifique conftituent la défini¬
tion. Si donc on réduit les maladies
à leurs genres & à leurs efpeces , ces
genres & ces efpeces fe trouvent par
là même définis , & on en acquiert une
connoiffance complette 8c déterminée.
1
lôô Discours^
4^. La reffemblance des maladies
particulières & individuelles s’appelle
Efpcce , là reffemblance des efpeces
confliîue le Genre. , celle des genres
V Ordre , ôc la convenance des ordres
la C/a/è.
Si je confidere les caraâeres qui font
communs à piufieurs plantes particu-
culieres , par exemple , que tpus les
jafmins ont la fleur faite en . forme
d’entonnoir , le lymbe partagé en cinq
parties , le calice fait en forme de tuyau
fendu en cinq , deux étamines , un îeiil
piftile , &C la baie à deux noyaux ; j’ai
l’idée du jafmin en général : que fi je
; remarque dans piufieurs efpeces parti¬
culières, des caraderes qui les diftin-
guent des autres , par exemple , que
les unes ont les feuilles oppofées faites
en forme d’ailes; que dans d’autres,
elles font oppofées de trois en trois ;
j’ai alors l’idée d’une efpece détermi¬
née , & je connois fa différence fpéci-
fique.
43 . On peut de même fe former une.
idée , non-feulement des genres , des
ordres ôc des claffes , mais encore de
la maladie en général , en oljfervant
. ce qui efl commun à toutes les mala-
Préliminaire. loi
dies 5 en quoi elles different de la fanté,
& en la définiffant félon l’idée que nous
nous en fommes ainfi formée. Mais
comme la définition efi: l’énumération
des fignes , qui doivent être plus clairs
que la chofe définie , il efi: aifé de voir
que ceux-là fe trompent qui définiffent
les maladies , leurs genres & leurs ef-
peces , non point par des principes
certains & évidens , mais par des fi¬
gnes inconnus , obfcurs , litigieux &
incertains.
44. On doit donc regarder comme
ffuffes les définitions des maladies que
l’on tire de la difpojition des parties
qur ^échappent fouvent aux fens , la¬
quelle eil fouvent hypothétique, ou
du moins obfcure ; d’un Jiegc fouvent
fuppofé, -OU établi gratuitement dans
des parties qu’on ne peut appercevoir,
foit parce qu’elles font internes , foit
parce qu’elles font trop petites pour
être apperçues ; d’une caiifc , qui en¬
tant que telle , ne peut tomber fous
les fens ; enfin de principes , proégu-
menes ou procathartiques extrinfeques
au corps, ôi qui par conféquent ne
caraâérifent point la m-aladie (58.)
45. On divife en particulier les ma-
E iij
102 Discours
ladies de plufieiirs façons , mais pour
l’ordinaire fuivanî quatre diverfes mé¬
thodes , favoir, V Alphabétique la tem¬
poraire, V Anatomique & ^Etiolo^am-
mais aucune de ces méthodes , ne vaut,
félon moi , îa Symptomatique.
46 . La méthode Alphabétique eft celle
q li range les maladies qui ont les mê¬
mes noms , relativement à cette ref-
femblance .des noms ou à celle des
lettres initiales. C’ell celle que fuiverxt
Manget & James , le premier dans fa
Polyalthea ; le fécond , dans fon Dic¬
tionnaire univerfel de Médecine.
• Mais comme le nom efl un ligne ex-
trinfeque qu’on n’apperçoit point dans
lès malades , &: qui dépend de la vo¬
lonté des hommes , & que les Com-
mençans ne connoilTent pas les noms
de toutes les maladies , il s’enfuit qu’ils
ne fervent de rien pour les connoître.
D’ailleurs, en fuivant cette méthode,
on joint enfemble des maladies qui
n’ont rien de femblable , comme l’À-
poplexie & l’Alopécie , la Paralylie &
la Paronychie; & l’on fépare celles
qui ont le même caraûere , comme la
Pîeurélîe & l’Hépatite , la Goutte &le
Rhumatifme ; d’où il âiit qu’elle doit
Préliminaire. 103
êîîe rejetée par tous ceux qui cultivent
la Nofologie.
47. La méthode Temporaire eft celle
qui divife les maladies relativement à
leur durée , en chroniques & en aiguës,
félon qu’elles durent plus ou moins de
temps. C’eft celle qu’ont fuivie Aretée,
Codius , Aurelianus , & pluiiëurs autres.
48. Cette méthode peche en ce
qu’elle n’établit aucun caractère évi¬
dent par oîi l’on puiffe didinguer le
premier jour une maladie chronique
d’une maladie aiguë. Car comme l’une
& l’autre ne different que par la quan¬
tité du temps , & que cette quantité
ne trouble point leuï reffemblance , on
ne peut connoître par ce principe ni
le genre , ni l’efpece ; en effet deux
chofes femblables , fans celTer de l’être ,
peuvent différer quant à la quantité ,
de forte qu’une maladie ., foit qu’elle
foit plus longue ou plus courte , péüî
être du même genre & de la même
claffe , ce qui fait dire avecraifon dans
les Ecoles que le plus & le moins ne
changent point l’efpece. Ajoutez à cela
qu’il n’y a aucune limite naturelle en¬
tre de chronique & l’aigu , que cette
limite eff arbitraire, & qu’on a le même
104 Discours
drqit de la rejeter qu’on a eu de l’éta¬
blir , y ayant des maladies qu’on peut
également ranger fous la claffe des ai¬
guës 6c des chroniques. Or toutes les
fois qu’on n’établit aucune^limite entré
les genres èc les efpeces , on eft en
droit de regarder les premiers comme
étant du même ordre , 6c les fécondés
du même genre , autrement il faudrolt
multiplier les genres 6c les efpeces à
l’infini , ce qui feroit abfurde. D’ail¬
leurs il y a des maladies aiguës qui vont
au-delà de quarante jours , 6c des chro¬
niques qui fe terminent en moins de
temps; enfin enfuivant cette méthode,
on ne connoît la claffe de la maladie
que lorfqu’il en eff le moins befoin ,
c’eft-à dire, lorfqu’elle a ceffé.
49. La méthode Jlnatomlque divife
les m.aladies felort les parties du corps
oîi elles établiffenî leur fiege , 6c par
conféquent en externes 6c internes,
en générales 6c en particulières , en
maladies de l’âge , du fexe , 6c enfin ,
en maladies de la tête , de la poitrine ^
du bas ventre 6c des membres. Elle
décrit enfuite les maladies de chaque
partie , 6c détaille leurs fymptonies
particiiîier-s. Ceux qui fuivent cette
Préliminaire. 105
ciethode mettent au rang des m.aladies
ce que tous les Praticiens ne regardent
que éomme des vices , des principes
éc des caufes de maladies , & ils don¬
nent le nom de fymptomes à ce que
les Praticiens appellent des maladies.
Voyez ridée univerjèile de la. Médecine
de J. Jcnjîon , imprimée à AmÇierdam en
i6'44. On n’y regarde point l’Apople¬
xie , la Manie , la Rage , la Céphalal¬
gie , &c. comme des maladies ; on
garde ce nom pour les verrues, les
lentilles , une petite plaie , les jambes
cagneufes , &c. Tous les Praticiens
condamnent cette Nomenclature ; iln’y
a que le jargon des Scholaftiques qui
puifie la fupporter.
Exposé
De la Méthode de Jonjlon & de
Sennen,
50. îiy a deux fortes de maladies,
dont les unes tiennent le premier rang,
& les autres le fécond. Les premières
fe divifent en fimilaires , organiques &
foluîions de continuité ou communes.
51. A. Les Similaires font les
maladies d’intempérie , avec matierç
E y
iq6 Discours
GU fans matière , & les maladies cau-
fées par des qualités occultes.
L’intempérie fans matière tient aux
qualités chaudes , humides , froides
Lches 5 & à leur com.binaifon.
L’intempérie avec m.atiere tient au
fang, à labile , à la mélancolie , & aux
férofités.
- Les qualités occultes ont leur origine
dans l’infeclion de l’air , dans l’eau , la
contagion , le venin , les charmes.
5 2. B. 2*^. Les organiques giffent dans
la conformation , le nombre , la gran¬
deur & la fiîuation.
La conformation fe divife en figure ,
cavité & fuperficie vicièufes.
La grandeur peche par défaut ou par
excès , comme dans la tumeur humo¬
rale , flatueufe , folide , purüleufe.
Le nombre peche par défaut ou par
excès.
La fituation change dans la luxation
& l’hernie.
53. C. Les maladies communes îoni
les plaies , les ulcérés , les fraôures.
Les maladies du fécond rang fe divi-
fent en externes & en internes.
5 4. D. Les maladies externes font les
tumeurs^ les maladies cutanées-, les ul-
PrÉLÎ MIKÀÎS.E. 107
ulcerss , les luxations , les fraâiires.
Les tumeurs fanguims font la corpu¬
lence , le phlegmon ,1e bubon , le phy-
cstlum , la parotide , la paronychie ,
fes engelures , réchjmiofe , le charbon.
Les tumeurs biikufcs font f éryfîpele ,
Therpe.
Les tumeurs pituiteufis , Toederne.
Les imùQm's mélancoLiques , le fquirre,
le cancer.
Les tumeurs faljb -féreufis - bilieufis ^
la gale , les phlyflenes , les échaubou-
lureSjles cirons , les boutons, i’épinyc-
tide , i’alphus , la leucé, la grateiie, la
goutte rofe.
Les tumeurs enky fiées , les écrouel¬
les , le ganglion , le méiiceris , le ftéa-
tome , l’athérome.
Les tumeurs dures , les verrues , les
cors , les calus.
Les tumeurs caufées par La prejjion
des foüdes , Tanevrylme , les varices.
Les tumeurs malignes , l’élephantia-
fis , le charbon , la petite vérole , la
rougeole.
55. E. Les maladies cutanées^ font
les rouffeurs , les éphélides , les taches
de la peau , les taches hépatiques , les
démangeaifons 5 iamauvaife odeur, l’a-
E vj
iq8 Discours
lopécîe , la gale , la plique , la gan-
grene , &c.
Les maladies internes fe divifent en
générales & en particulières.
56. F. Les maladies univerfelles ,
font les fievres n'bn putrides , les fievres
putrides , malignes & peftiientieiles.
. Les fievres non putrides ou pures,
font la fievre éphémère , la fievre
fynoque.
Les putrides continentes , la fyno-
que putride , le caufus.
Les putrides, périodiques premières,
la tierce continue , la quarte continue,
la quotidienne continue.
Les putrides , périodiques fecondai-
res caufées par Finfiammaîion d’un vif-
cere, la lipyrie lente produite parla
corruption d’un vifcere ou du lait.
Les intermittentes fimples, la fievre
tierce , la fieyre quarte , la fievre quo¬
tidienne.
Les intermittentes compofées, la
tierce double , la quotidienne double ,
la quarte double , triple , demi-tierce.
La fievre heâique.
Les fievres malignes, la petite vé¬
role, la rougeole , la fievre petechiale,
la maladie d’Hongrie , la fueur Angloife»
PRÉLÏ M IN AIRÊ. 10^
Les fievres peflüentielles , la pefte.
Les maladies particulières font non
venimeufes , ou venimeufes.
57. G. Les maladies non-venimeufes
font, l'^. ks maladies de la tête ^ que
l’on divife en maladies du cerveau , &
en fymptomes du cerveau bleffé dans
fes fondions.
1°. Les maladies du cerveau font, fon
intempérie, la petiteffe des conduits,
fa commotion , fon inflammation , l’hy-
drocephale , les contufions de la tête,
les plaies , les fradures.
Les fymptomes du fens externe , la
céphalalgie ; du fens commun , la veille^
le coma ; de l’imagination , le vertige ;
de la ralfon , V oubli , le diüre , la phré-
néfe , la manie , la rage ; du fens inter¬
ne , le coma vigil , la léthargie ; du mou¬
vement animal , la laffîtude , Y inquiétude ,
\t frijfonnement ylo. tremblement, la pa~
ralyjîe , le fpafme ; fymptomes mixtes ,
X incube , la catahpfe , Xépilepfk , le carus^,
V apoplexie ; fymptomes dans les excré¬
tions , le cataire,
2®. Les maladies des yeux font , le
trachoma , l’emphyfeme, le cancer,
l’hydatide , l’orgeolet , le grando , le
trichiaûs , le phalsDgofis , le phîhiriafis ,
I ïo Discours
îa madarofe , i’encanthis , i’ægilops ;
la fiftuie , l’ophthalmie , l’unguis , le
pannus , l’hypophafie , la nebula , l’al-
bugo , les pullules , les ulcérés , la my.
driafe, la caîaraâe, l’atrophie, i’hy-
pochime.
Les fymptomes , la douleur , le llra-
bîfme , la myopie , la ny^alopie , l’a-
maurofe , la goutte fereine, la presbyo-
pie , l’amblyopie.
3^. Maladies des oreilles ^ l’inflamma¬
tion, les ulcérés.
Symptômes ; la douleur , la furdité ,
le tintement , le bruit confus-
4^. Maladies des narines ; V.\AQQXt
îa punaifie , le polype.
; Téter numenî , Thémor-
rhagie , Tanofmie, le cory^za.
5 . Maladies de la bouche ; la grenouil*
dette , les aphthes , les le vres fendues, la
parulie , les excroiflanees , les ulcérés.
Symptômes , le bâillement , le ptya-
lifme , le mal de dents , la puanteur ,
la noirceur des dents , la ftapeur.
58. H. l-.es maladies du ventre TrtoyiJi
font , les tumeurs , les ulcérés , les
plaies , &c. du pharynx , du gofier , de
la trachée artere , des" poumons, du
thorax , du cœur , des mamelles , &c.
Préliminaire. iiî
Les j(ÿ/7z/AJ/we5; l’angine, la pîeuréfie,
le tabes, la phthifie , i’afthme, la toux ,
rhémoptyfie,la palpitation, la lyncope.
I. Les maladies du bas ventre font ,
les différentes efpeces de tumeurs , les
inflammations , les abfcès , les defcen-
tes , les hernies , les ulcérés , les fiftu-
les , les plaies , les rhagades , les obf-
traclions , la mauvaife difpofition , &c.
de i’œfopbage , du ventricule , des in-
teftins , de l’anus , des pariiçs génita¬
les, &c.
Les fymptomes font , la difficulté d’a¬
valer, la douleur, l’ardeur d’eftomac ,
l’anorexie , le trop grand appétit , l’ap¬
pétit dépravé , une foif ardente , le dé¬
faut de coâion , le hoquet, les rap¬
ports , les naufées , le vomitTement , le
choiera morbus , la paillon iliaque , la
colique , la conflipation , la lienterie , la
paffion coeliaque , ladiarrhée, lady fie n-
terie ,le flux hépatique , des démangeai-
fons au fondement , le tenefme , les hé-
morrhoïdes , la cachexie , l’hydropifie
afcite , tyœpanite , anafarque , l’idere ,
l’atrophie, l’afleôion hypochondriaque,
le fcorbut , le diabètes , l’ifchurie , la
dyfurie , le piflement de fang , le défit
du coït , le priapifme , le fatyriafis-.
II2. Discours, -fl
la gonorrhée , la foibleffe ou la douleur
de i’uterus ; le üux menftruêl , immo¬
déré , fufpendu, ou difficiie , les fleurs
blanches , les pâles couleurs , la fuffo-
cation de la matrice , la fureur utérine,
la mélancolie dans les fenlmes , la fté-
rilité, &c.
Appendix de la goutte. -
K. Dis maladies venimeujès. De la
vérole , des venins tirés des fofliles ,
des végétaux , des animaux.
L. Des maladies des enfans. Des ma¬
ladies de la tête , de l’eflomac , du bas
ventre. ■
■ 60. Cette méthode eil confufe, trom*
peufe & incommode. Elle eûco72fufe;
car les parties fimilaires telles que les ar¬
tères, les veines , les nerfs , les fibres, les
fluides , étant intimement mélés avec les
mufcles & les vifceres , & par CQnié-
.quenî confondues entr’elles, il ne s’en¬
fuit pas de ce qu’un nerf ell affeâé ,
que telle ou telle partie , ou tel ou tel
vifcere ne le foit point : bien loin de
là , toutes fe reffentent du mauvais état
de la partie affeûée , de maniéré qu’on
ne peut diflinguer le fiege du mal, ou¬
tre que toutes les parties font conti¬
guës, Sc ne font point déterminées de
Préliminaire. 113
façon qu’on puiffe leur alSgner des
limites. En effet , qui eft-ce qui peut en
établir entre les parties internes & celles
qui font externes? La peaueft-elle par¬
tie interne , pour être cachée fous l’é¬
piderme ? Une partie peut- elle s’en¬
flammer fans que celle qui lui eft con¬
tinue èc adhérente par des veines &
des arteres ne s’enflamme auffi? Qui
eft-ce qui peut afligner des limites dans
un homme vivant entre l’inîeftin ilcon
& le jéjunum , tandis qu’elles font ar¬
bitraires, même dans le cadavre ? Qui
éft-ce qui peut en afligner entre le foie
& la rate ? Il y a plufieurs maladies que
l’on regarde comme particulières , que
l’on pourroit également mettre au nom¬
bre des générales. De ce nombre font
les maladies inflammatoires accompa¬
gnées de fievre , les maladies foporeu-
îes qui abattent totalement les forces ,
& privent les membres de tout fenti-
ment & de tout mouvement , la ca¬
chexie , les pâles couleurs , la lepre ,
la confomption.
61. La méthode anatomique eû in¬
commode en ce qu’elle fuppofe dans les
Commençans la connoiflance de l’A¬
natomie 3 & parce qu’en nous donnant
II4 D I s c O üli s
celle de la partie dans laquelle la ma¬
ladie a établi fon fiege , nous ne fom-
mes pas mieux infiruits de fa caufe &
de fon caraâere, non plus que de la
méthode qu’on doit employer pour la
guérir. En elFet , le même vifcere peut*
être afFedé par des maladies tout- à- fait
dilFérentes , par exemple , par la phré-
néfie ou l’apoplexie , la fievre ou la
fyncope , l’anorexie ou la boulimie’,
le phlegmon & l’œdeme , l’intempérie
feche & humide, peuvent également
alFoiblir la même partie. D’ailleurs , la
correfpondance qui régné entre les
nerfs fait qu’on appercoit les fympto-
‘ mes dans une partie , tandis que la
caufe réiide dans une autre, comme
il arrive dans les maladies fympathi-
ques , outre que les parties ayant une
certaine étendue , la maladie peut fe
communiquer à plufieurs en même
temps , témoin l’obflruâion du reûum,
qui occafionne une douleur & une ten-
fion dans le bas- ventre , &; un vomif-
fement de la matière fécale. Mais le
y plus grand défaut que je trouve dans
cette méthode eft , qu’il n’y a aucune
reffemblance entre les maladies , eu
égard à la partie afFedée ; & ,qùe raf-
Préliminaire.
femblant des maladies tout-à-fàit diffé¬
rentes, on eft fouvent obligé de répé¬
ter la même théorie générale 8c la
même méthode curative. Toutes les
parties en général , par exemple , 8c
chacune d’elles en particulier pouvant
être affeftée d’un fentiment de douleur,
on eft obligé de répéter la théorie de
la douleur dans chaque claffe , toutes
les fois qu’il en eft queftion ; il arrive
de là que la connoiffance de la claffe
ne fert prefque à rien pour acquérir
celle des genres, vu le peu de reiTem-
blance qu’il y a entr’eux.
6z. Enfin, cette méthode eft trom-
peufe dans Üùat ou dk en ce qu’elle
ne rapporte point toutes les maladies ,
par exemple , celles des mufcles , des
glandes , des vifceres , du cerveau , de
la moelle épineufe , de la véiicule du
fiel , du thymus , des capfules atrabi¬
laires, de la moelle des os , 8zc. Elle
eft trompeufe encore , fût- dk comme,
elle doit être , parce que le fiege de la
maladie varie , eft douteux , ou entiè¬
rement inconnu , 8c qu’elle le fuppofe
connu , puifqu’autrement elle ne pour-
roit pas nous faire parvenir à la con-
noîû'ance des maladies. Prenons le vo-
1
îi6 Discours
miiTement pour exemple : quel eft le
fiege de cette maladie ? Eft-ce la bou¬
che par où les matières fortent, ou
i’œfophage par où elles paffent , ou le
ventricule , comme plufieurs le croient,
& en ce cas laquelle de fes membra¬
nes ? Eft-ce la veloutée , la mufculeu-
fe ou la nerveufe } Ou bien font-ce les
inteftins , comme dans le vomiffement
iliaque caufé par le bubonoceie } Mais
le vomiftentent bilieux vient du foie ,
l’urineùx , des reins , & ainfi des au¬
tres : om.voit donc que cette maladie
peut avoir fon fiege dans plufieurs en¬
droits; & comme l’Ecrivain ignore à
quelle partie il doit la rapporter , le
Leâeur ignore bien plus fous quel titre
il la cherchera. Quel eft le fiege de la
manie, de la mélancolie, de l’oubli,
du fomnambulifme , du tarantifine , du
vertige , de la caîalepfie, du cochemart,
du pica & de quantité d’autres mala¬
dies? On ne le détermine que parhy-
pothefe, & comme on ne connoît point
la partie âffeârée , on ne fauroit jamais
parvenir à cette évidence qui conftitue
le caraâere de la maladie. C’eft l’igno¬
rance où l’on eft du fiege des maladies
qui fait que Lower place le fiege du
Préliminaire, i 17
chemart dans le quatrième ventricule
du cervelet , Dddier dans les mufcies
de la poitrine , les uns dans i’eftomac ,
les autres dans le poumon. Cælius Au-
nüanus demande quel eft le liege de
l’hydrophobie , & quelle eft la partie
qui fouftre dans ceux qui en font affec¬
tés ? II répond que ce font les nerfs , fui-
vant Démocrite; les méningés^ fuivant les
Seftateurs Ôl Afclépiade ; le diaphragme ,
félon d’autres ; l’eftomac , fuivant Ar^
torius & Artemidore ; le ventre , fuivant
Gaius difciple à’Hérophile ; le cœur, les
flancs, la tête & le diaphragme enfem-
ble , fi l’on en croit Magnus d’Ephefe.
La fievre , la plus- fréquente de toutes
les maladies , a fon fiege dans le cer¬
veau , fuivant Morton; dans le cœur,
fuivant Galien ; dans les extrémités des
artères, fuivant plufieurs modernes ; le
plus fouvent dans le méfentere, au rap¬
port de Baglivi; dans le pancréas, fui¬
vant Sylvius ; dans Veflomac , félon plu¬
fieurs Praticiens. Suivant M. Afiruc, la
greffe vérole a fon fiege dans la lym¬
phe & dans la femencc ; Mercurialis la
place dans les efprits naturels ; Perdulcis,
dans le foie , &c. Cette variété de fen-
timens prouve que le fiege des maladies
ii8 Discours
n’efl pas affez évident pour établir un
caraâefe auquel on puili’e les connoître
& les diftinguer, & que la méthode
à laquelle il fert de fondement n’eft
d’aucune utilité pour cet eftét.
63. La méîkode Etiologique àéûnk Sc
didingue les maladies par leurs caufes
& leurs principes , ou , ce qui revient
au même , elle fuppoie la connoiffance
de ces caufes &: de ces principes , &
en emprunte des lignes pour connoître
& diftinguer les maladies.
Les Galéniftes ont attribué la fievre
à une chaleur qui s’allumoit dans le
' cœur , qui fe répandoit dans les mem¬
bres, & fe eommuniquoit aux humeurs,
aux efprits & aux foiides. Sur ce prin¬
cipe , ils ont diviié les fievres en cketi-
ques^ lefquelies font occafionnées par
la chaleur des humeurs & des efprits ,
& en heUiques , qui le font par celle
des foiides. Ils ont encore divifé celles
qui proviennent de l’inflammation des
humeurs, en fanguines , biiieufes ,
pituiteufes &, mélancoliques.
Les Difeiples de Paracelfe , les attri¬
buant au foufre , à la terre , au fel, au
mercure , ou à l’efprit & à l’influence
des allres, les ontdiyifées en terreflres,
Préliminaire. 119
üHnes , mercurielles & afirales , & les
ont définies par ces principes. Tachenius
Lia prefque toutes divifées en acides ,
alkalines & neutres.
64. Il eft aifé de fentir la faulTeté des
caraderes qui ne font fondés que fur
une caufe hypothétique & arbitraire,
tels que font ceux dont on vient de
parler ; mais on ne fent pas dé même
l’erreur que peut occafionner un ca-
'raâere étiologique que l’on s’efforce
de concilier avec les lois du raifonne-
ment & de l’expérience. Je m’expli¬
que , & je dis 1°. qm la -Médecine ne
fera jamais aucun progrès , à moins qu'elle
ne fait fondée fur des principes certains &
incontefables ; & en effet , fi les fon-
demens font changeans & muables ,
il faut néceffairement qu’elle le foit
auffi. Or les meilleures Etiologies des
maladies que nous avons iufqu’ici ,
telles que font celles de Sennert^ de
Sydenham , de Riviere , de Botrhaave ^
à' Hoffman , de Pitcairn , &c. ne s’ac¬
cordent point entr’elles , fe com¬
battent les unes les autres , changent
tous les dix ans , & ne fauroient
par conféquent fervir de fondement
à la Médecine. Je dis a®, que quand
îlo Discours
me?^s P Etiologie des maladies ferait cer¬
taine , elle ne fauroit fournir des carac¬
tères pour les coTipoitre & pour les dif
tinguer. La raifon en efl, que la caufe
en tant que telle ne pe«t être apperçue
par les fens ( Hamberg. Phyf. Præf.
pag- & que des principes ou des
caiifes . éloignées d’une maladie, on ne
peut coticlure que fa poffibilité & non
-fon exiftence. Que diroit-on d’unBota-
nille , qui voulant nous donner les
carafteres des plantes , les définiroit
& les diviferoit , ou voudroit nous
les faire connoître par des qualités dou-
teufes , obfcures , qui échappent aux
fens , ou par leur ftrufture intime &
hypothétique , par leurs follicules, leurs
trachées , &c. ? On en riroit, & avec
raifon , car il y a de la folie à vouloir
découvrir ce qui eft caché par le moyen
des chofes qu’on ignore. Les fignes
doivent être plus clairs que la chofe
que l’on cherche à défigner. C’elt pour
éviter cette erreur, que les Botaniftes
déterminent les claffes , les genres &
les efpeces des plantes par le nombre,
la figure , la fituation & la proportion
des parties externes que tout le monde
apperçoit, & n’ont recours aux racines
que
PRÉLÎMI.NÂÎRE. lai
que ie plus rarement qu’ils peuvent,
& lorfque les autres caraâeres devien¬
nent infufHfans. On fe moqueroit d’un
Zoologue , qui décrivant les genres
& les efpeces des animaux, emprun-
teroit leurs caraâeres des œufs ou des
animalcules répandus dans la femence,
& des autres myÆeres de la généra¬
tion ; parce que les genres & les efpe¬
ces font des chofes lenfibles, & qu’un
caraâere qui n’a ni évidence ni clarté,
ne peut fournir ni définition ni divifion.
65. Comme donc les principes &
les caufes des maladies font fouvent
cachées dans l’intérieur du corps , in¬
connues ou extrinfeques à l’homme ,
& ne prouvent tout au plus que la
poffibilité du mal , quelque certaine
que foit la caufe , elle ne fauroit four¬
nir aucun caraé^re évident, & quelque
évidens quefoient les principes ,(155)
iis ne fauroient fournir aucun caraélere
certain. Si un Général ou un Capi¬
taine ne fpécifîoit dans le fignalement
qu’il donne de fes Soldats que les mar-
<jues cachées qu’ils, ont fur le corps ,
ou tel§ autres fignes obfcurs & incon¬
nus qui échappent à la vue , on auroit
beau chercher les deferteurs , on nç
Tomi /, F
122 Discours
les découvriroit jamais. De même fi
celui qui écrit FHifioire des maladies
fe contente de les défigner, de les
finir , & de les divifer par leurs caufes
& leurs principes , il perdra fon temps
& fa peine , perîbnne ne les reeon-
noîtra.
66. Je fuis perfuadé que rien n’eft
plus utile, & plus nécelTaire fi l’on veut,
que la connoiflance des caufes & des
principes des malacfies ;^ais cette con¬
noiflance efi: encore à acquérir, & à
l’égard des caufes prochaines , les Mé¬
decins les plus heureux dans la prati¬
que qui ont vécu avant Harvey^ les
ont entièrement ignorées. En un mot,
quiconque entreprend une Hiftoire des
maladies-, doit renoncer à toute hypo-
thefe & à toute théorie philofophique,
étudier leurs caufes d’après cette hiftoire,
& imiter les Géomètres qui fe fervent
des quantités connues pour découvrk
les inconnues.
67. Enfin la méthode Symptomatique
eft celle qui emprunte les carafteres
des maladies, des phénomènes inva¬
riables , & des fymptomes évidens
qui les accompagnent.
» y a-t-il, dit ï Hippocrate Ànglohy
Pr ELI MIN AIRE. XIJ
» une voie plus fure & plus courte
tf pour découvrir les caufes morbifi-
» ques, au devant defquelles il faut
»» aller , ou les indications curatives
n dont on a befoin , que la connoif-
» fance certaine & diftinâe des fymp-
M tomes particuliers ? Il n’y a point
» de circonftance , quelque légère
M qu’elle foit , qui n’ait fon utilité
» dans l’un & l’autre cas. Je conviens
H que les différens tempéramens des
>» individus, & les différens traitemens
» qu’on emploie , peuvent occafion-
» ner quelque variété ; mais d’un autre
» côté, la nature eft fi uniforme 6c
H fi femblable à elle-même dans la
^ produélion des maladies , que malgré
»♦ la différence -des corps, les fymp-
» tomes font prefque toujours les
» mêmes dans la même maladie ; il en
H eft d’elles comme des plantes , dont
» les caraéleres généraux font inva-
» riables dans les individus de la mê-
» me efpece. Celui qui décrit exafte-
H ment une violette, & qui définit
» fon caraélere d’après les phéno-
» menés conftans qu’il y remarque ,
M par exemple , d’après la figure , le
?» nombre , la fituation ôc la oroporr
F n
124 Discours'
» tion des parties qui fervent à k
» fruâ;ification , s’appercevra aifément
que ceîte hiftoire , ou ce çaraâere
» tant générique que fpécifique , con-
» vient aux individus de la même
efpece qui font répandus dans tout
» Tunivers.
68. »> Je fuis perfuadé , continue
» l’Auteur, que la raifon pour laquelle
» nous n’avons point encore une hif-
toire exaâe des maladies, eft que
» la plupart des Auteurs ne les ont
» jufqu’iei regardées que comme les
H effets confus' & cachés d’une nature
M mal difpofée & déchue dé fon état,
» & qu’ils auroiênt cru perdre lair
H temps s’ils s’étoient amufés à ks
» décrire. Cependant l’Eîre fuprême
» ne s’eff pas âffujeîti à des lois moins
» certaines en produifantffes maladies,
» ou en mûriffant les humeurs mor>'
» bifiques , qu’en créant les plantes
'» & les animaux. Bien plus, comme
» il ÿ a certaines qualités particulières
» qui font propres à chaque plante
» & à chaque animal, de même il y
» a dans le développement dé tous
}» les fens morbifiques j Certaines pro-
g priétés dont oii s’appe-rçok-fans peine
Préliminaire.. 12,5
» après que l’efpece eft une fols pro-
duite. Celui , par exemple , qui ob-
» fervera attentivement l’ordre , le
» temps , l’heure où commence l’accès
>> de la fievre quarte , les phénomènes
» de friffon , de chaleur , en un mot ,
» tous les fymptomes qui lui font pro-
près, aura autant de raifon de croire
» que cette maladie eft une efpece ,
» qu’il en a de croire qu’une plante
» conftitue une efpece , parce qu’eUe
» croît , fleurit & périt toujours de la
» même maniéré ; avec cette dlffé-
» rence néanmoins que les efpeces
» des plantes , à l’exception des para-
» fîtes , fubfiftent par elles-mêmes, au
» lieu que les efpeces des maladies
» dépendent des humeurs ou des cau-
» fes qui les engendrent.
69. » Pour revenir à mon fujet, je
H fuis perfuadé que les fymptomes
» mêmes les plus légers d’où le Mé-
H decin a tiré fon diagnoftic , peuvent
» également lui fournir les indications
M curatives dont il a befoin; Si j’ai
» fouvent penfé que fi j’avois une
» hiftoire exafte de chaque mala-
» die , il ne me feroit pas difficile
H de la guérir, en fuivant la route
ji6 Discours
» que m’indiqueroient les phénome-
nés , & qui eft toujours sure. Si
w l’on avoitfoin de comparer ces plié^
» nomenes les uns avec les autres,
» ils nous conduiroient comme par
» la main à des indications évidentes,
qu’on doit plutôt chercher dans la
» nature , que dans les caprices d’une
» folle imagination.
70. » C’eH en fuivant cette route
» que le Fondateur de la Médecine ,
» le favant Hippocrate , efl parvenu
» au plus haut période de fon Art.
» Convaincu que' la nature guérit les
» maladies , & voulant établir la Mé-
» decine fur des fondemens certains
» & inébranlables , il a eu foin de
» décrire les phénomènes qui font
M propres à chaque maladie , fans em-
» ployer le fecours d’aucune hypo-
» thefe , comme on peut le voir dans
» fes Livres des maladies , des affeBions.
» Voilà à quoi s’eft réduite la théorie
» de ce divin Vieillard. » Ce font là
les termes de Sydenham.
7 1 . Si l’on prend la peine de com¬
parer les parties externes & internes
entr’elles , on verra que les corps hu¬
mains font des machines femblables
Préliminaire. 127
ou très-approchantes les unes de au¬
tres , du moins dans lès perfonnes du
même âge , du même fexe & du même
tempérament , & c’efl: de la certitude
de cette propofition que dépend celle
que l’on admet dans la pratique de la
Médecine, & dans les affaires de 1^
vie humaine. Par exemple , c’eft une
chofe certaine que Titius a le cœur,
les poumons , le ventricule qu’on ne
volt point, placés dans le même en¬
droit que Mævius , &'que ces vifceres
ont la même figure & la même gran¬
deur dans le premier que dans le fé¬
cond ; que la même dofe de féné ,
prife dans les mêmes circonftances ,
doit produire dans tous deux les mêr
mes effets ; que le pain leur fert égale¬
ment de nourriture ; que certains poi-
fons font nuifibles à tous deux , &c. ;
& cette certitude morale fuffit pour les
ufages de la vie.
72. Il fuit de là que les mêmes cau-
fes & les mêmes principes doivent leur
caufer les mêmes maladies dans les mê¬
mes circonftances, & comme il eft
certain que l’excrétion de la férofité
lixivielle du fang fe fait dans tous les
deux par les urines , & celle de la
F iv
iiS Discours
bile par le foie , il y a tout lieu de
croire que la matière morbifique doit
altérer également en eux les mêmes
fondions , les mêmes excrétions & les
mêmes qualités. Ce font ces léfions,
ces changemens fenfibles auxquels on
donne le nom de fymptomts , & il
fufiit d’en admettre la caufe , pour être
afîuré qu’ils en réfulteront comme des
effets néceffâires; car rien ne fe fait
par hafard dans l’univers , & le hafard
n’eft qu’un nom imaginaire qui ne doit
fon origine qu’à l’ignorance des caufes.
11 s’enfuit donc que les caufes des ma¬
ladies une fois admifes , il en doit ré-
fulter des fymptomes , lefquels varient
félon la diverfité de ces caufes.
73 . Il y a une connexion certaine &
îiécefl’aire entre les caufes & les fymp-
îomes; & comme ceux-ci font des
changemens évidens & fenfibles , &
comme autant de fignes ou de carac¬
tères qui nous çonduifent à la connoif-
fance des caufes , il s’enfuit que ce ne
font ni les caufes ni le fiege des ma¬
ladies qui doivent nous conduire à la
connoiffance des fymptom.es , mais
mi’au contraire , nous devons nous
fervir des fymptomes pour connoître
P R É L I M I K A I R Ê. 110
le fiege &: les caufes des maladies , &
que ce n’elt qu’en tenant cette con¬
duite que le Médecin eû sûr de ne
pas s’égarer.
On peut déduire de ce qu’on vient
de dire les réglés fuivantes.
74. ( * ) La définition d’une maladie
efi; l’énumération des fympîomes qui
fervent à connoître fon genre & fon
efpece, & à la diftinguer de toutes
les autres.
/ 75. La définition d’une maladie eû
donc défeélueufe , lorfqu’on y fait en¬
trer des chofes qui font obfcures &
hypothétiques telles que le fiege in¬
terne & propre , qu’on ne peut difiin-
guer dans un homme vivant : mais on
doit y faire entrer le fiege que l’oa
Eonnoîî par l’entremife des fens, ou
par le rapport du malade , quand mê¬
me la vériîahîe caufe & le vrai prin-
•tipe de la maladie réfideroient ailleurs.
Par exemple , quelle que foit la partie
jque le cochemart affecle , comme le
■malade fe plaint d’une grande oppref-
{’'■) Theflaîas s’ejî trompé grcffiércmcnt lorfqu’il a.
jtXflu àu rang des maladies les léfior.s des actions , de
même que les affeBions qui en font les caufes , & qu’il
a confeillé eux Aiédecirs de s'en tenir eux fmples évA*
•ifMtwEi,- -Çàien. - , . . -
F Y
Ï30 Discours
fion qu’il fent dans la partie extérieure
de la poitrine , il faut inférer ce fymp-
îome dans la définition , èc ne point
décider fi la matière morbifique a fon
fiege dans le cervelet , dans les pou¬
mons ou dans l’eftomac; mais ren¬
voyons la queftion à PEtiologie. Il s’en¬
fuit donc qu’on ne doit parler dans la
définition que du fiege apparent des
fymptomes. , & non point du fiege
caché de la caufe , autrement on con¬
fond l’expérience avec le jugements
76. La définition ell encore défec-
tueufe , lorfqu’elle fait mention de la
caufe ou des principes v cette feute eft
intolérable dansla définition des genres^
parce que quand même on feroit affuré
que ce genre de maladie eft produit
par cette caufe ; comme cependant
elle ne tombe point fous les fens. ri
du Médecin ni du Malade , elle ne peut
fournir aucun figne ni aucun caraâ:ere*
C’eft mal à propos , par exemple , que
Gorrée définit la Pleuréfie une inflam¬
mation ou une tumeur, qui fe forme
dansla metebrane qui tapifîe les côtes,
accompagnée de rougeur , de choeur
' Qc dé douleur, parce qu’on, ne peut
PRELIMINAIRE. 131
appercevoir que la chaleur & la dou¬
leur , & que la rougeur & la tumeur
ne font point fenfibles , & parce qu’on
ne voit pas fi la membrane eft réelle¬
ment affedée.
yy. C’eft ce qui fait qu’on n’a aucune
définition fixe & confiante des mala¬
dies. Par exemple , Arifiou définit la
Pleuréfie , une codion ou un épaiffif-
fement de la matière liquide.
Apollonius , une affedion pafiagere
& foudaine , qui a quelquefois fon
fiege dans les parties du poumon , &
qui fouvent n’efi accompagnée d’au¬
cune tumeur.
Afckpiade , un écoulement d’humeur
paflager & rapide qui a fon fiege dans
les parties intérieures 4u côté, accom¬
pagné de fîevre & de tumeur.
Soranus , une douleur violente dans
les parties intérieures du côté , accom¬
pagnée d’une fievre aiguë & d’une
petite toux , qui contribue à l’excré¬
tion d’une liqueur dont la qualité varie.’
Gordon^ (^Lilii pug. 203. ) un apof-
tême chaud, qui, a fon fiege dans les
tuniques qui tapifient par dedans les
côtés de la poitrine.
Van Hdmont, un déchirement de
F vj
131 Discours
la plevre , laquelle fe fépare des côtes ,
non point par le poids de la pituite qui
découle du cerveau , comme les an¬
ciens l’ont cru , mais par les efforts
convulfifs de l’archée , ou une acidité
étrangère engendrée par ce même ar¬
chée. Hdm, phvra furms y pag. z43.
JunkeruSyTab. 64, une fievre aiguë,
continue , inflammatoire du fécond
ordre , par le moyen de laquelle le
principe aélif dirige les humeurs vers
la poitrine , & cherche à en procurer
la réfolution dans la plevre.
78. La définition efl trop peu éten¬
due & faufle lorfqu’elle ne convient
point à toutes les efpeces , & l’efpece
appartient à un genre donné , îorfqu’elle
a plus d’affinité avec liii par les fymp-
tomes effentiels , qu’avec les autres
genres.
Par exemple , les définitions de la
pleuréfie font trop peu étendues quand
on n’y fait entrer que la douleur du
côté , vu Hippocrate fait mention
d’une pleuréfie du dos , & Avicenne
d’une pleuréfie du médiaftin , & qu’il
y a d’autres efpeces qu’on ne peut
mettre qu’au rang des pleuréfies ,
qui font accompagnées à la vérité d’une
PRELIMINAIRE. 13}
douleur de poitrine , mais dans îef-
quelies le côté ne foufFre point. Pour
fixer les limites d’un genre , il faut con-
noître exactement toutes les efpeces
obfervées jufqu’ici; fans cette connoif-
fance on ne fauroit bien définir ce
genre que par un effet du hafard.
79. La définition efl trop vague ,
loriqu’elle convient à d’autres genres
qu’au défini; il faut donc la rejeter,
parce qu’elle confond des chofes entiè¬
rement diftinâes.
Par exemple , la définition
tou & Gorréc donnent de la pleuréfie ,
convient à plufieurs maladies diffé¬
rentes de celles-ci ; lorlque le phleg¬
mon qui affefte la pîevre eff léger, ii
peut arriver qu’il ne caufe aucune fiè¬
vre aiguë , & par conféquent qu’il n’y
ait aucune pleuréfie. On apperçoit tous
les jours dans les cadavres de ceux
qui font morts de toute autre maladie
que la pleuréfie , certains endroits de
la pîevre rouges & gonflés, ce qui
prouve qu’elle a fouffert une légère
inflammation.
80. La définition eff feuffe lorfqu’eîle
détermine le principe ou la caufe ca¬
chée aitx fens ; car cette déterminatios
134 Discours
eft fouvent fauffe , & quand même elle
feroit certaine , elle ne convient point
à la définition. Par exemple , Senmn
s’efl: trompé , lorfqu’il définit . la pleu-
réfie une inflammation des côtes , qui
s’étend jufqu’aux poumons par le
moyen de la veine cave ou azygos,
Jonjlon a été dans la même erreur,
lorfqu’il l’a attribuée à l’inflammation
& à l’épanchement du fan g ; on peut
en dire autant de Van Helmont^ qui
l’attribue à un acide. Les modernes
tombent dans la même faute , îorfqu’ils
parlent de la flafe du fang dans les vaif-
feaux capillaires , en tant que caufe,
parmi les caraâeres de l’inflammation ,
vu que cette flafe , telle qu’elle puifle
être , ne fauroit produire par elle-mê¬
me ni chaleur, ni douleur, ni pulfation,
ni diflenfion.
8i. Le genre d’une maladie eft fa
définition , ou l’énumération des lignes
qui lui font communs avec toutes les
autres de la même clafle & dû même
ordre, & de ceux qui l’en diftinguent,
Alexandre. Trallien définit très-bien la
pleuréfie une fievre aiguë accompagnée
de la dureté du pouls , d’une douleur
lancinante de la poitrine , de la toux
Préliminaire.
& de ia difEculté de refpirer, Lih. F7.
cap. 1. La fievre & la douleur lui font
communes avec l’hépatite , la néphri-
tique , la péripneumonie & les autres
maladies inflammatoires , mais elle dif¬
féré de tous ces genres par la toux^
le flege de la douleur & la difEculté de
refpirer. ^
82. Comme le genre eft la refîem-
blance des efpeces, tout ce qu’on a
dit du genre convient à chacune de
fes efpeces , d’où il fuit qu’il efl; inu¬
tile de répéter dans l’efpece ce qu’on
a dit une fois du genre ; or comme
les fymptomes généraux fe reffemblent
dans toutes les efpeces , il fuit encore
que leurs caufes font ks mêmes , 6c
que la thérapeutique générale l’eft aufli
(76). Difpofant donc méthodique-
m*ent les genres , on peut en même
temps donner une théorie & une pra¬
tique générale , & après l’avoir une
fois donnée, il efl; inutile de la répéter
dans divers endroits ; faute qu’on ne
peut prefque point éviter dans la mé¬
thode Anatomique , non plus que dans
l’Etio logique vu qu’on efl obligé, par
exemple , de traiter autant de fois de
l’inflammation, qu’il y a de parties qui
peuvent s’enflammer.
1^6 Discours
83. L’énmnéî-ation doit contenir au¬
tant d’efpeces du même genre , qu’on
obferve de reffemblances entre les ma¬
ladies particulières de ce genre , qui
aux fymptomes génériques en ajoutent
d’autres qui leur font propres , conf-
tans êc capables de ' les fpécifier. Car
quoique pour être plus court , ou pour
fe conformer à i’ufâge, on dénomme
ces efpeces par le fiege, ou par les
principes procatartiques ou proégume-
nes , onrfeit cependant enforte que les
noms ne lignifient que des fymptomes
difierens. Par exemple ,1a pleuréjîedumé-
diajlin dans Avicenne , n’efi: autre chofe
que cette efpece de pieuréfie à laquelle
il donne ce nom , &; auquel il joint l’énu¬
mération des fymptomes qui lui font
' propres. Hippocrate entend par pleuré^
dorfale cette efpece de pieuréfie , dans
laquellela douleur fe faitprincipaiement
-fentir dans le dos , & dans laquelle le
malade refpire de même que s’il avoit
Je hoquet. On obfervera tme fois pour
toutes , qu’on ne prétend point déter¬
miner par ces fortes de dénominations
le fiege de la caufe de la. maladie , mais
feulement celui auquel on rapporte les
-principaux fymptomes.
Préliminaire. 137
84. Les différences des maladies font
ces fimples relations qui diflinguent les
efpeces entr’elles , eu égard fur-tout à
la quantité. Par exemple on différencie
les maladies lorfqu’on les divife en lon¬
gues & courtes , en aiguës & chroni¬
ques , en grandes &; petites , en légè¬
res & graves , en fortes & foibîes : à
l’égard des claffes, des ordres , des gen¬
res & des efpeces , on les diftingue par
la qualité , de maniéré qu’on peut les
connoître par elles-mêmes , & fans les
comparer à des termes oppofés. Lorf-
qu’il s’agit d’une quantité qu’on appelle,
par exemple , grande ; on ne peut la
connoître qu’en la comparant avec une
autre plus petite ; mais il n’en eff pas
de même de la qualité : & l’on connoît
la rougeur , la rotondité , la chaleur ,
la douceur , &c. par elles-mêmes , &:
fans qu’il foit befoin de les comparer
avec les qualités oppoiées.
8 5 . Les chofes femblables peuvent
différer entr’elles par la quantité , fans
ceffer pour cela d’être femblables : une
grande figure , par exemple , peut ref-
fembler à une plus petite ; d’où il fuit
que la quantité ne change point la claffe,
l’ordre, le genre , ni l’efpece, & conf-
138 Discours
titue feulement la différence î il s’en¬
fuit donc que les, efpeces des maladies
& leiu-s différences ne font pas la même
chofe , malgré la coutume oîi l’on eft
de les confondre dans les Ecoles , ainli
Argentier s’en eft plaint il y a long¬
temps.
86. Les degrés font les quantités des
qualités , ( Wolf. Ontologie , pag. )
de forte qu’on ne peut les connoître
que par comparaifon ; mais les qualités
peuvent différer en degrés , l’identité
& la reffemblance reftant les mêmes ;
d’où il fuit que le degré ne change ni
le genre , ni l’efpece. il fuit encore de
là que les maladies dont les fymptomes
fe reffemblent , dans lefquelles , par
exemple , la chaleur , la putréfadion ,
l’extenfion eft plus grande ou plus pe¬
tite , &c. ne different ni par le genre
ni par l’efpece , mais feulement par le
plus ou le moins de violence des fymp¬
tomes.
87. (*) Je fai que plufieurs perfonnes
(*) « Je foutiens d’abord que celui qui ne fait pas
» par méthode le nombre des maladies, bronchera
» dès le premier pas qu’il fera dans la pratique ; car
M comme il y a autant de méthodes curatives qu’il
M y a d’efpeces de maladies , il n’y a que ceux qui
» ont un véritable efprit de méthode , qui fâchent
Préliminaire.
condamneront cette énumération des
efpeces , fur-tout dans un Art lucratif,
où l’on fe décide plutôt par l’autorité
que par la raifon , & où la plupart mé-
prifent ce qu’ils n’ont point appris de
leurs. maîtres, ou qu’ils n’ont point ima¬
giné eux-mêmes. Cela eft arrivé dans
la Botanique , quoique l’intérêt de la
fortune n’y entre pour rien. Les Her-
boriftes & les Apothicaires ont vu avec
chagrin cette quantité de nouveaux gen¬
res & de nouvelles efpeces de plantes
que Tournefort & Linnœus ont données
avec tant d’exaûitude , ce qui vient ,
félon moi, de ce qu’après s’être fait
un nom dans la Botanique , ils fe font
apperçus qu’ils ignoroient ce que d’au¬
tres favent. A quoi bon , difent-ils ,
employer tant de foin & de peine,
pour découvrir cette quantité de peti¬
tes plantes , de moufles & de moufle-
rons , parmi lefquelles il y en a à peine
deux cents dont on puiffe faire ufage
dans la Médecine ? Les ignorans font
de même furpris que les Aftronomes
décrivent & infèrent dans leurs Afté-,
» dans i’énutnération qu’ils donnent des maladies, ne
» point s’arrêter aux propriétés individuelles, ce qui
» en établiroit une infinité , ni s’arrêter aux premiers
» genres qu’il rencontre. Gahn^
140 Discours
rifraes une fi grande quantité d’étoiles
dont ils n’apperçoivent point Tutilité.
Quant à moi , je méprife trop la foule
vulgaire des Cenfeurs , pour daigner
répondre à ces objeûions. Il y. a feu¬
lement cette différence entre les Âfiro-
norhes , & les Zoologues , & nous ,
qu’ils peuvent ignorer impunément tel
ou tel afire , tel ou tel inîeâe , au lieu
qu’un Médecin qui ignore les efpeces
des maladies qu’il traite , lave fa faute
dans le fàng d’un millier d’hommes
qui n’en font point refponfables.
88. Combien de malheureux ne fiic-
combent-ils pas tous les jours fous le
poids des remedês de toute efpece que
leuradminifirent les imitateurs officieux
des Médecins ? N’efi-ce pas là un effet
de l’ignorance de chaque efpece de ma¬
ladie ? Celui qui ne connoît point la
Céphalalgie Jyphilique , emploie pour la
guérir la faignée,.les émétiques, les
martiaux , les cathartiques , les fonta¬
nelles & autres femblables remedes
meurtriers. Un ignorant tente de gué-
ru* la Céphalalgie hyjlérique , appellée
vulgairement le Clou , par des faignées
réitérées , des cathartiques , &c. & met
le malade dans le plus grand danger;
Préliminaire. 141
an iieu que celui qui connoît la nature
<lu mal , l’en délivre avec un grain de
laudanum. Un Empyrique s’e&rce de
combattre Vafcitc occafiennée par la
fuppreffion de la gale avec les armes
inutiles de la Pharmacie , au lieu qu’un
Médecin habile la guérit en faifant re¬
vêtir au malade les habits d’un galeux.
Celui qui ne dillingue point Vanorexîc
occafionnée par les paiÉons de i’ame,
par le chagrin , par exemple , des au¬
tres maladies du même genre , emploie¬
ra les émétiques , les ftomachiques , les
amers , pour la guérir , & n’y réuffira
point.
89. « Il feroit à fouhaiter , dit BagU-
» vi, (lib. prax. med. cap. 9. ) pour
M le bien de notre Art , qu’on Ibus-
» divisât les maladies en autant d’efpe-
» ces qu’il y a de maladies premières
» qui les occaftonnent , ou de caufes
» efficaces & conflantes qui les pro-
»♦ duifent , qu’on affignât à chaque ef-
» pece les fignes oui la caraâérifent ,
» & qu’on indiquât la méthode cura-
>♦ tive qui convient à chacune , en fui-
» vànt à cet égard la m.êm& méthode
» que les Botaniftes , lefqueîs fous un
H nom génétal de plante , par exem-
î4i Discours
» pie , fous le nom de chardon , com-
» prennent plufieurs efpeces de char-
>» don , èc décrivent avec la plus gran-
» de exaâitude la grandeur, la figure,
» la couleur , la faveur , ainfi que les
» autres qualités de cette plante , afin
» de bien diftinguer les différentes ef-
peces de chardon. Cette exaftitude
» leur mérite les plus grands éloges.
» Les Médecins , au contraire , com-
» prennent fous un même titre géné-
>» ral , des maladies qu’ils auroient dû
>♦ divifer en autant d’efpeces qu’il y a
» de maladies principales ou de caufes
» qui les produifent , & emploient la
même méthode curative pour cha-
» cune , parce que les fymptomes fe
>f reffemblent , quoiqu’elles different
» entièrement les unes des autres,
» qu’elles demandent une méthode
» curative différente , & qu’on doive
» les ranger fous autant de titres pto-
» près & féparés , comme je viens
» d’obferver que font les Botaniftes
» des efpeces de chardon ». C’eft ainfi
que parle Baglivi.
90. Ce Reftaurateur de la Médecine
faifoit un fi grand cas d’une pareille
Hiftoire des maladies, qu’il a employé
y Préliminaire; 145
deux Livres de fa Pratique de la Mé¬
decine pour montrer la néceffité qu’il
y auroit de fonder une Académie dont
les membres ne fuffent occupés qu’à
cette feule recherche. L’on n’a qu’à
lire les chapitres 4 & 5 du livre 2. dans
lefquels il réfute les préjugés des Mé¬
decins qui font d’un fentiment contrai¬
re , & il prouve par des raifons puifées
dans les écrits de l’illullre Sydenham y
& dans l’expérience , que les efpeces
des maladies ne font ni infinies , ni
incertaines.
Le favant Morton a fi fort fenti cette
vérité , qu’il a donné la defcription des
différentes efpeces de phthifie pulmo¬
naire , avant qu’aucun autre eût penfé
à le faire. Ecoutons ce qu’il dit dans
fa Préface. 11 feroit extrêmement à
» fouhaker , & il y a lieu d’attendre
» que cela arrivera dans notre fiecle ,
» qu’on s’attachât à donner une hif-
» toire des maladies plus claire & plus
>» exafte que celle qu’on a jufqu’à pré-
» fent. Car il arrive fouvent , à la honte
» de la Médecine , & au grand détri-
vt ment des malades , que les Médecins
>» confondent plufieurs maladies fous
»» un même titre général , & pref-
S44 Discours
» crivent la même méthode pour les
H guérir; quoiqu’elles doivent leur ori-
» gine à différentes caufes , qu’elles
» loient accompagnées de dijîérens
» fymptomes , qu’elles fourniflent des
» indications différentes , & qu’elles
» demandent une méthode curative
» différente. Je puis prefque affurer
*» avec ferment , que perfonne , quel-
ff que inftruit qu’il foit dans cette Scien-
» ce générale , ne réuflira dans la pra-
tique , à moins que par une péné-
» tration extraordinaire & par le fe^
J» cours d’une longue expérience , il
» ne fe foit formé une idée plus claire
» ôc plus diflinfte des maladies , des
» différentes caufes qui les produifenî,
» & des différens fymptomes qui les
>♦ accompagnent. Et de-là vient qu’il
» n’y a point d’Art qui demandé plus
H d’ufage & d’expérience que la Mé-
» decine , &c.
91. « Qui ne fe moqueroit, dit le
favanî Mufgravc , ( Pmf. de Arthriâde '^
» d’un homme, qui fe deftinant à la
» profeffion de Lapidaire, ne diftin-
gueroit point les diamans qui por-
» tent le même nom , & les tiendroit
n tous pour également fins? Ce feroit
Préliminaire. 145
là Terreur d’un Médecin , qui ne fau-
» roit point diftinguer les différentes
» efpeces de gouttes : il feroit à crain-
M dre , en négligeant cette diffinétion,
» que tandis qu’on s’efforce de remé-
» dierà une feule & même maladie ,
» on ne luttât en avei^le contre plu-
» fieurs autres toutes oifférentes en-
ty tr’eiles, & qui demandent par con-
» féquent une cure tout-à-:&it diffé-
» rente.
92. Je ne dois point oublier le fuf^
frage du célébré D.de Gorur^ Profeffeur
^ans TUniverfité de Leyde. Il eff per-
fuadé , que les efpeces des maladies ne
font pas moins confiantes que celles
des plantes , & que la nature ne varie
jamais dans fes opérations. « Si on ad-
» met cette fuppofition, qu’un homme
» fenfé ne fauroit rejeter , il y a lieu
>* d’efpérer que la pratique acquerra
» un jour la même certitude que la
M Botanique. Ceux qui cultivent cette
» derniere Science ont divifé les plan-
>» tes en genres , & les genres en ef-
» peces ; & je fuis convaincu qu’on
» peut ^re la même chofe par rapport
» aux maladies. Je me fonde fur Tex-
» périençe ,.&fur :lareffembiance que
Toim /, G
146 Discours
» l’on remarque entre ces deux Scien-
» ces, Gomr orat. Jepourrois.
m’appuyer ici de l’exemple de M. Chi-
coyneau , Chancelier de -cette Acadé¬
mie & premier Médecin du Roi, dans
fon Traité de la Pefte , & de celui de
M. Hdvetius , premier Médecin de la
Reine, dans fôn Traité de la petite
vérole , fi je n’avois prouvé au long
mon fentiment dans ma Pathologie Mé¬
thodique ; c’efl: pourquoi je n’infifterai
pas davantage fur ce fujet. On peut
confulter , fi l’on veut , la Pathologie
du célébré Çaubius.,
2°. Nomenclature Nofologique,
93, Lorfqu’on a foin de défigner par
d:es termes particuliers les chofes que
l’on a ahfiraites des autres, les abftrac-
tions en font plus claires & plus difi
îinftes , & l’on retient plus aifément
& plus long - temps dans la ménMîire
ce qu’on a ainfi abftrait, C’efl: ce que
Wolff" démontre dans la pag. 184 de fa
Plychoîogie Empyrique.
94. Les genres & les efpeces de ma¬
ladies , font des notions abflraites ; il
n’y adans lauature-m-genres 4 ïii efpe*
Préliminaire. 147
ces, mais feulement des individus. li
faut donc les défigner par des mots ,
ou desmoms particuliers, afin de pou¬
voir les connoîfre & ’es diftinguer plus
clairement &; plus diftinâement.
55. On ne connoît les chofes que
par leurs noms, dit Ijîdore; fans eux,
les hommes feroient hors d’état de fe
communiquer leurs penfées ; la con-
noiffance intuitive des objets n’eft pas
faite pour nous , ainfi que le prouve
l’expérience. De là vient que lorfqu’on
veut connoître une chofe, on a foin,
de retenir fon nom , & de l’imprimer
fortement dans fa mémoire. Les Chaf-
feurs donnent des noms à leurs chiens,
les Bergers à leurs brebis , les Capitai¬
nes à leurs foldats; fans cette précau¬
tion , ils n’en auroient qu’une connoif-
fance obfcure & confufe. Telle eft la
connoilTance des bêtes , elles connoif-
fent plufieurs plantes , elles diftinguent
leurs maîtres , mais elles ignorent leurs
noms.
96. On ne parle & on n’écrit que
pour fe faire entendre ; en agir autre¬
ment , c’eft parler comme les perro¬
quets. Les mots & les noms font les
fignes de nos idées , ils ne valent quç
G ij
■148 Discours
ce qu’ils fignifient , ou qu’autant qu’on
les définit, Sc qu’on leur donne une fi-
gnification fixe & certaine. Si donc on
défîgne pkifieurs idées par un feul &
même nom , celui qui nous écoute ,
ne fait plus ce que ce motfignifie ; d’où
il fuit que quiconque emploie des mots
équivoques , ne parle qu’afin que per-
fonne ne l’entende. Il faut pour bien
• parler, qu’un nom. ne préfente qu’une
feule & même idée.
97. Il eft inutile d’employer plufieurs
moyens , lorfqu’un petit nombre fufîit.
Un feul nom fufiit pour exprimer une
idée , par conféquent il eft inutile de
donner plufieurs noms à la même cbo-
fe : il s’enfuit donc qu’on ne doit don-
îier à chaque genre qu’un feul nom ,
& encore faut-il qu’il foit le plus fim-
ple qu’il eft poflible , &; qu’il faut dé-
îigner chacune de fes efpeces , non-
feulement par le nom générique , mais
encore par une épithete ou par un nom
fpécifique, afin de la mieux faire con-
noître. Par exemple , le nom d’Ephe-
mere eft le nom générique d’une fie-
,vre continente , qui faffit pour déii-
gner toutes fes efpeces ; mais comme
il y a une efpece qui eft accompagnée
Préliminaire; 14^
de fueur , une autre qui eft occafion-
née par le lait dans les femmes nou¬
vellement accouchées , ces efpeces de¬
mandent un nom fpécifique, & de là
vient qu’on appelle avec raiion la pre¬
mière, Ephemere avec fucur\ & la fé¬
condé , Ephemere laiteufi. Ce feroit à
tort qu’on appelleroit la' première Hy-
dropyretoUf parce que ce nom donne-
roiî un nouveau genre , & qu’on mul-
tipîieroit les noms génériques fâns né-
ceffité. Moins les noms génériques font
nombreux , & mieux on les relient. Si
donc l’on établiflbit autant de genres
que d’efpeces , ori les multiplieroit fans
néceffité : l’Art en foulfriroit , tout
rentreroit dans le premier chaos , & ii
n’y auroit plus de méthode.
98. (*) Que fl par un caprice de laLan-
gue , un même mot a plufieurs fignifî-
cations différentes , ii faut , à l’exem¬
ple des Géomètres, en donner la dé¬
finition , & ne jamais la changer. Si un
(’^) Jepenfe que la clarté demande que chaque chofe
» ait fon nom propre dont on fe ferve conftamment;
« puiCque les noms communs qui ne fignifient pas
» plus une chofe qu’une autre , jettent la confufioa
le trouble dans l’efprit du lefleur, qui ne fau-
» roit entendre ce qu’on veut dire , jufqu’à ce qu’on
» ait ôté l’equivoque du terme. Galen. di Dyfpaxâ t
« Ub.i.
G iîj
ifô Discours
homme qui fait un calcul , empîoyoif
le même caraâere arithmétique , tantôt
pour fignifier dix , tantôt pour ligni¬
fier quatre , il faudroit le taxer de folie
ou de mauvaife foi , parce qu’il vou-
droit fe tromper ou tromper les autres.
Or les noms font les caraâieres de nos
idées , & les àifcours font des comptes
que l’on rend au Leâeur ; dfoù il fuit
que celui qui emploie le même mot
pour exprimer plulieurs idées , ne veut
ni s’entendre lui-même', ni fe laire en¬
tendre à autrui, & par conféquent qu’il
fe trompe , ou qu’il veut tromper les
autres. Les Anciens ont appeilé indif-
tinâement du nom de Nerf, les nerfs ,
les tendons & les îlgamens ; les Phy-
ficiens fe font fervis de celui à^femun-
tation , pour déligner en général tout
mouvement inteliin ; mais c’eft avec
raifon que les Modernes ne compren¬
nent pas fous ce nom ceux ^effervtf-
cence & putréfaBion, & en diliin-
guantîes noms , ils ont donné des idées
plus diliincies des chofes.
99. C’ell: la coutume des Poëtes &
des Orateurs d’exprimer leurs idées par
des mots fynonymes & homonymes ,
parce qu’ils ont pour but- de flatter l’ch
ÊRÉLIMINÂIRÈ. 151
teille», plutôt que l’efprit ; mais il eft
hors de place d’employer des mots
équivoques dans une Science grave ôt
ferieufe , & c’efl: cette mauvaife cou¬
tume qui a donné lieu à ces fubtilités
& à ces difputes des Scholaftiques ,
qui déplaifent fi fort aux Géomètres &
aux gens fenfés , & dans lefquelles on
fe joue continuellement fur les mots ;
car en employant ainfi inconfidérément
eu à deffein des termes équivoques,
en met le Répondant ou le Préfident
en état de fe îàuver par le moyen des
difiinélions , & d’éluder la force d’un
argument, de façon qu’une difputephi-
lofophique dégénéré à la fin ou en une
querelle de femmelettes , ou en une
difpute d’enfans.
100. L’expérience nous apprend (77)
qu’il n’y a prefque aucun genre de ma¬
ladie , auquel la même définition puiffe
toujours convenir ; c’efi: pourquoi , il
eft du devoir d’un Nofologifte d’atta¬
cher une lignification fixe à chaque
nom générique des maladies.
10 1. Les anciens Médecins n’ont
pu définir exadement les noms géné¬
riques , parce qu’ils ont ignoré plu-
fieurs efpeces qu’on a découvertes de-
G iv
iji 0 1 s e O U R s
puis, & qu’ils n’onî pu les inférei^dans
leurs genres. Mais il faut aujourd’hui
définir les genres de façon qu’ils com¬
prennent les elpeces qu’on aobfervées
jufqu’id.
102. Les noms génériques fimples
ne doivent convenir qu’aux feuls gen¬
res des maladies (99) ; c’en: pourquoi
l’on doit rejfeter ceux qui font com¬
muns à d’autres fujets , ou qu’on a pris
dans la Phyfiologie , dans la Botani¬
que , dans la Zoologie & dans les au¬
tres Sciences , pour les tranfporter
dans la Nofologie. Les mots ^ appétit^
de fureur, de pajjîon , ennui , font des
termes de Pfychologie , qu’on doit
bannir de la Nofologie; il faut donc
en bannir les appellations fuivantes:
Doit s’appeller
Défaut d’appétit , anorexie , anorexia.
Fureur utérine , nymphomanie , nymphomanîa»
Paffiûa iliacjue , iliaque , iléus.
Ennui de la vie , mélancolie , melandiolîa.
103. Les mots de faim , de futur,
de piffement , de déjeàion , à.tflux ; de
coBion , ^appétence , &c. font des ter¬
mes phyfiologîques , qui ne doivent^
point être compris dans les genres des
maladies.
Prélïminaïre. 153
^ Doit s’appeller
fsjmie'bczsf, taaiÙTtie , bKliaîîa.
Kfferaaœ: de facg , hânntmU , bsmamria,
Déjeâion fréquente, diarrhée, éiarrhasa.
Coôîs de rentre , diarrhée , diarrlsæa.
Flecrs blanches , leucorrhée leuchorrhaea»
lEfomnie , agrypnie , ' agrypnia.
Mouvement conmlfif , convulfion , conruiSo,
___ épileçtique , iclamcfie , eclatnpûa.
Bacfe de Saint W'iih, jcelotyrbie , fce'.oryrbe.
Eêfcût des aîimens , edeofitie , cacoûtia.
SsièfLement , cataUpJîe , catalepfis,
104. Mdadh , affeSion , înSjpoJi’^
tion , virus , épidémie. , douleur , fit-
vre , cours de ventre , foiblejfe , interju-
périe , &c. font des termes de claiies
& d’ordres , qu’on ne doit point ap¬
pliquer aux genres , de peur qu’en
voulant déligner le genre , le Leefeur
n’entende la claffe , & de peur aulîî
mi’on n’emploie plufieurs noms pour
œfigner un genre qu’on peut expri-r
mer par un feul:
C^mm^
Maladie ds Naples,
Afeâûon feorbutique ,
Epidémie peftiientielle ,
- de matrice ,
— ■ de poitrine ,
Fierre ardente,
■ quotidienne contiüue ,
~ pcSEentïeile ,
Doit s’appeller
le fyfhilis , fyphilis.
fcoibict , feorb-atas»
pefee . peiiis.
etalgie , otalgia.
hyjîer algie , hyfteralgia,
céphalée , eephalæa.
pleurodynie , plevtrodine»
tritetophye , tritatophya.
fyr.oque , fynoebus.
quarce , qnartana ,
ampkimerine , amphimerina»
pejle , pefiis,
G ^
154 Discours
Coffiaie . Doit s^appeiîe%
Covss ds veotre fangBinolent , dyjjentcrie , dyffenteiîa.
■ ■■ ■ - - - chyleuï , eiliaquc , cœliaca.
• — ■■ féreux , didrrhée diarr’aasa.
yoibleEe du foie , cllorofe , cKoroâs ,
- - d’efiomach , , anorexie , anorexia.
Le mal ÙLCré, I
I ■ d’Hercule ,
Le haut mal ,
Le mal caduc ,
Le mal de Saint Jean ,
EpilefUie , epüepSa,
Epibole f
Cauchemar ,
Fnigalion ,
ChauchevieiUe ,
^ EphialtU , Ephîalseî.
105. Il faut choifir entre les noms
fynonymes génériques , & n’empîoyer
que les meilleurs.
Morbus Gallicus de Baglivi, Lues Neor
poUtana , le mal de Naples , des Fra||'
çois , Lues Bavarica^ Morbus Lufitanl-
cus , Paturfa , Pudendagra , Morbus me-
vius , Scorbutus Neapolitanus , Menta»
gra , Lues venerea^ VarioLa magna de
Jou'bert, &c. font des mots fynonymes
de la Syphilis de Fracallor , que les
Indiens , les Anglois , les Efpagnols ,
défignent par d’autres noms , (*) qu’il
(♦) Las bnas. Las bnbas. Lepian. The yaws. Pua.
Pelbroia. Ochiarola. Borîeaii, Unghiarüia. Freacb;
P osc'caiabakaû'aiu
Préliminaire. 155
eû inutile de rapporter ici ; parmi ces
noms, ceux qui font compofés , qui
font communs aux- claffes , & qu’on
emprunte des régions , par exemple ,
kus vmcrca, doivent être rejetés pour
chacune de ces trois raifons. Ceux de
vdrola & de paturfa , doivent être re¬
jetés comme barbares; ceux de puden-
dagra & de montagra , font des noms
trompeurs, empruntés de plufieurs Lan¬
gues ; le meilleur éft celui de fyphilis ,
tous les autres doivent être rejetés.
106. Lorfqu’il eft queftion de défî-
gner les genres , on doit préférer les
noms ûmples à ceux qui font compo«
fés ds plufieurs mots.
Inflammation du foie ,
Uicere du poumon ,
■7 _ des prollates ,•
— de la matrice ,
r^on'httftdrîque , '
•AttsçHe, de colique ,
Hÿdrcpifie du bas ventre ,
— anafargue ,
Danfe de Saint With ,
Crachemei» de iang.
Cours de ventre ,
iîaiadie mélancoliqne ,
la maladie biliaire ,
Frayeur moaame -
on doit pt
hépatifie ,
néphréiiJU ,
interifit ,
pbrénéfie ,
gafirifii ,
phthifie ,
genorrhée ,
Uucorrie pu
hyfi^U,
colhu, ,
afcyte,
anafargUe-,
fcelotyrbU ,
hémoptyfie ,
diarrhée ,
mélancolie ,
le choiera:,
f ànophohie ,
référer
nephr'etitîs.
pirenitis.
gaflritis.
'pHthifis,
gonorrhæa.
}leucborr*a
purslenta.
hyfieria.
colica. ,
anafarca.
fcelotyrbe,
hæœoptyfis.
ineiancfaolia.
paaophobia.
G vj
1^6 D I s cou R S
Ainiî à on doit préférer
Ardeur d’arinî , dy furie, , dyliirîa,
Piflement de feng , hïmaturie , Isimatiiri*,
Pâles couleurs , chlorofe , chioroûs ,
lâere jaune , jauni^e , . aurigo.
lûere noir , iSere , iÉenafiaeruï.
Difficulté de refpirerj dyfpnée , dyfpnæa.
Soif ardente , polydipfie , polydipfia.
Feu d’efiomac , gyrofie , — pyroiis.
Foibleffe d’intefiins , lîenterie , lienterîa.
107. Il faut îaiffei* aux Barbares &
aux Garamantes , les mets barbares ,
c en- a- dire , qui ne lent ni Grecs m
Latins , tels que les fuivans :
Gutteta , la ptttste , ipilepfie , . epilepfia.
HeiniYé, : maladie du pays,: ncfialgie-, . noftalgia.
Subeth , } cataphore , cataplioraf
Béribéri, ieriberi , le béribéri, beriberia.
Miraçhia , vapeurs , hypochoudrie , hypochondriafij»
Aproxîmeron,^^ impuîffance , aiiaphredifia.
Dîevaren , la elavlue , { Weftpbalien.
Soda, le fer chaud, pyrofie , pÿrofis.
Veirola , la vérole, le fyphilis , fyphiiis.;
108. On doit auiîi rejeter les noms
faux & contraires aux èfpeces qui ré*
pugnent à la vérité , tels que les dimif'
nutifs , les pluriels. - ■
ie flux hépatique quin'eft pastoujours tel , Bépatit'rhêe , HcpatirrltM^^
PRELIMINAIRE.
• Quoique les noms Grecs , tels que
ceux de Leucorrhée , hepatirrhée , paroiG
fent avoir le même défaut que les La¬
tins , ils font cependant plus fuppor-
tabies, &c moins fujets à jeter dans
l’erreur.
109. A l’égard des noms génériques
empruntés , il faut les rendre aux Arts
& aux Sciences dont on les a tirés.
Far exemple , il faut rendre aux
Zoologiftes , ceux de tortue , de taupe ,
à^loup , de cancer^ àe luette, ongle, &c.
Aux Botanifles , ceux de lichen &C
de paronychU.
< Aux Economes ceux de clou, de
nœud, de courroie, At feu perJîque,At
drapeau , de goutte fereine. ^
- i to. Les noms des caufes & des
principes dont on fe fert pour défigne?
1^8 Discours
génériquement les maiadies , font e
Pour
Coup d’air, . . . PleuÆfie , angine, rîicaiatifine.
Obftruction ... Ciüorofe, dyfpnée, janniffe , cépîial^e.
Indigejiion , , . . VLoiniÊrement , diarrhée , le choiera ,
l’éphémere.
Saburre ...... Le choiera , lynoque , diarrhée.
Effort . . Pleurélie , le lumbago , rhnmaîifme.
Vapeurs . . Hyflérie , épilepûe , vertige.
Coup de foleil, . . Céphalalgie, phrénéfie, o_phthalmie, &e.
ie calcul , .... Dyfurie , îfchnrie , néphralgîe.
Vers . . Eclampfie , boulimie , colique , le carus,
Mlafme . . Le fyphiiis , fcorbut , variole.
Supprejjîon des réglés, Céphalalgie , afthme , vertige , ano.
Maux d’yeux ($7) , Amaurole , amblyopie , ophthalnue ,
&c.
Pigefion dérangée , Anorexie , cardialgie , diarrhée.
Abfcls du foie , . Hépatalgie.
Vent , . . Colique , météorifme,
Kétention d’urine , Straflgurie.
Défaut d’éreSion , ImpuilTance.
Dffaut d’appétit , Anoxexie.
Les Auteurs emploient quantité de-
noms de cette efpece pour défigner les
genres des maladies ; ils mettent dans
le nombre des maladies, les vers, les
calculs , &c. que n’y mettent- ils auffi
les épées , les pierres , les dents des
. animaux , Tair , le feu , les excrémens ?
Puifqu’il eft certain que ces chofes
nuifent autant aux fondions du corps
que les vers , les calculs , l’épanche¬
ment du pus , qu’un amas d’eau ou de
laburre , &c. Tous les poifons, les mé-*
Préliminaire. 159
iicamens , les alimens en général oeca-
fionnent des maladies; doit-on pour
cela les regarder eux-mêmes comme
des maladies ?
III. Le défaut & la privation ne
font rien, de pofitif, & n’imprimenî
dans l’efprit aucune idée de maladie.
Je m’étonne donc que Filix Plaurus
ait ofé établir une claffe de défauts ,
tels que le d’accouchement, de
fueur, d’allaitement, de conception,
de mouvement vital , de digeffion , de
déjeâion , &c. Il eft vrai que la fup-
preffion de certaines évacuations caufe
foiivent des maladies , mais il ne s’en¬
fuit pas qu’on puifle donner le nom de
maladie à cette fuppreffion. Il y a quan¬
tité de femmes qui ne font point ré¬
glées ; & qui ne laiffent pas que de fe
bien porter ; il y a des gens qui font
Quinze jours fans aller à la felle , & qui
fe portent bien ; il y a des hommes
qui ne voient aucune femme , & qui
jouiffent d’une fanté parfaite; d’où i!
fuit que le défeut de ces chofes n’eft
point par lui-même une maladie. On
fait qu’un homme qui a coutume de
fe faire faigner , d’ufer de vomitifs ,
de purgatifs & des cautères, tombe
i4o Discours
fouvent malade lorfqu’il s’en abllient;
mais s’enfuit-il de là que la fupprefîioa
du vomiffement , de la diarrhée , de
hémorrhagie , foit une maladie ? Si cela
étoit , il s’enfuivroit qu’il y a autant de
maladies qu’il y a de défauts de maladies,
ou que quelques-unes ne font caufées
que par l’abfence d’un mai, ce qui eft
abfurde. Aucun Médecin- Grec n’a mis
ces fuppreffions êc ces défauts au nom¬
bre des maladies , &: la preuve en eil ,
qu’on ne trouve chez eux aucun nom
générique tiré de cette fiippreffion. Si
cette inliitution des genres avoit lieu,
les genres eux -mêmes croitroient à
l’innni. Quand même Pidée de la ma¬
ladie feroit négative, ainfi qu’il arrive
dans les maladies foporeufes, il vaut
mieux la définir par fes fymptomes po-
fiiifs ; car il eft plus naturel d’obferver
ce qu’on voit , que de deviner ce qu’on
ne voit pas , qui ne tombe pas fous
les fens ,•& qui par conféquent n’eft
point un fymptorne.
111. Les Auteurs méthodiques peu¬
vent & doivent impofer de nouveaux
noms génériques aux nouvelles mala¬
dies , qui n’appartiennent point aux
genres déjà connus , ou déterminer la
Prélimînai r'e; ï6ï
fignificatioîi de ceux dont les anciens
Auteurs fe font fervis d’une maniéré
trop vague , & les appliquer aux gen¬
res nouveaux, Voyc:^ la Logique de
Si ceux qui découvrent de nouvelles
plantes n’avoient foin de les défigner
par un nouveau nom , comment pour-
roit-il les faire connoître à autrui } Un
Voyageur qui Ignore le nom des villes
qu’il rencontre fur fa route , .ne peut
jamais en avoir une idée diHinâre. Il
en eft de même des maladies ; on ne
peut les connoître que par leurs noms.
Si donc elles font nouvelles, le bon
fens nous diâe qu’il faut leur donner
de nouveaux noms. Ccelius Aurelianus
en a donné à plufieurs , par exem¬
ple , à la catalepjie , à t'hydrophobie ^
au noUamhulifinz , à la maladie pha-
gedenique , à la ccliaque , à Véléphan-
tiajîs^ à rafcite^ à la tympanite, Pline
nous apprend que ce n’eft que de fon
temps qu’on a connu le nom de colique.
Nous devons celui de potopatridalgie
Ou de nojlalgie à Zv/ingerus , celui
à^hyjleralgie à Baglivi , celui de gafiritis
& à^enteritis à Boerhaave , & celui enfin
de JyphiUs à Fracajior y &c. Comme
152 Ü î $ C O tJ R s
donc le genre eû nouveau , quand
même ia définition feroit ancienne ,
lorsqu’on peut y rapporter de nou¬
velles efpeces , & l’approprier à une
nouvelle méthode , non feulement les
Agronomes ont inventé quantité de
nouveaux noms de confiellations; mais,
les Anatomiftes, tels que Winflow èc
Ruyfch , en ont donné de nouveaux aux
mufcies, aux membranes , les Botaniftes
aux plantes , les Zooîogiftes aux poif-
fons, aux infeâes, aux oifeaux que l’on
connoiÜbit depuis long -temps. Les
Géomètres^ en ont pareillement donné
à plufieurs clafles & à pîufieurs genres
de courbés ; en un mot à mefure que
ies Sciences ont fait des progrès , on
a été obligé de multiplier les noms des
genres & des efpeces, & d’en em¬
ployer de plus clairs & de plus dif-
tinÔs. Il eft arrivé la même chofe dans
la Médecine , ainfi qu’il eft aifé de s’en
convaincre en comparant ies genres
de maladies que Calius Aurdianus a
connues, & ceux que les modernes
ont connus depuis.
113. Les noms génériques des ma¬
ladies peuvent fervir à défigner l’ef-
pece, lorfqu’on a foin d’y joindre une
PRELIMINAIRE. 16^5
épîthete. , En efFet , on n’ajôute une
épitbete â ün nom générique ^ qu’afirr
qu’il fignifie quelque chofe de dillinâ
du genre , 8c qu’il ferye à déterminer
i’efpece. On doit obferver à l’égard
des épithetes les mêmes réglés que par
rapport aux noms génériques , 6c l’oiï
peut y ajouter les fuivantes.
114. La diffinâiôn de lé^tîm&s 8c
hâtard&s , de vraies & fnuffes , ne con¬
vient pas plus aux maladies qu’aux
plantes ; elle ef! entièrement erronéer
Car quiconque définit exaûement le
genre , & lui aiîigne un nom , exclut
par cela feul les efpeces qui répugnent
à la définition ; d’où il fuit qu’il ne
feut point alors donner à ces efpeces
le même nom générique. Par exemple,
on définit la pleuréfie une fievre*aiguë,
accompagnée d’une douleur de poitrine
lancinante , de la toux & de la difficulté
de refpirer. La divifer enfuite en vraie
& fauffé , c’eft dire qu’il y a deux
fortes de pleuréfie , l’une qui l’eft, ôc
l’autre qui ne l’efl: point , ce qui eft
abfurde. Les Anciens appelloient ma¬
ladie vraie & légitime, celle qui , félon
eux , étoit occafionnée par une humeur
déterminée, comme l’efquinancie par
t64 ■ Discours
le fang; & faulTe , celle qu’ils croyoieiit
o^cafionnée partie par le fang , & par-
lie par la pituite , comme l’angine
catharreufe. C’eft fur un fondement
aujfli faux que les Payfans divifent la
fauge en vraie , qui efl: proprement la
fauge , & en fauffe , qui ne l’efl point,
& qui .n’eft autre que le phLomis ou
le Jlachys. *
Il 5, On ne doit point tirer la dé¬
nomination des efpeces des maladies
de la région, du fuje't ni de la faifon,
parce que ces conditions ne font pas
vifibles dans le malade, & que la mê¬
me maladie eft commune à diverfes
régions , à différens fujets , & à diffé¬
rentes faifons.
La Colique- de Poitou^ par exemple,'
régné ‘beaucoup dans la Moravie &
la Hongrie , &; eff; fort rare dans le
Poitou.
Le mal de Naples eft commua dans
l’Amérique , en Italie , en Angleterre ,
&c.
La Chlorofe , appellée Morbus Vir--
gineus , comme fi l’on difoit Maladie des
filles , attaque également les courtifanes,
les femmes mariées , & quelquefois
même les hommes.
Préliminaire. 165
La Ficvre quarte à/ Automne , régné
également dans le printems , dans l’éîé
& dans rhiver. On fe moque des" an¬
ciens Botaniftes qui ont divifé les gen¬
res des plantes en plantes des monta¬
gnes , des prés , des champs &; de mer,
&c. parce que la même efpece croît
tantôt dans les prés, tantôt dans les
champs , tantôt fur les montagnes ;
cependant les Nofologiftes tombent
encore dans la même erreur.
116. Les noms fpécifiqiies ne valent
qu’autant qu'ils ont un caraélere qui
fert à faire connoître une efpece &
à la diftinguer des autres ; d’où il fuit
que les épitheîes qui indiquent une
caufe ou quelque chofe d’obfçur , de
douteux , &; qui ne tombe point fous
les fens , ne fourniflent aucun ligne ni
aucun caratlere , & par conféquent ,
Gu’on doit rejeter ccm.me faux & inu¬
tiles les noms qui ne font fondés que
fur une hypothefe , une caufe cachée ,
ou un fiege inconnu.
' Galien appelle mru légitime , celle
qui eft occafionnée par une bile pure»
Tierce bâtarde , celle qui eft produite '
par la bile & le phlegme.
On admet un fcoîbut caufe par Valide ^
& qn feorbut caufé par P^kaliK
î66 Discours
Une céphalalgie fympathique, une cé¬
phalalgie idiopathique.
Une pkuréjîe e^entklle., ôc une pleu-
réjie fymptomatique.
Que fi l’Auteur ne défigne par ces
noms ni la caufe, ni le fiege , mais feu¬
lement les fymptomes qui doivent en¬
trer dans la defcription, & qui diftin-
guent i’efpece , on peut les lui paffer,
fur- tout s’ils font courts & reçus dans
le langage ordinaire.
117. On doit rejeter les épithetes
ornées de tropes & de figures , celles
qui font comparatives , fuperlatives ,
ou qui défignent en quelque forte le
degré &; la quantité , enfin les mots
compofés d’un trop grand nombre de
fyllabes. Il n’y a rien de beau que le
vrai; évitez donc toutes les fleurs de
Rhétorique , & n’employez que des
noms propres à exprimer ce que vous
voulez dire. Wolff. Log. 14^.
Tarantijmm mirandus. Cuiller. Ta-
rantijme admirable.
Epilepfîa mira abdominalis. Heurnius.
Epilepjîe Jinguliere abdominale.
Les noms relatifs n’apprennent rien,
parce qu’on ne peut obferver cette
rdation dans une feule maladie; il feur
Préliminaire. 167
droit en comparer plufieurs toutes pré¬
fentes à ia fois,
Jpoplexu légère^ apoplexie forte.
Ophthabnie récente , ophthalmie invl^
tèrée.
Fievre légère ou bâtarde. Bonet.
Petite fievre quotidienne fiyncopale,
Jonfton.
Il faut préférer les noms courts à.
ceux qui font compofés d’un trop
grand nombre de fyllabes ; par exem¬
ple, la Nofialgie de N enter, à \à P oto-
patridalgie de Zwinger; V Hyfiéralgie de
Baglivi , à la maladie hypochondrique--
hyfiérique de Juncker,
Il 8. Les noms fpécifiqiies doivent
porter avec eux les lignes conftans ôc
évidens qu’on eft pour ainli dire sûr
de découvrir dans le malade.
Ceux qui voudront s’inftruire plus
à fond de ces réglés , n’ont qu’à con-
fuîter la Botanique critique du fameux
LinnceuSyXo. plus grand Botanifte de
notre fiecle. C’efl fur fon exemple que
j’ai donné aux maladies des épiîbetes'
QU des noms triviaux , pour défigner
leurs efpeces , & c’eft à ceux qui vou¬
dront aller plus loin à leur donner des
fioms caraâérifliques .ou feien^quesâ
f68 D I s c O ü Pv s
F O N D EM ENS
Delà Nofologie P hilofophiqus,
1 19. La Philofophie eft la fcience
des chofes poffibles , ou qui peuvent
exifter. Wolff, difc. 2.9. La connoiffànce
philofophique ne confifte point , com¬
me l’hiftorique , dansiafimplê connoif-
fance des faits ; elle va plus loin, elle
rend raifon de leur exiftence, afin de
nous faire connoitre leur poffibilke,
ou la raifon pour laquelle ils exiftent
d’une façon- plutôt que d’une autre. Il
s’enfuit donc que la Nofologie philo¬
fophique efl l’art de démontrer ce
qu’on avance au fujet des principes,
des caufes & des relations des mala¬
dies. Les Grecs l’appellent Etiologie,
12.0. Les chofes dont on a une con-
nciffance philofophique , font d’un ufa-
ge plus; affuré dans les diirérentes cir-
conûances de la vie , que celles dont
on n’a qu’une connoiffànce hiftorique.
Wolff. difc. 4/. Elles font encore d’un
ufage plus étendu , puifque la raifon de
ce qui convient à l’efpece particulière ,
eft contenue dans la notion du genre ,
ff'olff. 4a, La connoiffànce philofophi-
que
Préliminaire. 1^9
que diminue le nombre des propofî-
tions, de forte qu’en nous apprenant à
concevoir une obfervation particulière
fous des rapports abftraits, elle nous
met en état , avec moins de principes^
de rencontrer moins d’objets nou¬
veaux , {id. 43.) Enfin la connoifiànce
pbilofophique facilite la connoifiànce
hiftorique , & mene à la mathémati¬
que; elle a je ne fai quoi de fatisfaifant
pour l’efprit, & heureux ceux qui
peuvent parvenir à connoître les cau-
les des phénomènes qu’ils obfervent*
Il s’enfuit donc que la Nofologie phi-
-iofophique eft extrêmement utile aux
Médecins , qu’elle l’emporte fur l’hifio-
nque , & qu’elle diftingue les dogma¬
tiques des empyriques , qui n’ont d’au¬
tre connoifiànce que l’hifiorique. Ce¬
pendant fi elle eft fauffe , & appuyée
fur de faux principes, èlle eft fort infé¬
rieure à l’hifioriqüe fimple; & en effet,
il vaut mieux n’avoir aucune Etiologie,
que d’en avoir une fâufie , & capable
d’induire les Médecins en erreur.
ï 2. 1 . Mon deffein n’eft point de don¬
ner ici les principes de la Phyfiologie j
de la Pathologie, de l’Hygienne & de
la Thérapeutique. Perfonne n’ignore
Tome I, H
ïjà Discours
qu’un Médecin a befoin d’avoir ung
connoiffance hiftorique & philofophi-
que , non feuiement des remedes &
des infînimens , mais encore de la
flruâure du corps humain. Je prétends
feulement donner quelques principes
de la Nofologie philofophique , ou
que l’on ignore , ou que l’on néglige
dans notre fiecle , & dont on ne peut
abfolument fe paffer, le plus briève¬
ment qu’il efî poffible , car je ne fini-
rois point fi je voulois fuivre l’ordre
& l’enchaînement qu’il y a^entr’eux.
■Je fuppofe que ceux qui liront mon
ouvrage fe font inflruits des autres dans
les Ecrits de Winjlow , de Boerhaave ,
de Pitcairn^ de Schrciberus ^ &c. A l’é¬
gard des principes d’Ontologie , de
yfychologie & de Mathématique , ils
trouveront dans le feul JFolff tant ce
dont iis peuvent avoir befoin. Je me
fervirai des définitions & des démonf-
trations qu’il a données, & je ne me
chargerai point d’une tâche dont il s’efl
fi parfaitement acquitté.
122. L’homme efî: un agrégé ou un
être compofé d’une ame vivante &
d’un corps mobile , ou d’une machine
hydraulique unis enfemble.
PRELIMINAIRE. 171
1 13 . Le Créateur a conftruit le corps
humain de façon que toutes fes parties
& fes a£Hons concourent à la confer-
vation du tout ^ à le garantir des ma¬
ladies, & à l’en guérir lorfqu’il en eft
atteint.
Par exemple , l’œil efl conftruit de fa-
çonque chacune de fes parties confpire
à faire enforte que les images des objets
extérieurs fe peignent nettement dans
la rétine , afin que l’ame foit avertie
de la préfence des objets qui lui font
utiles ou qui peuvent lui' nuire. Les
moyens dont la nature s’efi: fervie
pour cette fin, font la convexité &
la tranfparence de la cornée , la réfran¬
gibilité des rayons , & leur convergence
après s’être rompus dans le cryftallin.
Mais afin que la cornée confervât fa
tranfparence , il a fallu qu’elle fut hu-
medée par les larmes , qu’elle fût ga¬
rantie des corps extérieurs qui peuvent
l’ofFenfer parle moyen des paupières,
que celles-ci euffent un clignotement,
que le globe pût être dirigé vers les
objets par des mufcles antagoniftes ,
& que pout modérer la lumière, la
ptunelle pût tantôt fe contraûer, &
tantôt fe dilater, &c.
174 Discours
12,4. La fageffe de l’agent confifte
à fe propofer une fin utile^. & à em¬
ployer les moyens convenables pour
l’obtenir. Puis donc qu’il paroît, en
confidérant attentivement la ftrudure
du corps humain , que chacune de fes .
parties eonfpire à fa propre conferva-
tion & à celle du tout , & agit-pour
des fins prochaines, qui font les moyens
pour obtenir la fin principale , on ne
peut douter que le corps humain n’ait
été créé par un être infiniment fage.
1 2 5 . La vie. des animaux efl; la coexifi
tance des aûions du cœur & du pou¬
mon , pour ceux qui refpirent avec
celle de l’ame \ toute aélion fuppofe
une force fuffifante pour la produire,
d’où il fuit que la vie efl: la réunion
des forces vitales & animales.
126. La perfeBion de la vie confifle
dans l’affemblage de toutes les aûions
qui tendent à la confervation du tout.
Or afin qu’elles confpirent toutes à la
même fin , toutes les aâions polTibles
ne doivent point être exercées ni dans
le même temps, ni dans le même âge,
mais il faut que le fommeil & la veille,
la manducation & la déjeâion, l’accroif-
fement & la génération fe faflent en
diflérens temps.
Préliminaire. 173
1x7. La perfeBion efl: ce qui fuffit
pour obtenir la fin, ou l’accord de di-
verfes chofes pour obtenir la même
fin. Or Dieu a créé l’homme parfait ,
& a conftruit fes organes de feçon que
tous confpirent d’une maniéré admi¬
rable à la confervation du tout. Toutes
les fois donc que les aâions de tous
les organes concourent à la confer¬
vation du tout comme à une fin,, on
obtient celle que Dieu s’efl: propofée ,
& la vie de l’homme qui lui eft con¬
forme , eft dite parfaite.
128. C’efi: ainfi que toutes les ac¬
tions de l’œil tendent à la perfection,
lorfque fa figure , fa tranfparence ,
fa mobilité , fa proportion font telles
que les objets peuvent peindre leur
image dans la rétine aufli grande, aufli
nette & aufii difiinCte qu’il eft poffible,
les paupières le garantir des chofes qui
peuvent l’offenfer , les fluides & les
folides fe nourrir & fe conferver
exempts de la corruption.
129. Lorfque la prunelle eft trop
^atée., le champ de la vifion aug-
utente, mais la vifion eft moins claire
pendant le jour: lors, au contraire,
qu’elle eft trop reflerrée, le champ &:
H iij
174 D I s c O ü R s
îâ lumière diminuent ; mais lorfque îe
jour èft grand, îa vifion en eft plus
àiûinâe. il y a donc une certaine ou¬
verture de la prunelle plus avantageufe
qu’aucune autre, & c’efl; celle qui rend
leÿ objets les plus grands, les plus nets
& les plus (Êftinâs qu’il eft poffibîe.
Elle fe dilate dans robfcurité , elle fe
refferre dans le grand jour, elle fe pro?
porîionne aux diverfes diûances deS;
objets ; il eft vrai que cette difpofition
limite la vue , mais d’un autre côté
elle îa rend parfaite dans certaines limi¬
tes. On voit donc que le corps humais
peut être parfait quoique limité, de
même qu’un microfcope l’ed: quoiqu’on
ne puifie point s’en feryir pour obfer- .
ver des objets éloignés , pourvu qu’il
ferve à obtenir la fin que l’ouvrier a
eu en vue.
130. Les forces de l’homme font
limitées , & fes aâions vitales & ani¬
males finies ; d’cii il fuit que oeux-là
fe trompent qui jugent de la fanîé par
la force des aâions , car les infeâes
les plus foibies font aufiî fains & aulîi
parfaits que les bœufs & les éléphans,
quoique infiniment plus forts & plus
robufies.
Pré LIMINAIRE. 175
131. La fantl^ confidérée d’une ma¬
niéré hiftorique , efl: le concours des
phénomènes qui/montrent la perfeâion
de la vie & de la flruâure. Galien qui la
feifoit confifter dans l’exercice libre ,
conflanî & facile des fondions , a établi
quatre conditions pour la perfedion
de l’animal ; fa voir, la fantè^ V intégrité^
hi force ^ & Informe ou la beauté.
132. La fanté conMe dans la corn-
binaifon parfaite de toutes les parties-
Celle des parties fenfibles fe nomme
fruBure ; celle des parties infenfibles,'
tijfü dans les folides , & crafe ou mélan¬
ge dans les fluides. La ftrudure efl par¬
faite lorfque le corps a l’intégrité, la
forme , la proportion , la force & la
connexion néceffaires à la durée des
fondions & à la confervation du tout.
133. Mais cette machine n’efl; faine
qu’autant qu’elle vit & qu’elle a un
moteur au-dedans d’elle-même ; car
aucune machine n’agit fans moteur,
& fa vie n’efl parfaite , qu’autant que
les adions propres au temps , à l’âge
& au fexe conspirent , à la conservation
du tout. '
.Les chofes qui concourent, ou co-
exiflenî, ou fe fuccedent mutuellemerit
H iv.
jyô Discours
les unes les autres ; il y a donc une
raifon de ce concours, ou, ce qui eftle
même, l’une dépend de l’autre, & lui
eft nécelTairement liée. La connoiffance
philofophiqiie de la fanté , eft celle qui
donne une raifon lliffifante de cette
connexion : mais cette raifon eH diffi¬
cile â découvrir , comme cela paraît
par la contrariété qui régné dans les
îentimens des Médecins.
13,4. La fanté, fuivant Afclepiade^
coniifle dans une jufte proportion entre
les pores & les fluides ; fuivant Galkn.^
dans le julte tempérament des qualités
premières ; dans la liberté & l’égalité
de la circulation du fang , fuivant Fit-
cairn ; dans la fermentation égale des
fluides , fuivant Willis ; dans la circu¬
lation des humeurs & dans le ton con¬
venable des fibres , félon Burette; enfin
dans l’équilibre des folides & des flui¬
des , fuivant Pecquet. Pour moi je tiens
que la machine efl; en bon état &:,bien
réglée , lorfque les fluides parleur crafe ,
& les folides par leur flruélure , con¬
courent avec le moteur à la fin pour
laquelle la machine efl: faite , & que le
moteur conferve le plus de force qu’il
peut , & en emploie le moins qu’il efl
poflible.
P R É L I M I N A I RE. 177
Par exemple, le cœur eft en
ton état lodqu’il peut fe dilater & fe
contraôer, qu’il reçoit & renvoie alter¬
nativement le fang avec autant de for¬
ce qu’il le faut pour le faire circuler
dans tous les vaiffeaux , de maniéré
que le moteur ni le mouvement ne
languiffent point, comme il arrive dans
la lyncope , la lipothymie , &c. & que
le premier ne prodigue point fes forces
• comme dans la fievre. Par ce moyen,
les aôions auxquelles Dieu a deftiné
cette machine , s’exécutent d’une ma¬
niéré facile & confiante , & ce ména¬
gement des forces fait qu’elles fe con-
fervent plus long-temps.
136. Le changement qui rend l’état
de l’ame & du corps plus parfait, s’ap¬
pelle Jàin, & s’il efî: vifible & que les
fens puiffent l’appercevoir , phénomène
de famé. Ces phénomènes font de deux
fortes : ou ils confiftent dans un mou¬
vement qu’on apperçoit par le moyen
de la vue, du toucher , de l’ouie, &
on les appelle (* ), comme la
( ’'■ ) Entre les feculte's de l’homme , il y en a qui
■font propres à tous les, corps animés , 8e qu’on appelle
animales , comme la faculté de cbnnoître . de déûrer,
•de fe mouvoir j de refpirér-, 8e de battre dans lie coeüt
& les aiteres.De ces &cultés les unes font appeüéesi',
H V
lyS Discours
parole, la refpiration, la contraclba
des mufcles,' le marcher, la déjeâioa,
la miétioi^ , rexpiiition , &c. ou dans
une difpofition fenfible à la vérité des
parties , mais fans aucun mouvement
manifede de ces parties , & les Méde^
cins les appellent qualités^ conune la
figure , la couleur-, la grandeur , la
fituation , &c.
137. Le changement qui rend l’état
de rhomme moins parfait , & qui le .
. fait paroître tel , efl: appellé morbifique^
& s’ileft v\(ûÂq , jymptome ou phénor
mene morbifique. Cesiymptomes font
de deux efpeces ; favoir , dans îes/o/zc-
tions , comme l’enrouement , le boite¬
ment , la palpitation , la pulfation, &
l’éjeâion fréquente, une fueur excefr
five, &c. ou dans les qualités^ comme
la jaunifie dans l’iûere, la rude ffe dans
la gale, l’odeur dans Pozene:, Penfiure
dans Pafeite, la rougeur dans les excré-
mens.
138. La fortie ou Pémiflion d’un
vitales , comme la refpiration & le pouls i & les
autres animales, parce qu’on croit qu’elles dépen¬
dent de l’ame. Les facultés communes aux végétaux»
& qu’on peut appeller végétales , font la Êiculté de
croître , de fe nourrir, de digérer , de féparet &
4’engendrer. , - ,
PRELIMINAIRE. 175
fluide ou d’un folide qui étoit dans le
corps , s’appelle en général excrétion
ou évacuation ; mais fiiivant la défini¬
tion qu’on a donnée , l’évacuation
un mouvement fenfible des parties du
corps , dont elle doit être mife au nom¬
bre. des fondions. On voit donc qu’il
y a deux fortes de fondions , l’une
qui confiée dans le mouvement appa¬
rent des parties folides , comme le
marcher, la parole, &c, & l’autre dans
le mouvement des fluides hors du corps,
comme dans le piflément , le crache¬
ment, &c. C’efl; ià*deflus qu’efl: fon¬
dée la divifion que les anciens ont
faite des fymptomes , en fondion , ex¬
crétion &: qualité viciée. , ^
139. Toutes les maladies rendent
l’éîat de l’homme plus imparfait auflî
long-temps qu’elles durent , comme
on le verra par l’énumération que j’en
ferai. Or toutes les maladies fe rédui-
fent à la fîevre , â l’inflammation , à la
convulfion , à la paralyfie , à l’eflbu-
flement , à la douleur , à la folie , à l’é¬
vacuation & à la cachexie. Je vais mon¬
trer que dans toutes ces; maladies la
ftrudure, la crafe & les forces du mo¬
teur, ne concourent point à proloa*
fi8o Discours
ger la vie comme dans l’état parfait;
140. Dans la fîevre les fluides étant
plus «épais qu’à l’ordinaire , engorgent
les vaiffeaux dans lefquels ils circulent,
ou les irritent par leur acrimonie , &
*■ les forces vitales augmentant pour les
réfoudre ou les corriger , il s’en fait
une diffipation excefîive , & qui va
fort au-delà de ce qui peut s’en répa¬
rer dans le même efpace de temps.
On voit donc que cette jufte dépenfe
de forces ( 134) , dont le ménagement
contribue au maintien de la vie , tant
iqu’elle n’eft menacée d’aucun danger,
ri’efl point obfervée dans ce cas.
141. Les maladies inflammatoires
n’épuifent pas moins les forces vitales
que la fievre , & abrègent par confé-
quent la vie de l’homme. Il y a plus,
la douleur & la foibleffe dont elles
font accompagnées , détournent l’hom¬
me des fondions auxquelles il avoit
coutume de vaquer , & nuifent à l’in¬
tégrité de la machine, par la fuppura*
tion dont elles font fuivies.
141. Les maladies convulfîves font
à l’égard des nerfs , ce qu’eft la fievre
par rapport aux vaiffeaux fanguins;
^iles épuifent extrêmement les forces
Préliminaire. iSi
animales , d’oii réfulte la foiblefle èz
le dérangement des fondions qui con¬
tribuent à la fanté.
143. Dans la paralyfie , les nerfs
deftinés à avertir l’ame de la préfence
des objets qui peuvent lui être utiles
ou nuifibles , font hors d’état de lui
tranfmettre ces impreffions , & par
conféquent ne concourent point à la
confervation du tout.
144. Les maladies douloureufes n’a¬
battent pas moins les forces que les
inflammatoires; & l’ame occupée de
la douleur qu’elle reflfent , n’eft plus
capable d’exercer fes fondrions , & l’in¬
tégrité des nerfs en fouôre.
145. Dans ceux qui ont perdu l’u-
fage de la raifon , l’ame , dont la fin
principale eft de connoître la vérité ,
& de délirer le bien , fe trouve hors
d’état de faire l’un & l’autre ; fa partie
même la plus noble , je veux dire l’en¬
tendement , ne veille plus à la confer¬
vation de la fanté , en étant diftrait par
des idées abfurdes & par des défirs dé¬
pravés.
146. Dans les maladies évacuatoires,
ou dans les excrétions continues , les
principales fondrions fe dérangent, les
1
l8^ Discours
forces s’épuifent & fe diftrlbuent d’ime
autre maniéré que dans la fanté, ce
qui abrégé la vie.
, dans les maladies caché-
tiques , la forme , la couleur & les au¬
tres apparences , ne font plus les mê¬
mes que dans la fanté ; elles changent,
de même que le tifîu & la ftruâure in¬
terne des folides , & la crafe des flui¬
des^; mais comme les machines ne peu¬
vent fortir de leur état de perfeôion
fans tomber dans un état pire , il elî:
évident que dans ces maladies la ftruc-
ture ni la crafe n'ë font plus telles qu’el¬
les doivent être pour le maintien de
la vie. (114.)
148. Il fuit de ce qu’on vient de
dire , que toutes les maladies rendent
l’état de l’homme plus imparfait pen¬
dant tout le temps qu’elles durent, &
par conféquent qu’on doit les mettre
au rang des maux ph)^hques. En effet,
,îe mal n’efi autre chofe qu’une imper*
fedion.
149. Mais comme le mal qui nous
garantit d’un mal plus confidérable efl
un bien , eu égard à celui dont il nous
a délivré ; il s’enfuit que les efforts que
iait la nature pour nous délivrer des
P R i L I M I N A I R E. 183-
caufes morbifiques , capables de nous
plonger dans des maladies plus dange-
reufes, doivent être regardés comme
faîutaires ; or , l’obfervation journafiere
nous apprend que cela arrive dans
rhomme ; mais ces efforts font des
changemens morbifiques (137) ; donc
il y a des maladies qu’on doit regarder
comme un bien refp^Bif^ entant qu’elles
guériffent ou qu’elles préviennent d’au¬
tres maladies plus dangereufes , quoi¬
qu’elles foient un malabfolu , confidé-
rées en elles-mêmes. On doit mettre
de ce nombre le vomiffementfpontané
ou artificiel , qui garantit un crapuleux
de l’apoplexie dont il efi; menacé; la
diarrhée , qui prévient la fievre inter¬
mittente qui guérit i’épilepfie.
150. Le mouvement efi: la caufe de
tous les changemens qui arrivent dans
le corps; & puifque tout fymptome
eft un changement (137), ü s’enfuit
qu’il eft produit par un mouvement in¬
terne GU externe. Le changement d’é¬
tat, dont la raifon fuffifante efi conte¬
nue dans le fujet dont l’état change ,
s’appelle aUion ( O mol.
trouve dans l’homme la i^bn fuffi-
ûnte de prefque tous les fymptoinçSe
*184 Discours
ainfi qu’on s’en appercevra fi on y fait
attention ; donc prefque tous les fymp-
tomes font dus à l’action des parties
qui conftituent l’homme. Il faut en ex¬
cepter les léfions évidentes produites
par des caufes externes , telles que les
plaies, les contufions , les fraèures,
qu’on ne doit point mettre au nom¬
bre des maladies , mais au rang des
.affedions ou des vices^
Toute aâion efi; l’effet immé¬
diat d’une force ; ou , ce qui revient au
même , il n’y a point d’aâion fans for¬
ce ; & celle-ci fuppofée , l’aâion s’en¬
fuit nécefiairemerit, à moins qu’on ne
lui oppofe une réfiftance égale. ( 0;z-
tolog, yx8\ ) Comme donc la plupart
des changemens morbifiques font oc-
cafionnés par l’aétion des parties qui
compofent le corps humain , il s’enfuit
qu’il y a en lui des forces capables de
changer fon état , & de produire des
fymptomes; & les maladies , fi l’on en
•excepte les affeftions , dépendent tou¬
tes des forces de l’homme.
15 2. Tout être qui peut exercer fes
-forces ou agir , efi appeilé pui^ance ou
faculté active ( OritoL yi(S'.) : or puifque
sdaiis i’tqmine les parties tant folides
Préliminaire. 185
que fluides , la fubftance incorporelle
ou l’ame exercent leurs forces , agif-
fent mutuellement l’une fur l’autre , &
que c’eft dans cette aâion réciproque
que confifle la vie , il s’enfuit qu’on
doit-attribuer pour l’ordinaire les chan-
gemens m-orbifiques aux puiflances ou
facultés aftives du corps & de l’ame.
153. C’efl: de quoi l’on fe convaincra
encore mieux fi l’on fait attention aux
différentes clafles des maladies , telles
que les fievres , les inflammations , &c.
car quoiqu’elles foient occafionnées
par l’application ou l’introduâion des
corps externes , elles ne fe manifeflent
jamais , à moins que les forces de
l’homme ne fe déploient , & qu’il ne
furvienne des changemens dans le
corps , lefquels font toujours produits
par les forces des folides, des fluides ,
ou du principe vital & fenfitif.
154. On trouve dans un cadavre les
facultés communes aux végétaux Sc
aux machines hydrauliques , telles que
la gravité, l’attradion , l’élafticité, &
ce qui en dépend peut-être , le mou¬
vement putréfaclif & fermentatif, la
diffolution , la relaxation , la conden-
fation , la végétation des poils & des
î85 Discours
ongles , ia chute & la preÆon des flui¬
des llir les parties inférieures , le chan¬
gement de couleur , d’odeur & de fer¬
meté , en un mot les fymptomes (^i
réfuite nt du changement des qualités,
&^quélques-uns de ceux qui confiftent
dans les excrétions , mais en très-petit
nombre , parce qu’il y a peu d’excré¬
tions qui fe faflfent indépendamment
du fentiment & du mouvement muf-
culaire ; mais on n’y apperçoit aucun
des changemens qui dépendent de la
perception , de l’appétit , du mouve¬
ment mufculaire , du mouvement du
pouls , de la circulation & de la refpi-
ration , parce que ces fonéhons exi¬
gent ia préfence & l’aâion del’ame;
h’oii il hiit que tous les changemens
fpontanés qui arrivent dans l’homme
dépendent des facultés du corps ou de
l’ame ; les premières font communes
aux végétaux , de les fécondés propres
aux animaux.
155. Le principe, efl: ce qui contient
en foi la raifon fuffifaate de l’exiftence
poifible d’une chofe , ou ce qui la fait
concevoir comme poflible. Les Patho-
loglftes , qui fe mettent peu en peine
d’éviter les- équivoques , lui donnent
Préliminaire. i%<f
le nom de caujè éloignée , quoiqu’il y
aitbecucoup de différence entre îa caufe
Sc ie principe ; & c’eft ce qui occ^
fionne une confufion étrange dans la
îvlédecine. « La caufe , dit M. u4^ruc ,
» eû ce qui produit la maladie , & nous
)» voudrions bien , ajoute-t-il , reftrein-
»» dre à cela la lignification de ce mot,
» fi l’ufage le permettoit». Mais il me
permettra de lui dire qu’un abus ne fau-
roit jamais paffer en ulage, & qu’un
homme raifonnable doit plutôt fe laif-
fer guider par la raifon que par les ufa-
ges qui lui font contraires. Il convient
lui- même qu’il eft extrêmement diffi¬
cile de définir la caufe , & que par un
ufage reçu , on donne le même nom ,
tant aux caufes efficientes qui produifent
effedivement les maladies , qu’aux cau¬
fes , ou , pour mieux dire , aux conditions
fans kfquelles les maladies ne fauroient
avoir lieu , conditions dont la préfence
ne caufe point la maladie , mais dont
l’abfence empêcheroit qu’elle ne fût
produite.
156. Les principes font les condi-
fions , les oçcafions , les circonffances ,
la matierr , l’inflrument , la fin, , & la
caufe évidente.
Discours
Suppbfons qu’un grumeau de fang
obftrue une petite artere , ou une pe¬
tite veine , il ne s’enfuit pas par - là
même que ce vaiffeau fe dilate & s^en-
fle. Ce grumeau n’eft donc point la
caufe de la tumeur , mais ce qui s’en¬
fuit , c’eft la poffibilité de la dilatation ;
on peut donc le regarder comme le
principe de la tumeur , 6c comme un
principe matériel , parce qu’il en fait
partie. Et comme à fon tour le vaiffeau
enflé eff une partie organique , qui em
tre dans la compofition de la tumeur,
il doit être regardé aufli comme le prin¬
cipe organique ; le fiege 6c Vinjirument
de la tumeur.
Si l’adhérence de ce grumeau , qui
par lui- même ne caufe point la tumeur,
eff néceffaire à fa production , comme
plufieurs le penfent, elle devient alors
une condition ou un principe fans lequel
il n’y auroit point de tumeur* Si le
principe n’efl; point néceffaire pour fa
formation , comme la petiteffe du vaif¬
feau , il efl: regardé comme Voccafion de
la tumeur , parce qu’il facilite l’effet,
au cas que la caufe exiffe. S’il n’eft ni
néceffaire , ni utile , mais uniquement
préfent, comme la rougeur 6c l’acri-
Préuminaire* 189
inonie du fang , on l’appelle abrs fim-
plement circonjlance. Le but que fe pro-
pofe un agent s’appelle fin. Par exem¬
ple , fi la tumeur efl: excitée afin de
purger le fang du venin qu’il contient,
cette dépuration , que d’autres appel¬
lent caufe finak y efl; la fin de la tumeur,
ou le but que l’agent fe propofe. Si la
tumeur efl occafionnée par le relâche¬
ment des vaifleaux , ou par l’épaifiiffe-
ment du fang enfuite d’une mauvaife
digeflion, comme' ces chofes n’agiflent
que d’une maniéré paffive dans la pro-
duflion de la tumeur , & îre font que
des difpofitions antérieures dans le
corps, on les appelle principes proégu-
menes, ou prédijpofitions ^ & telles font
la pléthore , l’épaifilflement , l’intem¬
périe , l’acrimonie , &c. Si l’occafion
de la tumeur efl aftive , comme l’im-
pétuofité , l’effort , la prelfion du fang ,
quoiqu’infuffifante par elle- même pour
produire cet effet , ou la colere , la vo¬
cifération , la courfe , qui produifent
cette impétuofité ou cet effort; on Vap-
]pé[le principe procatarSique, ou excitant,
en Grec prophafis , toutes les fois qu’il
efl évident & externe.
157. La caufe efl ce qui feit conce--
IÇO Discours
voir l’exiftence aduelle d’une chofe^
€n quoi elle différé du principe , qui
fait concevoir, non point fon aftualité,
niais feulement fa poflîbilité. Une chofe ‘
æA: poflible ; lorfqu’elle n’implique au¬
cune conîradidion ; mais de ce qu’elle
peut exifter , il ne, s’enfuit pas qu’elle
-exifte. De ce que le principe exifte',
-il ne s’enfuit pas que ce que les Scho-
daftiques appellent principïatum , doive
néceffairement exifter; mais la caufe
fuppofée , s’enfuit nécefiairement,
fans qu’il foit néceffaire de faire d’autre
fuppofitioh , & il cefîe d’exifter , dès
■ qu’elle n’exifte plus. La caufe n’eft telle
■ qu’autant qu’elle produit un effet , ou
:iine chofe différente d’elle ; d’où il fuit
qu’il ne peut y avoir d’effet fans caufe,
ni de caufe fans effet. Ce qui exifte
aftuellement eft poffxble , mais la caufe
fait concevoir l’aôualité , donc à plus
forte raifon la poftibilité ; d’où il fuit
que la caufe eft une efpece de princi¬
pe t un exemple va éclaircir toutes ces
définitions.
IJ 8. La puiffance par laquelle les
vaiüeaux du corps humain réfiftent à
l’effort qu’on fait pour les allonger , ou
tendent à fe raccourcir, s’appelle- «n;?-
Préliminaire. 191
traâiliîé; & celle par laquelle ils réfif-
tent à leur rupture , ou iis relient unis ,
ùnacitL
1 59. La prefîion des fluides , qui agit
perpendiculairement fur les parois des
•vâfleaux , s’appelle prejjîon latérale.
léù. La force avec laquelle la co¬
lonne d’un fluide agit fur la bafe de
celle qui le devance fuivant l’axe du
vaifleau, s’appelle force progrejfve ^ on
preflion fuivant l’axe.
161. -La caufe de la tumeur en gé-
«éral eft l’excès de la preflion latérale
fur la contra^lité du vafe ou des vaif-
feaux. Dlmonf ration. Les vaifleaux ne
peuvent s’enfler que lorfqu’ils font dif-
tendus par les fluides qu’ils contien¬
nent ; mais ils ne peuvent être diflen-
dus que par la preflion latérale ; car les
.fluides agiffent perpendiculairement fur
la furface comprimée ; & les vaifleaux
Hans l’état de fanté ne réfiflent à la
preflion des fluides , qu’autant que leurs
fibres longitudinales & orbiculaires
font effort pour fe raccourcir , ou que
la preflion latérale du fluide efl con¬
trebalancée parla contraftilité des vaif-
feaux. Lors donc que la force de la pref-
fion latérale l’emporte fur celle de la
i9i Discours
contraûilité , U faut néceflairementque
les fibres des vaiffeaux s’allongent ; &
comme la preffion agit perpendiculâ,
rement fur eux, &: que la direâioii
paffe par l’axe du vaiffeau , il faut en¬
core que les fibres s’éloignent de l’axe;
mais les fibres & les parois du vaifléau
ne peuvent s’écarter de l’axe que le
vaiffeau ne s’enfle ; il s’enfuit que la
preffion latérale excédant la contraâi*
lité du vaiffeau , il faut néceffairement
que le vaiffeau s’enfle : ce qu’il falloit
démontrer.
162. 11 fuit de là que la contradL-
lité du vaiffeau demeurant la même,
il s’enflera , fi la preffion latérale du
fluide augmente.
1(53. Il fuit encore que la preffion
latérale demeurant la même , le vaif¬
feau s’enflera , fi fa contraftilité di;
min Lie.
164. U fuit encore que le volumè
de la tumeur efl; en raifon compofée de
la direâe de la preffion latérale , & de
l’inverfe de la contraftilité.
165. U eft évident encore , que la
contraéiilité du vaiffeau étant anéantie ,
comme il arrive par fa rupture , ou ce
qui en eft une fuite , que la preffion
latérale
P îl £ L I I N A I S. E. 195
fetéraie des flüides venant à cefler , i{
ne peut fe former aucune tumeur. 11
s’enfuit donc que les limites dans la
groffeur de la tumeur font les- mêmes
que celles de la contraâiiité du vaif-
feau, & celles de la preffion des fluides.
166. Lapreflioa vive , ou la coilifion
que fôuflfent les vaifleaux , à chaque
battement du cœur, efl: la même que
celle qui agit fur la bafe de la colonne
du fluide qui va devant ; or celle-ci efl
comme le quarré de la vîteflê refpec-
tive des colonnes , favoir , de celle qui
précédé & de celle qui fuit ; donc l’in-
tenfité de la tumeur, la contraclilité
du vaifleau demeurant la même , efl
proportionnée à ce quarré de la vîtefle
ïefpedive,
1 67. La prelîion qu’un fluide exerce
fur les parois d’un vaifleau , efl: tou¬
jours proportionnée à la force du pif-
ton du cœur qui le poufle ; mais celle-
ci efl la mefure de la plus grande vî¬
tefle que le fang peut acquérir dans le
VaiflTeauî car cette force, fuivant les
principes de l’Hydrodynamique, efl
comme le quarré de fa vîtefle ; d’où i!
fuit que le fang qui précédé venant à
retarder , cette force efl la mefure de
Tome /. I
«94 Discours
la preffion latérale, qui caufe la tumeur
par fon excès.
i68. Il fuit de-là,, en fuppofant I3
même contraéHlité dans le vaiffeau,
que la tumeur fera la plus grande qu’il
eft poffible , lorfque le fang prefléra
les parois du vaiffeau avec toute la
force qu’il reçoit du cœur ; ce qui ar-i
rive lorfque le vaiffeau eff entièrement
obffmé, & que dans ce cas la tumeur
augmentera ou diminuera felom, que le
coeur aura plus ou moins de force ,
àinlî qu’il arrive dans la petite vérole ,
dans laquelle les pullules difparoiffent
lorfque la preffion vitale diminue.
. 169. Il fuit encore de-là que; la tu*
meur , la force du cœur demèurant la
même , doit être plus grande dans les
veines que dans les arteres , parce que
( Hœmafiat. Gall. p. ai/.) les veines
étant obftruées , la preffion latérale eff
plus forte , & la contraftilité moindre;
d’où il réfulte que l’excès qui caufe la
tumeur eff plus grande auffi.
170. Les effets entiers font propor*
tionnels à leurs cznïes. Wolf. Mechan,2it-i
17 1. Voici une autre réglé pour
connoître la caufe & la diftinguer du
principe , ainff qu’om peut s’en çom
Préliminaire; 195
^ncre par les exemples d-deflus. En
effet , puifque l’excès de la prelîion lar-
térale fur la contraâilité du vaiffeau
caufela tumeur, il s’enfuit que celle-
ci doit augmenter ou diminuer à pro¬
portion que cet excès ( 162-169.)
augmenté ou diminue.
172. Si l’on coupe un vaiffeau en
travers , comme le fang qui précédé &
qui s’écoule n’oppofe aucune réfiftance
à celui qui fuit , ils coulent avec la mê¬
me vîteffe l’un & l’autre ; il n’y a plus
aucune vîteffe refpedive , ni par con-
féquent aucune preffion latérale , ni fui-
vant l’axe du vaiffeau, (166) comme
on peut le voir dans V Hcemajlatiqm
Françoife (^pag. 2.4y.n. too.') & la tu¬
meur (Éfparoît fur le champ.
173. Lorfqu’onlie une veine , la tu¬
meur eft beaucoup plus groffe que fî
on lioit une artere de même diamètre ,
parce que dans l’état de fanté la con-
traôilité de la première étant moins
grande que celle de la fécondé , &
d’ailleurs la preffion latérale étant la
même dans l’un & l’autre cas(i68.) ,
l’excès de la preffion latérale fur la
oontraéHlité eft plus grand dans la
veine,
I n
195 Discours
174. Les mêmes caufes produifem
toujours les mêmes effets dans les mê¬
mes circonftances. Hamberger ,
num. 18. _
On prétend dans les Ecoles , faute
de définitions exaûes , qu’un même
effet peut avoir plufieurs caufes. Cette
erreur vient de ce qu’on donne le nom
de caufe , non point à la caufe ent^re,
mais à une de fes parties dans un effet
entier compofé , ou à l’occafion ou au
fujet de la caufe , ou à quelque prin¬
cipe ; en un mot , de ce qu’on con¬
fond en quelque maniéré la caufe avec
ce qui ne i’eft point ; mais c’eff mal à
propos , vu qut h même, effet eji toujours
produit par la tnême caufe prochaine eff-
dente. Id. ibid.
175. Ceux qui affignent pour caufe
de la tumeur la ftagnaîion du fang dans
les vaiffeaux , n’afîignent pour caufe
(i68) qu’un principe; & s’ils font une
fois imbus de cette erreur , ils croiront
aifément que le même effet peut être
produit tant par cette flagnation, que
par la prefîion latérale la diminution de
la. contradilité , & par plufieurs autres
caufes, ainfi qu’ils les appellent; &
cela étant, il n’efl pas étonnant que
Préliminaire; .197
la confufîon des noms occafionne celle
des idées (95.)
176. Pour Ibutenir cette opinion;
ces Philofophes allèguent l’exemple du
foleil qui durcit la boue & qui fond la
cire , d’où ils concluent qu’une même
caufe peut produire différens effets.
Mais il efl bon de remarquer que le
foleil eft le principe , mais non point
la caufe qui durcit la boue ; car fi l’hu-
midité ne s’exhaloit , & fi les molécules
terrefires ne fe rapprochoient & ne fe
touchoient dans un plus grand nom¬
bre d’endroits , ou par des furfaces plus
larges , le foleil ne durciroit jamais la
boue , quoique avec le même degré de
chaleur. Il n’en efi; pas de même de la
cire , fes molécules n’exhalent aucune
humidité ; mais étant entourées du flui¬
de lumineux comme d’un atmofpherè
extrêmement fubtil , le nombre & l’é¬
tendue dessmoints de leur contaft , di¬
minuent , ôi^r-là elles acquièrent de
la fluidité. Lorfqu’on confond les mots,
il faut néceflairement qu’on confonde
les chofes.
177. Il n’y a point de fcience , fi
l’on en excepte la Théologie , dans la¬
quelle les erreurs foient plus dange-
I iij
19$ D i^s c O XJ R s
reîifes quela Médecine , & cependant
il n’y en a point où l’on en commette
davantage. La prmcipale fource de ces
erreurs efl: qu’on prend pour caufe ce
qui ne l’efl: point ; poji hoc , ergo propur
hoc ; un phénomène vient à la jîiite £un
autre ; il en ejl donc Veffett Raifonne-
ment auffi commun que pitoyable.
. 178. Pour qu’une chofe puiffe être
regardée comme la caufe d’une autre ,
il ne fuffit pas que la préfence ou l’ab-
fence de la première amene avec elle
la préfence ou l’abfence de l’autre ; il
faut encore qu’elle contienne la raifon
fuffifante de fon exiftence aftuelle , &
que l’elFet foit proportionné àl’intenfité
de la caufe ; & comme tout effet eft un
changement , & que celui-ci ne peut
être effeâiié fans une force capable de
le produire (i 50.) ; il efl néceffaire que
ce qu’on regarde comme caufe , ait
une force fuffifante pour produire l’ef
fet qu’on lui attribue , autrement l’un
ne pourroit fervir à faire conclure l’e-
xiftence de l’autre , ainfi qu’on le verra
par des exemples. —
179. Un homme qui voit cingler un
vaiffeau à pleines voiles , & qui Je voit
s’arrêter lorfqubn les abbat, auroit tort
Préliminaire. 199
de ïegarder la tenfion des voiles com*
01e la caufê de ion mouvoment , vu
que par elle-même elle eft incapable
de le prod\iire. Lorfque les'hirondeiles
paroiffent , les arbres végètent , & ils
ceâfent de le faire , îorfqu’elies difpa-
roiffent; mais il ne s’enfuit pas de là
qu’elles foie nt la caufe de cette végé¬
tation , puifqu’eiles ne faiiroient faire
monter h feve dans leurs vaiiTeaux.
Les caufes que l’on aiîigne à la plupart
des maladies ne font pas moins ridi¬
cules. Le fang qui s’arrête dans .les
vaiffeaux retarde le mouvement de ce¬
lui qui lui fuccede , bien loin d’accélé¬
rer fon cours , ainii qu’il arrive dans la
fievre ; cependant on affigne cette iïa-
gnation pour caufe de la fievre , ainfî
que des tumeurs. C’efl: ainfi encore
qu’on attribue les convulfions à la pref-
fion du cerveau , parce que l’on con¬
fond les principes avec la caufe. De
îReme, les Afirologues attribuent les
événemens à l’afpeâ: ou à la fituation
refpeâive des aftres , comme s’il y
avoit quelque nouvelle ^force dans
cette fituation.
180. Rien , entant que caufe , ne
peut être connu par les fens , ( Ham!"
I iv
200 Discours j
Icr^er^ Phyf.pmfat. ji. ) ni par con- '
iiéquent entaint qu’il eli l’effet d’un au^ |
tre ; & en effet , la déduâion des con-
féquences n’eff point du reffort de la
Émple perception , ni une opération des '
fens , mais du reffort de l’entendement,
& ce n’eff qu’à l’aide du raifonnement
qu’on peut tirer des conféquences. Or
puifque la caufe eff ce dont on conclut
î’exiftence aâuelle d’une ciiofe , il s’en¬
fuit que les fens ne peuvent l’apper-
cevoir. L’expérience eff la connoif-
farice des chofes que nous découvrons
en ne.réfléchiffant que fur nos percep¬
tions Logy(j6'4.') ; d’où il, fuit ,
quoi qu’en difent les. Scholaffiques, que
ni l’obCervation , ni. l’expérience ne
peuvent nous faire cqnnoître ni .les
caufes , ni les effets , entant que tels.
i8i. Le pronoffic eff la connoif-
fance de la caufe ; la certitude de
l’un dépend de la certitude de l’autre. '
Nous ne préfageons une chofe avec
certitude qu’autant que nous connoif-
fons celle dont l’événement dépend ,
ou la liaifon néceffaire qu’il a avec elle.
Or toute caufe amene néceffairement
fon effet; donc plus nous ferons cer¬
tains que la caufe exiffera , & plus cer*
Préliminaire, loi
tainetnent nous prédirons Fexiftence
de fon effet. Le principe au contraire
ne prouve que la poffibilité de l’évé-
nèment, 6c le principe peut exiffer
fans que l’é\'énement s’enfuive ; dé
forte qu’on peut le conjecturer fur l’e-
xiftence du principe , mais non point
le prédire avec certitude. L’utilité de
la ccnnciffance de la caufe l’emporte
autant fur celle du principe , que la
certitude l’emporte fur la fimple con-
jeélure. Comme un navire ne cingle
que" par l’excès de la force du vent &
du courant de l’eau fur la réfiftance
qu’oppofënt l’inertie du vaiffeau & la
vîîeffe de l’eau, fi je connois exafte-
ment cet excès , je pourrai calculer
au jufte la vîteffe du vaiffeau , la pré¬
dire , & la déterminer , parce que la
caufe étant donnée , il eft impoffi-
ble qu’elle ne produife fon effet ; de
même connoiffant la caufe (Fune ma¬
ladie ôz des fymptomes qui la carac-
térifent , je puis les prédire avec
certitude.
182. Le dlagnoffic des maladies efl
fondé fur la connoiffance des fympto¬
mes ; mais la définition eft l’énuméra-;
tion des fymptomes néceffaires pour
1 y
aoi Discours
Ponnoître le genre & le diffinguer
4onc le diagnoftic des maladies dépend
de la bonté de la définition.
183. Si les fymptomes font telle¬
ment liés avec une autre chofe, que
leur exiftence aâuelle en dépende,
& que nous connoiffions cette con¬
nexion , nous favons alors qu’ils en
font l’effet , ou que cette chofe en eft
la caufe , & cette connoiffance exade
que nous avons des fymptomes & de
leur connexion avec les caufes, confti-
tue toute la fcience des diagnoffics &
des pronoffics.
184. Le figne efi: ce qui fait connoî*
tre qu’une chofe eft, a été, ou fera
^ Ontolog. c)32. ) ; mais les fymptomes
font tellement fiés avec leurs caufes,
qu’ils ne peuvent exifter que celles-ci
n’exiftent ou ne fuivent ; donc les
fymptomes font les fignes des caufes
préfentes ou antécédentes ; & les ma¬
ladies étant un concours de plufieurs
fymptomes liés entr’eux , il s’enfuit
donc que puifque les fymptomes nous
font connoître ce concours & cette
connexion , ils font des fignes certains
jdes maladies.
.185, Les principes admis 3 la maladie
Préliminaire. 105
efl poffible ; d’où il fuit que les prin¬
cipes font des fignes probables des ma¬
ladies plus ou moins certains , félon
qu’il y a plus ou moins de cas tous
également poflibles , dans lesquels ces
principes ayant eu lieu , telle, maladie
8 exifté ordinairement.
186. Si l’on jette deux dés fur une
table , comme il y a trente-fix façons
différentes & également poflibles , fui-
vant lefquelles ces dés peuvent mon¬
trer leurs points , les dés jetés , la pror
habilité que l’on a que le poin4 donné
paroîtra , eft à la certitude comme 1
à 36. Si le point donné efl: 7, comme
çe point peut venir de fix façons éga.-
lement poflibles , la probabibté eft le
6'. de la certitude.
187. La vraijcmblanu eft une proba¬
bilité , qui eft à la certitude dans un
plus grand rapport que 1 à 2. Par
exemple , il y a plus de dix-huit cas
dans lefquels on peut faire avec deux
dés les nombres 7 , ou 6, ou 8 , ou 4,
car on en compte 20. Il eft donc vrai-
femblable qu’avec deux dés, on fera
l’un de ces points.
188. U incertitude eft une probabilité
paoindre qu’une demi- certitude ; com?
I vj
104 Discours
me donc parmi trente-fix cas poffiblej^
il n’y a que lix façons dontde nombre
7 puifîe arriver , il n’efl point vraifem-
liîable , mais incertain que l’on amené
le point 7 du premier coup de dé.
189.. Le une probabilité qui
vaut une demi -r certitude ; fi donc -de
trenîe-fix cas poiîibles , il y en a dix-
kuit qui favorifent l’événement, celui-
ci efl; incertain. Si dans une maladie,
par exemple , un tel événement dépend
du concours fortuit d’autant de fymp-
tomes que l’événement contraire , il
efl; douteux lequel des deux arrivera.
xqo. hz pojjibilité eil le premier &
le plus petit degré de la probabilité, &
ne-diiFere en rien de l’ignorance. Voyez
la Logique de Gravcfande.
19 1. Plus on eft certain de la caufe
d’une maladie , plus le pronodic eft
sûr , ou , ce qui revient au même , plus
la vraifemblance de l’événement appro-
xlie de la certitude ; plus on apperçoit
de principes de la maladie , plus la pro¬
babilité approche de la vraifemblance *
OU- plus le pronoftic eft vraifemblable.
192. Le danger e^vm. état dans le¬
quel il y a de l'a pofiibilité que la ma¬
ladie ^tuneiflueûmefte. Par exemple*
Préliminaire. 205-
ü y a danger de mort dans une maladie ,
lorfque toutes chofes étant d’ailleurs
égales, il y a autant de gens qui en
meurent , que de gens qui en échap¬
pent; cela s’appelle un (impie.
S’il y a un plus grand nombre de cas
polEbles de convalefcencequede mort,
k danger tjl médiocre ; s’il y en a moins,
le danger eji grand ; & dans ce cas on
dit que la maladie eû mortelle; ÿzrce
qu’il eû. vraifemblable que le malade
mourra , qu’il eft incertain qa’ûmeuïQ
dans l’autre cas.
193.. La probabilité eft d’autant plus
grande , ou ■ d’autant moindre qu’elle
eft plus ou moins fondée. La probaÊi-
liîé qui eft fondée fur la connoiffance
du principe eil d’autant moindre , qu’il
y a moins de vraifemblance que ce
principe contribue à la maladie.
194. Si l’on peut démontrer que
l’effet efî proportionné à la caufe: , la
connoiffance philofophiqué emprunte
toute fa certitude de la Mathématique
(^WoLf. difc. praf. zy.-)- Par exemple,
fi l’on démontre que l’augmentation de
l’anévrifine eft q)roportionBée dans un
cas donné, à la force impulfive du
•cœur ,. QU à ia::ha.pteur. à laquelle If
âo6 Discours
fang peut monter dans un tube verti¬
cal qu’on inféreroit dans l’aorte , fup-
pofé que la eontraâilité de l’artere ne
varie point, & que, lorfque la force
impulfive ^iicœur demeure la même,
î’accroiffement de l’anévrifme eft pro¬
portionné à la duftilité de l’artere ; cette
connoiffance mathématique rend la phi-
lofophique auffi certaine & auffi utile
qu’elle peut l’être.
195. 11 s’enfuivfa de là que les ex¬
périences s’accorderont avec les prin¬
cipes de l’Etiologie. En voici une , par
exemple , qui lui fert de preuve. Que
Eon prenne deux veffies de même ca¬
pacité , l’une d’homme & l’autre de co¬
chon , & qu’on y attache deux poids
égaux , pour voir laquelle des deux efl
plus duftile , ou s’allongera davantage
dans le même efpace de temps. Cela
feit , fi l’on inféré perpendiculairement
un tuyau dans leurs orifices , & qu’on
les rempliffe d’eau à la même hauteur j
on verra que le gonflemènt de l’une
& de l’autre fera en raifon de leiir duc¬
tilité, ou dans l’inverfe de leur contrac?
tilité , & que remplifiant enfuite les
tuyaux à des hauteurs inégales, leur
gonflement , toutes chofes étant d’aitj
Préliminaire. 207
leurs égales , fera proportionné à la
hauteur de l’eau. Il faut avoir égard au
temps que l’on met à faire l’expérience,
car pliîs la veffie efl diftendue long¬
temps , plus fa duédlité augmente , &C
plus elle fe gonfle.
196. Ueffetjimplc efl celui dans, le¬
quel on ne fait attention qu’à un feul
changement , comme dans la tumeur
en général ; le compofé efl: celui dans
lequel on en confidere plufîeurs , com¬
me dans la tumeur rouge , dolorifique ,
pulfative, dure, &c.
197. Il faut examiner à part la caufe
du phénomène Ample , avant que d’en
venir à celle des phénomènes réunis ,
autrement on efl fujet à commettre
quantité d’erreurs en Médecine. Par
exemple , une tumeur bat , parce que
dans des intervalles fenflbles , la pref-
Aon latérale furpaffe la contraâilité du
vaiffeau ou de la partie tuméflée : elle
efl rouge , parce que la partie réfléchit
les rayons qui font de*cette cooileiu:,
& abiorbe la plupart des autres , com¬
me le démontre M. Newton ; elle réflé¬
chit quantité de rayons rouges , parce
que le fang, qui efl: lui-même rouge ,
teiat la plus g^de partie de fafuper»
ioS Discours
Êcie , qu’il s’infinue dans un plus grand
nombre -de vaiffeaux lymphatiques , &
parce que les vaiffeaux fanguins étant
diffendus , ils font plus gros & plus
faillans , èc que leurs tuniques font
tranfparçntes. On y fent de la douleur,
parce que les fibres nerveufes répan¬
dues dans les parois des vaiffeaux fe
diftendent : enfin la tumeur eft dure,
parce eue le fang , par fa réfiftance ,
l’empêche de céder à la preffion des
detigts , de fe réduire en un moindre
volume , & de changer de figure.
198. Une tumeur accompagnée de
ces fymptomes , & dans laquelle on
fent une chaleur violente , s’appelle
une tumeur inflammatoire ; & comme
tous ces fymptomes peuvent s’expli¬
quer par l’excès de la preffion latérale
alternative , fur la contraélilité des vaif¬
feaux , excès qui dans ce cas eff du à
l’augmentation réelle de la preffion la¬
térale, il s’enfuit que cet excès eft la
caufe de la tulheur inflammatoire.
199. Comme tous les hommes ne
-conçoivent pas la même chofe de la
même façon , & que cela dépend du
plus ou moins de connoiffance qu’ils
“Ont de la Phiiofophie , il arrive de là
Préliminaire; 209
que ce que l’un regarde comme la caufe
d’une maladie , ne paroît point telle à un
autre ; d’où vient qu’abiblurnent par¬
lant, on ne doit admettre pour caufe
d’une maladie que celle qu’on peut dé-:
montrer être tel]e. On peut voir dans
VHczmaJla tique Françoijè , à l’article de
l’inflammation, comment on peut dé¬
montrer ce que nous venons de dire fur
la caufe des tumeurs inflammatoires.
100. Tout corps perfévere dans fon
état, à moins que quelque force ex¬
térieure ne l’oblige à le changer ; c’eft
là la première loi établie dans l’Uni¬
vers ( Newton , kg. /. ) , & il n’y a pas
d’autre raiion de cette loi que la vo¬
lonté de Dieu; de forte qu’on ne peut
mettre cette perfévérance d’état au
nombre des effets naturels.
201. Le changement de mouvement
efl; proportionné à l’imprefîion de la
force motrice , & fe faitfuivant la ligne
droite qui efl: dans la direâion de cette
force ( Newton.^ kg. a. ibid.'). La plaie
efl: une féparation mécanique des par¬
ties folides de l’animai , qui étoient au¬
paravant unies; &: elle fe fait méca--
n^uement, lorfque les forces qui l’in¬
fligent , agiflént à raifon de la maffe ,
1
lîô D I s c ô ù ü s I
de la figure ^ de la viteffe & de, îa
lituâtion qüi peuvent tomber fous les
fens.
201. L’adhérence des parties conti¬
nues vient de ce qu’elles fe touchent
par quantité d’endroits , 6c cette co*
héûon eft plus ou moins grande, félon
qu’il faut un poids plus ou moins pefant
pour les défunir. Cette force de co-
héfion s’évanouit pour peu que ces par*
ties s’écartent , parce qu’elle décroît en
raifon doublée des diftances. La force
par laquelle les fibres & les membra*
nés tendent à fe raccourcir , ou la con*
trachlité dlaftique , demeure en équi*
libre avec celle de cohéfion , jufqu’â
ce que ces contaâs diminuent , la fo-
lütion de Continuité faite j la contrac¬
tilité fépare auffi-tôt les levres de la
plaie, & leur fait prendre une figure
circulaire , de maniéré que l’épée n’a
pas plutôt percé la peau , que la plaie
excede la groffeur du fer. Le fang dif-
tendant la veine ou l’artere , fait effort
pour féparer leurs fibres , d’oîi il arrive
que le vaiffeau de même que l’ané-
vrifme s’ouvrent & fe percent quel¬
quefois.
20}. La caufe des plaies n’efl autre
Préliminaire. iii
chofe que la force qui défunit les fibres;
entant qu’elle l’emporte fur leur téna-
ôté ou leur adhérence (158): or corn-
me cette force efl: tantôt intérieure ,
& tantôt extérieure , ainfi qu’on l’a
vu ci-deflus , & qu’elle réfulte de celle
qui eft appliquée , par exemple , de
celle d’une épée, de l’impémofité du
fang , &C. & de la force naturelle des
parties , ou de leur contraftilité ; il
s’enfuit que plus la force de Tinfim-
ment & la contradllité font grandes ,
la ténacité demeurant la même , & plus
la plaie l’eft auflî , & que la force de
l’inftrument & de la contraâilité de¬
meurant la même , moins l’adhéfion
des parties efl: forte , 6c plus la plaie
efl grande encore. 11 fuit encore de
là qu’une plaie peut fe former d’elle-
même , fans que l’effort du fang aug¬
mente , & fans aucune léfion externe ,
fi la contraâilité l’emporte fur l’adhé¬
rence , ainfi qu’il arrive dans les rha-
gades caufées par le froid. Que fi la
contraâilité & la violence du coup
font grandes , & l’adhéfion petite , la
plaie efl en raifon compofée de chacun
de ces principes. Il fuit encore qu’une
plaie ne pçut avoir lieu que i’adhéfion
lîz- Discours 1
des parties l’emporte fur les forces ex* '
térieures ou naturelles qui tendent à
les défunir ; & c’eft ce qui fait qu’un
léger effort ne peut caufer une plaie ,
& que celle-ci fe guérit toutes les fois
que la nature ou l’art rapprochent fes
levres , & que les interâices fe rem-
pliffent par i’accrétion des vaiffeaux au
' point qu’elles fe réuniffent , & qu’elles
recouvrent leur adhérence & leur té¬
nacité naturelle. Il efl , donc faux que
la caufe d’une plaie puiffe exifler fans
que la plaie ait lieu , & que la plaie
fubfifle lorfque la caufe eft ôtée , à
moins qu’on ne prenne pour caufe l’inf-
trument qui n’en eft que le principe.
204. Le Médecin ne doit pas être
moins attentif à difiinguer la caufe de
la maladie de ce qui ne l’eft point
qu’un Juge l’efl à diftinguer le témoin
d’un crime de celui qui l’a commis,
puifque dans l’un & l’autre cas il s’agit
également de la vie des hommes. On
ne peut faire cette diftinélion à moins
qu’on ait une connoiffance parfaite de
la caufe & du principe, ce qui fuppofe
une définition claire & exaéfe. Ceux-
là n’ont pas une idée exacle de la caufe,
qui fe fervent de l’exemple d’une plaie
Préliminaire. 213
pour prouver que la caufe peut ceffer
fans que i’elFet ceiTe , parce qu’ils con¬
fondent tantôt rinftrument avec la cau¬
fe, tantôt la plaie avec l’ouverture fub-
fiftante de fes levres ; mais cette ou¬
verture une fois faite , doit fubfîHef ,
par la- première Loi de Newton , & fui vaut
la Jèconde Loi , elle ne peut être produite
que par l’excès de la force divifante.
De fen côté l’inftrument par lui même
ne fauroit faire une plaie , à moins
qu’un agent ne lui imprime une force
lupérieure à la ténacité des parties.
20 5. Le concours de plufieurs fymp-
tomes liés entr’eux , que les Grées ap¬
pellent jyndrome^ forme \o.maladie^^Q
ell la définition que les Anciens en ont
donnée, fuivant M. le Clerc dans fon
Hijloire de la Médecine , pag. 343. on
définit le concours une réunion de
plufieurs fymptomes qui ' coexiftent ,
ou qui fe fuccedent les uns aux autres ;
une définition eü préférable aux autres,
lorfqu’elle fournit des fignes qui fer¬
vent à connoître le défini & à le diftin-
guer de toute autre chofe. Or comme
les fymptomes , de même que leur con¬
cours , tombent fous les fens , & qu’on
ne peut connoître la difpofition des
1
214 Discours
parties internes , il s’enfuit qu’oft doit
préférer la définition, prife des fympto.
mes à celle qui eit tirée de la difpofi-
tion intérieure des parties. D’ailleurs
cette définition efi: très - ancienne , 0
l’on en excepte celle d’Hippocrate,
qui définit la maladie , tout mal-aifi tio-
tablé & confiant ; elle eft conforme au
langage ordinaire des Praticiens. En
effet , on définit chaque maladie parti¬
culière , comme l’apoplexie , la fyn-
cope , la dyffenterie , la pieuréfie par
leurs fymptomes , d’où il fuit qu’on
doit définir pareillement la maladie en
général par raffemblage des fymptomes^
2o6. Il n’y a point de maladie , fi
fimple qu’elle foit , qui n’ait plufîeurs
fymptomes , & quoiqu’il fuffife d’en
énoncer quelques - uns dans la défini¬
tion, cela n’empêche pas qu’il n’y en ait
un plus grand nombre , ainfi qu’on peut
s’en convaincre par l’exemple de la ca*
tarafte ou de Vamaurofe. Indépendam¬
ment de la perte de la vue , on apper-
çoit dans les yeux d’un aveugle des
défauts apparens , comme un glauco¬
me , une eataraâe , ou bien fa prunelîè
eft affeûée d’un mydriafé & d’immobi¬
lité,- comme dans la goutte fereine;
Préliminaire. 21^
de plus , les aveugles préfentent tou¬
jours leurs mains en marchant, de peur
de donner de la tête contre les corps
qu’ils rencontrent, & tournentles yeux
vers le ciel en plein jour , de maniéré
que ceux qui font accoutumés à en
voir, les reconnoiflent à leur démar^
che , à leurs geftes , & à plufîeurs au¬
tres marques femblables, La colique eft
une maladie fimple dont la douleur pa-
toît être l’unique fymptome infépara-
ble , mais cette douleur eft dans le fait
accompagnée de plufîeurs autres fymp-
tomes, tels que l’infomnie, la contor-?
fion du vifage, la contraélion du corps j
la difficulté de refpirer , la conftipation,
la dyfurie , les borborygmes , &e.
207. Comme rien ne fe fait fans
une raifon fuffifante , il dit y en avoir
une qui fait que certains fymptomes
concourent, c’eft-à-dire , coexiftent,
ou fe fuccedent les uns les autres ôç
font liés entr’eux ; & cette raifon n’eft
autre que la connexion des organes
que la maladie affeâe ; de la matière
morbifique , qui fe jette fur plufîeurs
parties à la fois ; des facultés ou des
puifï^ces qui fe prêtent mutuellement
du fecours pour corriger cette matierq
âï^ I> r s c O ü R s
ou pour la cliaffer ; d’où il fuit qu’Ù
■y a entre ces chofes ôt les fympto-
anes, la même connexion qu’entre les
principes &c les événemens, la caufe
& l’effet. La caufe de la maladie eft
donc ce qui contient la raifon du corn
cours aâuel des fymptomes qui font
liés entr’eux ; or comme tout fymp-
tome eff un changement fenlible dans
les fondions ou les qualités , & que
la caufe de ce changement réfide dans
les facultés tant du corps que de famé
•(151), & par conféquent dans les
•forces corporelles & animées il fuit
que les forces corporelles & animées
renferment la caufe de toutes les ma¬
ladies. C’eft donc ici le lieu d’en par¬
ler avant que d’aller plus avant.
Des Forces animées,
208. On donne le nom de force à
tout ce qui contient une raifon fufîi-
fante de î’exiftence d’uné adion {Oii-
toldg. 722) , la force eft donc " une
caufe dont l’effet eft appellé aaiort.
Toute force fuppofe une faculté; car
là où il n’y a ni puiffance ni faculté,
il ne peut y avoir d’adion ; mais il
jae s’enfuit pas dé ce que la faculté
exifte
Préliminaire. 117
exlfle , que l’aftion doive s’eufuivre ,
parce qu’on ne peut pas conclure de,
la puiffance à l’ade (151). -Entre les
facultés de l’homme , il y en a qui lui
font communes avec les animaux , 6c
d’autres qui lui font communes avec
les végétaux ( 154). Les aâions pro¬
pres aux animaux font celles qu’on,
remarque dans l’homme , & qu’on
n’obferve point dans les plantés. Par
exemple , tout le monde fait que
les plantes n’ont ni connoiflance ni
appétit, & par conféquent ni fenti-
ment ni volonté; il n’y a en elles au¬
cun mouvement mufculaire, vu qu’elles
n’ont point de mufcles, ni aucun faif-
ceau de fibres , qui en Le raccourcif-
fant tirent à elles les parties qui y font
attachées , & perfonne^ ne fauroit dé¬
montrer que les mouveniens de la fen-
fitive foient mufculaires. On ne fauroit
non plus leur attribuer un , cœur qui fe
meuve , puifque le cœur eft un mufcle,
& qu’elles n’en ont aucun. Elles n’ont
donc ni cœur ni battement de vaiffeaux,
ni circulation fuivant Haies , ni refpira-
tion pareille à celle des quadrupèdes.
Mais toutes ces fondions fe trouvent
Tome L K
iî8 Discours
dans l’homme, & toutes le diftinguent
entièrement des végétaux.
209. C’eft à tort que les modernes
ont banni les facultés des Ecoles de
Médecine, pour leur fubftituer une ma¬
tière fubtiie; feroit-ce parce que leur-
effence nous eft inconnue ? Mais fur ce
principe , iis auroient dû également
bannir les noms d’éiailicité, de gravité
dont on ignore l’efTence; ou feroit-ce
parce qu’il eft à craindre qu’on ne donné
que des noms en place des chofes ? On
voit cependant que les Mathématiciens
emploient les lettres x ôc y pour dé-
iigner les quantités inconnues , & cela
avec tant de fuccès, qu’ils découvrent
des vérités inacceflibles aux autres Phi-
lofophes. De même les Méchanicrens
emploient dans la pratique des puiP
jânees animées , ils fe fervent du-mi-
niftere des animaux , dont ils ignorent
l’effence , & font entrer dans leur théo¬
rie des chofes dont ils ne connoiffent
les forces & les effets que par la feule
expérience.
210. J’uferai du même droit, & j’e¬
xaminerai, à l’exemple des Méchani-
ciens , les facultés qui font propres à
P R É L î M I N A I R E. 219
fhomîfte, en tant que noiis les con-
noiffons par Pexpérience ; je les regar«
derai comme les caufes des effets , &
0 les principes de pîufieurs fondions,
fans prétendre expliquer la maniéré
<iont i’ame agit fur le corps , & mêler
mon opinion avec celles de Defcamsy
de Leihnit^ & ^Arifcote, Il fuffit que
l’expérience journalière nous montre
<iue l’ame ell le principe de l’entende¬
ment , de l’appétit , du mouvement
mufculaire , du mouvement du cœur
& de la refpiration , vu que ces mou-
vemens fubfiftent tant qu’elle eJft pré¬
fente , & qu’üs celfent lorfqu’elle eft
abfente, & qu’ils fe relfententdes chan-
gemens & des affeüions qu’elle éprou¬
ve ; ce qui a fait croire à Âlphonfe Bo-
relli mom animai, pav. /.) ce cé¬
lébré Mathématicien , que l’ame étoit
le principe de la vie. Ce fentiment
s’accorde avec la foi & avec celui des
Saints Peres; (^Pouget, Catech. Monfp^
q. i. f. I. chap. 2.) & fl l’on en excepte
un petit nombre de Cartéfîens , il a été
adopté par tous les Philofophes & par
tous les Médecins depuis Galien jufqu’à
nous , & entr’autres par Rivière , Du
Laurent^ BagÜyî^ Lanc'^t & par plufieurs
aïo Dis cours
Mathématiciens modernes , tels que
Ckeync , Portcrfield^ &C.
21 1. l.es principales facultés de
l’ame font au nombre, de trois., elle §
■tonnoit , elle déjire , elle mmt , & ces
facultés ne fe trouvent ni dans les vé¬
gétaux ni dans les fpfliies.
21 2. La , faculté de connoître: eft de
deux efpeces ;rinférie;ure.efl commune
aux brutes , la Supérieure ou l’entende^
ment ne fe trouve que dans l’homme:,
■ : 213. L’inférieùre comprend le fén- *
liment , l’imagination , la mémoire. & la
xeminifcence. • -
214. La fupérieure , le.raifonnement,
rattention , la réflexion , l’abftraâion ,
J’èfprit la raifon , dont nous parle¬
rons à l’article des' maladies qui privent ,
l’homme de l’ufage de là raifon.
21 5. La faculté de délirer eft dé deux
efpeçes , .I’uné fupérieure qui eft pro¬
pre à l’homme , & l’autre inférieure
qui lui eft- commune avec les ahi-
tnatix. .
- 216. La première eft l’inclination de
l’ame pour un objet dans la vue du
bien qu’elle- y apperçoit diftinélement,
iSç on l’appelle vo/<57zfé; ou fon éloignef
ment pour un objet à caufe du mal
Préliminaire. 211
qu’elle y apperçoit diftinâeraent , &
noluntas, non voLontL
Z 17. La feeoiïde efl: l’inclination de
l’ame pour un objet dans la vue d’un
bien qu’elle y apperçoit confiifément,
c’eft-à-dire , à l’aide feule de la fenfa-
tion, & on l’appelle dljir^ ou appétit
fenlltif. Ou l’éloignement de l’ame pour
l’objet à caafe du mal qu’elle y apperçoit
confiifément, & on l’appelle
( PJycholog. Empyr. 681')»
■ Z 1 8. Le défir & l’averfibn font foi-
bles ou violens ; ces derniers s’appeU
lent payions ^ & elles font agréables ou
défagréabksy félon qu’elles font excitées
parledéfiroul’averfion. *
219. La faculté de mourir efl: de deux
elpeces; favoir, la liberté qui fe déter¬
mine à agir par un ade exprès de vo¬
lonté ou de non-volonté; & la natu¬
re^ qui exécute fes mouvemens félon
qu’elle y efl: déterminée par un fenti-
ment de défir ou d’averfion.
220. Le mouvement qui dépend de
la liberté, efl ou volontaire ou invo¬
lontaire.
Z ZI. Le volontaire efl celui que nous;
aimons mieux exécuter qu’omettre,
& qui ne répugne pointa la nature^
K iij
211 Discours
par exemple , écrire à un ami , parler à
îa maîtreffe.
211. Le mouvement involontaire eft
celui que l’on exécute malgré foi &
avec répugnance ( Wolff.Philof. l. 6oi),
Tel efl; celui d’un criminel qui monte
fur le bûcher oü il doit être brûlé, celui
d’un homme qui tend fon bras au Chi¬
rurgien pour le lui couper, malgré la
répugnance naturelle qu’il a pour cette
opération.
223. Le mouvement produit par la
nature eû fponîané ou forcé.
224. Le mouvement fpontanl eft ce¬
lui auquel le plaifir nous détermine du
confentement même de la volonté,
comme de manger des mets agréables
lerfqu’on a faim.
225. Le mouvement forci ell celui
que nous exécutons contre notre vo¬
lonté. C’eû ainfi que nous faifons des
efforts pour aller à la felle dans le
tenefme, que nous nous grattons juf--
qu’à nous écorcher , lorfque quelque
partie du corps nous démange; nous
aimerions bien mieux ne point éprou¬
ver ces fortes de défirs.
226. Les mouvemens tant libres que
naturels dépendent de nous, ôi font
Préliminaire. 2.13
ÿBifs; les autres que nous recevons de
rimpreffion des corps ou de la gravité,
font purement pa^fs. On divife les
mouvemens aftifs en accoutumés &
inaccoutumés,
227. Les mouvemens inaccoutumis
exigent de la peine Sc de l’attention.
Tels font ceux d’un homme qui ap¬
prend à danfer ou à écrire.
228. Les mouvemens accoutumés
font fans réflexion & fans peine, foit
qu’on veille ou qu’on dorme. C’efl:
ainfi qu’une femme babille fans réfle- ^
Xîon, qu’un ivrogne boit, malgré la ré-
foîution qu’il a prife de renoncer au
vin, qu’un galeux fe gratte en dor¬
mant.
229. Les mouvemens , eu égard au
motif, font ou ïndifférms &C arbitraires,
ou nécejfains d’une nécefllté morale.
230. Les mouvemens indiÿcrensiont
ceux qu’il importe très-peu que nous
exécutions ou que nous omettions. Par
exemple , peu importe que nous mar¬
chions à droite ou à gauche , que nous
reliions affis, &c.
231. Les mouvemens néccÿdires font
ceux qui dépendent de quelque paffion
de l’ame ou de la coutume. Par exem-
K iy
224 ’D I S c b U R s
pie , les perfonnes timides tremblent
su bruit d’un coup de canon ; ceux qui
font fujets à la coIere , frémiffent 6c
s’eniportent lorfqu’on leur fait une
injure; les perfonnes délicates , ren¬
dent les médicamens qu’elles ont pris;
ceux qui font accoutumés à babiller,
ne peuvent retenir leur langue; les
enfans d’un tempérament vif, ne peu¬
vent relier en place.
"•'232. On divife encore les mouve-
méns en apparens ou externes ^ 6c en
Cachés ou internes.
Les mouveméns apparens , tels qué
ceux des mains, des jambes, dépendent
de lions , tant que notre efprit conferve
fa liberté.
Les mouveméns cachés & internes it
font fouvent fans que nous nous en
apperceviOns. On peut mettre de ce
nombre la refpiration , la déglutition
dé la falive, la contraûion de la pru¬
nelle lorfque le jour eft trop grand, la
direâion de l’œil vers les objets ; &
même malgré nous, comme le mou¬
vement du cœur , de l’eftomac , &c.
233. Il luit de- ce qui précédé , que
les. mouvemens auxquels on eil accou¬
tumé 'depuis long-teinps , s’ils font en
P R E L I M ï N A I-R E. - 11 f
même temps internes 6c extrêmement
néceflaires, doivent être r€gàrdê$ com¬
me des mouvemens forces,- 6c indé-
pendans de la Volonté, de là réflexion
6c de la veille , ils s’exécutent à notre
infu- 6c malgré nous.
234. La /inerte efl: la faculté d’agir
comme bon nous femble , félon qu’on
efl déterminé par les idées diftindes du
bien ou du mal que l’entendement ap-
perçoit. L’ame agit lorfqu’elle conferve
les idées, qu’elle les rejette , qu’elle les
rappelle , qu’elle les compare, 6c qu’elle
imprime un mouvement aux organes ;
d’où il fuit qu’il y a une liberté d’aûion
6c une liberté de penfées.
235. La /zature efl: la faculté d’agir
conféquemment au défir 6c à l’aver-
fion qu’excitent en nous les idées con-
fufes du bien 6c du mal que nous re¬
cevons par l’entremife des fenfations.
D’autres l’appellent inflinâ:, ou mouve¬
ment aveugle.
236. J’ai pris ce mot de nature dans
le fens le plus reçu parmi les Médecins
(98), 6c je rejette les autres lignifica¬
tions, telles que celles d’^/2ce , com¬
me quand on parle detla nature de l’or,
(de demi-déiti des Païens, quand ils dir*
Kv
zi6 Discours
fent la nature préfide à ce monde ; de -
qualité, comme lorfqu’on traite de la
nature du fang & du pus ; ôé univers ,
comme lorfqu’on dit dans la nature des
chofes; ^ origine & àe nuisance , com¬
me quand on dit que l’on a reçu telle
chofe de la nature ; de faneé, coi^e
quand on dit que telle chofe eft natu¬
relle , ou conforme à la nature : voyez
'Boyk fur ce fujet.
237. La nature eft la faculté d’agir
conféquemment au défir ou à l’aver-
verfîon ;mais il ne peut y avoir d’autre
raifon qui faffe que cette faculté foit
liée à ce déftr ou à cette averfion , fî
ce n’eft que Dieu auroit inutilement
imprimé en nous ce déftr ou cette in¬
clination pour le bien que nous apper-
cevons confufément , fi nous n’avions
la faculté de nous procurer ce bien &
de nous garantir du mal qui nous me¬
nace ; & que d’un autre côté cette fe-
çulté même de fe procurer le bien &
de fuir le mal nous feroit inutile , fi
nous n’avions celle de les connoître
& de les diftinguer, de défirér l’un &
de haïr l’autre. Comme donc la con¬
nexion de cette fac^té avec le défit
s’accorde parfaitement avec la fagefiè
P RÉLI M IK AIRÈ. llf
èe Dieu , il y a lieu de croire que nous
en avons donné la véritable raifon.
238. Comme nous avons un pen¬
chant invincible pour le bien , & une
averfion naturelle pour le mal , autant
qu’il nous paroît tel , il s’enfuit que
les mouvemens que nous faifons pour
obtenir l’un & pour nous garantir de
l’autre , font inévitables ou nécelTaireSj
du moins d’une nécelîité morale , fans
que cela nuife à notre liberté. Aiafi,
quoiqu’un homme ait la liberté de fe
pendre, il ne le fera point s’il eft dans
fon bon fens; d’où il fuit que les mou¬
vemens qui font néceffaires à la con-'
fervation de notre vie & de notre
bonheur , paroiffent forcés & nécef¬
faires , quoiqu’ils ne foient déterminés
par aucune méchanique , mais feule¬
ment par une néceffité morale. De là
vient que définit la nature, une
faculté qui produit dans le corps les
mouvemens néceffaires , & qu’il dit
ailleurs : J’entends par le nom de
» nature une certaine force qui réfide
» dans les corps qu’elle gouverne;
» mais il eft inutile de rechercher ici
»» quelle eft fon effence , non plus
» <jue celle de i’ame, ni ia maniéré dont
- ii8 Discours
9¥ elle exerce fon empire; . . . La na-
» ture , fans le fecours d’aucune inf-
» tru£tion , exécute tous les mouve-
9» mens qui font néceffaires : nous cli-
w gnons les yeux , nous touflbns , nous
» avons le hoquet , nous nous grat-
» tons , nous nous allongeons natu-
>> tellement & fans le favoir ; . . ; .
9> nous remuons nos membres à notre
9» gré , & fans connoître le mufcle qui
contribue à ce mouvement. Les plus
fameux Anatomiftes qui nous ont
» précédés ont ignoré pîufieurs muf-
cles^ par exemple, le, poplité; ce-
» pendant tous les hommes remuent
le genou toutes les fois qu’il leur
>» en prend envie >k Galm. in FIL
Epidem.
2.39. » Quelques-uns croient que
vt l’ame & la nature font d’une même
9> fubftance ; les uns tiennent qu’elle
9> confifte dans l’efprit , d’autres dans
9» les propriétés du corps. Quànt à
Vf moi j’ignore fi notre Créateur a
» mis dans notre cerveau une puif-
9* fance corporelle ou incorporelle , &
9» fi elle s’éteint par la mort de l’ani-
, mal ». Tel efi le fentiment de
uuen-y ibid, p, 80^, U paroîî pâr"€e
Préliminaire. 219
qui précédé , que les Médecins connoif-
fent depuis long- temps- cette puiffance
motrice qui veille à la conlervation delà
fanté , & qu’ils l’ont toujours défignée
par le nom de nature. Ils la définiffent :
« une force naturelle aux corps, qui les
» gouverne, & une faculté qui régit les
H animaux , foit qu’ils le veuillent , foit
n qu’ils ne le veuillent point. Galen. lib.
yt %. de, Jymptom, caujîs. Hippocrate^
V) pelle la confervation de la fanté , &
» le Médecin des maladies >♦. Tous les
Médecins , à l’exception
& des Cartéfiens , ont été jufqu’ici du
même fentiment, & c’efl: cette maxime
Hippocrate Sydenham^ Stahl ^ ÔC
à peu de chofe près, Boerhaave &
Hoffman , ont regardée comme le fon¬
dement de toute la pratique. Voyez
Sydenham dans fa Préface , Boerhaave
dans le difeours oîi il prouve qu’un.
Médecin ne peut réuffir dans fon Art,
qu’autant qu’il prend la nature pour
guide , & Hoffman dans la Differtatiôn
qui a pour titre : De naturâ- fanitatis
tutrice , & morborum médicatrice.
240. Quoiqu’il importe très-peu âu
Médecin de favoir fi les facultés mo¬
trices réfident dans rame= ou dans ie
2^0 Discours
corps; je me crois cependant obligé
par refpeâ: pour la vérité , de réfuter
l'opinion de ceux qui n’admettent
qu’une nature corporelle , & qui n’en
font pas une faculté de i’ame. Il y a
vingt fiecles ç^Afchpiade a foutenu
cette opinion. Galien nous apprend
que cet Auteur prétendoit, contre k
fentiment des Médecins & de tout h rejh
des hommes , que la nature n’agit point
dans la maladk. Son opinion étoit que
la nature & l’ame n’avoient aucune"
fubftance ni aucune faculté qui leur fut
propre , que l’une & l’autre n’étdient
produites que par le concours des ato¬
mes; que i’ame n’avoit aucune percep¬
tion , & que les fens éîoient la caufe
de tout ce qui fe pafTe en nous , & qui
plus eft , qu’il n’y avoit aucune faculté
dans i’ame raifonnable. Suivant lui, la
prudence, la modération & les autres
vertus, ne font que de vains noms,
les Dieux ne prennent aucun foin des
hommes , tout arrive par néceiîiîé, &
la nature peut atiffi bien nous nuire
que nous fervir. Tel étoit le fentiment
à’Afclepiade , au rapport de Cœlius Au-
relianusy au chap. de la pkrénéjie y & de
Galien , Liv. i , des facultés nruu.^
Telles^
Préliminaire. 131
241, Cette feâ;e que les anciens ont
inéprifée au rapport de Galien , & qui
n’eft pas moins oppofée aux principes
de la Théologie & de la Pfychologie
qu’à la dodrine d’Hippocrate , a cepen¬
dant trouvé quelques parrifans chez les
modernes. Ses défendeurs iaiffent à la
vérité à i’ame fon immatérialité ; mais
du reiîe iis la dépouillent de toutes fes
autres facultés , comme li la faculté mo¬
trice étoit moins effentielle à l’ame que
la connoiffance , dont ceux qui dor¬
ment paroiiffent privés , àu rapport de
Locke. Démocrite voulant bannir les
Dieux d’ Athènes , les rendit ridicules,
leur ôta le gouvernement du monde,
& ne leur permit d’exifter que dans
une lâche & molle oifiveté. De même
Afclepiade, fon fedateur impie, pour
perfuader aux hommes que i’ame n’e-
xiftoit point , a prétendu qu’elle ne
difFéroit en rien des autres corps ,
<|u’elle n’avoit aucune énergie , & que
la nature , à laquelle Hippocrate donne
le nom d’intelligente , de fage , de pré¬
voyante , & qu’il prétend avoir la con¬
duite de notre machine, devoir être re¬
tranchée du nombre des facultés de l’a-
mejil a voulu tout expEquçr par
î^2 Discours
matière &-îe mouvement , prétendant,
que tout fe faifoit fans l'entremife d’au¬
cun moteur j- & par une néceffité mé-
chanique; en un mot j que tout étoit
gouverné par la deftinée. Telle efl la
dodrine ê^Afclepiade , qui , à l’impiété
près , eft affez conforme à celle de
Defcartes. Venons maintenant aux ob-
jeâions, &: tâchons de les réfoudre.
241. De ce que les mouveméns ha-
turéis s’exécutent à notre infu,- il ne
s’enfuit point qü’ils ne dépendent pas
de l’ame comme de la puiflance mo¬
trice (*).
243. Nous ne connoiiFons dans
l’homme autre chofe que l’ame & le
corps ; fi donc les mouvemens muf*
culaires , la refpiration , par exemple ,
• • f*) Lorfqué nous voyons agir un- homme fourd
& muet, nous ne do^utons point que fes ‘aâidn*
ne foient librês , quoique nous ignorions fa volonté
' & ce qui fê palîe dans fa confcieiicè ; il fuffit que
nous voyions que fes aélions s’accordent aved les
cireonftances rriorales , ( j’oppofe les circonftances
morales aux impreffions phyfiques , qui fulHfent pour
produire ces aftions dans la machine humaine) d’oïr je
puis conclure avec Borelli, qu’il n’ell pas befoin , pour
que l’ame veuille (ou qu’elle fe meuve) d’unafte réfié-
chidefaparî, quiluifaffe sonnoîttequ’elle veut;
di mot. animal, jpropof. 80. car la nature agit indé*
■ pendamment de' la" volonté & dè la confcîencè^
-celui qui agit conune de celui qui voit agii*;(.23r9)»
Préliminaire. 133
ne peuvent être efFeôuées par îes for¬
ces corporelles , il s’enfuivra qu’ils dé¬
pendent de l’ame. Or je prétends que
la refpiration ne peut s’efFeâuer par
les forces* corporelles, parce que toute
matière réliile au mouvement , que
celui-ci diminue continuellement dans
les machines à caufe du frottement,
& qu’il ne relie jamais le même du¬
rant quelques minutes. Puis donc que
le mouvement de la refpiratidn ell
égal , & qu’il augmente durant le fom-
lïîeil malgré la réfiftance de la poitrine,
& quoique, le frottement lui faffe per¬
dre une "Bonne parüe de fa force ,
il s’enfuit qu’il ne dépend point des
forces corporelles, telles que l’élafti-
cité , la gravité , l’impulfion , mais de
l’ame feule.
2.44. Quiconque réfléchit fur foi-
même, s’apperçoit que fon ame efl:
douée d’une puiflance motrice; car ce'
n’efl qu’en obfervant ce qui fe pafl"e
en nous , que nous acquérons l’idée
d’une femblable puiflance , au lieu que
l’obfervation des corps, ne nous pré¬
fente jamais que i’idée de l’inertie ; &
cette inertie ou cette inaftivité eft
tellement effentielle aux corps, que
SL34 Discours
plus un corps eft gros & denfe. Si
plus il réfifte au mouvement , & plus
une macMne eft compofée , & plus
il faut de force pour la mettre en mou¬
vement.
245. Perfonne ne doute aujourd’hui
que du moins certains mouvemens ne
dépendent de la volonté , qu’ils ne
Ibient un effet de la force motrice de
Famé ; d’où il fuit que les. mouvemens
de l’homme qui ne peuvent être effec¬
tués par la machine , doivent l’être
néceffairement par l’ame. Dans un
homme qui vient de fe noyer récem¬
ment , ou qui efl mort par la crainte
de la faignée , on remarque du moins
dans l’inftant qui termine fa vie , que le
méchanifme, la prefîion de l’air ou du
fluide ambient , & l’élafticité de la ma¬
chine ne fouffrent aucun changement,
& même que la derniere augmente ,
comme cela paroît par la roideur des
membres ; que les fluides font aufîi
les mêmes ; il ne manque que l’aclion
de l’ame ; d’où il fuit que les mouve¬
mens naturels tels que la refpiration ,
ne font point dus à un principe cor¬
porel, ni à la difpofition de la m.a-
chine, mais à i’ame feule , qui fuivant
PrÉLIMINAIR-E.
l’Ecriture fainte, eil: le principe de la
vie & du mouvement.
246. Il fe fait en nous pendant que
nous dormons un grand nombre de
mouvemens dont nous n’avons aucune
connoiffance ; par exemple , nous re¬
muons les membres , nous parloîis ,
&c. Mais comme dit Galien ( de motu
mufcul. Lib. 2.) « vous remuez fouvent
auffi les paupières fans vous en ap*
>» percevoir, vous difcourez , vous
» priez , vous difputez , fans faire
» attention aux mouvemens des par-
» ties; & lorfque vous allez du Pyrée
à Athènes, vous ne réfléchiffez point
» à tous les mouvemens particuliers,
h de vos jambes ; il eft fouvent arrivé
» à des gens qui revoient, de fe mettre
» en chemin & de paffer l’endroit où
» ils avoient deffein d’aller : peut-on
t* dire que l’aâiion de marcher ne foit
» pas une aâion de l’ame , & qu’elle
H ne dépende point du mouvement
» volontaire ? Cependant on ignore
» fouvent auffi parfaitement que l’on
» m-arche , que l’on ignore en dormant
» le mouvement de certaines parties ,
» & l’aftion tonique de celles qui ne
» fe meuvent point ». Gakn. loc. cit.
%)6 D I s C O U R s
247. On dira que cela vient de cé
qu’on ne fait point attention aux mou-
, vémens volontaires dans le temps qu’on
les exécute , mais que dans la fuite on
fe reffouvient qu’ils dépendoient en¬
tièrement de l’ame. Galien répond à
cela ; « que plufîeurs perfonnes ont
» fait volontairement certaines aâions
qu’ils ont tout-à-fait oubliées peu
» de temps après ; que ceux , par exem-
» pie , qui agiffent par effet de l’ivrelfe
» ou de la crainte , oublient ce qu’ils
» ont fait , parce qu’ils n’bnt point
réfléchi ilir leurs avions , & que
w c’eft ainfi que la fureur , l’inquiétude,
>» la frayeur & toutes les palîîons vio-
» lentes nous mettent hors d’état de
w nous fouvenir de ce qu’elles nous
» font faire.
248; » Les perceptions obfcures
i» telles que Celles que nous avons
pendant le fommeil , ne font point
> fiables; il n’efl donc pas étonnant,
» fl refpifànt en dormant par un mou-
» vement volontaire , nous ne pou-
» yons dire après que nous fommes
y> éveillés , fi c’efl volontairement que
>» nous avons refpiré. H nous arrivé à
> cet égard la même chpfe qu’à ceux
P R É L î M I ^,A I R E. 137
» qui après avoir remué les mains &
» les pieds en. dormant, ou après
» avoir parlé, & après avoir oublié
» ce qu’ils ont fait , difent, qu’ils ont .
» remué & parlé’ involontairement.
H Ceux qui font dans le délire, par-
» lent, marchent &: font pluïieurs au-
H tres.mouvemens volontaires ; mais
H après qu’ils font revenus à eux , ils
» ne fe fouviennent plus de ce qu’ils
» ont fait. Gahn. ibid.
249. » L’exemple fuivant ne permet ,
>» point de douter que la refpiration
»» ne fpit volontaire , & ne dépende
» entièrement de l’ame. Un Efclave
» tranfporté de colere prit la réfolu-
yt tion de fe donner la mort ; pour
» cet effet il fe coucha par terre, 6c,
» retint fa refpiration ; il demeura 3062
» long-temps immobile, fe débattit en-
» fuite quelque temps 6c mourqt.
» ibid.
250* Entre les avions volontaires,,
^ les unes font libres, & les autres
M foumifes aux affeélions du corps.
H Les premières dépendent enîiére-
v> ment de nous, 6c nous pouvons les
** faire toutes Mes fois que , bon .nops
?>,_ femble. Nous pouvons, par exem^
Discours
» pie, aborder un homme , liercon-^
verfation avec lui, prendre une chofe
» ou la recevoir, il n’en eft pas de mê-
» me des fécondés , elles n’ont lieu
» que dans certains temps & avec cer-
» taines bornes ; par exemple , piffer,
» aller à la felle font des befoins cor-
» porels. Il y a des gens qui ont été
>» une année & plus fans parler , mais
» perfonne jufqu’à préfent n’a pu rete-
» nir fes excrémens & fon urine ; je
» ne dis pas des mois , des années
H entières , mais pas même pendant
» un petit nombre de jours. Ces be-
» foins font quelquefois fi prefi’ans',
>» qu’ils ne donhent fouvent pas le
» temps d’aller à la garderobe. On peut
» en dire autant de la refpiration ; on
» court rifque de mourir fi on ne ref-
» pire, & rien ne fatigue plus que de
>♦ la retenir. Il ne s’enfuit pas cepen-
» dant de ce que nous ne pouvons
» point retenir notre refpiration 9
» qu’elle ne foit pas volontaire
GaUn, ihïd
251. Il fuit encore de là qu’on doit
attribuer les mouvemens de la machine
humaine à l’ame comme à la puiflance
motrice, quoiqu’ils ne dépendent point
Préliminaire. 23^
(Je la volonté , & qu’ils fe faflent mal¬
gré nous.
Ceux qui ont des démangeaifons
violentes , fe grattent jufqu’au fang ,
par un effet de l’appétit fenfitif , quoi¬
qu’ils ayent mille fois réfolu de ne pas
fe gratter. Les perfonnes affedées d’une
pforophthalmie , fe frottent les yeux
malgré elles; celles que la colere tranf-
porte , donnent malgré elles des mar¬
ques de leur colere ; les perfonnes
craintives tremblent , pleurent , foupi-
rent , dans le temps m.ême qu’elles vou-
droient cacher leur crainte. Peut-on
douter que ces mouvemens ne dépen¬
dent de l’ame, & ne foient des effets
de fes défirs ou de fon averfion?
On a lieu de" croire que certains
mouvemens dépendent de l’am.e , lorf-
qu’ils font produits par la perception
du bien ou du mal, & qu’ils font pro¬
portionnés à cette perception & à l’in-
tenfité du motif, de maniéré qu’ils
cefient avec la perception , augmentent
à proportion qu’elle augmente , ÔC
changent lorfqu’elle vient à changer;
car on a lieu de croire qu’une chofe
eft l’effet d’une autre , lorfqu’elle a une
certaine proportion avec elle, ôc que
240 Dis cours
cette autre eft capable de la produire
(157) ( 170). Or la crainte eït pro¬
duite par un danger imnûnent, ou par
la perception d’un mal prochain, ne
fîit-il que moral, & le corps efthorsde
la fphere de fon impreffion. En effet,
un homme fenfé peut-il s’imaginer que
le corps foit plus affedé de la ledure
d’une fente nce de mort , que de celle
d’une lettre de grâce? & cependant on
remarque qu’à proportion que le dan¬
ger eft plus grand ou plus petite les
fÿmptomes de la crainte augmentent ;
ou diminuent , & ceffent lorfque le
danger eft paffé ; & fi le coupable vient
à obtenir fa grâce , fon efprit délivré
de la crainte qui le troubloit , fe trouve
en état de réfléchir à de moindres maux;
d’où il fuit que la perception venant
à changer , les mouvemens & les phé¬
nomènes changent aufli. Du refte , on
fent facilement d’où vknt que l’ame
effrayée du danger qui la menace ,
doit par ces mouvemens implorer ,
& peut facilement obtenir la commi-
fération de fes ennemis & desafliftans;
en effet, l’Etre fuprême ne paroît avoir
établi ces lignes des pafEons , qu’afin
d’unir les hommes entr’eux par les
Préliminaire. 241
îieiisde la charité , & de là vient que les
peuples qui n’entendent point d’autre
langue que la leur , ne laiffent pas d’en¬
tendre celle des pallions , telles que le
ris , les pleurs , &c. d’oii l’on voit que
râme ell elle-même le principe de
ces mouvemens , même involontaires ,
qu’aucune impullion méchanique du
corps ne fauroit produire , comme cela
paroît par les principes de la Pfycho-
logie, & que par conféquent il y a
dans l’ame une faculté diftinûe de la
volonté ; faculté qui ell la caufe de ces
mouvemens,
2 5 2. On voit par ce qui précédé d’où
vient que l’homme ne peut fupprimer
en lui les mouvemens qui font morale¬
ment néceffaires , quoiqu’ils dépendent
de l’ame.
En effet, l’homme a un penchant
prefque invincible pour le bonheur ou
pour le plaifir, & il ne fauroit ni fe
vouloir faire du mal, ni fe haïr, ainfî
que nous en fommes convaincus par
l’expérience & par notre propre con-
feience. Or il y a dans l’homme des
mouvemens moralement néceflaires ,
tel que celui de la refpiration , du cœur,
& ceux-là le font toujours ; d’autres
Tome I. L
24i Discours
ne préfentent leur néceffiîé que par
des intervalles & dans certaines cir-
conftances, comme l’éjeâion des ex-
crémens & de l’urine , fur-tout dans la
dyfurie & le tenefme ; le cillement ,
le mouvement de tête que nous fai-
fons lorfqu’on nous préfente quelque
chofe devant les yeux qui peut nous
blelTer; les cris que nous pouffons pour
demander du fecours , lorfque nous
fom.mes pourfuivis par un ennemi ;
les pleurs , les fupplications que nous
employons pour émouvoir fa pitié,
lorfqu’il ne nous refte point d’autre
reffource. On voit donc que quoique
les mouvemens dépendent de Tame ,
ils ne laiffent pas que d’être d’une né-
ceffité morale.
253. La néceflité du mouvement
eff proportionnée à fon utilité & à
la force de la coutume ; l’expérience
nous apprend que nous pouvons rete¬
nir notre refpiration fans peine pen¬
dant quelques fécondés , pourvu que
ce qui manque d’un côté , fe trouve
compenfé par la grandeur ou le nom¬
bre des infpirations fuivantes. Nous
nous abftenons facilement de refpirer
durant quelques fécondés ; mais comr
Préliminaire. 243
me nous ne pouvons la retenir pen¬
dant une ou deux minutes , que nous
n’en foyons incommodés & que la
poitrine n’en foufFre , de maniéré que
la crainte s’empare de notre ame ; fi
i’on nous empêche de refpirer en nous
tenant plongés dans l’eau , ou en nous
ferrant le cou avec une corde , nous
ne pouvons fupporter cette violence
pendant une feule minute ; & comme
le danger devient extrêmement pref-
fant d’un inftant à l’autre , l’animal que
l’on étrangle fe défend avec les dents
& les ongles , & fe débat au point
d’épuifer toutes fes forces. ( * ) Il efl:
vrai que par ces efforts il ne fait qu’ac¬
célérer fa mort; mais dans le danger
preffant oii il fe trouve , il aime mieux
tenter un remede incertain, que de n’en
( ) Il y a des gens qui ne fauroient comprendre
que la nature fe nuife quelquefois à elle-même ,
comme difoit AfcUpiads , lors, par exemple , qu’elle
fait des efforts extrêmes , qui avancent la mort , s’ils
épuifent entièrement fes forces ; mais ils fe trompent
en concluant de là que ces efforts ne partent point
d’une ame raifonnable; puifque la volonté elle même
& les paffions qu’on ne niera point appartenir à cette
ame raifonnable , s’abufent tous les j ours elles-mêmes
dans les affaires morales dont les idées font plus dit-
tinfles , & font leur propre mal de plein gré. Com¬
bien y en a-t-il que là crainte d’un moindre dange^
précipite dans un danger plus grand ?
L ij
144 D_i s c O U R s
effayef aucun , & la puiflance motrice
obéit à ceXte loi. On voit par-là que
plus l’efFort efl: utile & néceffaire pour
la confervation de la vie , & plus il eft
impoffible de s’en abftenir. Tous les,
hommes , dit Galien (^dc motu mufcuVj
craignent la mort , quelque malheureux
qu’ils foient , & il n’y en a aucun qui
ne quitte la vie avec un regret infini.
154, Nous avons mille fois éprouvé
depuis notre naiffance , que le mal que
nous nous fommes caufé pour avoir
retenu notre refpiration pendant quel¬
que temps, ceffe dans les infpirations
fuivantes , parce qu’elles deviennent
plus fortes & plus fréquentes; & la
■raifon en eft, dit Galien ( de dyfpnœa,
Lib. /.) « que l’augmentation du mou-
» vement efi; toujours proportionnée
» au befoin préfent & à la force de
» la faculté qui l’occafionne , pourvu
» qu’aucun organe ne s’y oppofe ; il
» peut même arriver, lorfque le befoin
» efl: preffant , que le mouvement
» augmente, quoique la faculté foit
» foible ; fi cependant cette foiblefle
» étoit excefiive , le mouvement loin
» d’augmenter , fe ralentiroit dans fa
» force , mais deviendroit plus fré*^.
Préliminaire. 145
quent; caron a vu ci-ceflusque toute
» fréquence d’aûion reconnoît pour
w caufe la difficulté de l’exercer corn-
» me auparavant ; & fi cette difficulté
» devient extrême , la fréquence fe
» change en une efpece de continuité,
a ainfi que je l’ai démontré en parlant
tt du pouls ». Voilà ce que dit Galkn^ -
Comme nous avons éprouvé l’utilité
de cet effort dans des circonftances
pareilles, malgré l’épuifement de for¬
ces qu’il a occafionné ; ce motif joint
à la force de l’habitude , fait que nous
réitérons le même effort. On voit par¬
la que plus l’habitude d’un mouvement
efi ancienne , plus il efi: difficile d’y
réfifter. C’eft ainfi que les perfonnes
qui ont pris l’habitude de cligner les
yeux, ou de faire certains geftes à
caufe de quelque foulagement qu’elles
en ont reçu , les clignent fans y pen-
fer & malgré elles , l’habitude leur
ayant rendu ce mouvement néceffaire.
11 fuit de- là que le mouvement du
cœur auquel nous fommes habitués
dès le moment de notre conception ,
efi; infiniment plus difficile à arrêter
que celui de la refpiration. On n’a con¬
nu qu’un feul homme , favoir , le Co-
L iij
Discours
lonel Townshtnd y dont Chcym parle
dans fon Traité de la maladie Angloife ,
pag. J oy^ qui ait pu arrêter le mouve¬
ment de ce vifcere; au lieu que les
Sauvages de Pondichéry , au rapport
de M. Tîoniherg^ & l’efclave de Galien ,
ont pu fupprimer en eux celui de la
refpiration.
155. Lorsqu’une paffion violente
jointe à I l’habitude, concourent à un
mouvement indiiFérent & qui n’efl:
point néceflaire à la vie, on peut à la
vérité le fupprimer , mais avec une
difficulté proportionnée, ces mou-
vemens s’exécutent Souvent Sans que
la volonté & la réflexion y ayent au¬
cune part. C’eft ainSi que les perSon-
nes habituées au vin , Sont contraintes
de boire par une néceflîté m.orale ; que
les femmes groffes afSeélées de la ma-
lacie , les filles Sujettes au piea , malgré
la résolution qu’elles ont prife de ne
plus manger du Sel, du plâtre & au¬
tres choSes pareilles , ne peuvent s’abf^
tenir d’en manger lorsqu’elles en trou¬
vent, & en mangent Sans y penSer»
Ceux qui ont la paflion du tabac , dans
le temps même qu’ils étudient & qu’ils
font occupés de leurs idées, prennent
Préliminaire. 247
du fable en forme de tabac , & cher¬
chent leur tabatière dans leurs poches,
après l’avoir enfermée pour ne plus en
prendre. ,
256. Si les mufcles, dont le mou¬
vement eft abfolument néceffaire ,
accoutumé & conforme à nos défirs ,
font cachés à nos fens , à la vue , par
exemple , leurs mouvemens s’exécu¬
tent fans que nous y faffions attention,
malgré nous par une néceffiîé mé-
chaniqiie , quoiqu’ils dépendent de
l’ame. Par exemple , la prunelle fe di¬
late dansl’obfcurité à proportion qu’elle
a befoin de recevoir un plus grand
nombre de rayons lumineux pour dif-
tinguer les objets , d’où vient que nous
la dilatons lorfque ceux-ci font éloi¬
gnés , & que nous la retréciffons lorf-
qu’ils font près de nous & fort éclairés ;
de même la paupière fupérieure fuit
exaftement le mouvement & la direc¬
tion de l’œil; elle fe baiffe lorfque
nous baiiTons l’œil , & elle fe releve
lorfque nous le levons; le globe de
l’œil , de même que le cryftallin ,
prennent une figure proportionnée à
l’éloignement plus ou moins grand des
objets y pour que nous puiffions les
L iv
a4§ Discours
diftinguer plus nettement ; d’où il fuit
que la puiffance motrice qui adapte le
nombre des inftrumens aux circonftan-
ces 5 & qui s’en fert pour une fin utile ,
efl; intelligente , & par conféquent que
cette puifi'ance efi en nous l’ame elle-mê¬
me. Au refte , quoique ces mouvemens
dépendent de. l’ame , nous ne connoif-
fons point les mufcles qu’elle emploie
pour les exécuter , ni les nerfs qui leur
tranfmettent le fluide nerveux, & mê¬
me nous ne nous en appercevons point,
fi ce n’efl par la laffitude que nous
éprouvons lorfqu’ils durent trop long¬
temps , ainfi qu’il arrive lorfque nous
examinons attentivement des objets
extrêmement délicats ou que nous
les regardons à travers d’un microf-
cope; & comme il arrive encore lorf-
qu’ils fe font malgré nous , comme
lorfque nous regardons le foleil.Toutes
ces chofes rie font connues que depuis
peu , & n’ont été remarquées que par
un petit nombre d’Anatomiftes & d’Op-
ticiens.
2.57. Il n’en efl pas de même du
mouvement des doigts ; nous favons
qu’il dépend de notre volonté , parce
que nous l’appercevons , mais nous
Préliminaire; 249
ignorons comment fe fait la contrac- ,
tion des mufcles du cubitus dont iî
dépend , parce qu’ils font cachés à nos
yeux. 11 en ell de même des mufcles du
larynx & du pharynx , dont la plûpart
ont été inconnus aux anciens Anato-
miftes ; & cependant on ne peut douter
qu’ils ne fe contraélent dans l’ordre &
avec la force qu’exigent les différentes
modulations des fens & des paroles, fé¬
lon que l’ame le veut & qu’elle efl affec¬
tée; & on ne fauroit douter que leurs
mouvemens ne foient libres & naturels,
quoiqu’ils nous relient fou vent aulli
inconnus pendant toute notre vie ,
que les cordes vocales l’étoient avant
la découverte du célébré Ferrein.
258. 11 n’efl donc pas étonnant que
le mouvement des mufcles du cœur ,
<^ui , fl l’on excepte la palpitation ,
échappe à l’ouie & à la vue; que ce
mouvement, dis- je , auquel nous fom-
mes accoutumés , & qui efl fi néceffaire
à la vie , s’exécute alternativement
dans^a veille & dans le fommeil, fans
que nous y faffions attention, & mal¬
gré nous, quoiqu’il dépende de l’ame,
& qu’il puiffe , de même que celui de
la refpiration , être accéléré &; retardé
L y
250 Discours
par différentes paffions , félon qu’il eff
néceffaire pour le maintien 6c Tutilité
«de la vie. On m’objeftera que le cœur,
après même qu’on l’a difféqué , confer-
ve pendant quelque temps fon mou¬
vement , 6c que par conîequent il ne
dépend aucunement de l’ame ; mais je
réponds à cela avec S. Augujlin 6c At-^
phonfe. Bordli , que la queue d’un lézard
qu’on a coupée , conferve de même
fon mouvement , 6c que perfonne ne
doute cependant qu’il ne foit volon¬
taire durant la vie de l’animal. On con-
noît aujourd’hui un grand nombre d’in-
feâes , tel que le polype ou l’hydre de
Linn. {Faunce, Suec. ix86') dont les diff
férens morceaux vivent de même que
le font les œufs qu’on peut regarder
comme des morceaux d’ovaire fécon¬
dés.
259. Une faculté de l’ame peut agir
indépendamment du concours des au¬
tres. Les fomnambules font les mêmes
aftions volontaires que nous , ils par¬
lent , ils chantent , ils danfent , ils
tiennent des raifonnemens fuivis, 6l
cependant ils ne voient ni n’enten¬
dent point, 6c ils ne fe fouviennent
point de çe^u’ils ont fait. Voyez. i’Hif-
_ Préliminaire. I51
toire que j’ai rapporté dans lès Mémoi¬
res de l’Académie des Sciences pour
l’année 1743. (*) Les perfonnes qui
ont le meilleur entendement, man¬
quent fouvent de mémoire & de pé¬
nétration , elles n’ont quelquefois ni la
yue , ni le taâ , ni l’odoraf auffi par¬
faits que d’autres , elles manquent de
fermeté ; nous voyons parfaitemçnt
les objets quoique nous foyons fourds,
& nous ne laiflbns pas de juger, quoi¬
que nous foyons privés de la vue , &c.
C’eft ainfi que dans l’exercice du mou¬
vement la liberté eft indépendante
de la nature, & la nature indépen¬
dante de la volonté. Le défir combat
contre la volonté , toutes les fois que
nous voulons une chofe pour laquelle
nous avons de la répugnance ; par exem¬
ple , c’eft volontairement , mais non
point de bon gré, que nous tendons
notre bras au Chirurgien pour le faire
couper ( 211. 2.24). Le défir & la vo¬
lonté font d’accord enfemble , lorfqu’on
veut ce qu’on délire , com.me lorfque
nous voulons manger , & que la fin
nous prefle. C’eft malgré eux que les
Galien nous apprend qu’il lui efl arrivé de faire
pluÊeurs EÛlIês à pied en dormant.
L vj
■3' 52. Discours
criminels vont au gibet, c’efl; librement
pourtant, mais à contre cœur qu’ils
montent fur l’échelle ; il tient à eux de
n’y point monter de leur propre mou¬
vement , & la nature s’y oppofe j ils le
font cependant pour éviter de plus
grands maux. De même ce n’eft point
volontairement & de bon gré qu’un
galeux fe gratte , mais ilefl y forcé par
la démangeaifon qu’il fent & qu’il
appaife en fe. grattant; ce n’efl: point
volontairement non plus qu’une fem¬
me en travail fait les efforts que la
nature lui difte , & qui font néceffaires
pour fa délivrance. Ce que je viens
de dire étant connu des- moindres fem¬
melettes , je m’étonne que des gens qui
fe piquent de Philofophie aiment mieux
nier opiniâtrément ces faits que d’en
t:onvenir avec ceux qu’ils ne regardent
point comrne Philofophes. « Il n’y a
» rien , dit Galien , dont on ait plus
» de peine à fe défaire , que des fauffes
» doàrines ; c’eft une teinture qui ne
» s’efface jamais. Ceux qui en font
imbus ne peuvent la fecouer jamais,
parce qu’ils ignorent ce que c’eft ç[ue
démonftration , qu’ils font hors d’état
» de difcerner le vrai du faux , oc qu’ils
Préliminaire. zfy
H trouvent mauvais qu’on veuille les
inftruire. Gakn. de dyfpncza ». Tel
eft le cas de ceux qui dans notre fiecle
refiifent de fe rendre à la raifon , &
qui, parce c^e'^Galien^ Rivière , Stahl,.
ont attribué à l’ame plus de cho4s qu’il
ne lui en eft dû, lui refufent ce qu’on
ne fauroit légitimement lui refofer, &
n’évitent l’erreur dont ils les aceufent
que pour tomber dans l’erreur con¬
traire. Je fais qu’il y en a qui prétendent
que le mouvement du cœur , de même
que celui de la refpiration font mécha-
niques , comme fi le mouvement vo¬
lontaire ne l’étoit pas aufii, & que
Borelli n’eût pas expliqué depuis long¬
temps celui des mufcles par les prin¬
cipes de la Méchanique. Mais ils fou-
tiennent que l’un & l’autre font une
fuite de la difpofition de la machine,
qu’aucun moteur interne n’y contribue,
& qu’ils font l’effet de la preffion de
l’œil ambiant , des alimens & de l’éiaf-
ticité des vaiffeaux. La plüpart de ceux
qui raifonnent ainfi, ignorent les pre¬
miers éîémens de la Méchanique , ou
font imbus de préjugés groffiers, puif-
qu’ils foutiennent que les forces peu¬
vent être augmentées réellement par
^^•54 Discours
les machines , & qu’un corps peut fe
mouvoir de lui- même fans l’aide d’au¬
cun moteur. Je ne m’arrêterai point à
réfuter ce fentiment, il fuffit que le
Médecin fâche que les mouvemens du
corps humain font tellement liés avec
ceux de l’ame , que quand même celle-
ci les dirigeroit , ils ne feroient point
difFérens de. ce qu’ils font. Je ne cher¬
che point à découvrir l’effence des
caufes premières , mais celle des mou¬
vemens de la machine , de même que
les relations qu’ils ont avec les affec¬
tions de l’ame ( 30 ) , & j’emploie le
nom de nature, dans l’acception reçue
parmi les Médecins jufqu’aujourd’huL
Je n’ignore point que mon fentiment
fouffre beaucoup de difficultés , mais je
m’en tiens à cet égard à ce que dit
Galien : « Celui qui refufe de fe ren-
» dre à l’évidence, manque de juge-
» ment ; celui qui décide prompte-
9>. ment des choies douteufes , efl un
téméraire; celui qui doute de celles
» qui font claires à caufe de quelques
» difficultés qu’il y rencontre , efl un
» fceptique ; mais celui qui non-feule-
» ment doute , mais cherche à détruire
^ des principes clairs, à caufe de quel?
Préliminaire. 255
» ques difficultés qu’il ne peut lever ,
» n’efl point fage ». L. de mot. mufeuL
Des Forces inanimées»
260. Tout homme capable d’atten¬
tion ne croira jamais que les mouve-
mens de la machine humaine dépen¬
dent tous de l’ame comme de leur prin¬
cipe, vu qu’il efi: plus clair que le jour
qu’on obferve des mouvemens fembla-.
blés dans les corps inanimés , tels que
les végétaux, les foffiles & les cada¬
vres des animaux , & qu’il y a en eux
des facultés ou des puiffances motrices
capables de les produire , quoiqu’ils
n’ayent point d’ame.
26 1 . Ces facultés font la gravité , Is
cohéfion ou l’attraftion , l’élafticité &
les effets qui en dépendent , l’éledri-
cité, la putréfaûion , la fermentation,
la chaleur , la raréfaûion , la diffolu-
tion , la condenfation , &c. De plus ,
l’homme eft expofé à la preffion de
l’air & des corps qui l’environnent,
& ces caufes fuffifent pour les fonc¬
tions communes aux animaux & aux
végétaux, telles que la nutrition, la
fecrétion , la digeftion & la génération.
Discours
avec cette différence que dans les ani¬
maux elles font fécondées par le mou¬
vement mufculaire , qui n’a pas lieu
dans lés végétaux ( 20.8 ).
262. » Je crois qu’il eft prefque dé-
» montré , dit le favant Médecin &
Géomètre G. Cheync^ dans fon Traits
» de la maladie .Angloijs , pag. ^
-)S> qu’il y a dans tout animal, ioit par-
» fait ou imparfait , un principe aftif,
» & qui fe meut de lui- même : je crois
» auffi que le pur méchanifme , je veux
dire , que le mouvement qui agit
» extérieurement fur la fuperficie des
» corps , fuivant certaines lois & cer-
» taine proportion , peut fuffire pour
» expliquer les phénomènes de la vé-
gétâtion ; mais je ne crois pas qu’il
» puiffe fuffire pour expliquer l’anima-
» tion ni la vie, non- feulement des
» animaux , mais même du plus petit
» infeéle , & tel eft le fentiment des
» plus favans Géomètres &; des plus
» habiles Méchaniciens.
263. >♦ Je ne prendrai point fur moi
» d’expliquer jufqu’à quel point le
>♦ mouvement perpétuel eff poffible
» dans l’état préfent des chofes, &:
ff fuivantles lois établies dans l’uniyers.
Préliminaire. 257
M Je crois cependant, vu le frottement
» que les corps fouffrent, ôc la perte
» continuelle que foufFre tout mouve-,
» ment fur notre globe ^ & l’impoffi-
>» bilité qu’il y a de décrire une ligne
» droite par une feule & unique im-
» puifion , que ce mouvement perpé-
» tuei efl auffi impoffible que la qua-
» drature du cercle , ou l’expremon
» des quantités fourdes par le moyen
» des fraftions entières ou finies.
264. » Il eft hors de doute que tout
» animal eft un mobile perpétuel, à
» caufe du principe inné & aélif, &
» de la puiflârice qui efl; en lui ; mais
» vouloir expliquer d’une façon mé-
» chanique , je veux dire , par la feule
>* matière & par le mouvement impri-
» mé par dehors , les fonéfions d’un
» animal vivant, c’efl: articuler des pa-
» rôles vuides de fens , & montrer
» fon ignorance, quand même on em-
» ploieroit tous les fecours que l’A-
» rithmétique & la Géométrie four-
niflent. Cheync ».
265. Tout corps réfifte au mouve¬
ment ( JFolf. Cofmolog. or toute
machine efl un corps , donc elle ré-
üfte au mouvement. Si un corps en
1158 D I s C Ô tJ R s
-mouvement en rencontre un qui eft
en repos, la vîteffe qu’il perd par le
choc , eft à celle qu’il avoit avant le
choc , en raifon de la maffe du fécond
à celle de l’un & de l’autre enfemble
( Cofmolog. ^2^ ) ; d’où il fuit que le
mouvement imprimé à une m^achine
Ear Un autre corps , fe perd en partie.
)onc fl une colonne de fang en cho¬
que une autre qui eft en repos & qui
lui eft égale en malFe , elle perd la
moitié de fon mouvement dans le choc.
Dans le choc des corps qui ne font
pas parfaitement élaftiques , la force
vive qui fe perd eft d’autant plus gran¬
de , que l’élafticité eft plus imparfaite ,
ainfi que le démontre s’GraveJande,
Wolf. ( Cofmolog. 4615 ) démontre en¬
core que les corps parfaitement élaf-
tiques perdent dans le choc une par-,
tie de leur mouvement. Com-me donc
les organes fluides du ' corps humain
font mous, & n’ont aucune élaûicité
fenfible , & que ceux qui font fermes,
tels que le cerveau , le poumon , le
foie , la graiffe , n’ont qu’une élafticité
très- imparfaite , il eft évident qu’ils
doivent perdre contiauellement une
partie des forces qui leur font commu¬
niquées.
Préliminaire. 259
266. Les végétaux dont les vaiffeaux
font auffi élaftiques que ceux de l’hom-
ine , & qui font expofés comme lui
aux mêmes impreffions de l’air am¬
biant, ne font que végéter, diftribuer
leurs focs, fo nourrir & fe reproduire,
& l’on peut attribuer ces môuvemens
à i’aftion du foleil & de l’atmofphere ;
parce que la force de la végétation ,
de la fecrétion, &c. eft proportionnée
aux forces expanfives , diffolvantes &
éleûrique^ , que la chaleur du foleil
communique à leurs focs; & de-là
vient que ces fondions augmentent
avec la chaleur , & qu’elles diminuent
à mefore qu’elle diminue en hiver.
Au contraire , les môuvemens mufcu-
laires du cœur , de la poitrine , des
membres ne répondent point aux ac¬
tions du foleil , de l’air & des autres
puiffances corporelles , mais aux diffé¬
rentes affedions de l’ame, à fon défîr,
à fon averfion, à fa volonté & à fa
répugnance ; d’où il fuit que les fonc¬
tions animales dépendent d’un prin¬
cipe propre aux animaux , &c les vé-
, gétales d’un autre qui eff commun aux
animaux & aux végétaux.
267. Yoici quelques obfervations
i6o Discours
qui prouvent direftement l’empire que
l’ame exerce fur le cœur. Un homme
dont l’efprit avoit été troublé par une
frayeur imprévue , fut faifi pendant
quelques heures d’une fueur froide ,
il avoit tantôt le pouls foible , & tan¬
tôt il n’en avoit point du tout. Après
qu’il eut un peu repris fes fens , le
cœur & le fang reprirent peu à peu
leur mouvement naturel , & le con-
ferverent pendant une heure ; mais ce
mouvement ceffa de nouveau tout à
coup , & il demeura comme mort
pendant une demi-heure.
Un autre ayant étendu volontaire¬
ment & avec force fe§ bras & fes
jambes, le battement du cœur aug¬
menta de vingt pulfations dans l’ef-
pace d’une minute , & fon pouls s’af-
fbiblit au point qu’on avoit de la peine
à le diftinguer. On en a connu un
autre dont le cœur pendant qu’il étoit
tranquille , battoit trente-quatre fois
par minute , ou deux mille fois par
heure; mais lorfqu’il s’échauffoit en
courant , ces imttemens montoient
depuis trente- quatre jufqu’à cent- cin¬
quante par minute , ou à neuf mille
par heure , de forte qu’ils étoient pref-
que cinq fois plus fréquens.
pRÉLIMINAIREi l6t
Lorfqu’un homme commence à re¬
muer , fon pouls diminue , mais il aug¬
mente peu à peu & s’accroît par le
mouvement. Un éclat de rire accéléré
le pouls de vingt-cinq pulfations par
minute; & lorfque l’homme dont je
viens de parler refpiroit trois ou qua¬
tre fois plus vite qu’à l’ordinaire ,
ces pulfations augmentoient d’environ
treize ou quatorze par minute. La toux,
la déglutition, la leéture à haute voix,
accélèrent le pouls ; d’où il fuit que
les affeâions & les facultés de l’ame
altèrent le mouvement du cœur d’une
maniéré médiate ou immédiate. Voilà
ce que dit Br. Robinfon dans fon Ecç-^
nomic animale., prop. zi. Martin. Lifter
obferve que le cœur des efeargots ceffe
de battre par intervalles inégaux , mais
que lorfque l’animal commence à fe
mouvoir & à remuer fes cornes , les
battemens de fon cœur augmentent
comme s’ils dépendoient de lui ; il
confie au rapport de Cheyne , dans fon
Traité de la maladie Angloife , pag. 68
par un grand nombre d’obfervations ,
que l’ame peut accélérer ou faire cef-
fer le battement du cœur, félon les
pallions qui l’alFeélent. Voyez NUholJii
orat. de anima medied»
^6i D I s c O U R s
268. Hippocrate étoit tellement per-
fuadé que l’ame eft afFeûée dans tous
les changemens morbifiques qui arri¬
vent dans la machine humaine , qu’il a
4éfihi la maladie, une fenfatiori incom¬
mode & défagréable à l’ame. En effet,
l’expérience journalière nous apprend
qu’il n’y a aucune maladie , fi l’on en
excepte peut-être celles qui privent
de la raifon , qui n’affeâent l’ame d’une
façon ou d’autre , mais toujours d’une
maniéré défagréable. Les unes, comme
les fievresjles évacuations, la para-
lyfie , lui font éprouver un fentiment
défagréable de foibleffe ; les autres ,
comme les inflammations , lui caufent
de la douleur; les autres, comme les
maladies foporeufes & convulfives,
lui infpirent de la crainte ; les autres ,
comme les chroniques &c les cacheéli-
ques , la confument de chagrin , & il
n’y a pas jufqu’à celles qui privent
l’homme de l’ulage de la raifon , telles
que la manie , la mélancolie , l’hydro-
phobie , qui ne l’agitent &: ne la tour¬
mentent , comme l’obfervent tous les
Médecins cliniques ; de forte qu’on
doit tenir pour certain qu’il n’y a point
de maladie qui ne foit accompagnée
Préliminaire. 265
de quelque affeâion particulière de'
l’arae.
269^. Non-feulement donc on prouve
direâement que l’ame, entant qu’amie
du corps, fe relient de fes indifpo-
utions , 6c qu’étant douée d’une puif-;
fance motrice , & ayant de l’horreur
pour le mal , elle combat de tout fort
pouvoir cette caufe morbifique ; mais
encore on peut prouver que les puif-
fances corporelles & la difpofition de
la machine ne fuffifent point pour pro¬
duire les fymptomes des maladies , &
que l’explication mécanique qu’on en
donne efl: contraire aux lois du mou¬
vement , ainfi qu’on peut s’en convain¬
cre par les exemples fuivans.
270. Tout le monde fait que la toux
eft une expiration fubite & avec bruit,
occafionnée par un épanchement de
pus ou de fang dans le poumon , par
une goutte d’eau ou de lait qui efl; tom¬
bée pendant qu’on rioit dans la poitri¬
ne , ou par un tubercule , un phlegmon
ou tel autre vice furvenu dans la tra¬
chée artere ou dans les poumons. Or
les Difciples d’Afclépiade qui embraf-
fent la Seâe Mécanique , veulent que
la toux foit produite par cette goutte
1^4 Discours
<i’eau , par exemple , laquelle compri¬
mant les nerfs de la trachée artere ,
attire le fluide nerveux qui fe. porte
en plus grande abondance par une né-
ceffité mécanique dans les mufcles qui
fervent à l’expiration , d’où s’enfuit
leur contraûion , & par conféquent
la toux.
271, Cette théorie eft contraire aux
lois de la Mécanique ; en effet, la force
de la goutte d’eau qui bouche une par¬
tie de la glotte , n’efl; autre chofe que
fa pefanteur, qui n’efl: rien eu égard
à la force vive de toute la poitrine,
néceffaire pour exciter la toux ; car la
maffe de la poitrine', de même que
celle du corps font ébranlées dans la
toux , & font plufieurs millions de fois
plus grandes que le poids de la goutte
d’eau ; maintenant fi on multiplie la
maffe de cette goutte d’eau par fa vî-
teffe initiale , & qu’on la compare à la
maffe de la machine ébranlée , multi¬
pliée par la vîteffe de l’ébranlement, la
difproportion fera immenfe ; d’où il
efl: impofllble que la goutte d’eau puiffe
caufer un pareil ébranlement dans le
corps , yu qu’il efl; démontré dans la
Mécanique , qu’un poids mis en mou*
vement
PRÉLÏMINAIHE. l6<y
veinent par une machine , & multiplié
par fa vîteffe , n"eft jamais plus grand
que la maffe 'qui le meut multipliée
par fa vîtefie , comme le favent tous
ceux qui ont étudié la Mécanique , &
comme cela paroît par la théorie du
levier.
2J2. Par îe moyen du levier hydrau¬
lique qui n’eft autre qu’un petit tube
de verre par le moyen duquel on rem¬
plit d’eau une veflîe qui y eû attachée ,
on éleve des poids immenfes ; mais la
vîteffe de l’eau dans le tube , l’emporte
d’autant fur la vîtelTe du poids qu’elle
fouleve , que la fection tranfvexfele de
la vedie eû plus grande que celle du
tube ; ce qui prouve que la force vive
de l’eau enfermée dans le tube , ell
-égale à la force vive du poids qu’elle
éleve ; en appliquant cet exemple à
notre cas , il s’enfuit que la théorie
que je combats eft contraire aux prin-?
cipes de l’hydraulique & entièrement
abfurde.
273. Ceux qui pour augmenter l’é¬
nergie de cette goutte d’eau , lui aîtri-
bueroient une force expanfive pareille
à celle de la poudre à canon , fuppo-
feroientune chimere; èc quand mêm^
Tomi /, M
i66 Discours
on kur accorderoit que cela efl: , les
principes mécaniques que nous avons
rapportés ne feroient pas moins vrais ;
& d’ailleiurs il faudra fuppofer que l’ex-
plofion fe renouvelle toutes les fois que
ia toux recommence , ce qui arrive par
intervalles : or comme cela arriveroit
fans raifon fuffifante, il s’enfuit que
cette fuppofition eft abfurde.
2,74. U ne refte d’autre reffource à
ces Mécaniciens que de recourir à des
principes de Mécanique qu’on a ignoré
jufqu’ici , & contraires à ceux que l’on
connoît ; èl quelques-uns même , pour
donner plus de poids à leur fentiment ,
prétendent qu’on pourra le découvrir
dans la fuite ; mais en attendant que
cela arrive , on doit tenir pour certain
que leur théorie au fujet de la toux
éc des autres mouvemens fympathi-
ques , eft entièrement contraire aux
principes connus de la Mécanique ,
quoique d’ailleurs il ne feroit pas dif¬
ficile de prouver que les lois méca¬
niques générales ne font pas moins
nécefleires que les principes de l’A¬
rithmétique & de la Géométrie, Ber*
nouJIi, AH. Petropol. T. 1.
275, Lorfqu’un -fluide 5 en mettant
PuIlimi'ni.te.s;
à part la condenfation , la raréfaûion
Fattraâion , circule dans un tuyau
de figure conique , de maniéré qu’il en
palTe la même quantité dans chacune
de fes feûions dans le même efpace
de temps , fa vîteû’e dans la bafe eû
d’autant moindre dans le fommet , que
la feââon de ce dernier efi; plus pe-
dte que celle de la bafe. Ce princi¬
pe efi aufii certain, qu’il l’efi: que deux
fois deux font quatre ; & on peut en
dire autant des autres principes géné-
Taux de la Mécanique ; & comme ce
qui efl: néceflaire l’efl toujours , il s’en¬
fuit que ces principes ne peuvent .ja¬
mais être détruits par d’autres.
176. Ce n’efi: pas-là la feule abfur-
dité de cette théorie. Ces faux Méca¬
niciens fuppofent encore gratuitement
qu’il y a des nerfs fournis à la volonté ,
& d’autres au mécanifme, &c que leurs
fibres font entretiffues enfemble juf-
ques dans les moindres parties. Com¬
me ils fe font apperçus que l’ame ex-
citoit la toux quand bon lui fembloit , &
que nous l’avions fouvent malgré nous ,
ils en ont conclu , que la toux qu’ils ap¬
pellent mécanique , ou automatique ,
fie pouvoit aucunement dépendre de§
i$8 D I s c ô û R s
organes fournis à la volonté , ce qiu
eft un principe que Gali&n a réfuté de¬
puis long-temps , (142. 256.) de forte
qu’ils font obligés de multiplier les êtres
fans néceffiîé ôc contre toute vraifem-
biance. Mais une preuve que les nerfs
ne contribuent pas moins au fentiment
qu’au mouvement , c’eft qu’on ne fau-
roit piquer aucune partie du corps
avec la plus fine aiguille , qu’on n’y
fente de la douleur.
277. Si l’on examine le nombre &
la diverfité des mouvemens de la ref-
piratipn, on verra qu’ils varient pref-
que à l’infini. M. Sauveur, dans les
Mémoires de l’Académie des Sciences^
prétend que l’on peut former 9632 fons
que l’oreille diftingue parfaitement , &
que chacun de ces fons peut encore va¬
rier quant à la force ; à quoi l’on peut
ajouter les foupirs, les gémiffemens , les
fanglots, les pleurs, l’étonnement, le
ronflement, le bâillement, le ris, les
éclats de rire , les cris , le chant fimple ,
le chant mufical & une infinité d’autres
variations dans les mots que l’on arti¬
cule , qui font tout autant de différen¬
tes efpeces d’expiration , qui exigent
>in mpuyement déterminé des organes*
Préliminaire. 169
La toux dans ce nombre eft une expi¬
ration finguliere & déterminée , telle¬
ment diftinâe des autres , qu’on ne
fauroit confondre un homme qui touf¬
fe , avec un autre qui rit , qui fanglotte,
qui chante , &c. «
178. Il n’y a aucun point dans la
fuperficie des véficules pulmonaires ,
toute ample qu’elle eft , ni dans la tra¬
chée artere , qui étant preffé par un
grain de pouffiere , une goutte de fang
ou de pus, -OU par quelque tumeur,
ne puiffe caufer la toux , ni par con-
féquent aucun nerf, ni aucune fibre
dans ces parties , qui ne contribue à
la toux & à une infinité d’autres mou-
vemens. Puis donc qu’on ne voit pas
la raifon pourquoi une goutte d’eau
qui tombe dans la trachéé ârtere com¬
prime plutôt les organes deftinés à ex¬
citer la toux , que ceux qui fervent
au ris , aux fanglots , au bâillement ,
au chant , aux pleurs , &c. fi tous
ces moiivemens font mécaniques ,
comme les machines exécutent tou¬
jours & néceffairement tout ce qu’elles
peuvent exécuter , on ne fauroit non
plus expliquer par la mécanique d’où
vient qu’une goutte d’eau qu’on avale
270 D I s € O V K S-
€tt riant dans le temps^ de l’infpîratîOfty
n’excite pour l’ordinaire que la toux ,
ëi l’an pourroit même prouver dans
cette fappofiîion , par le calcul des>
conjeânres ^ qu’elle ne doit prefque
jamais l’exciter , d’où il fuit qu’on doit
regarder commue abfurdes tes principes
qui condiiifent à une pareille abfurditéi
279.. Si parmi plüfieurs cas ;égale>-
ment poflibies ,, le même arrive tou-
j;Ours , enfuppoiànt certaine œaditiony
4ans une machine que l’on fait être
mife en mouvement par un principe
intelligent,, il s’enfuit néceffairement
que ce cas n’arrive que par le choix:
de ce principe* En elfet, comme rien
ae fe fait fans une raifon fuffifante
& que dans cette machine animée
aucun des cas n’ell pas plus détermine
par le mécahifme qu’un autre fi l’àn-
efl: conftamment déterminé,, il doit
néceffairement l’être par le principe-
iiîtelligent, ,& voici des preuves que
cela a lieu dans la machine humaine. .
z8oi Une goutte d’eau venant àts’at-
tacher aux cordes vocales , obltrue né-"
eeffairemèrit une partie de l’orifice de¬
là glotte : fi elle en bpuehe la moitié ^
pour lors , quoique la force de i’ex^^
Pr ÉLIMINAI RE. 2.71
ijifation foit la même , il ne doit fortir ^
par les lois de la Mécanique , que la
moitié de l’air qui a coutume, d’en for--
tir ; car en fuppofant la même force
dans le pifton , les quantités qui s’é¬
coulent font comme les oirifices. Mais
dans ces circonftances , la même quan¬
tité d’air infpirée , féjournant deux fois
plus longrtemps dans le poumon & y
acquérant le double de chaleur , de¬
vient infufiifante pour rafraîchir le fan g,
& pour enlever les vapeurs chaudes
qui s’exhalent du poumon , ôi qui oc-
eafionnent une anxiété & un mal-être
qui ne eeffent que par une infpiration
réitérée & plus forte de l’air froid , fî
les fens ont toute leur vigueur, com¬
me chacun îe fait par expérience ; &
de là vient que l’ame ajoute aux forces
ordinaires de la refpiration , pour que
l’infpiration devienne plus forte &
plus fréquente.
28.1. L’hydraulique nous apprend
quelle doit être la force de la refpira¬
tion pour pouvoir refpirer dans le mê¬
me temps une double quantité d’air;
car la force du piflon doit être quatre
fois plus grande pour pouvoir infpirer
ou expirer la même quantité d’air par
M iv
iyi Discours
un orifice deux fois plus petit,
majlat. G ail. pag. 3 /z. ^o. ) & il faut
feize fois plus de force pour pouvoir
dans ces circonftances infpirer une
double quantité d’air ( ibid, n. c)2. ) ;
ce qui épuiferoit la puifîance motrice ,
& la mettroit hors d’état de pouvoir
guérir cette dyfpnée.
282. Mais fi les forces expiratoires
augmentent confidérabiement une fois
ou deux pour hâter la fortie de l’air,
pour lors l’air qui fort frappant avec plus
de force k goutte d’eau qui bouche le
paffage, fuffit pour la faire fortlr, &
c’eft ainfi qu’il fufiit d’un ou de deux
efforts pour chalTer la matière morbi¬
fique , & pour faire cefl'er l’incommo¬
dité. C’efl: pourquoi la nature , qui a
autrefois éprouvé l’utilité de ces efforts,
excite cette toux falutaire , quoiqu’in-
fuffifante dans certaines circonftances ,
fans qu’il lui en coûte qu’une dépenfe
de force paflagere , & qui par confé-
quent ne l’épuife pas.
283. Il fuit de là que ces efforts fe¬
ront d’autant plus vifs , la puiffance
motrice demeurant la même, qu’on fera
plus prefle de refpirer , & qu’on fera
plus fenfibie & plus craintif. Car à pro-
Préliminaire. 173
portion que cet obftacle interceptera
une plus grande quantité d’air, les ef¬
forts feront plus prompts & plus vio-
iens ; fi la quantité d’air interceptée efi:
moindre , on pourra ménager fa toux,
s’abllenir même de toufler , & vaquer
à d’autres exercices plus preffans, ainfi
que l’expérience nous l’apprend. Si
celui à qui cet accident arrive s’en efi:
mai trouvé autrefois , craint d’être fuf-
foqué , ou efi; extrêmement fenfible ,
comme le font les perfonnes convalef-
centes , hyllériques , délicates , pufilla-
nimes , fur le champ il toulTe de toute
fa force , & l’on appercevra fur fon
.vifage & dans tout fon maintien les
toits d’une agitation violente & d’une
inquiétude extrême.
284. il fuit encore de là , que fi la
goutte d’eau efi; placée de façon qu’elle
intercepte une moindre quantité d’air,
ou que le malade n’ait pas befoin de
refpirer un air fi frais , parce que fon
fang efi; moins échauffé , que s’il a
l’ame forte & tranquille, s’il îommeille
ou s’il a pris une dofe convenable de
pavot ; il fuit , dis-je , qu’encore que
la goutte d’eau preffe les nerfs avec la
même force , il ne touffera point, ou
M V
m Disc o ü r s ':
ne toufferaque rarement. C’eil ainffoué ^
le fyrop de pavot tranquiilife pendit
la nuit ies^ phthifiques & ceux qui ont
des calharres , non point en diminuant
îa force de la matière morbifique , mab-
en émouflant le fentiment. Ge qui fait
encore que le hoquet &; la toux ceffent^,
lorfqu’on reçoit une nouvelle fâcheufe,.
GU qu’il furvient quelque, affaire impor¬
tante , e’efi: que le principe intelligent
oubliant dans ce moment le malJéger
qui l’afièûe ,, n’eft plus occupé que du;
mal- plus grand qui le menace^
285. La perception conflife du mal;
qui. produit l’affliâion efi appellée con*
fmt&ment ou compaflîon par. les- Latins
& Jympathic par les Grecs. La raifon
pour laquelle l’ame slaifiige.ou compatit:
aux maladies du corps , efl qu’elle lui;
efl unie de façon , qu’elle ie réjouit-
& s’afflige de fon état , félon qu’il eft
bon ou mauvais , & que fon plaifîr ^-
fon bonheur dans cette vie dépendent
de l’intégrité , de la. force , & dé- la;
forme de la machine à laquelle elle;
efl unie.
286. L’ame ayant en foi des facultés;
motrices, ne reflent pas en vain foaî
saalrêtre occafionné par des caufes mort
Pré LI M’I NAÏR E. 2.75
Bîfiques , mais elle fe trouve quelque¬
fois en état d’y remédier ; fur-toût elle
y réuffit fans peine lorfque le principe
du mal eft extérieur ; par exemple , fi
nous nous fichons une épine dans le
doigt, nous employons les ongles , les
dents & les inftrumens pour l’arracher.,
Û n’en eft pas de même lorfque les
maux font internes , parce que au de¬
dans de nous , nous n’avons pas par¬
tout des mufcles & les autres organes
du mouvement qui foient à notre dif-
pofition , &; qu’on ne peut trouver quel¬
quefois à ce qui occafionne le mal au¬
cune iflue. Par exemple , lorfque nous
avous avalé du poifon , les mains ne
nous fervent' à autre ehofe qu’à nous
comprimer l’épigaftre, & il n’y a que la
force mufculaire du ventricule qui puifle
évacuer la matière morbifique par la
bouche' ou par le fondement. Il refte
cependant d’autres feeours ; & alors
un écoulement abondant de la falive
ou de la liqueur gaftrique , la boiflbn
que la foif demande , adouciftent la ma¬
tière , ou lui fervent de véhicule pour
feciliter un vomiffement , en même
temps que les inftrumens de la refpira-
■fecn , les mufoles du bas -ventre^ ceux
M vj
2.76 Discours j
qui fervent à incliner le tronc , en un
mot, tout concourt à évacuer le poi-
fon avec fon véhicule hors de l’efto-
mac , malgré nous & fans que nous le
voulions.
287. On voit donc que les kis de la
Jympathie, qui , dans la bouche de bien
des gens , ne font que de vains noms ,
font des prbpofitions conformes à la
raifon , fuivant lefquelles les puiffances
motrices , telles que la liberté & la na¬
ture , exercent conûamment leurs opé¬
rations dans l’économie animale. Le dé¬
tail de ces lois nous ed connu par l’ob-
fervation journalière*
288. Première loi.^ La nature & la li¬
berté doivent concourir à prolonger la
vie de l’homme , félon l’état & les for¬
ces de la machine.
289. Seconde loi. Que la liberté re¬
médie aux maux externes , foit phyfî-
ques ou moraux,, dont l’entendement
a connoiffance ; & que la nature re¬
médie à ceux qui font internes elle
eft le meilleur Médecin des maladies.
Hippocr. epid. y.
290. Troijîeme loi. Lorfque le danger
eft preffant, ilfauty apporterun prompt
îemede , & par conféquent plus l’or-
Préliminaire. 277
gane afFeâé efl: noble , & le mal confî-
dérable , plus il faut redoubler fes ef¬
forts & employer de forces , en négE-
geant tout le reEe ; car il vaut mieux
faire un effort dont l’eâet|peut être fii-
nefte , que de refier oifif dans un dan¬
ger évident.
29 1 . Quatrième loi. Que les organes
les plus propres à parvenir au but ,
concourent à l’opération , & que le
travail foit continuel lorfque le danger
efl preffant ; mais lorfqu’il efl moindre,
qu’on ne travaille que par intervalle ,
afin que la nature puifle réparer fes
forces.
292. J’ai rapporté quelques exem¬
ples de ces lois (251,256, 280) , &
j’ai montré les principes fur lefquels
elles font fondées. On en verra un
plus grand nombre dans la fuite. Je
me contente ici de citer deux différens
textes que je tire du fameux Boerhaave.
S’il s’efl: formé dans l’homme quelque
corps étranger capable de lui nuire ,
ou qu’il y ait été apporté de dehors ,
aufli-tôt la nature fait effort pour chaf-
fer cet ennemi , dont le féjour feroit nui-
fible ; elle s’efforce d’adoucir ce qui eil
âcre, de réfoudxe ce qui efl trop épais.
578^ 3> I s C O TT K ^
4’appaifer ce qui eft trop diffous.
*i efforts admirables nous faifons
» pour vomir & pour chaffer une ma»
» tiere morbifique par les excrémens ,
» les urines Sc par la fueur ! Quels
>♦ efforts pour attirer les humeurs dans
H le fiege du mal, afin de délayer ,de
» laver , de déterger , d’adoucir , ëC
» d’en éliminer ce qui le fatigue f Quels
» mouvemens fébriles pour chaffer,;
» amortir , changer & mûrir la ma-
f* tiere morbifique , ou pour féparer
» ce qu’on ne peut corriger ! Quelles
» reffources enfin pour accoutumer la-
nàture à ce qui la trouble , les pré»-
» mieres fois qu’elle l’éprouve 1 Les
>♦ Médecins regardent la fievre comme
»• le meilleur de tous les infîrumenSy^
» puifque la nature s’en fert pour gaé--
» rir un grand nombre de maladies'
» aiguës & chroniques qui réfiftent â
^ tous les remedes , &c. il ne faut
quhine goutte de vinaigre pour ofi
» fenfer la membrane extérieure de
l’œil , qui eft extrêmement délicate;-
» mais cette garde fideUe, qin veille
» à fa confervation , la douleur irri-
»• tant le mufcle orbiculaire des pau»
pieres 5 eelui-çi preffe le globe & le
Fr E L I M; I N A TR E. 279
P porte vers la glande lachrymaîe , &
J) en fait fortir un ruifleau de larmes ,
» qui amortit l’âcreté du vinaigre , &
>» l’entraîne avec lui »», Bo&rhaavs dit
encore là-deffus plufieurs chofes que
l’on peut voir dans fon Difcours 8.
293. Ceux qui ignorent la Méca*-
nique fe perfuadent aifément t^e la
plus petite puiffanee appliquée à une*
machine eft capable de produire de
très-grands effets. Comme ils ne dif-
tinguent point les forces vives des for¬
tes mortes , & qu’ils ont vu élever'
de très-grands fardeaux par le moyen
des machines , avec une puiffanee mé^-
diocre , ils s’imaginent que les effets
font beaucoup plus grands que la force
qu’on a employée. «* If y en a qui
»- croient pouvoir inventer une ma-
H- chine , laquelle avec très-peu de for-
H ce , éleve une grande quantité d’eau
à telle hauteur & avec telle vîtefîè
w que l’on veut; & qui fe caffent la
^ tête à inventer des roues , des le-
» viers j des poids & autres chofes
M néceffaires pour cet effet ; mais ils
» perdent leurs peines , & l’on ne doit
pas beaucoup compter fur leurs pro-
meffes, -En fuppofknt que la puif=
%So D I s COURS
w fance abfolue demeure la même , je
» dis que toutes les machines qui ne
foulFr.ent aucun frottement , & dans
» lefquelles il n’y a point de mouve-
» ment inutile , produifent le même
» effet , & font toutes également boi>
» nés ». Bernoulli Hydrodyn. pag. iÇG.
Hijlor. Academ. Parif. //pj. pag. io'q.
Dans la machine hydrauliqjtè la plus
parfaite , lors même qu’elle produit le
plus d’effet , la force du fluide qui agit,
efl; à.Æelle du fluide ou du poids qu’il
met en mouvement, ou à l’effet , cora^
me 17 à 4, ou à peu près comme 7 à i,
ibid, pag, 1^6. ou , ce qui revient au
même , le plus grand effet qui puiffe
réfulter de l’impuîfion du fluide , efl: à
la puiflance abfolue qui fait mouvoir
la machine , comme 4 à 2,7 ; de forte
qu’en fuppofant la machine humaine
aufll parfaite qu’il efl: poflible , de fept
degrés de force qu’on y emploie, il y
en a fix de perdus avant que l’effet foit
tel qu’on le délire. Les chofes étant
telles qu’on vient de le dire, il s’enfuit
que ceux-là font dans l’erreur , qui fur
un arrangement & une complication
fouvent imaginaire dcs machines, con¬
cluent qu’on peut attribuer le mouve-
Préliminaire. . iSi
ment du cœur & des poumons , à une
force imprimée une fois à la matière ,
quelque foible qu’elle puiffe être. L’ab-
furdité eft bien plus grande dans ceux
qui attribuent l’augmentation du mou¬
vement à la réfiftance oppofée , & il
eft fâcheux que la Médecine foit ap¬
puyée fur des principes auffi faux.
Euler. A3:. BeroLin. lySz.pag. icf^.
294. J’ai prefque honte de m’arrêter
li long - temps à réfuter de pareilles
opinions. Je vais maintenant examiner
les forces inanimées , telles que la gra¬
vité, l’élafticité , par lefquelles ces faux
Mécaniciens prétendent pouvoir ex¬
pliquer toutes les fondions du corps
humain , & indiquer les principales er¬
reurs dans lefquelles on eft tombé à ce
fujet.
La gravité eft une force proportion¬
née à la quantité de la matière , laquelle
agit fur les parties folides & fluides de
notre corps pour les faire defcendre.
De là vient que ceux qui ont une fyn-
cope tombent par terre par leur pro¬
pre poids , parce que la contradion de
tous les mufcles venant à ceflier tout à
coup , rien ne réfifte plus à la gravité ;
mais tant que cette contradion fub-
af 2 Ü ï s c ô tr R s |
fifte j Gomme lorfque nous femmes de- j
bout , ou que nous marehons , cette j
gravité efl: furmontée de beaucoup par
la force mufculaire. Ainfi^ tant que !e
cœurfaiî circuler le fang avec toute la
force qui lui efl naturelle , la force de
gravité des fluides ne doit être comp¬
tée pour rien ; & de là vient que quoi¬
que le fang agiffe toujours en bas par
fa pefanteur , tant que le cœur con-
ferve fes forces , il ne preffe pas plus
îe cerveau lorfqu’on efl couché que
îorfqit’on efl debout^ Mais fi la force
contradive du cœur diminue confidé-
rablement , alors , comme la gravité des
fluides efl toujours la même , & qu’elle
efl en beaucoup plus grand rapport
avec la force mufculaire de ce vifeere ,
îes fluides diflendent parleur pefanteur
& engorgent les parties inférieures ;
fur tout fl le fang étant diflbus, la lym¬
phe a plus de facilité à s’en féparer.
Telle efl la caufe de l’enflure des pieds
qu’on remarque dans les perfonnes af^
feâées d’une afeite ou de la chlorofey
& qu’on attribue mal à propos à la
feule eompreflion des grofles veines
©ccafionnée par des obfoudions , ou
par l’épanchement de la lymphe dans
P R i L 1 M î N A I R E, 2,%:
le bas ventre. On obferve tous les
phénoinenes qui dépendent de la gra»-
vite feule , dans les cadavres aufll-biea
que dans les animaux vivans, comme
le favent les Anatomiftes ; ils peu¬
vent avoir obfervé que les cadavres
qu’mon a laiffé fufpendus une nuit dans
l’amphithéâtre, ont les parties inférieur'
-res extrêmement enflées.
195. L’élaflicité efl la force qu’ont
Jes corps de fe rétablir dans leur état
naturel , lorfque celle qui les compri-
moit vient à cefler , fans qu’on puilFe
attribuer ce rétablilTement d’état ni à
la force mufculaire , ni à la gravité,
La force élaftique efl: égale à la force
comprimante , tant que le reflbrt peut
céder ; de forte que la comprelSon
reftant la même , la force élaflique efl:
en équilibre avec celle qui comprime.
Ceux-là paroifl'ent ignorer ce prin¬
cipe , qui attribuent les mouvemens
alternatifs des vaiffeaux à leur élafli-
cité , & qui pour défendre leur fenti-
ment & pour pouvoir expliquer leur
mouvement perpétuel , leur attribuent
une élafticité paÆite. Mais outre qu’il
efl extrêmement abfurde de fuppofer
ks mêmes -degrés d’élaflicité dans tous
§4 Discours
les vaiffeaux & dans tous les folides
du même fujet , par exemple , dans
le cœur & le cerveau , les reins &
le placenta , les tendons & la grâifle,
l’aorte & les vaiffeaux lymphatiques ,
aulE - bien que dans ceux de diffé-
rens fujets, dans le fœtus & dans l’a¬
dulte , vu qu’il ne faut que toucher
le cerveau & le placenta pour fe con¬
vaincre du contraire ; il eft aifé de voir
que ces vaiffeaux font plus fortement
ébranlés par la colere que par la crain¬
te , quoique leur élafficité foit la mê¬
me , & que par conféquent c’eft fans
fondement qu’on attribue leur mouve¬
ment à leur élafficité. il eff étonnant
qu’ils attribuent à la même caufe la con-
traclion violente qu’on obferve dans
les vaiffeaux qui font engorgés de fang,
ou diffendus par un fluide vifqueux,
telle qu’on l’obferve dans le phlegmon,
& qu’ils ignorent que les corps ont
d’autant plus de peine à fe rétablir daiis
leur premier état, que la forcé compri¬
mante eff plus grande. Le verre & l’i¬
voire font infiniment plus élaffiques
que les artères &c les veines , & ce¬
pendant il s’en faut d’une quinzième
partie que leur élafficité ne foit parfais
Préliminaire. 2^5
te; Ken plus, le Ri^to a démon¬
tré da.ns\hs Mémoires de V Académie
de Bologne f qu’il n’y a que les corps
d’une petiteffe indéfinie , par exemple ,
les molécules de la lumière , quiayent
une parfaite élafticité, & cependant
nos Théoriciens ofent en attribuer une
pareille à nos gros vifceres , qui font
extrêmement mous.
296. A l’égard de l’impulfion , j’au¬
rai occafion d’en parler au long en don¬
nant la théorie des maladies convulfi-
ves ; & je ferai voir que les mouve-
mens fympathiques ne font pas l’effet
d’un mouvement extérieur une fois im¬
primé , & d’un mécanifme aveugle ,
mais celui de la puifiance motrice de
la prévoyante nature. Je me conten¬
terai pour le préfent d’oppofer à ceux
qui veulent tout expliquer par le mé¬
canifme, un argument tiré des effets
que produifent les pafïions de l’ame.
L’expérience journalière nous ap¬
prend que rien n’eft plus propre à exci¬
ter la colere de certaines perfonnes que
la préfence de ceux qu’elles haiffent ,
ou qu’elles méprifent ; un falut omis
de leur part , une lettre un peu fiere ,
un filence affedé après une interro-
D î s c O TJ R
gatlon , fufEfeîît pour kur caufër'
éevre & les îranfports ks plus vio-
lens.
Or a tumént îrâ, mgrefcunt fanguiùe venæ;
Lumîna , gorgoneo /æviàs angue, micant,
: Ceux qui attribuent ces phénome-
îîos au mouvement imprimé par dehors-
â la machine , ignorent ks premiers-
éiémëns dè la Mécanique , & ne méri¬
tent pas qu’on les réfute férieufement;;
car le défaut de faltit & de réponfe
ïi’étant que d,e fimpks négations , il eft
abfurde de croire qu’elles puiiTent mou¬
voir la machine , quelque artiftement
difpofée qu’on la fuppofe. Perfomie n’i¬
gnore. cependant que ces mouvemens
font involontaires , & c’eil pour cela
qu’on pardonne toujours un premier
mouvement de cokre ; on doit donc
les attribuer évidemment à un principe
interne doué de fentiment & de mou-*
vement. Or dans la cokre , le bàtte-
ment du cœur redouble , la fievre s’al¬
lume , la refpiiation augmente , & de¬
vient plus vive & plus fréquente ; donc
on ne peut douter que ce principe de
fentiment &c de mouvement n’ait beau¬
coup d’influence fur le coeur ôc le
poumon.^
Préliminaire, 2S7:
197, Nas faux Mécaniciens, prefîes
par la force de ces argumens , recou¬
rent au_pyrrhonifme, & répondent que
î’on ignore abfoiument la maniéré dont
î’ameagit fur le corps ; mais on ignore
pareillement celle dont elle agit dans
les mouvemens volontaires ; s’enfuit-il
de là qu’elle n’agiffe point dans ces
mouvemens? Nous ignorons auffi com¬
ment la gravité , l’élafticité , & la force
de cohéfion agiffent dans les corps ;
s’enfuit-il cjue les corps ne gravitent
point , qu’ils n’ayent point d’élaflicité,
& qu’ils n’ayent aucune cohérence?
Concluons donc avec le fameux Bo-
relli : « Que l’ame eft le principe & la
w caufe effeéfive du mouvement des
» animaux ; c’ed ce que perfonne ne
r* peut ignorer , puifque c’eft elle qui
» les &it vivre , & que pendant tout le
>» temps qu’ils vivent ils exercent des
»» mouvemens; au lieu qu’après qu’ils
» font morts , je veux dire , dès que
>» l’ame n’exerce plus fes fonâions,
M la machine animale n’eft plus qu’une
» maffe inaûive & immobile : perfon-
>♦ ne ne peut douter non plus que ce
» grand nombre d’aftions variées qu’on
î» obferye dans les animaux, ne foient
a88 Discours
» un effet de leur choix & de leur appé-
>» tit naturel ; il n’eff pas moins évident
» auffi que la connoiffance & l’appétit
» feul ne fuffifent point pour mouvoir
» les parties de l’animal , & que l’un &
l’autre ont befoin d’inftrumens & de
>» facultés néceffaires , telle que celle
de pouvoir changer de lieu , 6cc.
BordL. de. mot. anim. p. / .
298. Cette opinion a été adoptée
dans le dernier fiecle par tout ce qu’il
y a eu de grands hommes dans cette
Univmdiîé'; par Gordon , Joubert , Ri-
viere, Dulaujent^ &c. & en l’adoptant
nous ne faifons que nous conformer
au fentiment des Peres de l’Eglife , en-
tr’autres de S.Augup.n. Tous les Or¬
thodoxes conviennent unanimement
■que l’ame rajfonnable eft le principe
de la vie humaine : Catech. MonjpeLp. t*
f. /. cap, 2. &c cette uniformité de prin¬
cipes n’eff pas à méprifer ; la vérité eft
une 5 & ce qui eft faux - dans la Théo¬
logie , dans la Jurifprudence , ou telle
autre Science que l’on voudra , doit
l’être pareillement dans laPhilofophie,
quoique Luther & Averroïs prétendent
le contraire.
^ ^99* Voilà ce que j’avois à dire fut
Préliminaire. 289
les facultés & fur leurs forces , lefquel-
les font les principes des adions & des
jnouveraens qu’on remarque dans le
corps humain: or comme il eft évident
que Us mérms principes qui exercent des
aSions faines lorjque le corps eflen famé ^
exercent les morbifiques lorfquil ejl mala¬
de; il étoit â propos, pour pouvoir
comprendre les caufes des maladies ,
que je parlaffe des forces qui en font
les principes ; & c’eft fur ces fonde-
mens que nous venons de jeter , que
j’établirai dans la fuite toute la théorie
des fymptomes.
Des Principes des Maladies,
300. On appelle Phénomène , tout ce
qui tombe fous la connoiffance des fens,
& qui en dépend. Boerhaave , Infiitut.
Sy5. On appelle phénomène morbifi¬
que fymptome ^ toute fonftion ou
qualité qui eâ autre que dans l’état- de
lanté , ou tout ce qu’on obferve qui
différé de cet état. Les qualités font
fouvent changées par les forces inani¬
mées , ou par celles qui font commu¬
nes aux végétaux ; & il n’y a point
de qualité vicieufe qui ne puiffe exif-
Tome f N
%^o Discours
ter , & même être excitée dans les ca¬
davres ; car fes parties peuvent s’ea-
fler^ prendre une autre couleur,
pandre une nouvelle odeur , fe.defle-
cher, fe durcir, & effuyer tous les
ciiangemens qui font propres aux mg-
îadies çachétiques,
301. A l’égard des fondions morhj-
fiques , telles que la fievre ^ les dou¬
leurs 5 les convulfibns , la paralyfie , les
évacuations de différente efpeçe , qui
dépendent du mouvement mufculaire
des vifçeres, elles ne peuvent, iamais
s’exercer fans le concours des forces
qui font propres aux animaux. D’oîi
il fuit que- les forces inhérentes aux
animaux & aux végétaux , ou féparé*
ment, QU plus fouvent même par leur
çombinaifon , font toujours les princi¬
pes de toutes les maladies. Les forces
propres aux animaux font dirigées par
un principe intelligent , celles qui
font communes aux végétaux n’agiffent
que par une nécelîité mécanique; Si
un homme , par exemple , eft attaque
de la fievre pour s’être expofé au froid,
il eft évident qu’on doit attribuer à des
principes purement mécaniques , com¬
me on les appelle, la condenfatioft ,^
Pré'liminaïre. 291
îa peau , la contradion des vaifleaux ,
& ce qui s’enfuit , favoir la pâleur , la
fraîcheur , la fécherelTe & la rudeffe de
la peau , la roideur des doigts , la dif¬
ficulté de fe mouvoir , la coagulation ,
la vifcofîté & la réfiftance du fang ; ce
qui ne feroit pas différent fi la maladie
étoit caufée par un poifon avalé.
302. A l’égard du fentiment du froid,
du friffonnement, des foubrefauts fpaf-
modiques des membres , de l’augmen¬
tation des forces du cœur, & de ce
qui en dépend, la force & la fréquence
du pouls, la fievre, la chaleur, on doit
les attribuer aux forces animales , &
l’on ne fe tromperoit guere fi l’on di-
foit que prefque toutes les maladies
font produites par le concours des for¬
ces de l’une & l’autre efpece , mais
que ce font les forces inanimées qui
fourniffent la matière morbifique , &
que ce font les forces animales qui la
combattent & cherchent à la détruire ;
par où l’on peut comprendre ce qu’ont
dit les Anciens : Qu& la maladie, ejl un
combat de la nature avec la matière mor¬
bifique. Par exemple , dans le cas où
un homme a avalé un poifon cauftique,
-on doit attribuer les fymptomes fui-
Discours
vans , tels que la douleur du ventricu- '
le , la chaleur brûlante qu’on yfent, à
la matière morbifique ; les autres tels
que la falivation abondante , la cardial-
gie-, qui marquent la contraâion du
ventricule , tes naufées, le vomiffement
(dans lequel on rend le poifon avec le
fuc gaftrique , font des efforts que I3
nature fait pour mitiger le poifon , ou
pour le chaffer hors du corps. On voit
donc qu’eu égard à la caufe , il y a des
fymptomes qu’on doit attribuer à la
mature morbifique^ & d’autres qu’on
doit attribuer à la nature, & ce font
çes deux fortes de fymptomes réunis
qui conftituent la maladie.
303. 11 s’enfuit donc que le principe
des fymptoines eff une force quelcon¬
que qui change l’état de l’homme & le
détériore ; ou bien , une force qui chan¬
ge les fondions &: les qualités faines
en d’autres ; car il ne peut y avoir de
changement fans une force motrice ou
réfiftante , parce que tout changement
eft une aélion , & que toute aftion eft
l’effet de quelque force.
304. Dans quelque m.aîadie que ce.
puiffe être , il faut diftinguer avec foin
les çhofes qui fqnt vifibles j ou qui tom«
pREtl M lü AIRÈ.
bent fous les fens du malade Sc du Mé¬
decin, de ceËes qu’on ne voit point,
& qu’on rie peut connoître que paf
conjeâure ou par raifonnement ; les
premières font des fymptomts , les fe-*
tondes les principes internes des fymp-
tomes, qui les font concevoir comme
poflibles. Dans la Péripneumonie, paf
exemple , tout changement vifible dans
les fondions , comme la toux , la fiè¬
vre , la douleur , les crachats fanglans ^
la fueur, l’inquiétude , &c. & dans les
qualités , comme la chaleur, la rougeur,
la moiteur de la peau, &c. font des
fymptomes ; mais toute adion interne ,
comme la pulfation des arteres , la corn
tradion 'du poumon , ou fa dilatation,
l’affluence du fang dans ce vifcere , celle
du fluide nerveux , de même que tout
changement dans la difpofition des flui¬
des & des folides , comme la vifcofité,
l’acrimonie des fluides , la tenfion , le
déchirement des folides , &c. font le
principe interne des fymptomes de la
Péripneumonie.
Parmi ces principes & ces caufes,
il y en a qui nuifent abfolument au
corps , comme l’adion du poifon , un
chyle vifqueux , âcre , une bleflfure ,
N iij
194 Discours
une preffion externe en un mot les
obftacles & tout ce qui irrite ; & je
les appelle nuijîbks , pour les diftin-
guer des efforts de la nature & de la
liberté 5 qui produifent , à la vérité , un
grand nombre de fympîomes critiques,
mais qui font des principes utiles des
maladies , finon par l’événement ^ du
moins par le but auquel la nature les
«dirige. C’efl ainfi que le poifon eil: le
principe & la caufe nuifible du vomif-
îement ; la eontraclion du ventricule
pour le rendre , efl auffi le principe
du même vomiffement , mais un prin¬
cipe utile' & falutaire,
305. Les principes externes des ma¬
ladies font les forces des corps, de'
quelque efpece qu’ils puiffeat être,
qui par leur preffion ou leur affion
peuvent changer les qualités & les
fonêlions du corps, & lui cauferune
maladie. De ce nombre font l’air, le
feu , l’eau, les animaux , les foffiles,
les végétaux appliqués extérieurementj
ou qui s’arrêtent dans les premières
voies; car les premières voies, com¬
me l’obfervePi/cûim, font cenfées être
hors du corps ; on appelle corps étran¬
gers tout ce qui y entre de dehors ,
Préliminaire; 195
comme les vers , les alimens , & on
ne les met point au nombre des par¬
ues du corps*
306* Il y a des maladies violentes ^
il y en a de légères. On juge de la
violence de la maladie par la gravité ,
i’intenfité , le nombre j l’extenfion &
la durée des fymptomes*
307. On juge de la gravité des fymp-
tomes, toutes chofes d’ailleurs égales ^
par l’ufage ou la néceffité des organes
dont ces fymptomes annoncent les
fondions altérées* Ainfi la palpitation ,
la fyncope , qui annoncent la léfion du
mouvement du coeur , font des fynip-
tomes plus graves que le boitement ,
qui indique la léfion du mouvement de
la jambe, parce que le mouvement du
cœur efl: plus néceffaire à la vie que
celui de la jambe. Plus les fondions
qui dépendent du bon état d’un or¬
gane font nombreufes , plus la léfion
de cet organe eft grave.
308. On juge de l’intenfité- d’un
fymptome par fes degrés ; ainfi , un
homme qui refpire deux ou trois fois
plus fouvent qu’un autre , a une dyfp*
nee deux ou trois fois plus intenfe ; celui
qui remue fon corps deux fois plus
N iv
Discours,
lentement qu’un autre , eft deux feà
plus foible que lui.
309. Plus le nombre des fymptonies
ell grand, toutes chofes étant d’ailleurs
égales , plus la maladie eft grande ,
foit que les organes alFecfés foienî les
mêmes, foit qu’ils foie nt différens. Par
exemple , dans une maladie aiguë, û le
délire , la convulfion , la difficulté de
refpirer , les naufées , la fievre font
compliquées enfemble , la maladie edi
plus grande que fi elle n’étoit accom¬
pagnée <pie de Tun ou de Fauîre de
ces fymptomes.
310. On juge de Textenfion des
fymptomes de même efpeee par le
nombre & l’étendue des parties qu’ils
affedent. Par exemple, la gale qui af
fede toute la fuperficie de la peau,
l’immobilité de tous les membres, ren¬
dent la maladie plus grande , que s’il
n’y en avoit qu’une partie d’affedée^
3 1 1 . Enfin , la durée ou l’opiniâtreté
des fymptomes d’une maladie, eft, tou¬
tes chofes d’ailleurs égales , la mefure
de fa grandeur ; ainfi , plus la diarrhée
dure , plus cette maladie efl: grande.
312. Toute maladie efl: une imper-
fedion , & par conféquent un mal ;
1
^RttlMINAlRE. 197
îîiais la perception intuitive de quelque
mal que ce puiffe être , afflige le prin¬
cipe intelligent qui en a connoiffanee 5
d’où il fuit que toute maladie efl: ac¬
compagnée de trifteffe ou d’inquiétu¬
de , d’où vient qu’on appelle la ma-
die en Latin ægritudo (*) ou œgrimonia»
On remarquera cependant que dans les
maladies foporeufes , & qui privent de
l’ufage de la raifon , on ne s’apperçoit
pas toujours de la trifteffe du malade.
313. L’homme a une averfion natu*
relie pour le mal, en tant qu’illuipa-
roît tel ; & de là vient que fout ma¬
lade hait la maladie , ou , ce qui revient
au même , délire la fanté , tant qu’il a
l’efprit fain , & qu’il compte la fanté
au rang des biens.
314. Mais la perception du' malÿ
quoique conftife , fuffit pour détermi¬
ner les facultés motrices à le chaffer
& à le combattre de toutes leurs for-
(*) Le mal-krt {agriludo des Latins) eft un état
âe vie . imparfait J ou une imperfeUion dans le con-
eours de toutes les fondions & de toutes les qua¬
lités qui tendent à prolonger la vie : on peut diflinguec
deux efpeces de mal-être ; l’une matétielle , qui n’eff
autre qu’un via des fluides & des folides, lequel eft
«U vifible ou caché , confidérahle op léger j & l’autre
formelle . qui eft la maladie , ou le coneours de plu-
fieats fymptomes confldérables.
N V
£90 D ï s c O ü R s
ce , parce qu’elles confpirent avec la
ûruûure des parties à la confervation
du tout (113) : comme donc l’état des
parties peut être amélioré par la liber¬
té , lorfqu?il eft queftion. de maladies
externes, & par la nature , & les ma¬
ladies font internes , d s’enfuit que
dans tout changement morbifique , la
liberté & la nature doivent s’ünir con¬
tre les principes internes des maladies y
pour Corriger ou' ehaffer la matière
morbifique.
315. La liberté & la nature tra»
' vaillent de concert à nous redonner
k fanté , lorfque nous fommes mala¬
des ; mais la matière morbifique &
les autres principes des maladies ne
concourent pas avec elle , & c’efi: ce
concours imparfait d’aôions & dfinf-
trumens qui conftitue la maladie (12.6)
& qui. la diftingue de la fanté. Il ne
répugne donc point à la bonté & à la
providence de Dieu, qu’il y ait en nous
un principe d’aûions qui produife les
maladies , ou que ce même principe
ne ceffe point de combattre les caufes
& les matières morbifiques de ces mê¬
mes maladies , & veille à la conferva-
tion de la fanté, de même qu’à leur
Préliminaire. 299
guérifon. Wolf monve fort au long dans
la Théologie naturelle^ que le malphy-
fique peut exifter , fans que cela répu¬
gne à la bonté & à la fageffe de Dieu.
316. Comme les forces de l’homme
font limitées (130), il faut néceffai-
rement qu’elles foient dans un rapport
quelconque avec celles de la matière
morbifique. Si elles font égales , la mort
n’eft pas loin. Si les forces de la ma¬
tière morbifique font moindres que cel¬
les de la nature , le danger eft moindre
à proportion que ces premières forces
font moindres que les fécondés.
3 17. Dans l’état de fanté les forces
naturelles ont un certain rapport avejc
les forces vitales , & toutes deux avec
les forces animales. Pirc^zir/z. Ehm, Med,
i/2. 11 y a auffi une certaine proportion,
entre les facultés qui font les principes
de ces forces. Par exemple , on fait que
dans les enfans les forces du cœur font
moindres que celles de tous les muf-
cles, enfemble , dans le rapport à peu
près de la m.afle du cœur à celles des
autres mufcles , & qu’à proportion que
les forces du cœur augmentent dans
les adultes , celles des membres aug-
ûientent auffi, & qu’à proportion qu’el-
N vj
300 Discours
les diminuent dans les vieillards , celles
des membres diminuent pareillement-
& il en eft de même des forces des
autres organes.
318. Comme la puiffance motrice ^
qui eft comme le réfervoir de toutes
les forces,, fe diûribue dans toutes les
parties , par exemple , dans le cœur,,
la poitrine, les membres que dans
l’état de fanté elle demeure la même-
pendant quelques années , à une heure
déterminée du jour , ;ainfi. que l’expé¬
rience nous l’apprend , il faut néceffai-
rement qu’il fe faffe tous les jours une
préparation de forces égale à la^ perte
qui s’en fait , qu’on les répare même
avec avantage lorfqu’bn avance vers
Padolefcenee j & que dans un âge avan-
cé ils’èn répare une moindre quantité ,
vu que les vieillards font moins forts
que des adultes.,
319 . L’expérience nous apprend en¬
core que les forces aâueiles ordinmts^
qui fe diflîpent & fe réparent journel¬
lement dans rétat de fanté, font diffé¬
rentes des forces aâueiîes extraordinai^
res qui fe déploient lorfqu’il en eft be-
foin dans les exercices & dans les paf-
fions violentes j & qu’à proportion que
F R Éi ï M I N A I s % 5^1
les forces aûuelies augmentent , la fa¬
culté qui les exerce s’afFoMt.
320. Plus la quantité de forces qus
fe diftribue dans certains organes ex-i
cede celle qui fuffit dans Tétât de fanté^
moins il en refle à la fource qui les
fournit , ou, ce qui revient au même ^
plus la faculté motrice eft proche è&
fuccomber.
321. La vie efo la coexiftence des-
aftions du cœur & de la poitrine avec
celle de Tame (1^5)^ mais comme la
force venant à cefîer , Tadion celTe g,.
^ qiTelIe diminue à proportion que la
force diminue ; il s’enfuit que plus la
faculté qui efl le réfervoir des forces
s affoiWit , & plus toutes les adions ea
général , & par conféquent les vitales;
font près de leur fin , ou ce qui ell le
même , plus la mort efi: prochaine.
322. L’épuifement de la foeulté mov
trice eft le plus grand de tous les maux
phyfiques, ^ celui par conféquent que
h nature doit prévenir avec le plus de
foin ; & comme les caufes morbifiques
contraires à Tintégrité , à la circulation ,
à la fécrétîon du fluide nerveux ne peu¬
vent exifier que I3 mort ne foit pro-
clfâine , qu’elle ne peut être détour-
302. Discours
née ni différée qu’aux dépens des for¬
ces vitales, qui peuvent feules corriger
ou détruire ces caufes morbifiques ; il
s’enfuit , foit que la nature fe repofe ou
agiffe, que lorfqu’il 'fe forme des ob-
flrudions dans les parties nobles , qui
ne peuvent être levées que par des
forces confidérables , l’animal eft en
danger de perdre la vie.
323. L’ame gouverne véritablement
le corps , ôc elle a dans la liberté &
la nature deux facultés capables de
choifir parmi ce grand nombre de mou-
vemens poflibîes que le corps peut
exercer en conféquence de fa firuéhi-
re , ceux qu’elle juge les plus utiles.
C’efl; ainfi que fouvent malgré nous & ,
à notre infu elle fe fert du voile du
palais pour boucher les narines pofté-
rieures , pour diriger les alimens dans
l’œfophage , l’air dans la bouche ou
dans les narines , & elle choifit parmi
cés divers mouvemens poflibîes les
plus utiles & les plus convenables aux
cir confiances. C’eft cette même faculté
qui dirige l’économie animale dans les
maladies , & qui va toujours au danr
ger le plus preffant.
, 3x4, De là vient que dans les doi»;
Préliminaire; 3C5
leurs violentes , dont la durée épuife-
roit entièrement le fiuidojnerveux , le
mouvement du cœur s’affoibHt tout à ^
coup confidérablement, & s’éteint pour
ainfi dire ÿ toutes le^s facultés font fuf-
pendues à la fois , & il furvient une
fyncope y au fortir de laquelle les ma-,
lades fe trouvent fouvent délivrés des
douleurs & des maladies dont iis étoient
atteints , tandis qu’ils amroient péri û
la douleur & les efforts qu’ils faifoient
pour l’écarter euffent duré plus long¬
temps. Car quoique la fyncope foit ua^.
mal effrayant , & qu’elle paroiffe mille
fois pire que les douleurs y cependant'
l’expérience nous apprend que cette
fufpenfion des mouvemens & des for¬
ces a été utile àplufieurs malades;
de là vient fans doute que les Anciens ,,
qui font nos maîtres dans la Médeciney
recommandent la faignée jufqu’à défail¬
lance dans plufieurs maladies , ce qui
eft un paradoxe dont j’aurai occafioa
de p^er en traitant des maladies fyn-
coptiquesv
315. Dans les engorgemens des vif*
ceresy le cœiir trouve fouvent tant de
réfiflanee , & le mouvement du fang
fe ralentit fi fort 5. que la mortferoit in;
304 ® I s c O tj R s
faillible , fi l’on ne réuniffoit toutes fes
forces pour vaincre cette réfiftance.
Par exemple , lorfque l’un ou l’autre
orifice du cœur vient à fe boucher , il
ne relie d’autre reffource que de raC-
fembler tout ce qu’on a de force dans
le cœur , & de les employer cortllain-
ment à vaincre cet obUacle ; & quoi^
que ce combat n’ait pas toujours un
heureux fuccès , & que la fuite en foit
quelquefois funelle , il ne lailTe pas d’ê¬
tre falutaire quant au but que la nature
a en vue. Il en ell alors comme d’un
homme qui ell pourfuivi l’épée dans
les reins par fon ennemi , & qui ren¬
contre fur fes pas un fofîé large & pro¬
fond. S’il a du bon fens , il doit le fran¬
chir, au rifque de fe caffer le cou, &
préférer un danger incertain à celui
dont il ne peut échapper. La raifori efr
la faculté de connoître l’enchaînement
des vérités générales ( Wolff, Ffychotr
4^^.) ; or ^ell une ehofe conforme
aux vérités connues , & par conféquent
à^la raifon, qu’il doit préférer un périî
incertain à un péril certain.
326. La faculté^ l’énergie oit la force
s’apprécient par l’intenfité de la pref-
£on qu’elle peut exercer , par la vîteffe
Prelimikairê. 505
d’iîîï point de la machine à laquelle cette
preffion efl appliquée , & par la durée
ou longueur du temps que cette pref-
fion fübfifte ; on l’appelle aufli puijfance
ebfolue. Bernoulli, Hyirodyn. p. >64,
Piufieurs lui donnent encore le nom de
force potentielle.
327. V exercice eft la dépenfe des for¬
ces qui peuvent être réparées dans l’ef-
pace d’un jour par le repoSy le fommeil
& la nourriture. Si Ton emploie plus
de forces qu’il ne peut s’en réparer dans
cet efpace de temps , cela s’appelle tra¬
yait On doit mettre au nombre des tra¬
vaux la fievre , l’afthme , la péripneu¬
monie, & de là vient qu’on dit ordi¬
nairement que les malades font travail»
Us de la fievre, de l’aflbme, &c. Lé
travail dans lequel on fe propofe une
fin , s’appelle effort. On appelle efforts
violens ceux qui fatiguent confidérabie-
ment , & qui difîipent plus de forces
qu’on n’en peut aifément réparer.
3 2,8. La mort n’eft autre chofe qu’un
épuifement total de la puifl’ance motri¬
ce. Or plus le travail eft grand , & plus
tôt ces forces font épuifées , & plus
tôt par conféquent les aftions cefTent,
& l’on a raifon de dire que ce qui eft
%q6 Discours
violent ne fauroit durer long - temps;
329. La dificulté du travail ell en
raifon direâe de la réMance de robf»
tacle , & en raifon inverfe de la puif-
fance motrice ; ou , ce qui revient au
même , une chofe ell d’autant plus dif-
ficile à mouvoir , que fon mouvement
eft plus lent , la force motrice demeu¬
rant la' même ; & d’un autre coté la
maffe de l’obftacle & la réfiflance ab-
folue demeurant les mêmes , la diffi¬
culté augmente à proportion que la
puiffance motrice diminue. Par exepi-
ple , plus un fardeau eft pefant , & plus
un même nombre d’ouvriers- ont de
peine à le traîner , & un poids déter¬
miné eft traîné plus difficilement par
un feul homme , que par deux hommes
dont chacun efl: auffi robufte que le
premier.
3 30. La difficulté du travail eft pro¬
portionnée à fa longueur & à la quan¬
tité des forces qu’il exige. Par exem¬
ple, fi un morceau s’arrête dans l’œ-
îbphage , & qu’en employant les mê¬
mes forces pour l’avaler , il defcende
deux fois plus lentement , la difficulté
de la déglutition efi: deux fois plus gran¬
de ; fi les forces font triples , cette difr
ficulté eû neuf fois plus grande.
Préliminaire. 507
^31. Si les vîteffes des obflacles
produites par la preffion , font comrne
les forces , & que la vîteffe diminue à
proportion que ces forces diminuent,
& qu’elle augmente lorfqu’elles aug¬
mentent , la difEcuIté relie la merne*
Ceux-là donc fe trompent qui ne me-
fiirent la difficulté que par la lenteur
du mouvement , ou la quantité des
forces employées.
331. Si la vîteffie de l’obUacle dimi¬
nue , quoique la force augmente , la
difficulté elt d’autant plus grande , que
la force ell plus grande & la vîteffie de
l’obffiacle petite. La difficulté eft une
peine du principe intelligent , occafion-
née parla réfiftance du mobile & la foi-
bleffie refpeélive du moteur ; car à pro¬
prement parler , la difficulté n’a point
lieu dans les machines inanimées.
333. L’ouvrage eft d’autant plus fa¬
cile , que le corps fe meut avec plus
de facilité, & qu’on peut le mouvoir
plus long-temps fans fe fatiguer. En
effet , plus long-temps on peut mou¬
voir un corps fans fe fatiguer, ou fans
que la faculté en fouffre , & plus auffi
la faculté ou la puiffiance motrice de¬
meure entière ; d’un autre côté , plus
50S Ü I s C 0 Ü R s
la vîteffe de ce corps eft grande , plug
auffi fa réMance eft petite , & plus
par conféqüent il y a de facilité à le
mouvoir.
334. La joie (^alacritas^ eft cette
modification de Famé ^ par laquelle elle
connoît intuitivement la facilité avec
îaqueiie elle s’acquitte de fôn ouvra¬
ge & de fes fonâions; & la trijleffé
au contraire naît du fentiment des dif¬
ficultés qu’elle rencontre. La facilité
des fondions , la confiance & la joie
font les effets de la fanté, ôcla diffi¬
culté , la laflitude , la triftefte ceux de
la maladie fi l’on en excepte la manie
& les autres maladies qui ôtent la
raifon.
335. Dans l’état de fanté, la faculté
eft plus grande , & le travail ou l’em¬
ploi des forces plus petit que dans la
maladie.
Dans l’état de fanté toutes les fonc¬
tions s’exercent facilement , conftam-
ment & gaiement , par conféqüent fans
fatigue ; & dans le befoin on peut re¬
doubler fes forces , comme tout le
monde le fait ; au lieu que dans la ma¬
ladie on ne peut exercer que quelques-
unes de ces fondions, comme dans
Préliminaire; 30^
les maladies fibriles & foporeufes. II
y a des maladies où l’on peut exercer
certaines fondions avec une force ordi¬
naire , ou même moindre , tandis que
d’autres ne peuvent être exercées en
aucune maniéré , comme dans la paraly-
fie ; ce qui prouve que la faculté eû.
affoiblie. Dans les fîevres & les inflanr-
mations, il y a plufieurs fondions qui
s’exercent avec beaucoup de force ,
comme Iç mouvement du cœur , la res¬
piration ; mais on ne fauroit les exercer
ainfi pendant plufieurs mois. On ne les
exerce jamais qu’avec chagrin & laffi-
tude , fans compter que le mouvement
mufculaire des memJ)res efl alors ex¬
trêmement difficile; ce qui prouve qu’il
fe fait une plus grande diffipation des
forces , & que la faculté en fouffre.
336. La maladie efl d’autant plus
dangereufe , que les forces de la caufe
nuifible font plus grandes , la faculté na¬
turelle petite & fes efforts plus grands.
On efl; dans un danger extrême , lorf-
que les forces de la caufe nuifible & la
feculté approchent de l’équilibre , ou fi
la derniere efi furmontée par les pre¬
mières. Or, plus la faculté naturelle efl
foibie ôc fait un plus grand emploi d^
jiQ Discours
fes forces , plus elle a de facilité à fe
mettre en équilibre avec la force de la
caufe nuifible -, ou à être furmontée par
elle , ce qui rend la mort d’autant plus
polEble, & par conféquent (191) cet
état d’autant piuî dangereux.
337. La maladie eft d’autant plus
courte, que la force de la matière mor¬
bifique , ou de la caufe nuifible efi plus
petite, & la faculté de même que fes
efforts plus grands , & pour lors la fanté
n’efl: pas éloignée ; elle efi; également
d’autant plus courte que la force de la
matière morbifique efi; plus grande , &:
la faculté & fes efforts plus petits , &
dans ce cas la mort efi prochaine.
338. On juge que les maladies font
aigues par leur brièveté & par le dan¬
ger dont elles font accompagnées , ou ,
ce qui revient au même , par leur vio¬
lence & leur intenfité (308) ; car plus
la maladie efi; violente & intenfe (307,
.308) , plus aufîi la matière morbifique
a de force, & plus par conféquent la
faculté en emploie ; mais comme la fa¬
culté efi; limitée (316), & qu’elle s’é-
puife d’autant plus promptement qu’elle
emploie plus de forces , elle entre plu¬
tôt en équilibre avec les forces de la
Préliminaire. 311
caufe nuifible , & c’eft ce qui rend ces
maladies courtes & dangereufes.
339, Plus il faut de force pour fur-
monter la caufe nuifibîe , & plus fou
effet apparent efl: petit , plus auSi
le danger eff gfand. Lorfqu’on lie les
deux arteres iliaques d’un chien , l’ani¬
mal fe débat avec plus de force , que
lorfqu’on n’en lie qu’une feule ; mais
dans le premier cas;, le mouvement
du cœur .& des arteres , la refpiration
& le pouls , quoique plus fréquens ,
s’épuifentaufli tôt , & s’affoibliffentplus
promptement que dans le fécond, parce
que quoique dans l’un & l’autre cas les
forces & les efforts augmentent pouf
lever cet obftaçie , elles augmentent
encore davantage dans le cas où le
danger eft plus grand , & la réfiftance
plus forte ; & c’efl; ce qui fait que la
faculté s’épuife plus promptement ,
que la force vitale diminue plus vite ,
^ fes effets fenfi|?les , tels que, la force
du pouls & de la refpiration diminuent
avec elle. ■
340. On peut démontrer ce que je
viens de dire , d’une autre façon : la
perte que les forces fouffrent par le
èottement , augmente en raifon doui;
1
3îi D 1 s c O U R S
fciée de la vîteffe des fluides qu’elles
mettent en mouvemens ; de forte
qu’une force quadruple ne peut don¬
ner au fluide une vîtefle double de
celle que lui communique une force
fiiiiple , une vîtefle un peu moindre
que double ; d’où il fuit que les grandes
&rces perdent plus que les petites.
Mais les forces perdues par les frotte-
mens, ne peuvent produire des effets
fenfibles dans le pouls &; la refpiration ;
donc la quantité des effets fenfibles
croît en moindre raifonque les forces.
Ainfi , dans ceux qui font à l’agonie ,
quoique les efforts internes foient très-
^iolens, comme cela paroît par l’in-
lenfiîé de la chaleur interne , le pouls
ne laiflie pas que d’être foible & mou ,
f»arce qu’une grande partie des forces
fe perd entre le cœur & les gros vaif-
féaux , & qu’il n’y en a qu’une petite
partie qui fe communique aux petites
arteres , où elle peut fe faire fentir
par le taâ:.
341. Si l’exercice des fondions de¬
vient difficile & pénible , il y a ma¬
ladie ; car les fondions s’exercent diffi¬
cilement & avec peine , ou parce que
laxéfiffance des-organçs ou des^ fluides
dont
Préliminaire. 313
<iont elles dépendent augmente ,(319)
ou parce que la faculté employée à les
exercer diminue. La réfîftance ne peut
augmenter que les fondions ne foient
plus, rares ou plus tardives (330) qu’à
l’ordinaire; d’oîi il arrive qu’elles di¬
minuent ou qu’elles ceffenî , à moins
que les forces n’augmentent; & de
cette augmentation de forces, fuivent
la fatigue , la laffitude & l’infirmité,
appellée par les Grecs arrofiia^ qui ell
un mot fynonyme à celui de (zgritudo ^
maladie. Que fi la faculté diminue, c’efl:
comme fi la réfiftance augmentoit; car
fi la force d’un homme diminue de
moitié , il ne lèvera le même fardeau
qu’avec deux fois plus de peine. A
quoi l’on peut ajouter que toutes les
fois que les fondions fe font avec
peine , i’ame s’en reflent & en efi:
affeaée d’urfe maniéré ingrate , ce qui
conftitue le mal ; d’où il fuit que la
maladie n’eft autre chofe qu’un exer¬
cice pénible des fondions.
342. Toutes les fois qu’un organe
efi affedé , il faut néceflairement que
les forces de cet organe , de même que
celles de ceux qui agiflènt fur lui ou qui
le fécondent , ou fans lefquels l’organe
Tom& /, O
314 Discours
léfé ne peut agir , à caufe de la ftruc-
ture des parties , augmentent , & que
les forces des autres diminuent.
La durée de la vie dépendant du
i>lns ou moins de forces qui fe trou-
Tent dans l’animal, (32.1) il s’enfuit
qu’on doit les ménager, puifqu’on ne
•peut les prodiguer fans que la faculté
«n fouffre. Or celle-ci ne peut fatif-
faire à l’indication que fournit la ma¬
ladie , corriger ni chaffer la matière
fluifible qui a établi fon fiege dans un
"vifcere déterminé , qu’elle ne faffe
ufage de fes forces , vu qu’il n’y a
point de changement fans elles , ni par
'Conféquent de correâion & d’éxpul-
-fion.- Si donc les forces des vifceres
qui n’appartiennent point à celui qui
efl: léfé , relient les mêmes ou viennent
à augmenter , la faculté s’épuife : mais
elle fatisfait à tout , en augmentant les
forces là oii elles font utiles, & en
les fupprimant où elles font fupef-
flues. Par exemple , s’il fe forme un
obftacle dans l’artere pulmonaire , qui
empêche la circulation du fang, il ne
peut être détruit , corrigé & furmontê,
que la force du cœur & des arteres
îî’augmente , ne redouble , ou que -le
P R ÉX I -M I N A I RE. 3
poumon ne fe contraûe alternative¬
ment & avec force. La première aâion,
produira les fymptomes de la palpita¬
tion, & la fécondé ceux de la fuffo-
cation. Pour lors', le danger de la
mort devenant plus preflant , les for¬
ces des membres diminuent , &: çe
feroit inutilement & avec danger que
le malade les emploieroit à fe pro¬
mener , par exemple , vu qu’elles lui
font néceflaires pour prolonger fa vie
& éloigner la mort; & de là vient que
dans ce temps-là , le malade ne peut
faire ufage de fes membres.
343. Mais la ftruâure du cœur 6c
de la poitrine eft telle , que ni l’une ni
l’autre ne peuvent fe contraâer qu’en fe
dilatant alternativement , & le ventri¬
cule droit du cœur ne fauroit envoyer
le fang avec plus de force dans l’artere
pulmonaire , que le gauche ne le pouffe
aufli avec une force plus grapde dans
l’artere ; de forte qu’il eft néçeffaire
que l’infpiration & l’expiration aug¬
mentent, que le fang fe porte en plus
grande quantité dans les arteres qui
partent de l’aorte , & par conféquent
que le pouls devienne fort & fréquent;
que: la: chaleur , la tenfion , la rougeur ,
1
p6 Discours
la foif & les autres fymptomes s’en-
fuivent , parce que les impreffions de
la puilïance motrice, n’agiffent fur la
machine que dépendamment de fa
flrudure.
3 44. On apperçoit des exemples de
cette économie de forces dans toutes
les maladies. Dans la fîevre , par exem«
pie , les forces du cœur & des arteres
augmentent confidérablement , mais
en même temps les forces de reftomac,
des membres , de l’imagination , dimi¬
nuent , de même que l’attention pour
les affaires morales , & les délirs amou¬
reux fe ralentiffent. Dans les maladies
foporeufes , il fe fait un engorgement
dans le cerveau ou le cervelet , les
efforts du cerveau & des méningés
augmentent; & comme ces efforts
dépendent des forces du cœur , ces
forces redoublent , ainfi que nous le
voyons dans l’apoplexie , tandis que
les autres membres & les autres or¬
ganes des fens font privés' du fluide
nerveux.
345. Dans les maladies chroniques
les vices font au cominencement peu
confidérables ; ils n’attaquent que des
parties moins noMes, bu ils ne ral^nr
Préliminaire. 317
tlflent que très-peu les fondions. S’il
furvient , par exemple , un engorge¬
ment dans quelques vaiffeaux lympha¬
tiques du méfentere , comme l’artere
méfentérique fupérieure ne reçoit
qu’environ la feizieme partie du fang
qui fe porte dans l’aorte , & qu’il y
a à peine la centième partie de ce
feizieme qui fe porte dans les arteres
lymphatiques qui en fortent ; quand
même on fuppoferoit toutes ces petites
artérioles lymphatiques obftruées, la
réfillance que le cœur rencontreroit ,
ne feroit que la I6oo^ partie de celle
qu’il trouveroit li l’aorte étoit obflruée,
& par confëquent , en fuppofant la
dixième partie de ces vaiffeaux obftruée,
comme il arrive lorfqu’il y a trois ou
quatre glandes du méfentere qui le
font, le danger qui en réfulte n’eft que
la 16000®. partie de celui qu’il y au-
roit li l’aorte étoit obftruée , de forte
qu’on ne doit pas s’étonner qu’il n’en
réfulte que des efforts légers & im¬
perceptibles. Lors , au contraire , que
la moitié de la glotte eft bouchée ,
alors , comme il n’y entre que la moitié
de l’air qui devroit y entrer , & que
l’homme ne peut vivre fans refpirer ,
O iij
318 Discours
îé danger devient très-grand, & les
elForts augmentent par conféquent à
un point fort confidérable , ou , ce qui
eft le même , il furvient une maladie
aiguë.
346. Dans les maladies chroniques
qui ne font point invétérées , les ma¬
lades ne relient point alités , & va¬
quent volontairement à leurs fondions
morales, les ouvriers à leurs ouvrages,
les gens de Lettres à leur étude , quoi-
qu’avec moins d’ardeur, parce qu’il
ne faut que peu de forces pour chaf-
fer la caule morbifique , •& qu’il feroit
inutile d’en employer davantage. Si
nous fuppofons donc dans ce cas qu’on
foit agité par des befoins plus preflans,
tels que celui de chercher à vivre , ou
de foutenir fa réputation ; on doit
naturellement travailler à ce qui prelTe
le plus. Dans les maladies aiguës , au
contraire , il faut beaucoup plus de
force pour détruire le vice , & de-là
vient que les malades ne peuvent agir
ni vaquer à leurs affaires, fe promener,
jouir, &c.
347. Lorfque l’homme eft en fanté,
les forces qu’il diftipe chaque jour , ne
font qu’une petite partie de toute la
P R É L I M l'N A ï R É. $
ikcuké, ou, comme on dit, de forces
potentielles. Il n’en eft pas de même
dans les maladies aiguës; la faculté
perd chaque jour d’autant plus de for¬
ces , que la' maladie eft plus grave &
plus avancée , ou plus près de fa crife»
348. La maladie eft moins dange-
reufe lorfqu’elle commence , que lorf-
qu’elle efl dans fa rigueur , parce que
la faculté eft alors dans toute fa force,'
& qu’elle diminue journellement juf-
qu’à ce que la caufe nuifible ait été
détruite ou corrigée , & que la nature
foit en état de réparer fes forces par
le repos , le fonameil & une nourri¬
ture, plus abondante.
349, La caufe morbifique ayant été
furmontée , la nature viâorieufe fe
repofe , & diftribue peu à peu les
forces & le fluide nerveux dans la
machine , comme elle avoit coutume
de le faire. Dans les fébricitans, par
exemple , qui approchent de leur co;z-
vakfcsnce pouls qui auparavant étoit
plein , tendu , vite , fréquent-& très-
fort , devient rare , mou , petit , les
forces des membres augmentent , de
maniéré que le malade peut fe mettre
fur fon féant, dormir du côté qu’il
O iv
310 Discours
veut , & enfiiite fe lever , fe prome¬
ner , vaquer à fes études & à fes af¬
faires , prendre une nourriture folide ,
&c.
3 50. Un certain état de forces une
fois rétabli , l’appétit reprenant fa vi¬
gueur , & l’exercice devenant plus fa¬
cile, la faculté qui jufqu’alors avoit
été alFoiblie, recouvre peu à peu fon
énerve , & la fanté fuccede à la con-
valefcénce. Mais quoique la maladie
principale ait ceffé , il -relie un fymp-
tome individuel, favoir , la foiblelTe,
qui cefîe enfin à l’aide du fommeil,
du repos , de l’exercice & de la nour¬
riture.
La dodrine des forces , cette doc¬
trine fl néce flaire pour régler la diete,
pour prefcrire les remedes, lors fur-
tout qu’ils font violens, & pour ac¬
quérir la théorie des maladies , efl tel¬
lement importante dans la Médecine,
qu’il efl: étonnant qu’on n’ait point
encore donné des réglés là-defliis , vu
que la Mécanique, dont les Médecins
font aujourd’hui tant de cas , en four¬
nit une infinité. J’ai rapporté les prin¬
cipales , mais je crains bien que les jeu¬
nes Médecins ne les négligent comme
Préliminaire. 311
trop obfcures , & que les Gécmetres
ne les méprifent comme trop éviden¬
tes & trop palpables.
Clef des Clajfes,
351. La maladie eft un concours de
fymptomes notables ■ liés les uns avec
les autres.
Les lymptomes les plus évidens ôc
les plus conftans marchent à la tête,
fe manifeftent les premiers , & confti-
tuent le caraftere effentiel de la ma¬
ladie , ce qui leur a fait donner le nom
de Pathognomoniques , ou de Carac-
tériftiques.
Il y a trois fortes de lignes caraâérif»
tiques, & ils confiftent dans les fonc¬
tions , les excrétions & les qualités.
Si le pouls eft fréquent
ou fort refpeftivement aux
autres membres, ou fi ceux-
ci font foibles , fans qu’on
puiffe en accufer le font- Fieyns
nieil , ou la diminution du
fentiment , & que ie pouls
cependant foit fort , il y a
fievre.
3 IX Discours
Si la fievre eft pour l’or¬
dinaire violente, & accom- C
pagnée de douleur & d’une \
forte chaleur , & que J „
fang qui eft dans la palette tions \ “
foit couvert d’une croûte J
blanchâtre, c’eft une in- C Pare:
flammation. ,
Si leî rnuicles fournis à
la volonté de l’homme , fe
contraftent malgré lui plus
fortement qu’on n’a lieu de
l’attendre de fes forces & _ ,
des circonftances , & que *•*’*•'"
ceux qui ne font point fou¬
rnis à la volonté , fouffrent
des eontraftions plus vio¬
lentes qu’à l’ordinaire, c’eft
un/p./m..
Si la faculté de mouvoir
les parties foumifes à la
volonté , de même que la
faculté de fentir dans les Dignités
organes, s’éteignent enfem-
blè ou féparément , c’eft
une paralyfii, on débilité.
Dyfæflîiefiés.
Anepîthynûes.
Dyfciaefies-
Lipopfyclâes.
Lorfque le principal
fymptome eft une fenfa-
tion incommode , comme
celle que caufe la piqûre
d’une aiguille & le déchi-
renient, c’eft une douleur.
Si le principal fymptome
confifte dans une refpira-
tion fréquente & difficile ,
«’eft un effoiifiemenî.
Préliminaire. 323
Loifque le principal
^mptome eft une dépra-
. vaiion du jugement , de
rimagination ,'de la vo¬
lonté ou du défit , c’eft
la folis , que les Latins
appellent vefania , parce
que ces fondions ne font
point faines.
^ Délires.
^ Caprices.'
Si les fluides qui ne doi- '
vent pas fortir s’échappent,
ou fi ceux même qui doi¬
vent fortir, s’écoulent plus
fréquemment & en plus
grande quantité qu’à l’or¬
dinaire , ou different de
•ce qu’ils font dans l’état de
fanté , c’eft une évacuation
ou un fiux.
Si le principal fyniptome
confifte dans le change¬
ment de la qualité ( 136 )
eu égard au volume , à la
fuperficie , à la couleur ,
c’eft une cachexie.
Cachexies
Maigreurs.'
Tumeurs.
Hydropifies.'
Excrpiffances,'
Afpérités.
Décolorations.' ’
J’ai donné dans ma Pathologie l’hif-
toire des vices, ou des maladies patho¬
logiques , qui ne font autre chofe que
les élémens des maladies proprement
dites. Telles font les ulcérés , les plaies,
les fradures , les luxations fies tumeurs,
les excroiffances, les taches, &c. dont
les Chirurgiens traitent fort au long.
A l’égard des principes internes des
O vj
'5^4 Discours
maladies , tels que les vers , le calcul
les fluides épanchés, je ne lés mets
point au rang des maladies.
Méthode
Pour reconnoitre les maladies^
Comme les meilleurs de tous les
Agnes font ceux que le malade porte
avec foi , ou qui font intrinfeques à
la maladie , c’eft dans cette fource fur-
tout qu’on doit puifer les Agnes des ma¬
ladies. Elle comprend les prîncipefs des
maladies, comme la caufe , l’occafion,
le fiege, la matière, &c. en tant qu’elles
font cachées dans le corps du malade ,
' ou les phénomènes, ou les fymptomes
vifibles au malade ou au Médecin;, d’oîi
il fuit que ce n’efl: point par les prin¬
cipes, mais par les fymptomes qu’on
doit fixer les caraâeres des maladies.
Ceux qui font extrinfequeS à la ma¬
ladie , tels que la région , la faifon ,
l’air , la nourriture & la boilTon , les
chofes appliquées extérieurement, &c.
peuvent à la vérité fournir des fignes
de la maladie ; mais ils ne font ni effen-
tiels ni pathognomoniques , quoique
Préliminaire. 325
cependant on ne doive point les né¬
gliger.
Un Médecin qui veut parvenir à
connoître les fignes intrinfeques , doit
fe former une idée diftinâe & nette
des caraderes de toutes les clafles. U
ne lui fuffit pas de connoître les fignes
de quelque fymptome particulier ; par
exemple, de la fievre, il faut qu’il con-
noiffe encore les fignes de ces fignes;
par exemple , ce que c’efi que la cha¬
leur, fes degrés , & les différens effets
qu’ils produifent , le degré moyen de
chaleur qui eft propre à chaque âge
& à chaque tempérament , ce que
c’efl: que le pouls , quelle fréquence
il a naturellement dans tel âge & te!
tempérament , toutes chofes qu’on
acquiert par l’étude de la Phyfiologie
hiftorique & philofophique.
Comme il n’efi quefiion que des
maladies proprement dites , ou qui
font regardées comme telles dans la
pratique , il ne faut point les con¬
fondre avec les vices fimples & de
peu d’importance , telles que les taches
naurelles , les verrues , les petites
plaies , que l’on met mal à propos au
nombre des maladies dans la Patho-
3i6 Discours
logie, & que je mets feulement au
rang des principes ou des élémens des
maladies lorfqu’ils font internes ; 6c
qui , lorfqu’ils ne font qu’externes ,
doivent être regardés comme des fymp-
tomes fimples & peu confidérables,
à moins que par leur combinaifon avec
d’autres plus effentiels,ils ne forment
une maladie.
Lorfqu’on connoîtra une fois les
huit combinaifons des fymptomés qui
défignent les clafles , ou les vingt-fept
ordres dans lefquels ces claffes font
fous-divifées , il faut examiner atten¬
tivement quels font les principaux
fymptomés dont le malade fe plaint;
car il fuffit qu’ils foient conftans &
qu’ils perféverent , pour conflituer le
caractère de la maladie.
Entre les fymptomés , les uns font
communs aux m.aladies aiguës , & les
autres aux maladies chroniques , de
-forte qu’ils défignent plufieurs claffes,
c’efl: pourquoi il ne faut point s’y arrê¬
ter, mais paffer plus avant. Par exem¬
ple , la laflitude fpontanée , la caco-
fitie , la trifieffe, la débilité ,-1’averfion
pour le travail auquel on’efi; accoutumé,
le friffonnement , le firémiffement , la
Préliminaire. %vj
pefanteur de tête , annoncent indif-
tinâement des maladies fébriles, in¬
flammatoires , dolorifîques , aiguës ,
évaçuatoires ; & de là vient qu’on a
de la peine à connoître le genre de
la maladie , lorfqu’elle ne fait que com¬
mencer. Dans ce cas , on fe contente
des indications générales , & l’on pref-
crit les fecours communs à ces claffes,
que l’on appelle généraux, tels qu’une
diete légère , le repos , la faignée , les
juleps , jufqu’à ce que les fymptomes
pathognomoniques aient fait connoître
}a maladie.
11 n’y a prefque point de maladie
qu’on ne puilTe feindre , & dont la
volonté ne puiiTe exciter les fympto-
mes , lorfqu’elle le délire ardemment,
& que i’impolleur eft expert dans fon
art. Non-feulement les mëndians, félon
que l’obferve Paré, fe font paffer pour
lépreux , hydropiques & muets , &
•font accroire aux afîillans qu’ils ont
■un hydroceie , un éléphantialîs , une
defcente de matrice , de fondement,
un carcinome , des ulcérés aux jam¬
bes , &c. mais il y a des fripons
qui feignent de nouveaux genres ^
maladies par exemple , d’avoir une
•318 DlSCOÜRâ
colique occafionnée par un ferpenf
qu’ils ont dans le ventre , d’être ob-
fédés par les vampires , d’être enfor-
celés , comme l’obfervent Garidd dans
fon Hijloirc des plantes , Gajfendi & plu-
fieurs autres. Les fanatiques feignent
l’épilepfie ; d’autres , différentes efpe-
ces de convulfions ; & j’ai moi-même
connu une jeune fille , qui pour caufer
du chagrin à fa mere , feignit pendant
quinze jours une maladie dont les fymp-
tomes étoient très-férieux. Une femme
de condition voulant favoir ce que fes
amies & fes rivales penfoient d’elle ,
feignit pendant un mois d’avoir une
hémiplégie. Une fervante ne voulant
point fuivre fa maîtreffe à la campagne,
le mit une gouffe d’ail dans le fonde¬
ment, & s’attira la fievre. Il n’y a
point de maladies , de quelque efpe-
ce qu’elles foient , telles que la folie ,
les douleurs , en un mot , rien de ce
qu’on vient à bout de connoître par
le rapport des malades , que les impof-
teurs ne fâchent feindre. Une jeune
fille , pour obliger les Religieufes chez
qui elle éîoit à la renvoyer, buvoit
du fang de bœuf & le rendoit par la
bouche comme fi elle avoit eu un*
P R i L T M I N A I R E. 3 19
vomiffement de fang. Les enfans fe
font un jeu de toufler, d’éternuer,
d’avoir le hoquet & des maux de
cœur; & à moins qu’un Médecin n’ait
afléz d’adrefle pour découvrir ces for¬
tes d’impoftures, il eft fouvent expofé
à confondre les maladies feintes avec
les véritables malauies.i
Celui qui conboît à fond le con¬
cours des l’ympîomes , découvrira fans
peine l’impofture , parce que ceux qui
la mettent en ufage , réunifient des
fymptomes qui ne dépendent aucune¬
ment de la connexion des , parties. II
y réuflira beaucoup mieux, fi feignant
d’y ajouter foi , il les interroge adroi¬
tement, & leur prefcrit des opérations
douloureufes ou des remedes violens,
car ces ifnpofieurs ne voudront jamais
s’y foumettre.
Lorfqu’on connoît une fois la com-
binaifon des principaux fymptomes
qui accompagnent les maladies véri¬
tables, on fait bientôt la clalTe & j’or-
dre auquel la maladie appartient ; &
en comparant eniuite les genres de
cet ordre , on découvre bientôt fon
efpece. Par exemple , on trouve une
femme étendue par terre fans aucun
330 Discours
fîgne de fentiment ni de mouvement,
elle refpire avec ronflement, fon pouls
efl: plein & mou , & elle efl; dans une
efpece d’aflbupiflement. Un Médecin
qui connoît la clafi’e & les ordres des
maladies, recourt à la claffe cinquième;
& dans cette claffe à l’ordre des mala¬
dies comateufes ou foporeufes ; au‘
moyen de quoi, de vingt- fept ordres
de maladies , il n’en a qu’un à exa¬
miner, & il en a -vingt- fept fois moins
de peine. De plus , comme cette ma¬
ladie efl: Gomprife parmi les dix genres
de cet ordre, il doit examiner chaque
genre à part , & il connoîtra facile¬
ment par l’affoupiflement de la mala¬
de , par le ronflement & par la flexi¬
bilité de fes membres, qu’elle a une
apoplexie. Mais comme il y a diffé¬
rentes efpeces d’apoplexie, il doit voir
fi celle-ci n’efl point occafionnée par
une chute , un coup , une fradure au
crâne, par une comm-otion, par une
eacochylie capable d’occafîonner dans
le cerveau un engorgement fébrile ,
par la pléthore , &:c. Pour cet effet ,
il fera rafer la tête de la malade , &
parcourra le crâne des yeux & de Ja
main ; il examinera fa langue , fon vi-*
PRiLïMINAiRE; 331’'
fage , il interrogera les allîftans , & il
formera fur ks caufes & les principes
de la maladie , les conjectures les plus
propres à lui en faire découvrir i’ef-
pece ; ainli le genre une fois connu ^
fl chaque ordre comprend dix genres,
il ne lui refte plus que la 270'. partie
du travail; & s’il vient à bout de con--
noître i’efpece , & que l’on fuppofe
que chaque genre contient dix efpe-
ces, notre méthode lui aura fait déter¬
miner , entre 2700 efpeces de mala¬
dies, celle qu’il a actuellement fous
les yeux.
Un Médecin au contraire qui fe
fert d’une autre méthode , par exem¬
ple , de l’Anatomique ou de l’Etiologi-
que, ne découvrira jamais de lui- même
la partie affeétée , à moins qu’il n’ait
acquis une longue expérience , ou qu’il
n’ait appris par tradition à la connoître ;
car dans l’apoplexie rien ne prouve
qu’une telle partie du cerveau ou du
cervelet eft affeétée , puifque dans la
fyncope on eft privé du fentiment &c
du mouvement , fans que le cerveau
foit affefté ; à quoi l’on peut ajouter ,
Que pour favoir le nom de la maladie,
&ut auparavant favoir fi i’affeûîoii
3λ Discours
du cerveau eft primitive comme l’on
dit, ou ü elle n’efl: que fecondaire; ce
qu’on ne peut favoir que 'par un rai-
fonnément fouvent conjeâural & feux,
pnfzn , ceux qui emploient ces mé¬
thodes , ne diftinguent jarrfais les ef-
peces, & n’en fixent jamais le nom¬
bre , ce qui occafionne une nouvelle
confufion.
Je fei que la méthode que je pro-
pofe , & que j’ai prife de Sydenham,
ou plutôt de Félix Platerus , autrefois
Profeffeur & premier Médecin à Balle,
fouffre de grandes difEcultés , &; elles
confiftent à connoître l’efpece de la
maladie ; mais on doit moins les attri-*
buer à la méthode , qu’à la négligence
des Médecins , laquelle eft caufe qu’on
n’a point encore jufqu’ici des defcrip-
tions exactes & nettes de chaque ef-
pece de maladie tirée des fymptomes.
Il s’en préfente tous les jours dans la
pratique , que je crois être les mêmes
que d’autres ont déjà obfervées , &
qui cependant arrêtent ceux qui igno¬
rent leur hiftoire , leur définition *, &
la connexion de leurs fymptomes ; de
forte qu’il n’efi: pas étonnant qu’ils ne
fâchent point les guérir, Ce qu’il y a
Préliminaire. 333
encore de plus fâcheux , efl; qu’il y
a peu de Médecins qui daignent écrire
fur les efpeces que d’autres ont igno¬
rées au détriment des malades, & qui
ayent foin de faire part de leurs ob-
fervations à leurs collègues. Si ceux
qui s’attachent à obferver les maladies ,
vouloient, à l’exemple des Botaniftes,
fe communiquer mutuellement leurs
lumières , je ne doute point que la
Nofologie ne parvînt en peu de temps
au même degré de perfedion que la
Botanique.
.Jt*
J 34 Aux Amateurs
AUX AMATEURS
DE LA MÉDECINE.
J’Entrepr-eîîds un grand ouvragé,'
& je ne fais fi j’aurai affez de forces
pour l’achever. Baglivi le jugeoit fi
grand , qu’il a cru qu’il n’y avoir qu’une
Académie de Médecins qui pût s’en
charger, &; il en avoir propofé une,
dont il avoir drefle lui-même les régle-
mens & les ftatuts. L’illufire Syden¬
ham en avoir fait connoître avant lui
la néceffité & l’utilité , mais il ne s’eft
trouvé jufqu’ici perfonne qui ait ofé
s’en charger.
Je fus affez hardi il y a trente ans
pour en former le defîein ; car de quoi
n’eft-on pas capable lorfqu’on eft
jeune ? Je le communiquai au célébré
Boerhaave , qui me fit la réponfe fui-
vante ; « Je loue fort le deflein que
>» vous avez formé de ranger les ma-
ÿ» ladies par clalfes ; cet ouvrage eft
» utile , mais d’un travail immenfe ; il
P demande un grand fond de juge-
de la Médecine. 33 5
» ment , beaucoup de favoir , de pru-
» dence & d’affiduité : l’ordre que
H vous avez deflein de fuivre me plaît
M infiniment *♦. 11 finit par me fouhai-
ter affez de vie & de forces pour
l’exécuter.
Aujourd’hui que je fuis plus avancé
en âge, je fens encore mieux l’utilité
de cette entreprife , mais je la trouve
tout aufii difficile. Il s’agit de donner
la defeription de dix-huit cents efpeces
de maladies, fans compter quatre cents
variétés d’affeéfions différentes ; il faut
les défigner par leurs caraéleres, par
leurs noms , par leurs genres ; il faut
en donner une théorie courte & fue-
■cinte , & indiquer la m.éthode curative
qui leur convient ; & quel eft l’hom¬
me qui puiffe fuffire à tant d’ouvrage ?
Morton a traité un ou deux genres ,
& il a employé toutes fes forces &
■toute fa vie à ce travail. Trillier êc
Verna fe font livrés tout entiers à un
feul genre. Lind a écrit fur le feorbut ;
Afiruc fur les maladies vénériennes;
d’autres fur d’autres genres ; mais per-
fonne n’a fui vi avec méthode une
claffe entière. J’entreprends d’ébaucher
iDutes les claffesfans prétendre les çom-
\ - -
336 Ay.x Amauurs
pletter, afin qu’on fâche combien 2 y
a à faire encore dans la Médecine , èc
que ceux qui aiment leur profe filon
jfuppléent à ce qui manque pour la
rendre parfaite.
Un Médecin clinique qui veut faire
fon devoir, doit, du moins dans les
premières années de fa pratique , dé¬
crire pour fon ufage les maladies par¬
ticulières qu’il-obferve , &c les rappor¬
ter à leurs genres & à leurs efpeces. '
Pour y réuffir , il doit chercher dans
les Auteurs l’hiftoire de la maladie qu’il
traite , examiner fes caraâeres, & com¬
parer ce qu’ils en difent avec la def-
cription qu’il en a faite lui- même; ce
qui éfi: difficile , vu que de dix mala¬
dies qu’on obferve , à peine en trouve-
t-on une que les Auteurs ayent bien
décrite. 11 faut donc fuppléer à ce dé¬
faut par un nouveau travail , & tirer
d’un grand nombre d’hiftoires indivi¬
duelles de la même efpece , le carac¬
tère qui convient à l’efpece.
Pour déduire le caraâere de l’efpece
de cette multitude de relations indi-*
vidueiles de la même maladie , il faut
féparer de ces hiftoires tout ce qui a
rapport à la théorie , auflî bien qs^
ks
de. la, Midicïm, 337
îes accldens qu’occafionnent les fautes
du Médecin ou du malade , ce qui eÆ
extrêmement diiEciie, Il faut encore
pour que l’Hiflorien diftingue ces efpe-
ces des autres de même genre , qu’il
îes connoifTe ; il a donc fallu ébaucher
du moins toutes celles du même genre,
afin qu’en les comparant les unes avec
les autres, on puiffe connoître le carac¬
tère qui eft propre à chacune.
Les Médecins qui entreprennent la
cure d’une maladie qu’ils ne connoiffent '
point, qui ignorent fon iffue , fes pro- /
grès, & les changemens auxquels elle ;
efl fujette, doivent avouer avec Syden¬
ham qu’ils fe trouvent engagés parmi
des écueils au milieu des ténèbres , & ^
<jue le malade court grand rifque en¬
tre leurs mains, vu qu’il n’y a ni théorie,
ni fagacité qui puiffe faire deviner l’é¬
vénement & les progrès de la mala¬
die ; & qu’arrive-t-il de là ? On craint
fouvent un changement fubit , dont
cependant dépend la guérifon du mala¬
de ; on interrompt les effets falutaires de
la nature, on l’oblige à en faire de nou¬
veaux , qui font fouvent nuifibies , &:
l’on ne fait ni quand il faut agir , ni
quand il faut temporifer.
Tome /,
P
338 Aux Amateurs
II n’y a point de Médecin , qui , lorf-
qu’ii y va de la vie d’un pere ou d’un
fils , n’achetât de tout fon bien l’hif-
toire de ia maladie qu’il traite ; & en
effet , elle lui fert comme d’une Bouf-
fole pour diriger fa courfe fur la mer
orageufe de la pratique. Celui qui con-
noît par Thilloire d’une maladie fes
paroxyfmes , fes crifes & fes divers
changemens , fait fouvent plus en ref-
tant dans l’inadion, qu’un ignorant qui
ne ceffe d’agir, & qui n’a ni vues, ni
méthode fixe.
La nature ne connoît prefque qu’une
voie pour guérir les maladies.Par exem¬
ple , elle guérit la pefte par l’éruption
des bubons ; la petite vérole , par la
fuppuration des puftules , la fievre
tierce inflammatoire , par la diarrhée
bilieufe. 11 n’y a donc qu’un Médecin
qui connoît cette voie déterminée par
l’hiftoire de l’efpece , qui puiffe diri¬
ger fes efforts , & lui préparer une
voie qui mene à la fanté ? Mais celui
qui l’ignore , ne la fuivra que par ha-
fard; & comme entre plufieurs voies
il n’y en a qu’une de sûre , il eft vrai-
femblable qu’il en fuivra une de celles
qui font dangereufes , ou bien chan-
de. la Médecine. -339
géant de réfoiution dans cet état d’in¬
certitude , il ne fera que troubler les
efforts de la nature.
Rien n’eft donc plus important que
de pofféder à fond i’hiftoire de chaque
maladie j l’étude ni la théorie ne l’au-
roient dédommager de fon ignorance ,
& cette ignorance eff prefque tou¬
jours funefte aux malades. En effet , û
la maladie peut fe terminer de dix
maniérés également pofllbles , & qu’il
n’y en ait qu’une qui conduife à la gué-
riibn; en fuppofant que le Médecin
ne la connoît pas , le malade court au¬
tant de rifque pour fa vie , que fi fa
fanté dépendoit d’un coup de dés ,
qu’on peut amener de dix façons ,
dont neuf font pour la mort , Ôc un
feul pour la vie.
Cette confidération doit engager les
Médecins à perfectionner l’hiftoire des
maladies , fur-tout s’ils font attention
au fruit qu’ils peuvent en retirer , rela¬
tivement aux travaux des Médecins
qui les ont précédés , & aux dangers
dont elle peut les garantir. Nous avons
fur chaque maladie , non-feulement
une infinité de formules, mais, ce qui
eff encore plus effentiel , de méthodes
340 Aux Amateurs
curatives : mais il eft arrivé aux Mé¬
decins la même chofe qu’aux Botanif-
tes. Pline ^ Diofcoride & d’autres An¬
ciens , attribuent des milliers de vertus
à certaines plantes : mais à quoi cela
peut-il nous fervir , fi l’on ignore la
plante dont on raconte de fi grands
prodiges ? Les Savans ne connoifient
point' encore VAlthaa de Plin£ , ni le
Rhabârharum de Diofcoride, ni le Ne-
penthé à'Homere. La critique s’eft exer¬
cée là-defliis depuis trois cents ans,
on a écrit fur ce fujet quantité de vo¬
lumes , & malgré les travaux de Ma-
thiolc & de Dalechamp , les modernes
ont été obligés de décrire de nouveau
les plantes, de défigner leurs caraderes,
de leur afiigner des noms, afin qu’à
mefure que l’on découvrira leurs ver¬
tus , on puiffe en tranfmettre avec
certitude la connoiflance à la poftérité.
Les Médecins ne peuvent pas fe
difpenfer d’en venir à cette méthode
toute pénible qu’elle eft. Les volumes
immenfes qu’on a écrits fur les vertus
des médicamens , & dans lefquels on
nous promet des fecours afîiirés pour
la guérifon de telle ou telle maladie,
nous deviennent abfolmnent inutiles.
de la Médecine. 341
pâfCe qu’on ignore les maladies dont
on parle. On nous donne , à la vérité,
les noms des maladies & des remedes
qui leur font propres , mais on n’en
fait point la defeription , ou , fi on la
fait , c’efi: d’une maniéré fi générale ,
qu’on n’en peut tirer qu’une connoif-
fance confufe & conjefturale. .
C’efi inutilement que l’on donne
les noms des maladies , fi l’on n’a foin
de les fixer par une defeription précife
& exaâe. Cette négligence efi caufe
que nous ignorons encore quantité
de maladies , dont on trouve les noms
dans les écrits à' Hippocrate ; telles font
le typhus f le pachy^ le phrontis, Vavanté,
la phœnicie , le leuce , VkippounSy le phc~
rca ; telle efi encore la gemurfa de Pline,
& quantité d’autres ; &: du refte , la
defeription de la maladie individuelle
n’efi utile qu’autant qu’elle comprend
la définition de l’efpece. On doit donc
s’attacher , non-feulement à décrire
exadement chaque maladie indivi¬
duelle , mais encore à découvrir par
l’hiftoire des individus , le caradere de
chaque efpece.
Lorfqu’on n’a pas foin de défigner ‘
une maladie par un nom propre , on
P iij
342. Aux Amateurs ~
n’en a qu’une connoifTance oBfcure
& imparfaite. Nous ignorons prefque
les maladies (^Hippocrate a décrites ,
lorfqu’il ne leur a point donné des
noms. Connoît-on , par exemple, la
maladie des Scythes^ dont Vénus Uranie
afSîgeoit ceux qui encouroient fa haine?
Sait-on ce que c’ell: que le magni fpU-
nes , le morbus nigcr^ le morbus ruUiwfus?
Ou les connoîîroit-on mieux s’il les eût
rapportées à la mélancoKe , au fcor-
hut , au inèlæna , & à divers autres
genres auxquels il eût donné des
noms.
Les Anciens ont donné indiftincre-
ment le nom d’ophthalmie à toutes
les maladies des yeux , qui font ac¬
compagnées de douleur & de rougeur ,
& ils ont indiqué pour cette maladie
quantité de remedes qui ont tous des
vertus différentes , tels que les émoi-
liens , les déterfiff , les corrofifs , les
repercuffifs , les defficatifs ; mais on
ne connoît ni duquel de ces remedes,
ni dans quel temps il convient d’en
faire ufage ;-c’eff donc inutilement
qu’ils nous en ont fait l’énumération ,
& qu’ils fe font attachés à nous les
tranfmettre , puifque nous ne favons
de. la. Mcdlcine. 343
nî la maladie , ni le période de la ma¬
ladie où il convient de les employer.
Peut-on fe perfuader que l’eau rofe^
qui eft bonne pour l’ophîhalmie qui
rend l’œil trouble , guériffe le chemojïs^
ni que le collyre de Sloane , qui a
fait la fortune de 'fon inventeur , ait
pu guérir l’ophthalmie vérolique ? Et
auroit-on employé dans l’ophthalmie
interne des milliers de collyres , qui
n’auroient pas atteint à la rétine en¬
flammée , ou n’auroient fervi qu’à aug¬
menter l’inflammation ?
Comme on doit varier les remedes"^
félon que les efpeces varient, & qu’on
eft même fouvent obligé d’en em¬
ployer de contraires fuivant la diffé- '
rence des efpeces dans les mêmes ^
genres , il eft évident que ces cura¬
tions vagues que l’on emploie pour
un genre , & qui ne conviennent
point à l’efpece , font dangereufes , ;
ou du moins inutiles , & que S. Yves '
a plus fait en afîignant des remedes
pour chaque efpece d’ophthalmie - que
tous les Grecs , les Arabes & les mo¬
dernes enfemble , qui nous ont laifle
«ne multitude de remedes, fans dif-
tinguer les efpeces auxquelles ils con¬
viennent, P iv
344 Amateurs
Le plus dîfficiîe eû de déterminer
les efpeces de chaque genre j c’eû là
où gît tout lé travail. 11 y a quantité
d’ Auteurs , qui , faute d’avoir étudié la
Logique ^ établiffent autant de genres
qu’il y a d’efpeces , & qui divifent le
même genre en ophthaîmie , en taraxis^
en chemofis , comme en autant
genres difFérens , ou qui comprennent
fous le même nom générique , des ef¬
peces qui appartiennent à des genres
difîérens. Par exemple, les Médecins de
Guide ont donné les noms de typhus ,
tantôt à unê fievre continue , connue
fous le nom de fievre maligne, tantôt
à la fievre tierce continue inflamma¬
toire , tantôt à une efpece de rhuma-
tifme , de diarrhée & d’anafarque,
d’où vient Hippocrate les accitfe
d’ignorance.
Les fîgnes pronofiies & diagnoftics
qu’on établit par rapport au genre
d’une maladie , font faux , ou du
moins inutiles , toutes les fois qu’ils
ne font vrais qu’à l’égard de l’une ou
de l’autre efpece. Par exemple , ô
quelqu’un dit de la petite vérole en
général , que c’efl: une maladie grave ,
dangereufe , & qui demande à être
d& la Médecine, 345
tmtée par un habile Médecin , il avance
une fauffeté , vu que celle qui efl: bé¬
nigne pouffe en pleine rue , & fe gué¬
rit fans Médecin. Comme les Auteurs
ont commis la même erreur à l’egard
de prefque toutes les maladies , il n’eft
pas étonnant que la Médecine n’ait
fait aucun progrès pendant vingt fic¬
elés , & que- la Botanique , qui a été
traitée méthodiquement dans ces der¬
niers temps, foit devenue une fcience
certaine aufli facile qu’elle efl; féconde.
Que les Médecins renoncent donc
aux préjugés des Ecoles , qu’ils obéif-
fent à la raifon plutôt qu’à l’ufage , &
qu’ils n’autorifent point les abus. La
théorie qu’ils fuivent étant fauffe ,
obfcure & incertaine dans plufieurs
points , elle ne peut les conduire à
cette évidence & à cette certitude
dont on a befoin lorfqu’il s’agit de
la vie des hommes , vu qu’elle en efl:
elle-même dépourvue. La théorie efl:
par rapport à la Médecine, ce qu’efl:
l’hypothefe par rapport à la Phyfique ;
elle fert, non point à prouver une
thefe , comme quelques Philofophes
fe l’imaginent fauffement , mais à dé¬
couvrir la vérité. Elle doit être poiu:
34^ À-Ux Amateurs
ie Médecin ce que font pour les Géo¬
mètres les fauffes pofitions qu’ils font
pour réfoudre les problèmes.
Le Dr. Haies , qui elTun de ceux qui
de notre temps ont le plus excellé dans
l’art de faire des expérienceSjavoue qu’a-
près en avoir fait plufieurs milliers fur les
corps des animaux, il s’eft néanmoins
trompé toutes les fois qu’il a voulu
prévoir & deviner les faits , & que la
théorie & l’analogie l’ont fouvent
abufé dans des chofes où les yeux &
la main lui fervoient de guides. Quelles
erreurs les Médecins ne doivent-ils
pas commettre , lorfque fans confulter
l’expérience , &; guidés par la feule
théorie , ils ofent, décider de ce qui
ïe paffe dans le corps humain , lors
fur-tout qu’ils ignorent , comme il ar¬
rive fouvent , la Phyfique , l’Hydro¬
dynamique & la Logique même; &
qu’ils fe fondent fur des hypothefes
ou des principes évidemment faux 1
O Chimiftes,Hiimorilles, Mécaniciens,
qui avez été fi fouvent trompes , ne
conviendrez-vous jamais que ia con-
noifi’ance hiftorique doit fervir de bafe
à la Médecine , & que la théorie feule
eit un guide infidèle 1
de la Médecine. 347
Chaque maladie a un double carac¬
tère, l’un faBice^ & propre à chaque
méthode , & l’autre defcriptif , & com-
jpun à chaque méthode. Dès qu’on
met , par exemple, l’ileus dans le rang
des douleurs topiques , on comprend
qu’il eft accompagné d’une douleur
fixe dans la partie qu’il affefte , & par
conféquent il efl; inutile de répéter ce
caraûere ; il fiiffit d’y ajouter deux
autres fymptomes , favoir , un vomif-
fement fœtide , & la conftipation ,
p®ur le diftinguer des autres maladies
du même ordre , par exemple de la
colique , de la gaftrodynie , &c. &:
c’êft là un caraâere fectice , qui. dépend
de la méthode qu’on a choifie. Si l’on
veut un caraftere defcriptif, il faut
donner l’hiftoire de la maladie , de forte
qu’on puifTe la reconnoître, dans quelle
clafle qu’on la place , comme parmi
les maladies évacuatoires , celles du
bas- ventre, les maladies aiguës, hu¬
morales, félon qu’il plaît à chacun
d’établir & de divifer fes claffes.
Si un Soldat eft dans une compagnie
diftinguée par un uniforme particulier,
& qu’on veuille le reconnoître; s’il
eft le iêul , par exemole , qui ait les
P.Vj
1
34^ -Aux Amateurs' |
cheveux crépus & le nez camus, H |
eâ aîfé de reconnoxtre fon caraôere I
faüice par fon nez & fes cheveux,
rapprochés de runiforme de fa com- |
pagnie ; mais s’il étoit queftion de le '
reconnoître lorfque l’armée eft con¬
fondue , que les compagnies ont quitté
leurs uniformes , il faudroit outre ce
caraâere, un fignalement ou un ca:-
raâiere defcriptif, qui pût le faire dif- '
tinguer de fes camarades , qui ont le
nez camus & les cheveux crépus com¬
me lui. De meme dans chaque geirre
& dans chque efpece , outre le caraci-
tere faftiee de la clafTe & de Tordre,
jTfciut une defcription ou un fignale-
ment qui là fafîe diflinguer des autres ,
& ces deux carafleres manquent en¬
core dans un grand nombre de ma¬
ladies. -
VHiJloire différé du Jignatement en
' ce que , Thîfloire rapporte les phé¬
nomènes de la maladie dans le même
ordre qu’ils fe manifeflent dans les ma¬
lades; toutes les heures, dans les ma¬
ladies extrêmement aiguës ; tous des
jours , dans les aiguës ; tous les mois ,
dans les chroniques ; & celui qui écrit
ThiftOire de la maladie doit, évs*
de la, Mlâeclm. ^49
ter îes îermes métaphoriques qui pour-
roient tromper le Leâeur ; 3 ® . ne rap¬
porter que ce qui tombe fous les fens ,
ou , ce qui revient au même , ne jamais
confondre avec les faits , ce qu’il juge
de la caufe , du principe , du fîege in¬
terne de la maladie ; pour ne point ref-
fembler aux payfans , qui , lorfque le
Médecin leur demande quel mal ils fen-
tent , lui difent ce qu’ils penfent de la
caufe de leur maladie , par exemple ,
qu’ils ont fait un effort, qu’ils fe font
ouvert Vefiomac , &c. au lieu de lui dire
fimplement qu’ils fentent de la douleur
dans telle ou telle partie , qu’ils vomif-
fent , & qu’il leur arrive tel autre ac¬
cident.
Au contraire , dans le fignalement oiî
ne doit point rapporter les phénomè¬
nes dans l’ordre qu’ils fe font manifes¬
tés , mais de maniéré qu’on piiiiTe les
diftinguer des autres maladies de même
genre. Par exemple , dans l’hiftoire de
la maladie on doit rapporter fcrupuleu-
fement, l’âge, le fexe , le tempérament,
le régime , la profelïion du malade , le
fuccès des remedes , ceux qui font du
bien oif du mal au malade ; au heu que
dans le fignalement on ne doit rappor-
350 Aux Amatmrs
t€r que ce qui peut fervir à diftinguer
cette maladie des autres. Or , comme
on peut réduire tous les phénomènes
aux aâions de- Pamc , telles que le fen-
timent , l’entendement , les défirs , les
volontés & les mouvemens ; znx fonc¬
tions naturelles , telles que la refpiraîion
& le pouls; aux excrétions ^
les déje étions du bas- ventre , les écou-
lemens d’urine ; & aux qualités , telles
que la couleur , la faveur , la figure,
&c. on peut fuivre cet ordre en rap¬
portant les phénomènes caraétérifti-
ques.
On doit joindre à l’hifioire des ma¬
ladies un catalogue des noms fynony-
mes dont les principaux Auteurs fe font
fervis pour défigner la même efpece
de maladie , & citer l’endroit de l’ou¬
vrage oïl l’on en donne la defeription.
Par ce moyen , un Médecin qui con-
fulte ces Auteurs , peut comparer l’ef-
pece qu’il obferve avec celles dont ils
ont donné la defeription , & voir en
quoi elles fe reffembient , en quoi elles
different , quel efi; fon pronoftic , fa
C' ire, outre qu’en comparant plufieurs
hifloires enfembie , il lui eft* aifé de
déterminer fon caractère fpécifique.
d& la Médecine. 351
& de dioifir parmi diftérentes métho¬
des , celle qui lui paroît la plus fure ,
& la plus infaillible.
Il feroit encore à propos de rappro¬
cher les différentes théories qu’on a
établies par rapport à la même maladie,
par exemple , celles de -Galien , des
Chimifles 3 des Pneumatiftes , des Mé¬
caniciens , des difciples de Stahl , &c.
qui forment tout autant de feôes dif¬
férentes, mais qui ne different fouvent
que de nom. Mais il vaudroit mieux
examiner les différentes méthodes cu¬
ratives qui font employées en diffé-
rens pays & dans différentes fedes y
je donnerai dans le cours de cet ou¬
vrage quelques précis de ce§ méthodes.
J’ai traité fort au long de la Nomen¬
clature des genres dans la première
partie de cet ouvrage ; & quant aux
noms particuliers , ils font de deux
fortes. Les uns font caraBériJiiques , &
comprennent la vraie définition de l’ef-
pece , de forte qu’ils fuffifent pour la
faire connoître & diflinguer des autres;
tels font ceux que j’ai employés dans
la première claffe. Ces noms ne font
nullement arlàtraires , & quoiqu’on ne
s’en ferve point dans le commerce de
1^2 Aux Amateurs
îa. vie , ils font auffi nécefîaires pour
défigner les maladies , que le fignale-
ment l’eft pour reconnoître un foldat.
Les autres font triviaux ^ ils n’ont
rien de recommandable que leur briè¬
veté ; mais ils font extrêmement com¬
modes dans la convèrfation ; tels font
ceux apoplexie pituiteufe , de diarrhée
bilieufe^ &c. qui ne marquent rien de
clair & de àftinâ , de forte qu’on
eft obligé d’y joindre une defcription.
Il en eft de ces noms comme des noms
militaires que l’on donne à chaque fol¬
dat ; ils font propres à chacun, &,fort
courts ; mais fi l’on n’y joignoiî le fi-
gnalement , ils ne ferviroient 4 rien
pour les faire connoître. U eft extrê¬
mement difficile de fuivre les réglés
de la Logique dans l’impofition de ces
noms , parce qu’on ne fe fert pas des
meilleurs, mais de ceux qui font les
plus courts & les plus ufités.
Mais lorfqu’on établit des noms ca-
raôériftiques , ces mêmes réglés exi¬
gent, I®. qu’ils foient Amplement tirés
des phénomènes ; 2®. qu’ils foient pro¬
pres , fimples , fans tropes ni figures
de Rhétorique; 5^^. qu’ils ne foient
jamais pris des chofes cachées , telles
, di la Médecine. 35^3
que ie fiege interne , la caufe , îe prin»
cipe de la maladie , ni encore moins
du pays , de l’âge , du fexe , de la (ai-
fon ; 4^. qu’ils foient tirés des qualités
abfolues , & non point des qualités re¬
latives-; car comme ces noms font éîar
biis pour faire connoître la maladie,
& pour déterminer fon efpece , ils doi¬
vent ne point fuppofer connu ce que
l’on cherche , & ne rien exprimer que
ce qu’on peut découvrir dans les phé^
nomenes qu’on remarque dans le ma¬
lade ; or on eft hors d’état de juger en
voyant le malade fi une apoplexie efl
plus forte ou plus légère qu’une autre ;
fi la colî£|ue a fon fiege dans îe mé-
fentere ou dans l’iléon ; fi ie choiera
eft Indien ou Européen; fi la maladie
efi: une maladie propre des filles , ou
un mal particulier aux femmes en cou¬
che , vu qu’un Européen peut avoir la
même maladie qu’un Indien, une fille
qu’une femme , & réciproquement. En
un mot, on ne doit admettre dans le ca-
raftere , ni par conféquent dans le nom
caraûérifiique , que ce que la fimple
attention que l’on donne aux phéno¬
mènes qui frappent les fens peut noiîs
apprendre ; & l’on doit renvoyer à la
354 Aux Amateurs • T
théorie tout ce qu’on s’imagine , par le |
fecours du raifonnement ou de l’ima- 1
gination, appartenir à la maladie.
Je finirai par les propres paroles du
fameux Gaubius , qui s’exprime en ces I
termes dans la Pathologie qu’il vient de
publier, « Il paroît par ce que je viens
» de dire , que les Médecins ne doivent
H point défefpérer qu’en fuivant l’e-
» xemple de ceux qui ont écrit fur
l’Hifioire naturelle , on ne réduife un
•» jour en Ijfiême ce grand nombre
» de maladies , & que fans recourir
» aux hypothefes , ni aux fixions , &
» par le feul fecours de l’obfervation,
» on ne les range par clafles , par gen-
» res & par efpeces , qui feront cha-
n cune diftinguées par des fignes ca-
» raâériftiques certains , abfolps & ma-
» nifefies. Les eflais que les Modernes
n ont donnés là-deflus nous font ef-
>» pérer que le fuccès répondra à notre
» attente , & qu’une entreprifê aulîi
» importante , & à laquelle tant d’hon-
» nêtes gens s’intéreffent s’achèvera
de façon , qu’outre l’utilité dont elle
■M fera pour trouver les noms des ma-
>» ladies , elle nous ouvrira la voie
» pour trouver la cure qui leur con-
de la Médecine. 355
vient ». C’eft ainfi que s’exprime
rilîuftre Profeffeur de Leyde. A quoi
j’ajouterai le fufFrage de Thomas Sim-
Jbn, ABes d* Edimbourg , Tom. IT". arti¬
cle XX. qui veut que i’on fuive en dé¬
crivant les genres & les efpeces des
maladies, le même ordre & la même
méthode que les Botanilles ont obfer-,
vée dans les defcriptions qu’ils ont
données des plantes.
L’illuftre Baron Van Swieten s’expri¬
me ainfi dans plufieurs endroits de fes
Commentaires {vcc l’iftere, fur la manie ,
&c. « II fuit de ce qui a été dit jufqu’ici,
» qu’on doit diftinguer avec foin les
» différentes efpeces de maladies , afin
» d’approprier à chacune le traitement
» qui lui convient , vu que tels re-
» medesi propres à guérir une efpece ,
» fl on les applique à une autre efpece
» du même genre , font fouvent très-
» nuifibles ». C’eft d’après ce confeil
de Wan Swieten , que le célébré Frey-
finger , Médecin de Vienne en Autri¬
che , a dreffé fes claftes des maladies
ne la tête à peu près fuivant notre mé¬
thode. Quant à ce que dit de favora¬
ble fur la maniéré dont j’ai rempli mon
objet , l’iiluftre Linnceus , Médecin du
35^ Aux Amateurs
Roi de Suede , dans fes Aménités Aca¬
démiques, Vol. VL quant aux éloges
diftingués qu’il donne à ma Nofologie
dans les lettres qu’il m’a écrites, je ne
puis rapporter tout cela qu’à l’amitié
dont il m’honore ; cependant comme
ce favant perfonnage , entre mille au¬
tres talens , a éminemment celui d’être
un des meilleurs Juges en fait de-mé-
îhodes de'clafîîfîcation, je ne puisque
me féliciter beaucoup de ce qu’il a
approuvé d’une maniéré fi difiinguée ,
celle que j’ai fuivie.
Dans cette nouvelle édition , outre
beaucoup d’efpeces & quelques gen¬
res , qui ne fe trouvent pas dans la pre¬
mière , j’ai cru devoir ajouter en forme
de fupplément, un tableau des mala¬
dies, claffées fuivantla méthode Etio¬
logique .& fuivant l’ Anatomique , afin
que par lé moyen de la première , on
puiflé-voir d’un coup d’œil quelle mé¬
thode curative générale convient à tou¬
tes les efpeces d’une meme clafle , Si
que par le moyen de la fécondé , les
Candidats s’apperçoivent que notre
nomenclature & notre diagnofiic des
maladies , peuvent s’accorder avec les
méthodes anciennes. J’aurois pu , à
dt la Médecine. 357
l’exemple de Cselius Aureîianus , faire
des ciaffes de malades , & non de ma¬
ladies ; ces claffes auroient compris les
épileptiques , les paralytiques , les apo^^
pleûiques , les hydrophobes j les ter^
tianaires , les quartanaires , &:c. mais
le manque de noms propres à défigner
les malades , y a été un obftàcle. Ces
claffes ainfi dreffées auroient prouvé,
que de même que les plantes font l’ob¬
jet de la Botanique, de même les ma¬
lades font l’objet de la Nofologie.
Afin de faire connoître d’un coup
d’œil la durée & le danger de chaque
maladie , (il ne s’agit point ici des fymp-
îomes fimples) nous les. avons indi¬
qués à la fin de chaque nom, par les
carafteres fuivans.
A. marque une maladie aiguë , c’eft-
à-dire, courte & dangereufe.
B. une maladie couru , ou qui fe ter¬
mine bientôt & fans danger.
C. une maladie chronique , c’eft-à-
dire , longue & dangereufe.
L. Une maladie longue , ou dont la
marche eft lente & fans danger.
P. une maladie périodiqtu ^ qu’elle
foit intermittente ou rémittente.
D. une maladie douuufe y dont la du-»
35° Aux Amateurs
rée & le danger' vaHent , ou ne font
pas affez con'ilans.
a. b. c , & les autres caraderes Ara¬
bes déiignent des variétés de la même
efpece. ■
Toutes les maladies qu’on obfervé,
font individuelles , & à parler à la ri¬
gueur , différentes entr’elles , comme
le font toutes les feuilles d’un même
arbre ; mais à parler pratiquement ^ il y
en a qui font femblables , comme deux
apoplexies féreufes , deux diarrhées bi-
lieufes , &c. & cette reffemblance d’in¬
dividus s’appelle efpece, ainfi deux di^-
rhées bilieufes font de la même efpece.
Il fuit de là que les efpeces de chaque
maladie ne comprennent fous elles que
des maladies individuelles ; la différen¬
ce qui peut fe trouver entre les indi¬
vidus , relativement à des fymptoiries
accidentels , fortuits , paffagers , ou re¬
lativement au degré , c’efl-à-dire , à
l’intenfité plus ou moins grande des
fymptomes , s’appelle variété.
Le genre eft la reffemblance ou le
rapport des efpeces ; ainfi la diarrhée
efî un genre , parce qu’elle comprend
plufieurs efpeces , telles que la diarrhée
féreujè , la bilieufe , la jlercoreufe ; enfin
t
de la Médecine. 359
la claffe efl la reffemblance ou le rap¬
port des genres ; ainfi la fievre efl une
cîaffe, parce qu’elle contient plufieurs
genres ^-comme la Jynoque, V éphémère ,
hi quartaine^ &c. On appelle ordre une
partie de la dalle , & on -peut le re¬
garder lui -même comme une petite
cialTe.
Il fuit de là, que les prétendus Pbi-
lofophes , qui ignorent la Logique &
THiftoire naturelle , fe trompent en
donnant indiftindement le nom de claf-
yê , à ce qui eft genre , & celui d’efpece ,
à ce qui eû genre ou claÿfi ; je conviens
que félon la différente méthode qu’on
adopte, les claffes & les genres va¬
rient ; mais il refie toujours vrai , que
la méthode une fois adoptée , chacun
doit s’en tenir févérement à ces défi¬
nitions , parce que fans définitions fixes
des mots , il ne peut pas y avoir de
démonflration , & que fans démonflra-
tion , il n’y a point de fcience , puif-
que la fcience n’efl autre chofe que
la démonflration des propofitions que
l’on avance.
^iî_^œ|î-À$
S O MM A I R E
DES CLASSES
ET DES ORDRES.
CLASSE I. VICES.
Symptômes cutanés de peu
d’importance, dont on abandonne
la cure aux Chirurgiens.
Ordre I. Taches , altérations de la
couleur naturelle.
Ordre U. JET^or^jSe/zrw, tumeurs hu¬
morales , petites & nombreufes.
Ordre III. PAj/wartz, tumeurs humo¬
rales folitaires.
Ordre IV. Excroijjances , tumeurs
caufées par l’augmentation des foîi-
des.
Ordre V. Kyjles, tumeurs formées
par un fac rempli de quelque fluide.
Ordre
Somtnaln des Clajfes & des Ordres. 3 6 î
Ordre VI. E Copies ^ dépîaeemens des
parties folides.
Ordre VIL Plaies folutions de con¬
tinuités.
CLASSE IL FIEVRES.
Pouls fréquent ou fort 3 accom¬
pagné de la foibleffe d.es mem¬
bres.
Ordre I. Continues^ qui n’augmentent
& ne diminuent qu’une fois dans
le cours de la maladie.
Ordre II. Rémittentes augmentent
& diminuent plulieurs fois dans le
cours de la maladie.
Ordre III. Intermittentes , qui révien¬
nent par accès fouvent périodi¬
ques, & qui ceffent entièrement
dans les intervalles.
QX.k%%Vl\l.PHLEGMASIES.
Maladies accompagnées d’une
fievre continue ou rémittente 5
Tome I. Q
Sommaire des Clajfes
" avec inflammation interne , ou
éruption d’exanthemes.
Ordre I. Examhémateufcs ^ éruptions
cutanées, avec une fievre fouvent
maligne , quelquefois lente.
Ordre IL Membraneujès , avec douleur
& enflure des vifceres membra¬
neux , & fievre aiguë.
Ordre IIL Parenchymateufes , avec
douleur obîufe , chaleur & tumeur
dans les vifceres pleins, & qui ne
font point en forme de facs, avec
fievre aiguë , & tout l’appareil de
la fuppuration.
CLASSE IV. SPASMES,
Contraélion involontaire, conf
tante ou fucceffive , des mufcles
des organes qui fervent au mou¬
vement local & non à la vie.
Ordre I. Toniques partiels , rigidité &
immobilité d’un membre , ou d’un
organe déterminé.
PrdRE U. Toniques généraux^ rigidité
de prefqüe tout le corps*
& des ûrim. 3^5
0RüK,E HL Cloniques partiels , agitation
contrainte & involontaire d’un or*
gane ou d’un membre , qui altéré
fon mouvement.
Ordre IV. Cloniques amiraux , agita¬
tion forcée de prefque tout le
corps, fouvent accompagnée de
la privation des fens.
CLASSE V. ESSOUFLEMENS.
Agitation involontaire & fati¬
gante dès mufcles de la poitrine,
<5ui rend la refpiration difficile &
fréquente , fans fievre aiguë.
Ordre I. Spafmodiques , agitations
paffageres de la poitrine , avec
expiration & infpiration fonores.
Ordre IL OppreJJlfs^ agitations conf-
tantes, fréquentes &; laborieufes
de la poitrine dans les paroxyfmes.
CLASSE VL DÉBILITÉS.
Impuiffance d’agir avec les for¬
ces accoutumées. Les facultés qui
Q n
3 <3 4 Sommaire des Claies
dirpenfent les forces font au îîoîiÇ.
bre de trois j favoir ^ la faculté
de connoître , d’appéter & de
mouvoir.
Ordre L Dyfcjîéjlcs , afFolblilTement
des fens , comme de la vue , du
toucher & de Fouie , fans aflbu-
piffement.
Ordre II. Anèpithymks , aiFoibliffe-
ment ou abolition des défirs , com¬
me de la faim , de la foif, de l’a¬
mour fans affoupiiTement,
Ordre IIL Dyfcinéjies , foibleffe de
mouvement dans les organes du
mouvement local , & non dans
ceux de la vie.
Ordre IV. Lypopjîchies , ou maladies
Jyncoptiques , débilité des mouve-
mens vitaux , ^ par eonféquent
de tout le corps.
Ordre V. Coma , ou maladies fopo~
reufes , alFoibliffement ou abolition
des fens 6^ de l’imagination , avec
diminution ou fuppreflion des mop'
vemens libres.
& des Ordres'.
365
CLASSE VIL DOULEURS.
On les connoît mieux par fa
propre expérience , que par les
définitions qu’on peut en donner.
Ordre L Douleurs vagues^ qui n’ont
point de nom tiré d’un fiege fixe.
Ordre IL Douleurs de la tête , comme
des yeux , de la bouche , du crâne,
des dents.
Ordre III. Douleurs de la poitrine
exemple, du côté , de l’œfophage,
' du dos.
Ordre IV. Douleurs du has-ventre ^
comme de l’eflomac, des infefiins,
du foie , &c.
Ordre V. Douleurs des membres , com¬
me la fciatique , la gonagre , &c.
CLASSE VIIÎ. FOLIES.
- Leur caraélere eft une dépra¬
vation de rimagination., du juge¬
ment, de ia volonté ,
Q iij
366 Sommaire des ClaJJes
Ordre I. Hallucinations , erreurs
^imagination , & non de l’enten¬
dement , eaufées par un vice des
organes externes.
Ordre II. Délires , erreurs du juge¬
ment, eaufées par un vice de l’ima¬
gination , que l’entendement ne
peut corriger. -
Ordre KL dépravation de
la volonté oi de la cupidité , rela¬
tivement aux déiirs &: aux aver-
fions de l’ame.
Ordre IV. Anomalies^ maladies apprô-
♦chantes des premières.
CLASSE IX. FLUX,
Le caraftere de ces maladies
confifte dans une éjeftion des
fluides ou des matières contenues ,
remarquable par fa quantité , fa
qualité & fa nouveauté.
Ordre I. Flux de fang^ éjeâions fan-
glantes , ou fanguinoîentes , quelle
que foit la partie du corps qui les
fournit.
6* des Ordres.
Ordre II. Flux de ventre^ déjeâions
par bas , ou réjeâions par l’oefo-
phage , des matières contenues
dans les premières voies.
Ordre IÜ. Flux de férojîtés , éje£tions
d’urine , de lymphe , de mucofité,
de lait , de pus , par d’autres en¬
droits que les premières voies.
Ordre IV. Flux d'air , éjeûions de
vents , de vapeurs , &c.
CLASSE X. CACHEXIES.
Dépravation de la couleur ,
de la ligure , du volume dans l’ha¬
bitude du corps.
Ordre I. Maigreur, exténuation des
parties molles du corps.
Ordre II. Tumeurs , enflure générale
du corps , ou augmentation de
volume.
Ordre III. Hydropijîes , enflures de
quelques parties caufées par l’aug¬
mentation de volume des parties
contenues, & plus ordinairement
par un amas de fluides.
Qiy
IV. Excroljfances , enfluris^
folides de quelques parties.
Ordre V. Afpérités^ tumeurs cutanées^
puftuleufes , cruftacées , grégales.
Ordre VI. Décolorations , déprava¬
tions de la couleur naturelle.
Ordre YH. Anomalies y elles con¬
tiennent les maladies qui tiennent
des premières.
SOMMAIRE
DE LA PREMIERE CLASSE.
VICES.
Caractère. Concours de plu-
fieurs fymptomes cutanés &
légers^
ORDRE 1. T AQ-AlES , altérations
de la couleur naturelle,
I. L Eucome , tache blanche & fu-
perficielle fur la cornée ; on
l’appelle en françois taie.
n. Morphée ^vitiligo., tache qui alFaiffe
la peau.
ni. Rouffeiir, ephdis.^ taches amaffées
& obicures , qui viennent fur
la peau'.
ÏV. Couperofe, rougeurs, gutta ro~
facea;^ taches rouges & amaf-
iées du vifage.
370 S ommain de. la I. Clajfe. Vices;
V. Sein , nœvus , tache élevée , qu^oa
apporte en naixTant.
VI, Echymofe , eckymoma, tache caufée
par un épanchement de lang :
tous la peau.
ORDRE IL Efflorescences,
élevures , tumeurs humorales^
petites & nombreuses,
a. Pullule , buhe , pu^uta , petit
phyma, dont la pointe efl ul¬
cérée.
b. Bouton, papulay petit phyma ,
qui s’écaille pour l’ordinaire.
e. Phlydenes, pUyclcena^ petite vé-
lîcule remplie de fluide.
d. Bourgeon , varus , tubereute dur,
confiant.
VIÎ. Dartre ou dertre, herpes
de petits boutons qui eaufent
une démangeaifon.
Vin. Epinyélide, epinyBis ^ ajnas de
phiycienes noires éc doulou-
reufes.
ÎX. Porcelaine , pjydracia , phyma
érydpélateux.
X. Echauboulure , hydroa , exanthè¬
mes miliaire& phlyâéaoides*
1
Sommaire de la /. Cla^e. ViCES. 37 1 -
ORDRE III. Phyma ^ tumeurs
humorales folitaires,
XI. Eryfipele , erythcma , phyma
rouge , chaud , & qui s’étend
fur les parties voifines,
XII. (Edeme , ædema , phyma blanc ,
mou , indolent.
XÏÏI. Emphyfeme,bourfouflure,e/7z-
phyma pâle, éladique.
XIV. Squirre, skirrus, phyma dur,
indolent , de même couleur
que la peau.
XV. Phlegmon , phlegmone , phyma
rouge , chaud , rond , puliati£
XVI. Bubon , hîiho , phyma fquir-
reux & phlegmoneux dans
les glandes.
XVÏÏ. Parotide , parotîs , bubon qui
fe forme derrière l’oreille.
XVIfl. Furoncle, clou^furuneulus, phy¬
ma rénitent, qui prémine fur
la peau.
. XEX. Charbon , anthrax, phyma dont
la pointe eft gangrenée , Sc
le contour enfemmé.
XX. Carcinome, cancert, carcinoma^
phyma fquirreux , lancinant,
XXL Panaris , paronychia , phynas
Q ^
372. Sommaire de là î. Clajje, Vices,.
phlegmoneux , qui vient à
l’extrémité des doigts.
XXn. Phymofis , id. phlegmon, du,
prépuce,
ORDRE rv. Excroissances
tumeurs caufees par l!' augmenta-^
tïon dès JoLideSy,
XXIIL. Smcomt y farcoma y. excroir-
fance charnue..
XXIV. Condylome , condylomayt^-^
croiflânce cutanée ou tendi-*
neufe.
XXV. Verrue ,.v^rrKr'<z^excroiffaîice’
ronde,, élevée fur la peau..
XXVI. On ^Qt^pterygium, excroiffan-
ce plan e dans le coin de l’œlL
XXVII. Orgeolet , hordeolum, excroif-
lance , ou bouton für îè
bord des paupières.
XXVin. Goitre , bronchocèle , excroif^
fance qui vient à la gorge..
XXIX. Exoftofe , éparvin , exofiofisy.
tumeur qui a la dureté d’iin
os,
XXX. La boffe , pbbojiîas-, protubé- .
rance des os de la poitrine.
. XXXI. Lordofe , lordojis , protubé¬
rance caufée par b courbiure.
des os,.
NOSOLOGIE
MÉTHODIQUE.
THÉO RI E
DE LA PREMIERE CLASSE.
VICE S»
O U
MALADIES SUPERFICIELLES'^
eft des defauts vifibles
I dans- les parties extérieures
n m du corps , ou certaines dif-
portions dépravées de ces
mêmes parties , qui altèrent plus les
qualités-; par exemple, la figure, la.
574 Classe I,
couleur , que les fondions mêmes "
d’oii vient qu’elles riuifent moins à la \
l'anté & à la force , qu’à la beauté & '
à l’intégrité , que les anciens ont regar^ \
dées comme les quatre conditions de
la fanté.
On les diilingue des maladies des
clafl'es fuivantes , parce que les fymp- 1
tomes qui les accompagnent font légers
& peu étendus ; mais rien n’empêche , |
fl on le juge à propos , de les mettre
au nombre de ces maladies , par exem¬
ple ,'de mettre les taches au nombre
des maladies cacheétiqnes qui déco¬
lorent les efflorefcences , au rang des
maladies inflammatoires exanthémati¬
ques ou des cachexies lépreufes , &
de rapporter les autres à telle autre
elaffe qu’on voudra.
Mais les maladies fuperfîcielles
étant une fois bien' comprifes , on
fera infiniment plus en état d’enten¬
dre la théorie des autres maladies ,
dont ces affeâions font comme les
élémens ; & comme l’ordre exige que
l’on traite d’abord des chofes fimples ,
pour paiTer enfuite à celles qui font
plus compofées , j’ai cru devoir com¬
mencer par ces vices fuperficiels dù
corps.
I
Théorie des Vices. 575
Ces vices font i®. les plaies , 2®. les
ulcérés, 3°. les taches, 4°. les exan¬
thèmes, 5®. les phyma, 6°. les excroif-
fances , 7®. les kiftes ou tumeurs enkif-
tées, 8®. les defcentes ou eâopies. J’at
parlé des deux premiers dans ma Pa¬
thologie , & toutes les fois que je trai¬
terai des maladies occalionnées par une
bleffure , un ukere , une contufîon ,
je défignerai ces efpeces par le nom
de traumatiqms. Par exemple , j’appel¬
lerai apoplexie traumatique , celle qui
eft caufée par la fraâure du crâne ,
une commotion , une plaie , une con-
tufion à la tête , pour la diftinguer des
autres efpeces d’apoplexie fpontanées^
qui proviennent d’un principe interne,
fans aucune caiife évidente , ni aucua
principe mécanique.
Les autres afFeftions fuperfieielles ^
vulgairement appellées maladies chirur¬
gicales , n’ont pas une origine aulîi évi¬
dente , & demandent par conféquent
«ne théorie d’autant plus éclaircie qu’el-i
les donnent lieu à un plus grand nom¬
bre de maladies internes ; ce qui m’o¬
blige à donner ici une théorie qu’oa
puiffe appliquer , non feulement aux
phymas & aux excroiflànces , mais
576 . C I A s s E Iv î
înême -aux maladies inflammatoires' Sc !
cache ûiques.
1°. La tumeur , les Grecs appel¬
lent onchos ÿ efl: ,, fuivant Galien , tout
ee qui croît contre nature dans le
corps humain.- Les Modernes la défi-
mflent une enflure contre nature de
la partie. On divife les tumeurs ordi¬
nairement en chaudes & froides, &
on.prétend qu’elles font produites par
des humeurs arrêtées dans quelques
parties molles par un effet des chofes y
ainfi appellées , non naturelles. Mais ces
définitions renferment des mots obfcurs
& mal définis, &; c’efl: la raifon pour
laquelle je ne m’en fervirai point. Pour
traiter des tumeurs avec ordre , je vais^
à l’exemple ^Alphonfe Borelli, inférer
ici quelques lemmes qui lèrviront à
éclaircir leur théorie.
- 2°. Le volume du corps humain ^
Ibrfque le fujet jouit d’une bonne fanté,
croît tous les jours en largeur & en
hauteur depuis lanaiflance jufqu’à l’âge
d’environ Vingt- cinq ans , de maniéré
qu’on peut ailement s’en appercevoir.
Dans un âge plus^ avancé, comme vers
la cinquantième ou foixantieme année ,
le corps croît en largeur & en profond-
Théorie des Vices. 377;
deur, fans que fa hauteur change , &
qui plus eft, il croît tous les matins
de quelques lignes , & diminue d’au¬
tant tous les foirs.
3°. Le volume de eertairies parties
du corps humain augmente préférable!*
ment à d’autres dans un âge-& à uns
heure déterminée, Scc. le bas- ventre
aux femmes enceintes les mamelles
aux accouchées , l’épigafire à ceux qui
prennent leurs repas , l’hypogaftre
quand on rend les excrémens^ou l’a-
rine , &c.
4°. La fanté, luivanî la defînitioa
qu’on en donne dans la phyiiologie ,
.eft la faculté d’exercer toutes les fonc¬
tions convenables à l’âge , au fexe ^
au tempérament & au temps , d’une
maniéré agréable , confiante & facile..
Ces fondions s’exercent par les parties
du corps comme par autant d’inftru-
mens , &: leur volume , leur fituation,.
leur figure ont été ménagés avec tant
de fageffe par le Créateur , que toivt
concourt à des fins également variées
& utiles.
5°. S’il arrive par notre Êmte , oit
pour notre châtiment , que le volume.,,
fituation. ou la figure des parties
378 Classe!.
cartent de la réglé , il n’eft pas éton¬
nant que la machine devienne impar- ’
faite , & qu’elle ne puiffe plus exercer
ces mêmes fondions dans le temps
& dans l’ordre qu’elle doit le faire.
Il en eft du corps humain comme
d’une llatue parfaite qu’on ne fauroit
toucher fans la gâter. Si notre ma- ;
chine ell; parfaite & animée , & par
cônféquent faine ^ il ne peut furvenir
la moindre altération dans fa fituation ,
fon volume & fa figure , qu’elle ne fe
dérange , & qu’il n’en réfulte une
maladie.
6. Le volume des parties , de mê¬
me que celui du corps varient confi-
dérablement dans l’état de fanté ; com¬
me on peut s’en convaincre , .en com¬
parant la grdffeur d’un foetus avec celle
d’un adulte : ce n’efl: pas la grofleur
du corps feul qui varie dans les difih*
rens âges , fes diverfes parties ne croifi
fent pas dans la même proportion ,
ce qui n’empêche pas qu’il n’y ait un
rapport de grandeur , finon abfolue ,
du moins relative entre les parties com¬
parées enfemble , ou une proportion
convenable à la fanté , dont les parties
ne peuvent s’écarter qu’elles n’acquie-
Théorie d es V i ces.
rent un volume qu’on appelle morbi¬
fique. Ces chofes Aippofées ,
7. La protubérance eft une augmen¬
tation du volume de la partie , plus
grande qu’il ne convient à la fanté.
8. La protubérance efl ahfolue lorf'
que le volume d’une -partie augmente,
tandis que celui des autres relie le
même ; & elle efl relative , lorfqiie le
volume de la partie donnée demeu¬
rant le même , celui des autres dimi¬
nue. C’ell ainfi que dans les perfonnes
maigres les jointures des os, l’omo¬
plate , les clavicules forment des pro¬
tubérances.
9. ScHOLiE 1. Toute protubérance
n’eft point une augmentation de maffe :
caria mafle efl proportionnée à la quan¬
tité de matière qui efl dans la partie :
or pour que la partie faille , il fufEt
que la même matière vienne à occuper
plus d’efpace , comme il arrive dans
le météorifme & la tympanite ; donc
toute protubérance n’efl point une aug¬
mentation de maffe.
10. ScHOLiE IL Si les liquides ou
les foiides paffent d’un Heu dans un
autre , la maffe de la partie qui les
reçoit croîtra à la vérité j mais comme
380 Classe!.
elle ne croît qu’aux dépens de quet
que autre , celle de tout le corps n’aue-
mente point, puifque fi cela étoit,le
corps entier deviendroit plus pefant’ 1
il s’enfuit donc que toute protubérance
ne fuppofe point une augmentation
dans la maffe du corps.
II. ScHOLiE IM. On ne fauroit ^
juger sûrement par le taâ: de la tumeus
d’un vifcere particulier ; car , pour que
ce jugement fût certain , il faudroit
auparavant connoître fon volume na¬
turel, & de combien il efi augmenté,
ce qu’on ne peut fa voir, le plus fou-
vent ; d’oiî il fuit qu’on ne peut juger
par le taâ de la- tumeur des vifceres.
Prenons la rate pour exemple. On
juge qu’elle eft enflée par l’élévation
de la région du bas-ventre , qui lui ré¬
pond, & parla réfifiance qu’elle oppofe
îorfqu’on la touche. Mais dn ne con-
noît point précifément le volume
qu’elle a dans un homme vivant , &
ce n’efi: que depuis peu qu’on a dé¬
couvert qu’il n’efl: point le même
avant les repas qu’après; & il ne s’en¬
fuit pas de ce que cette région du bas
ventre efl: renitente , que la rate foît
enflée , vu qu’elle peut fe durdr &
Théorie DES Vices. 381
conferver fon premier volume , &
même diminuer. C’eü ainfi que le cryf-
talin fe durcit & diminue , que les
parties tabides fe deffechent & dimi¬
nuent auiîL
12. Une partie s’élève lorfque fon
volume ou fa maffe augmente , que fa
figure change , ou qu’elle change elle-
même de fituation.
13. L’augmentation du volume, a
lieu , lorfque fans augmenter de poids,
la partie, occupe plus d’efpace. L’em-
phyfeme" occafionné par la raréfac¬
tion de l’air , le pneumatocele , la tym-
panite & le météorifme , nous four-
niffent des exemples de cette protu¬
bérance.
14. On dit que la maffe augmente,
lorfque la partie elle-même augmente
de poids , ce qui peut arriver de deux
maniérés ; c’eft-à-dire , par l’augmen¬
tation du volume , ou par celle de la
denfité de la partie , le volume reliant
le même ; mais ce dernier cas n’efl: que
poflible , au lieu que l’autre efl; très-
fréquent. Telle efl: la protubérance
oecafionnée par des fluides ou des
folides amafles dans la partie , comme
adans le fquirre , l’cedeme , le phleg-^
anon , l’hernie , le farcome.
jSi Classe L
ip Le changement de caiifî
fouvent des protubérances*^ témoms
les boxTus , dont le fternum , les côtes,
les vertebres font tournées en dehors;
îes rachitiques , dont les os étant tor¬
tueux , affedés d’un fpina ventofa , ou
cariés en dedans , s’enflent dans leurs
extrémités.
16. Ilfuffit quelquefois pourcaufer
des tumeurs, que les parties changent
de Jimation , ainfi qu’il arrive dans les
luxations, les fradures des os & chutes,
les diftorûons des vifeeres & des muf-
cles.
17. On appelle tumtursl^s protubé¬
rances des parties occafionnées par un
amas de fluides dans des vaifleaux
qu’on ne peut appercevoir & qui font
dilatés. On peut mettre de ce nombre
le phlegmon , l’éryfipele , le fquirre,
l’œdeme , l’emphyfeme , &c.
18. Les kiffes ou tumeurs mkijlks
font des protubérances caufées par des
fluides amaflesdans des vaifleaux fen-
fiblement dilatés ou dans des réfervoirs
fenfibles , formés à l’occafion d’un
diaflafis , d’une rupture ou d’une éro-
fion. Tels font l’anéviifme , les varices,
fcs abcès,, l’hydrocele, les phlydenes.
Théorie des Vices.
19. Les excroijpinces font des protu¬
bérances occafionnées par des fluides
qurdeviennent enfin des parties char¬
nues^ folides ou même offeufes , com¬
me les verrues , le farcome , l’exofiofe.
10. Enfin , les lordofcs font des pro¬
tubérances occafionnées parle déplace¬
ment des parties, folides, foit qu’ils ne
changent que de figure ou de fituation.
Comme je n’ai defl'ein que de traiter
des tumeurs , je vais joindre ici quel¬
ques propofitions qu’il fuffira de com¬
prendre pour être parfaitement au fait
de leur théorie.
Toutes les parties organiques
du corps humain ne changent leur
maffe , leur volume , leur fituation Sz
leur figure qu’autant qu’elles y font
forcées.
12. Les Anatomiftes appellent partie
tout organe qui efi; contiau au tout,
& qui cependant en différé par fa figure
&fon ufage. Par exemple , le doigt efl
une partie de la main , &■ l’ongle une
partie du doigt. La particule efl une por¬
tion de l’organe qui ne différé des au¬
tres que par fa fituation , ou la place
qu’elle occupe ; telle efl la particule
d’un ongle , d’un tendon , &:c. ,
1
384 Classe L j
I®. La matière efl incapable de .fe
mouvoir elle-même , & refte dans l’état
GÎi elle eft , à moins què quelquejbrce
extérieure ne l’oblige à en fortir. Telle '
eft la loi établie dans l’univers , com- >
me Newton nous l’apprend; elle a donc j
également lieu par rapport au corps
humain , & à chacune de fes parties.
2°. Pour qu’il arrive du changement
dans lamafle ou le volume d’une partie,
il faut néceflairement que les parties
tant folides que fluides changent de pla¬
ce. Mais comme ces parties tiennent
à la place qu’elles occupoient , par des
fibres continues , qui ne peuvent s’al- 1
longer , fe rompre ni fe plier , à moins
qu’on ne leur fafîe violence , & que les
places voifînes dans lefquelles elles
paflent , font occupées par d’autres
parties, qui, comme nous l’apprend
l’anatomie , réfiftent à leur propre dé¬
placement, il s’enfuit que la mafte &
le volume de la partie ne peut chan¬
ger , qu’on n’emploie des forces plus
grandes que cette double réfîftance,
& capables de la furmonter.
3^.. Tous les*fluides du corps hu¬
main font vifqueux, & réfiftent d’au¬
tant plus au mouvementjque leur frot».
tement
Theorîe DES Vices*. 385
tement dans les vaiffeaux où iis clrcu-
îent eft plus confidérable : or le frotte¬
ment €& très-fort dans les petits vail-
feaux capillaires , & la preuve en efl ,
qu en foufSant bien fortement , on a de
la peine à en faire fofîir une bulle d’air ,
ou une goutte d’eau qui j eft entrée,:
Gomme donc pour produire les tu¬
meurs proprement dites , il faut que
les fluides paffent d’un vaifleau capil¬
laire dans l’autre , & qu’ils ne peuvent
s’infinuer dans ceux qui font pleins,
qu’ils ne furmontent l’élaflicité & la
contraâilité naturelle des vàiflèâux , il
s’enfuit qu’ils ont à vaincre une réfîïlan-
ce confidérable, &: qu’elle devient enco^
re plus grande, lorfque les parties folides
organiques font offenfées , & obligées
de fe plier ou de fe rompre , pour pren¬
dre une nouvelle figure & ime nouvelle
fituation. On voit donc par là , que les
parties organiques de notre corps ré-
fiftent au changement de leur figure ,
de leur fituation & de leur volume,
23. ScHOLiE. Il y a dans les parties
de notre corps deux fortes de forces
réfiftantes , favoir , celle par laquelle
nos fibres réfiftent à tout ce qui tend
à les allonger, &; font effort pour fet
Tome 4 R
3S(3 C L A s s E I.
raccourcir , on lui donne le nom d’e- '
dapcité ou de contraftiliîé; & l’autre
ceilé qui les empêche de fe romore
lorfqu’on les allonge , & on. l’appke
ténacité. L’obfervation nous apprend
que ces forces font de diverfe nature ,
& l’on remarque en effet que les chairs
des animaux , des fem.eltes , fur-tout
îorfqu’elles font vieilles , font peu élaf-
îiques, quoiqueirès-tenaces , de forte
qu’à cela feiil on peut diflinguer aifé-
ment la chair de brebis de celle du
mouton. On remarque Encore que les
cuirs , quoique mous & fiafques, &
prefque fans élafficité, font néanmoins
extrêmement tenaces , au lieu que le
verre eft très-élaftique & fort fragile;
par où l’on voit qu’il y a beaucoup de
d:ifFérènçe entre l’élafticité & la téna?
cité.
24. Ces deux forces , toutes chofes
étant d’ailleurs égales, fontdans les par-^
lies de même diamètre , comme les
quarrés de ces mêmes diamètres, ou
comme le nombre des fibres , de forte
que la réfiftance eft d’autant plus gran-.
de , que les parties font phis groffes.:
25. ScHOLiE L La ténacité abfolue
des parties du corps humain varie fui-;-
Théorie DES Vices. 387
vant le tempérament , i’âge &:lefexe.
Elle eft plus grande dans les animaux
adultes & vieux , ainfi que les Cuifi-
niers le favent; elle eû moindre dans
les jeunes qu’on engraiffe , qu’on nour¬
rit délicatement , & qui font peu d’e¬
xercice. La peau , les ligamens , les ten¬
dons, les membranes ont plus de té¬
nacité que les autres parties molles.
Les parties les plus molles & les plus
tendres font, le cerveau, le cervelet,
la moelle épiniere , la rate : le poumon
& la veille font mous & tenaces ; les
arteres, les inteftins , Ja matrice , les
reins font fermes & tenaces ; le pan¬
créas & le foie font durs fragiles.
16. ScholieII. Une courroie cou¬
pée en long dans la peaü' d’un homme
vingt-quatre heures après fa mort , &
qui a une ligne quarrée de leâion , peut
foutenir làns-fe rompre plus de deux
cents livres , conme je l’ai éprouvé
moi-même.
■ La ténacité du ventricule de L’hom¬
me , ainfi que M. Haies &C moi l’avons
éprouvé , ne paffe pas trente livres ;
mais celle des arteres e& très-grande.
■ Si l’on prend im pied de veau ds
quatre pouces de circonférence , eu
388 Classe I.
fuppofant que l’épaiffeur du périofte
foit d’une demi-ligne , fa feûion tranf-
verfale fera de douze lignes; or elle a '
foutenu , fuivant l’expérience ii de 1
M. Haies , rapportée dans VHémaJla-
tique, quatre cents trente-une livres
avant de fe rompre , au lieu que la
fymphife feule , dépouillée de fon pé-
riofte , n’en a foutenu que cent dix--
huit , quoique fa furface fût de cent
quatre-yingt-deux lignes; d’où l’on voit
que la ténacité de la fymphife eft 3,
6 fois plus petite que celle de la peau.
2.7. Les réfiftances des fibres aux
forces qui tendent à les rompre , font
en raifon fimple de leur denfité. ; .
2.8. Les parties font d’autant plus
denfes:, qu’elles contiennent un plus
grand nombre de fibres de même ef-
pece dans un efpace déterminé. Par
exemple , la raifon pour laquelle la chair
du mufcle efi: moins denfe que celle du
tendon , efi: que fa fedion tranfverfale
contient moins de fibres longitudina¬
les que fon tendon. En effet, l’expé¬
rience nous apprend qu’il faut moins
d’effort pour rompre un faifceau de
chair mufculaire , qu’un faifceau de ten¬
ions de même dkmetre , ôc lairaifpa
Théorie des Vices. 3S9
'Cn eft qu’il y a un plus grand nombre
-de fibres à rompre dans un tendon ,
que dans un faifceau de chair de même
epaiffeur.
19. L’expérience nous apprend que
le ventre du mufcle a la même téna¬
cité que fon tendon , & que les mufi-
des fe rompent aufii facilement dans
leur ventre que dans le tendon , parce
qu’ils contiennent tous deux un même
jiombre de fibres également fortes.
30. On apprécie la flexibilité & la
duàilité des fibres direôement par 4e
plus ou moins d’allongement qu’elles
îbufFrent inverfement & par la force
fle la puiflance qui tend à les allonger;
d’oii il fuit que la contradilité des chairs
& des tendons efl: d’autant moindre ,
que la même force les allonge davan¬
tage dans un efpace de temps limité.
La contraftilité des parties de notre
corps efl; en raifon inverfe de leur lon¬
gueur.
32. En effet, l’expérience nous ap¬
prend qu’une même force allonge d’au¬
tant plus les cheveux , les cordes des
inftrumens , les lanières de peau , que
leur longuetir naturelle eft plus grande,
& que par conféquent ils forment ua
390 . Classe I ^ 1
Ærc d’autant plus grand fous la force
.qui les plie : or , plus les cordes s’ai-
longent par les mêmes poids , moins
elles ont de contraâilité ; donc la con-
traâilité des parties eft'en raifon in-
-verfe de leur longueur naturelle.
33 . Si Ton allonge un cheveu long
d’un pied de la longueur de deux li¬
gnes par le moyen d’un ppids , d’une
.once, il ne s’allongera que d’une ligne
s’iled deux fois plus court & qu’il foit
.tiré par le m.ême poids.
34. La contractilité des parties du
corps humain eû proportionnée à leur
tendon. ...
35, Cette propodtion etl vraie , quoi-
... qu’on la combatte dans les Ecoles-; car
il l’on allonge une laniere ■ de peau
humaine en y attachant fucceffivertent
différens poids , l’on verra qu’après
s’être allongée autant que fa nature le
lui permet , plus on s’efforce de l’al¬
longer davantage , & plus il Faut de
force pour le faire ^ ou, ce qui revient
au même , plus elle fait d’effort pour
fe raccourcir. Mais cet effort qu’elle
fait pour fe raccourcir , n’étant autre
que fa contraâilité ou fon élafticité , il
s’enfuit que la contractilité des parties
Théorie DES Vices 391
çft proportionnelle à leur tenfion»
36. On dit tous les jours dans les
Ecoles que les fibres ainfi tendues per¬
dent leur ton , & cependapt on les
fiippofe encore tendues, ce qui efi: con¬
tradictoire. En effet, dès qu’une fibre
perd fon ton , elle fe lâche ou elle fie
rompt ; & dans l’un & l’autre cas , il
n’y a plus de tenfion ,. ou du moins
elle n’e fi: plus la même, & par confé-
quent il refie également vrai que l’é-
lafticité des fibres augmente à propor¬
tion que leur tenfion efi plus forte.
37. Expérience. J’ai mefuré dans un
cadavre récent une laniere de peau lon¬
gitudinale de la longueur de trois pou¬
ces , & parallèle à l’axe du bras , que
j’ai m.arqués avec trois lignes noires ;
je l’ai enfuite diflèquée & détachée du
refte.de la peau. Elle s’efi raccourcie
d’elle-même d’un pouce ; mais l’ayant
enfuite fufpendue , elle s’efi: allongée
par fon propre poids jufqu’à 28. 3 li¬
gnes ; il fuit de cette expérience que
la force de contraâilité qui réfide dans
un cadavre peut raccourcir un mor¬
ceau de fa peau d’un tiers de fa lon¬
gueur naturelle.
38. Expérience, J’ai pris dans un au-
R iv
592. C L A s s E î.
-tre cadavre & en ufant des mêmes pri-
cautions , trois lanières d^égale largeur,
& dans la même diredion du corps. !
Avant la ^diffedion , la première avoit
5*3 lignes; la deuxieme, 70, & latroi-
« eme , 46 ; & après qu’elles ont été !
^détachées , elles ont eu 71. 2 , 53. 6,
35.6.
11 fuit de là , comme il eft aifé de
s’en convaincre pour peu qu’on y faffe |
attention , que les raccourciffemens des
lanières de même largeur, font pro¬
portionnels à leurs longueurs naturelles.
39. 11 fuit encore de là que la con-
tradiüté de la peau varie dans les dif-
férens cadavres ; car dans le premier,
la contradion étoit a la longueur com¬
me I à 3 , & dans ce cas- ci , comme
3 à 10 , ou comme 133.3; mais il
faut avouer que dans des mefures auffi
délicates , il peut aifément fe gliffer une
erreur d’une demi-ligne.
40. Expérience. Ayant pris une la¬
nière de 36 lignes , mais qui s’étoit rac¬
courcie à deux ponces par la diffec-
tion , i y ai attaché un poids , qui lui
a fait reprendre fa première longueur
de 36 lignes. J’y ai enfuite attaché des
poids égaux dans des intervalles pareil- ,
Théorie DES Vices. 393
lemeat égaux , & elle s’eft allongée ,
comme il efl marqué dans la table fui-
vante. La laniere avoit 6 lignes de lar¬
ge , & je Pavois tirée d’un cadavre,
humain.
Poids fuf
Allongement
fendus»
en lignes dé-^
cimales»
I.
4*
2.
7-
3-
9-
4‘
10.
5-
12.
6.
13-
7-
8.
18.
9-
19.
10.
19.
1 1.
20.
12.
21.
13-
23.
R Y
3 ^4 C L A s s :e I. .
Poids fufpen- Allongemènt
dust
en lignes ài-
cimahs^
14^
24.
î5-
- - '^24,'- ■
1 6.
17.
26:
18.
27.
19.
27.
xo.
■ 28.
41. Ayant fufpendir à cette îaniere
ïin poids de 1 34 drachmes , elle ne s’eft
allongée au-delà de trois pouces ^que
d’un doyuzieme de fa longueur naturelle.
43. Les premiers poids ont pro¬
duit un plus grand allongement dans
îa Ianiere , qù’après qu’-elle a été ten¬
due davantage ; le preipier , qui étoit
de 633. 3 grains , l’a allongé de quatre
parties décimales d’une ligne , au lieu
qu’un poids décuple ne .l’a point allon¬
gée de 40 parties décimales, mais feu¬
lement de 19 ou 20 de ces parties, de
Théorie des Vices. 395
forte qu’elle s’eft deux fois moins al¬
longée ; un poids 20 fois plus grand
ne l’a pas allongée de 80 parties, mais^
de 28 , de forte que fon allongement
a été alors prefque trois fogs moindre
que l’augmentation du poids.
44. Les lanières de peau humaine
s’allongent à la vérité par le moyen
des poids qu’on y append , mais en
.moindre raifon que les poids ou le^
forces qui agiffent fur elles; de maniéré
que pour les allonger du double , il
faut une force décuple , & pour les
allonger fept fois davantage , une force
vingt fois plus grande.
45. Expérience. J’ai attaché des che-^
veux & des crins à une planche ver¬
ticale , & y ai fufpendu des poids ,
& au bout de quelque temps , je ne
les ai trouvés allongés que d’un vingt-
cinquieme; ils ont refté dans cet état
aulE long-temps que le thermomètre
& le baromètre ont été fixes , mais ils
s’allongeoient lorfqu’il furvenoit de
l’humidité ôc de la chaleur , & fe rac-
courciiToient dès que le temps -fe met-
toit au fec & au froid.
39« C L A s s E I.
fibres étant une fois diftendues par uné î
force quelconque , fe lâchent d’elles* î
mêmes dans la fuite du temps; caries
fibres ne s’allongent en foutenant tou¬
jours le même poids , que parce qu’elles
.deviennent plus lâches.
47. Il fuitencore que les fibres fim-
ples des animaux , quand elles ne font
pas îorfes , fe relâchent lorfque l’air
efi chaud humide , & fe raecourcif-
fent lorfqu’il efi froid & fec.
48. On voit par là d’où vient que
îa douleur du phlegmon diminue avec
k temps d’elle-même, quoique le temps
ne change point, & c’eft parce que.
les fibres fe relâchent.
49. On voit encore d’oh vient que
la douleur que caufe îa tenfion des par¬
ties augmente lorfqu’il fait froid & fec,
& diminue à l’aide des fbm.entations
chaudes & humides.'
50. On ne fauroitlire avec trop d’at¬
tention les expériences que le Doâeiir
Brian Rohînfon à faites touchant îa ver¬
tu qu’ont les remedes de relâcher ou
de tendre les fibres. Elles fe trouvent
dans fon Traité de V Economie animale^
& je les auroîs inférées ici , fi j’avois
eu occafion de le faire moi-même*
Théorie des Vices. ^97
51. Expcrkncc. J’ai pris l’artere ca-
TOtide d'un chien nouvellement tué ,
& j’ai mefuré dans fa longueur 17. 7 li¬
gnes, mais elle n’a eu que 12 lignes
après qu’elle a été détachée du corps.
Je l’ai enfuite allongée par le moyen
d’une machine , iufqu’à ce qu’elle ait
caffé dans le milieu ; mais un peu avant
de fe rompre, elle avoit 55 lignes, ou
le double de fa longueur naturelle. J’ai
répété deux fois la même expérience
fur des arteres & des veines.
52. Corollaire. Avant de pou¬
voir rompre une artere en l’allongeant
peu à peu pendant quelques minutes ,
il faut employer une force fuiSfante
pour doubler fa longueur ; cette force
ell très-grande , mais très- difficile à dé¬
terminer. Comparez les expériences
(i6.)
53. Il fuit encore qu une artere peut
s’allonger fans fe rompre dans un temps
frès-çourt, quoique fa feftion devienne
quadruple de ce qu’elle étoit naturel¬
lement , vu , comme je l’ai expérimenté
moi-même , qu’on peut allonger du
double les ^res circulaires , avant
qu’elles caffent.
54. J’ai fait la même expérience fut
^98 C L A s s E I. ^
la peau & fur l’artere carotide. Elles 1
avoient dans le cadavre , avant i’ex- !
tenfion , trois pouces, que j’eus 'foin
de marquer avec de l’encre. Elles Val-
longerent jufqu’à 6 pouces, & elles
cafferent; & leurs morceaux fe raccour¬
cirent fi fort , qu’ils n’avoient enfemble
que trois pouces , ce que je .n’aurois
pu croire avant l’expérience. *
55. Il ne s’enfuit pas de là que les
fibres ni les vailfeaux confervent leur
élafiicité , après avoir été tendues au-
îant qu’elles peuvent l’être , à moins
qu’on n’ait égard au temps employé à
les difiendre ; car il efi certain que fi
la difienfion dure affez de temps pour
que le fuc nourricier puifle remplir les
interftices que les fibres difienduès laif-
fent entr’elles , la fibre fe relâche , &
fait un moindre effort pour fe contrac¬
ter , comme cela paroît par i’incifion
qu’on fait aux anciens anévrilmes.
56. Expérience. Ayant pris un cada¬
vre récent & un animal en vie, je fis
à l’un & à l’autre avec le même inffru-
ment des plaies égales , les unes tranf-
veriales , & les autres longitudinales ,
ou dans la direâion des membres ,
i’obfervai que les levres des plaies s’é-
Théorie des Vices. 399
îoignerent l’une de l’autre, d’abord fort
promptement , & enfuite plus lente-
jnent, jufqu’à ce qu’elles fiiflent en équi¬
libre. L’ouverture de la plaie Longitu¬
dinale éîoit à celle de la tranfverfale
dans le rapport de 5 à i x.
57. Corollaire. Les plaies s’ou¬
vrent proportionnellement à. la tenfioxî
.des fibres qui ont été coupées , & par
conféquent la tenfion des fibres longi¬
tudinales de la peau eû à celle des
tranfverfales dans le rapport de ix à
5, c’e fl;- à- dire de plus du double'. J’ai
une fois obfervé dans les arteres que la
ienfion étoit k même dans les .libres
tranfverfales, que dans les longitudi¬
nales.
58. Expérience. Ayant pris un chien,
je lui découvris des deux côtés le muf-
cle extenfeur de la jambe , je lui en
coupai un avec des cifeaux , l’anim.aî
vivant, il fe raccourcit du tiers. J’a-
vois déterminé . fa longueur avec des
aiguilles que j’avois fichées dans les
tendons à égale diftance dans les deux
mufcles. J’effayai la même chofe dans
l’autre mufcie après que l’animal fi^
mort, ou une heure après que le coeur
eût ceifé de battre , Ôe la réîiaitiou fui:
. enüéiement la même, , .
400 C L A s s E î. 1
^9. Ceux-là donc fe trompent qva j
prétendent que l’élafticité ceffe du mo¬
ment que l’animal expire , & ce fenti- 1
ment loin d’être fondé fur l’expérience,
eft une erreur hafardée pour appuyer
leur fyftême.
60. Expérience rP Alexandre Stwardy j
que j’avois faite plufieurs années avant
lui dans l’amphithéâtre du Doâeiir Di-
vifard. Je difféquai dans un chien vi¬
vant , l’artere , la veine & le nerf qui
les accompagnent dans le cou , je lis
la même choie dans la jambe , & liai
leur faifeeau dans différens endroits
avec du fil. La diftance- entre les liga¬
tures étoit de zy. 7 lignes ; je coupai
leur faifeeau en travers , oC voici ce
que j’ohfervai , - • '
L’artere coupée avoit 11 lignes.
La veine, 13. 3.
Le nerf, 14. 5.
■ 61. Je fis la même expérience avec
des faifeeaux femblables, pris dans le bras
■& la jambe d’un homme afciîiqué qui
'^voit les pieds enflés , & qui étoit mort
depuis neuf jours, chaque faifeeau avoit
^ pouces avant que je le coupaffe;
Mais l’artere coupé avoit 4 p. I lign.
La veine, 4. i.
Le nerfj 5* 5. 5^
/ Théorie DES Vi CES. ^oi
6î. Il fuit de la première expérience
que. dans les animaux vivans , la ten-
fion de l’artere efl à celle du nerf,
comme 15. 7. à 3. 2.
La tenfion de l’artere à 'celle de la
veine, comme 15. 7. à 14. 4.
La tenfion de la veine à celle du
nerf, comme 14. 4. à 3. 2.
63. Il fuit de la fécondé que la ten¬
fion de l’artere efl: à celle du nerf dans
un cadavre , comme 23. à 8. 5.'
Celle de la veine à celle du nerf,
comme 23. à 8. 5.
Celle de l’artere à celle de la veine
comme 23 à 23.
64. Corollaire. Dans ce cadavre,'
le nerf eut au bout de neuf jours la
même élafticité que dans le chien vi¬
vant.
65. Corollaire. Dans les anciens
cadavres , les arteres & les veines fe
relâchent davantage à caufe de leur
tunique mufculaire. Les mufcle? dans
ces mêmes cadavres , ont à peine la
douzième partie de leur éiafiicité na¬
turelle.
66. ScholieI. Comme les payfans
Ont la plante du pied extrêmement
dure & calleufe , les plaies qu’on y fait
401 Classe!.' ^ ^
ne s’ouvrent point, ou prefqué point.’ \
La même chofe arrive à celles des jani* ;
bes afFeâées depuis long-temps d’un
œdeme, la peau *fe replie en dedans &
s’afFaiffe, à caufe que la férofitéqui la
foutenoit, & qui rempliffoit lés cellu¬
les adipeuies , s’écoule.
67. Schglie IL La plaie que l’on
fait dans les chairs a la dgure d’un
coin , die efl: plus large dans la peau ,
elle fe rétrécit à mefure qu’elle péné¬
tré , & les lèvres de la plaie fe courbent.
68. Lorfqu’on allonge la carotide ou
une laniere de peau également large
dans toute fon étendue , en la faififfant
avec des crochets, les bords perdent
aitfîi-tôt leur paralléiifme, & font moins
éloignés dans le milieu de la longueur
que dans les extrémités , je veux dire
que les bords s’arquent en dedans. Un
.morceau de l’aorte ainli allongé efl; de¬
venu deux fois plus étroit dans le mi¬
lieu que dans les extrémités peu de
temps avant de fe rompre , & il n’eft
pas difficile de découvrir la raifoi^ mé¬
canique de ce phénomène.
69. Corollaire. Lorfqu’on allon¬
ge des vaiffeaux , des nerfs , ou tels
autres conduits, leurs fonédons fe re-
Théorie des Vices. 403
tréciffent dans le milieu de leur lon¬
gueur à proportion que l’on fait plus
d’ertort pour les allonger , & lorfque
cet effort augmente à un certain point,
ils peuvent devenir quatre fois plus
ctroiîs.
70. Si l’on prend les fibres longitu¬
dinales pour la chaîne J & les tranfver-
fales pour- la trame , pour me fervir
des_ mêmes noms que les TiiTerands ,
•la chaîne dans l’homme eû beaucoup
plus tendue que la trame.
^ 71. Si l’on tend égaîem.ent une toile
en tous fens , les interfiiees augmen¬
teront proportionnellement à la furface
de la toile. Que fi la chaîne ,efi plus
tendue que la trame , ou réciproque¬
ment, les intenfiicës ne feront point
quarrés, mais oblongs.
7 Z. Lorfque les vaiffeaux viennent
à fe dilater , les pores ou les interftices
doivent conferver leur figure naturelle ,
parce que les fibres longitudinales ne
font pas plus tendues que les tranfver-
fales; mais il n’en eflpas de même des
tumeurs de la peau.
73. Expérience. J’ai pris la veffie uri¬
naire d’un jeune hommie mort depuis
peu , y ai adapté un tube de verre
404 Clause I.
divifé par pouces & demi -pouces;
pour pouvoir la remplir d’eau. Elle s’eft
auffi-tôt enflée ; au point que la hau¬
teur de l’eau contenue dans le tube
égaloit la hauteur de la veflie dans foa
fommet, ce qui, félon moi, eft la plus
grande dilatation que puifle fouffrir la
veflie dans un homme fain. J’y ai verfé
enfliite autant d’eau qu’il en falloit
pour qu’elle s’élevât d’un pouce & demi
aii-defllis de ce point , & j’ai entouré
la veflie d’un fil de 145 lignes de long,
dont les deux extrémités fe touchoient;
■il efl; devenu trop court , Sc il s’en fal¬
loit cinq lignes que fes extrémités fe
^ oigniflent. J’ai continué à y verfer de
•l’eau jufqu’à la hauteur de trois pou-
.ces , & les extrémités du fil fe font
écartées de douze lignes & demie , &
ainfifucceflivement, comme on le voit
dans la Table fuivante.
Théorie des Vices. 405
ÿameurs d& V eau
Augmentation de La
âanshtiihe.
circonférence de la
vc£k.
I.p.l
5. lign.
3*
12. 5.
4- î
1(5.
6.
19.
7* 7
21.
9-
23.
10. 1
24.
12.
26.
2(5. 5r
M*
27- V
i(). i
28. ^
. 18. "
29. 5.
30. i
21.
31* 7
22. 2
33-
24.
34.
:2 5- 5*
3)-
27.
3(5.
28. 5.
37*
38.
31. 5-
39-
34.
40.
Et pour lors la velîie s’eft crevée.
3o6 Classe I. “ \
74. Corollaire. La petite circon- |
férence ' de la veffie , c'eft-à-dire, fa
circonférence* trarifverfale , avoit ïorf-
qu’elle fut remplie , & avant de fe dif-
tendre , 145 -lignes ; elle augmenta dans
îa première expérience de 5 lignes,
dans la fécondé de 1 2. 5 , dans la troi-
fieme de 16 , & ainfi de fuite. Mais
comme les -volumes font en même
raifon que les cubes des circonféren¬
ces , ces augmentations furent : ^
Volumes, Forces.
Différences,
1. 491.
3. 652.
4.
5- 3 59-
^5. 979.
6. 539.
7. 077,
2
3
'5
10
15
20
2. -124. 26.
3. 868f i2.‘
4. -488. 12.
5. 048. II.
5. 586.
75. On voit par cette table que les
volumes augmentent avec les forces
qui les diftendent , mais que les pre¬
mières augmentations ont été plus con-
fidérables que les fuivantes , de fc^e
que lorfqu’une force , par exemple ,
produit 2 1 d’augmentation , une force
Théorie des Vices. 407
double ne donne point une augmenta¬
tion de 42 , mais de 38 ; une force
triple , ne donne point une augmen¬
tation de 63 , mais de 44 ; une force
quadruple , non point de 84 , mais de
50, & une quintuple, non point de
io5 , mais de 5 5 , ou de la m.oitié plus
petite.
76. Il y a toute apparence que les
accroiffemens des longueurs des fibres
fuivent le même ordre que les ordon¬
nées d’une courbe logarithmique dont
les abfc!fîes~ font repréfentées par les
forces difiendantes ; mais il faudroit
répéter plufieurs fois les expériences,
& y employer plus de foin , pour
voir fi elles s’accordent avec la théorie.
77. Une caufe interne ne fauroit
occafionner- des tumeurs dans les gros
vaiiTeaux artériels , parce que , comme
le démontre M. Haies dans fon Hémaf-
tatique , leur ténacité furpaffe de vingt
fois la plus grande force du fang qui y
circule. Hcemajîat. experim. 22.
78. Mais il n’en eft pas de mêm.e des
vaifleaux capillaires , parce que la té'e*
nuité & la laxité des parois des vaif-
feaux décroît à proportion que la fom-
me des périphéries - des , ramea\ix
4t^g Classe î.
même tronc eft plus grande que la pé- 1
riphérie du tronc. Comme donc la fom- |
me des circonférences excede de beau- '
coup celle du tronc , à caufe de la
quantité infinie de jyaifTeaux capillaires
qui en fortent , il s’enfuit que la pref- |
lion du fan g étant la même , les vaif- '
féaux capillaires doivent foufFrir une
beaucoup plus grande dilatation que les
groffes arteres. Voyez Théorie^ du
pouls & dt la, circulation , imprimée à
Montpellier en lySz. art. 44. 47.
79. La raifon pour laquelle ces vaif-
feaux, nonobftant leur foiblefle, réfif-
tent à la preffion du fang dans un fujet
fain & ne s’enflent point, efl, que la
prefîion latérale du fang agit d’autant
moins fur eux , qu’ils font plus foibles
que leurs troncs ( théorie du pouls
60. 72.) Lors, au contraire , qu’ils
viennent à s’obflnier , comme le fang
artériel agit alors fur eux avec la même
force qu’il agiroit fur les troncs obdrués
& qu’ils font infiniment plus lâches &
plus flexibles que ces derniers, il faut
néceffairement qu’ils fe dilatent à un
point extraordinaire , comme le mon-*
trent l’obfervation & la théorie du pouls'y
10^ & Juivans,
Théorie h es Vices. 40^
So. Si un morceau de chair égale*
ïnent flexible par-tout , & parfemé de
vaiffeaux capillaires , vient à être tumé¬
fié par k fang qui dilate ces derniers ^
il augmente de volume fans changer de
figure. Mais s’il eft enfermé dans une
capfule flexible qui s’oppofe à fa dila--
tation , pour lors la capfule prend une
fi^re fphéroïdale , parce que fes parois
refiftent moins à fon expanfion dü
côté où elles font applaties, & s’éloi¬
gnent j)ar conféquent plus du centre
que les parties faillantes ; & l’equilibre
n’a lieu , que lorf(^ue toutes les parties
font également âoignés du centre ,
ou que le corps efl devenu fphérique,
La même chofe arrive aux parties du
corps humain , aux mufcles , aux glan¬
des , qui font enveloppées de leur
membrane cellulaire , aufli l’obferva-
tion nous apprend- elle qu’elles pren¬
nent une figure fphérique , lorfqu’ei-
les viennent à fe tuméfier.
8 1. Lorfqu’il n’y a de dilatés que les
vailTeaux de la membrane cellulaire qui
font fous la peau , alors , comme le
fluide qui les engorge , peut fe répan¬
dre dans les environs à caufe de la
communication latérale des cellules
Tome /, ^
410 C L A s s E I.
la tumeur fe répand en tout fens , gj
prend la figure du membre afFefté , &
non point une figure fphérique, ainfi
qu’on en a la preuve dans l’œdeme &
dans l’emphyleme. Il arrive la même
chofe aux vaiffeaux réticulaires de la
peau , ou de telle autre membrane , à
caufe de la communication qu’ils ont
les uns avec les autres fur le tiffu de
la membrane par leur entrelacement
réticulaire , & c’eft ce qui fait que la
tumeur , quoique dure eft toujours
fuperficielle , comme il arrive dans
l’éryfipêle.
82. On voit que le fiege de l’en¬
gorgement phlegmoneùx n’efl: .pas le
même que celui des engorgemens
éryfipélateux & œdémateux. Le pre¬
mier eft dans un efpace folide ,.qui ne
reçoit le fang qvie par un petit nombre
d’arterés divifées en une infinité de
rameaux , d’oii il reflue enfuite dans
un petit nombre de veines , ce qui
fait que la tumeur prend la figure d’une
fphere ou d’un fphéroïde ; au lieu que
les derniers font dans un même plan
réticulaire de vaiffeaux ou de cellules
quiue peuvent prefque point s’élever.
- 83. Les Géomètres nous appren^
Théorie des Vices. 411
nent qu’une toile tendue Sc également
chargée dans tous fes points, fe courbe
pour légère que foit la force qui la
charge, & cek à proportion quejapref-
fion augmente ; êc que fi on lui donne
la forme d’un fac , Sc qu’on la difiende
par le moyen d’un fluide , elle prend
la figure d’une fphère ou d’une ellipfe
( Bernoulli Je motu mufcular, Herman
f horonom. &c.} & il revient au même
que le fac foit rempli d’eau ou d’épon¬
ges remplies d’eau, car la prefilon laté¬
rale ocicafionnée par le gonflement des
éponges fera la même par-tout , & c’efi:
cette égalité de la preffion . qui fait
prendre à la tumeur ühe figure fphéri-
que , lorfque la réfiflance efi: égale
par-tout.
84. On voit par là d’où vient que
lorfqu’il fe fait un engorgement dans
Un petit tronçon de quelque vifcere,
comme du poumon , du foie , quelque
polyhedrique qu’il foit, ce tronçon
s’enfle & prend la figure d’une fphere,
favoir , parce qu’il efi: formé de petits
vaiffeaux capillaires qui reçoivent le
fengd’unfeul tronc, & le verfent dans
une feule veine , & que chaque lobe
«ft enfermé'dâns une capfule cellulairej,
^ii' Classe I.
comme l’anatomie nous l’apprend , ce i
■qui fait que le fang peut fe répandre ^
dans les rameaux voifins enfermés ■
dans cette capfule , mais non point au ;
dehors , de maniéré qu’il lui arrive la
même chofe qu’au jfac polyhedrique
rempli d’éponges mouillées , lequel
prendroit une figure fphérique , à moins
qu’il ne fût entouré d’autres facs dont
la force & la dilatation augmentaffent
également.
85. On peut conclure de là , fi je ne
me trompe , que les tumeurs fphéroïdes
font celles , dont la fubftance efi: enfer-
mée comme dans un fac, ou dans un I
kyfie , comme le font toutes les glan¬
des & les yifceres compofés de glan¬
des au" lieu qüe lès tumeurs éryfipé-
lateufes ëz œdémateufes fe' forment
dans des vaifFèaux ou des cellules éten¬
dues comme une toile , &c qui par con-
féquent ne font bornées par aucune -
enveloppe.
86. Les veines fituées à égale dif-
tance du cœur , ont non- feulement
deux fois plus, de capacité que les artè¬
res qui les accompagnent, mais , com- .
me nous l’apprend l’obferyation , elles
|)nt leurs &res circulaires beaucoup
Théorie des Vic-e^. 415*
plus duâiles que les arteres ; ce qui
èit qu’à raifon de la ténuité de leurs
parois, les veines dont le diamètre eft
égal à celui des arteres , peuvent être
diftendues par la force du fluide qui y
circule un tiers de plus que les arteres
(Théorie du pouls , 17 jufqu’à 20. )
il fuit de là que les tumeurs formées
dans les vifceres qui ont beaucoup de
veines , peuvent grofSr davantage que
dans ceux qui fontcompofés d’arteres»
& fe dilater confidérablement , lorfque
l’engorgement pafTe des arteres dans
les veines , ainfi qu’il paroît arriver dans
l’odontalgie catarreufe ; en effet , dès
que la matière eft cuite , & qu’elle
devient fluide , les joues s’enflent , ôc
la douleur s’appaife , parce que les vei¬
nes font d’un tiffu plus lâche & moins
fenfible que les arteres.
87. Les parties ont d’autant plus de
peine à fe tuméfier , qu’elles ont plus
de contraéfilité ( prop. i. n. 23 ); &
comme cette contraâiîité efl d’autant
plus grande (§. 24.) que les parois des
vaiffeaux & des conduits ont plus d’é-
paiffeur , il s’enfuit que plus les mem¬
branes que l’on veut diftendre font
épaiffes, moins leur enflure efl grande.
414 Classe I. ^ j
Par exemple , il ell certain qu’il fe for. '
me quelquefois des congeftions con-
fidérables dans les conduits offeiix, qiy
ne peuvent vaincre la réfiftance que
km; oppofent les parois , & de là vient
qu’il ne fe forme aucune tumeur; au-
lieu que la moindre preffion latérale
fuffit pour dilater confidérabiement les
vaiffeaux -lymphatiques.
88. Plus les membranes qui entou¬
rent les vaiffeaux & les vifceres font
denfes &; compaâes , plus il faut de
force pour furmonter leur contrac¬
tilité 5 & pour les tuméfier,; & de là
vient que les arîeres de même épaif-
feiir que les veines , ayant deux ou
trois fois plus d:e fermeté que ces- -der¬
niers , réfifient davantage à la preffîon
interne , & ont plus de peine à fe
tuméfier.
89.11 s’enfuit donc que les réfiîlanees
que les parties oppofent à leurs intu-
mefcence , font en raifon compofée
de l’épaiCeur & de la denfité des mem¬
branes qui compofent kur mafl’e &
leurs vaiffeaux , &c qui les envelop¬
pent. Comme donc la rate eff celui de
tous les vifceres qui eff le moins con¬
traint, &; que fon tiflli eff extrême^
Théorie des Vices. 415
ment lâche & mou , elle peut devenir
d’une groffeur immenfe ; autant que
la capacité du bas- ventre peut le per¬
mettre. Les poumons font refferrés à
un certain point par la poitrine , mais
leurs lobes font d’ailleurs affez libres
& d’un tiffu extrêmement ductile ; car
pour-peu qu’ils foient tiraillés , iis peu¬
vent devenir deux fois plus longs qu’ils
ne le font naturellement : d’où il fuit
qu’étant engorgés , ils peuvent fe tumé¬
fier confîdérablement.
90. Toutes chofes étant d’ailleurs
égales , l’enflure de la partie efl d’au¬
tant plus grande entre les limites de fa
ténacité , qu’on fait plus d’effort pour
la diftendre ; mais cette enflure croît
cependant en m.oindre raifon que les
forces qui la diftendent (75.)
9 1 . Si un vifcere grofîit au commen¬
cement du double à l’aide d’une force
comme 2 , il ne peut groflir du triple
que par le moyen d’une force cinq fois
plus grande ou comme 10, ainfi qu’on
le voit par la table (74) ; d’où il fuit
qu’un vifcere étant une fois tuméfié ,
il ne peut fe tuméfier davantage fans
des douleurs atroces , vu qu’il faut une
force beaucoup plus grande que celle
4i6 C l a s s e L I
qui répond à cette nouvelle intumefir
cence; & comme cette force éprouve 1
une réiiflance égale , & que la diften- ^
fion ne peut augmenter que les dou¬
leurs n’augmentent à proportion , la 1
tumeur une fois formée ne îauroit aug¬
menter dans les vaiûeaux de même 1
elpece , qu’il n’en rélulte des douleurs |
très-violentes. |
92. La dureté & la rénitence de la i
partie augmentent à proportion que
îatumeurgro Ait, eu égard aux parties s
qui fe diftendent. Car la tumeur croît
en moindre raifon que les forces qui
caufent la diftention ; & comme la
«Mention augmente en raifon direâe
de la force didendante j & en raifon
inverfe de l’allongement , il s’enfuit que
fi la force diftendante augmente en
plus grande raifon (jue l’allongement
des fibres, la dureté & la rénitence
de la partie doivent augmenter.
93. ScHOLiE. Lôrfque la fibre s’al¬
longe proportionnellement à la fome
qui agit fur elle , fa tenfion eft moins
grande que fi elle s’allongeoit en moin¬
dre raifon , comme chacun peut aife-
ment le concevoir.
94. Plus la fibre approche du dernier
Théorie DES Vices. 41^'
terme de fa tenfion , plus elle appro¬
che aufîi de celui de fa ténacité qui eft
le même , & par conféquent plus la
dureté & la rénitence de la tumeur qui
fe forme, ou ce qui efl le même, fa ten-
fion augmentent , plus la rupture &
l’hémorragie qui en efl; la fuite font à
craindre , & il en réfulre une inflam¬
mation fylb-ophique , & même un
fphaceîe.
95. Pour prévenir dans ce cas le
fphaceîe , il faut prévenir la rupture des
vaifîeaux par des émolliens ; il efl vrai
que la tumeur groflira , mais la rupture
fera moins à craindre que lorfque les
fibres confervent leur rigidité & leur
tenfion , $c que la force diflendante
continue d’agir.
■ Un autre moyen de prévenir le
fphaceîe en pareil cas , c’efl; d’aflbiblir
la force diflendante par des faignées
réitérées & par une dieté légère.
96. Lors donc que les tumeurs
phlegmoneufes ou éryfipélateufes font
craindre une gangrené , il efl double¬
ment plus fur d’amollir les fibres par
des potions & des fomentations dé¬
layantes , & de diminuer la force du
fang qui caufe la diflention , par un^
4i8 Classe I.
dicte légère & des évacuans , que
d’employer feulement l’un ou l’autre
fe cours*
97. On appelle remedes repereuf-
fifs ceux qui en condenfant les fibres
& coagulant les fluides ^ empêchent
les tumeurs inflammatoires de groflir, ,
..Cependant , comme l’accromemeni
de la timieur inflammatoire , tant
que les forces diflendantes du fang
fubfiftent , efl: moins dangereux que
fa rupture , &: que ces remedes ren¬
dent fon extenfioH plus difficile, ils’en-
,fuit que les répercuffifs font exttême-
ment nuifibles dans le cas*en qüeflion.
98* 11 fuit du corollaire 46^ que la
tenfion des fibres du corps humain
diminue d’elle-même avec le temps ,
de maniéré que la tenfion & la doi>
leur du pblegm.on , à moins qu’elles
n’augmentent journellement , dimi¬
nuent & deviennent plus fupporîa-
bles. Il vaut donc mieux attendre ,lorf-
qu’on le peut , & empêcher que la
tenfion n’augmente ^ car le temps
améliore l’état du malade , lors fur-tout
.qu’on emploie les remedes conve*
nables*.-
99* U fuit du corollaire 47 que l’air
, Théorie des Vices. 419
chaud & humide relâche les fibres ;
& comme la relaxation efl fouvènt
utile dans le phlegmon , il faut faire
humer au malade un air chaud & hu¬
mide , ou , ce qui revient au même ,
appliquer fur la tumeur des fomenta-
„tions chaudes & émollientes.
- 100. L’expérience nous apprend que
les parties du corps humain peuvent
s’enfler à un point extraordinaire fans
en fouffrir & fans fe détruire , pourvu
que l’expanfion fe faflé peu à peu,
ainfi qu’on le voit dans la groflefTe ,
l’afcite , le bronchocèle &c. Mais à
proportion que la partie engorgée s’en¬
fle , les interflices des tuniques fe dila¬
tent ( 7 1 ) ,, & pourvu que la tenfion
ne croifTe point à proportion , elles
croifTent comme le tout ; or les vaif-
feaux venant à fe dilater , les fluides
qui les engorgeoient , trouvant le paf-
fage plus libre, continuent leur cours,
& c’efl; la première voie qui conduit
à la réfolution. Les orifices des vaif-
feaux excrétoires de la peau , & les
interflices des yaifleaux étant une fois
dilatés , les matières diflbutes peuvent
s’écouler , fe difliper par la tranfpira-
tion, ce qui détruit l’engorgement , ôc
410 Classe I.
c’eft la fécondé voie de procurer ^
réfolution.
I O I . Il ne faut pas toujours craindre
que les parties , qui ont été extraordi-
nairement diftendues ne reprennent
point leur premier volume après que
l’engorgement efl: détruit ; car l’expé-
riençe nous apprend que les parties
font extrêmement duâiles Scélaftiques,
vu qu’il y a certains vifceres j la ma¬
trice , par exemple , qui peuvent ac¬
quérir mille fois plus de volume fans
perdre leur élafticité , fe dilater de
temps en témps^extraorcHnairement,
& fe refferrer de nouveau.
I02L. Il y a cependant des parties
dans le corps humain , comme les ma¬
melles , la peau des aînés , des parties gé¬
nitales , du vifage , des paupières, fi peu
élafiiques , qu’après s’être fecilement
dilatées & allongées , elles ne repren¬
nent plus aifément leur premier ton »
de maniéré que les Anatomiftes les dif-
tinguent aifément des autres en y en¬
fonçant l’aiguille , comme on le prati¬
que *à l’égard des cadavres dont on a
été les entrailles &L dont on recoud la^
peau ; car j’ai remarqué afi'ez fouvent
les parties dont on a parlé ci'd.eflus
Théorie des Vices. 4tt
font plus aifées à percer , que la peau
du dos , des bras & des autres parties.
103. Les tumeurs qui fe forment
dans les parties du corps humain qui
étoit auparavant fain , font occafion-
nées le plus fouvent par l’effort des
parties fluides, qui dilatent & gonflent
les parties contenantes.
104. Les tumeurs font caufées par
les fluides enfermés dans les vaiffeaux
ou réfervoirs , & ceux-ci , tant qu’ils
confervent leur élafticité , font effort
pour fe contraâer; mais lorfqu’ils vien¬
nent à s’enfler, ils fe portent en dehors
de tous côtés : comme donc il n’y a
que les fluides qu’ils contiennent qui
puiffent les preffer ainfi dans tous les
fens , il s’enfuit que les fluides font les
feuls inflrumens qui puiffent occaflon-r
ner une pareille enflure.
105. On remarquera cependant que
le poids feui des fluides ne fatiroit oc-
cafionner ces fortes de tumeurs , la
colonne du fluide qui preffe deffus n’é¬
tant point affez haute pour leur impri¬
mer la force néceffaire pour cet effet,
à moins que les parties continentes ne
perdent toute leur élaflicité. Il faut
donc chercher la force de ces fluide^
dans une autre fource.
412 C L A s s E I. 1
î o6. Il y a dans les premières -voies 't
des fluides extrêmement élaftiques &
difpofés à fe raréfier , favoir , Pair, le
vent , qui peuvent fe raréfier par la i
chaleur , la putréfaûion , la fermenta¬
tion , au point de difliendre confidé-
irablement les membranes ambiantes,
témoins la tympanite , les rapports,
l’emphyferne , la pneumatofe , &c. On
doit donc attribuer les tumeurs flatueu-
fes. à la force expanfive de Pair. II y
en a d’autres qui ne recohnoiflent pour
.caufe que la force dufang, ouPadion
de la lymphe , comme le phlegmon ,
l’oedeme. Or comme ces fluides n’onî |
aucun refîbrt fenfible , à moins qu’ils ,
.ne foient échauffés , & qu 'alors même
ils augmentent à peine de la detix-cen-
tieme partie de leur volume ; on ne
fauroit attribuer les tumeurs un peu
.confidérables à leur raréfaclion ; mais
/eulement à l’adion du cœur , fur-tout
à celle du fang & de la lymphe , qui
efl: capable de gonfler les vaiffeaux &
.les membranes qui les revêtent , & de
former des tumeurs confidérables.
107. 'Le fano en circulant, diftribue
le fuc nourricier dans les différentes
parties du corps j or les excroiffances
Théorie des Vices. 413
font formées par un fuc npurricier trop
fondant qui s’y attache & fe durcit^;
& quoique ce lue par fa ténacité fe
convertiffe en chair & en os, ce n’efl:
cependant que par l’aâion du cœur
qu’il fe porte dans les parties & qu’iî
les diftend ; par conféquent ce n’eâ
.qu’aux forces impuliives du cœur que
l’on doit attribuer cette efpece de tu¬
meurs , non point en tant que caufe j
mais feulement comme principe. Si
l’on entend avec Hippocrate par parties
contenues les fluides , & par contenantes
.les parties folides ou membraneufes , il
eft évident que les fluides doivent agir
pour qu’il puifle fe former des tumeurs
dans les parties contenantes d’un hom¬
me fain.
108. Lorfque la force des parties con¬
tenues excede la contraûihté & la ré-
fiflance des parties contenantes , il fe
forme une tumeur, & elle n’a pas d’au¬
tre caufe que cet excès. =
109. La caufe eft ce qui fait conce¬
voir l’exiflence- aftueÜe d’une choie,
& le principe ce qui nous la fait feule¬
ment concevoir comme poflible ( P4-
thoL method. ai /i . ) , ou bie n , la caufe
; efl.ce qui produit un effet , de majiiere
4M C L A s S E I. I
que celiir-ci cefle , dès qu’elle eft ôtée
( Mariottc , Ejfai de Logique ) , & elle
n’eft cenfée telle qu’autant que l’effet
entier lui eû. proportionnel. (
Meckan. 24.')
1 10, Cela étant ainff , il eft certain
qu’il y a un coinbat continuel entre les
parties contenantes & -les parties con¬
tenues du corps bumain , & la preuve
en efl que, pour peu que la réfiftance des
parties contenantes dirninue , celles-ci
s-’éîevent auffi tôt en forme de tumeur;
ainfi , lorfqii’on empêche la pefanteur
de l’air d’agir fur une partie en y appli¬
quant une ventoufe, cette partie s’en¬
fle aufll-tôt , & lorfqu’on coupe la tu¬
nique externe d’uné artere , & qu’on
diminue fa force , les autres tuniques
fe dilatent & forment un anévrifme,
&c. Au contraire , la force, l’élallicité
& la préflion des parties contenantes
venant à augmenter par le froid , un
fpafme , une préflion & par des aftrin-
gens , elles fè reflerrent ; au heu que
tant que l’équilibre fubfifle entre les
parties contenantes & les parties con¬
tenues , les unes & les autres confèr-
vent leur volume. Gr comme on dit
de deux puifiances qui reftenten repos
Théories FEs Vices;
par Toppofition & l’égalité de leurs for¬
ces , qu’elles luttent l’une contre l’au¬
tre , 6c qu’elles s’équilibrent, nous pou¬
vons dire auffi que les parties conte¬
nantes & les parties contenues du
corps humain font dans une lutte ré¬
ciproque & continuelle.
111. Comme donc les parties con¬
tenantes relient en équilibre avec les
contenues tant que les unes ni les au¬
tres n’augmentent ni ne diminuent , 8c
que leurs forces font égales , il s’enfuit
qu’elles ne fauroient fe tuméfier. Lors,
au contraire que la force par laquelle
les parties contenues fe portent au de¬
hors , furmonte la réfiftance de celles
qui les contiennent , il faut néceflaire-
ment que celles-ci s’élèvent & fe tu¬
méfient ; & comme la caufe efficiente
eft ce qui fait concevoir l’exiftence
aôuelle d’une chofe , que celle-ci ne
peut exifler que l’autre n’exifte auffi ,
ni celTer , qu’elle ne ceffe auffi - tôt ;
il eft évident que ce n’efl: que l’excès
de la force des parties contenues fur
celles des contenantes qui eft la caufe
des tumeurs.
1 1 2. On comprend aifément encore
que la tumeur doit augmenter à pro-^
4i6 C l a s s e Î.
portion que la force qui dlftend les ^
parties contenantes eft plus grande,
l’emporte fur leur . réflftance , quelle '
que foit leur force abfolue , & quel- ,
que petite que puiffe être l’énergie des |
contenues , d’où il fuit que la tumeur
ou l’effet fera toujours proportionnel !
à cet excès de forces.
1 1 3 . Il eff évident aufli que fi les
parties contenantes fe dilatent à un
point & avec une vîteffe qui les; ré- |
duife au dernier terme de leur ténaci-’
té , èc qu’elles fe rompent , alors |
i’âàion des contenues ceffe , & les
.fluides qui' en fortent , n’agiffent plus '
fur des membranes que la rupture a dé- ^
truites , &: n’exercent plus aucune force
.fur elles. Mais com.me il ne fauroit y
avoir aucun excès de force là où il n’y
a ni action ni force mutuelle ; il s’en¬
fuit que le vaiffeau , l’anévrifme, ou
telle autre tumeur venant à s’ouvrir,
les fluides n’étant plus retenus par les
folides , la tumeur doit s’évanouir
aufîi-tôt.
114. Dans les excroiffances , les
fquirres & les autres tumeurs de cette
efpece , la tumeur continue lors même
que la peau fe rompt, parce que les
Théorie DES Vices. 417
parties dont la tumeur efl; compofée ne
font point fluides , comme celles dont
on aparléjufqu’ici , mais plutôt folides
à caufe de leur vifcofité & de leur ad¬
hérence avec leurs petits vaifleaux ; or
ces parties ne font point pouflees en
dehors avec une force fuflîfante pour
élever la tumeur , lorfqu’elles font de¬
venues fquirreufes ou folides ; ôc com¬
me les forces qui les chaflent au de¬
hors font trop foibles pour furmonter
leur inertie & leur poids , les parties
fquirreufes & endurcies reftent telles
qu’elles font , vu que c’efl: une loi
qu’un corps refte dans fon état jufqu’à
tant que quelque force fupérieure l’o¬
blige d’en fortir. De plus , fi l’on con-
iidere le fquirre comme compofé d’au¬
tant de tumeurs qu’il contient de vaif-
feaux , & que la partie fquirreufe étant
une fois endurcie, les fluides épaiflis
réfjftent par leur propre vifcofité à l’é-
lafiicité des vaifleaux , & n’ont plus
affez. de force pour les diftendre da¬
vantage, on comprendra que la tumeur
ne doit point augmenter , mais réfler
dans l’état où elle efl. A l’égard de ce
que j’ai dit , que les corps relient dans
leur état, à moins que quelque force
4i8 Classe I. î
extérieure ne les oblige d’en fortir, !
n’en fais point d’autre raifon que la loi j
de l’Univers , ou la volonté confiante i
& immuable de T'Être fuprême.
1 1 5. On appelle effet en général un
phénomène quelconque en tant qu’il eû
produit par fa caufe , & par conféquent
il n’eft autre qu’un changement ; d’où
il fuit que là où il n’y a point de chan¬
gement , il n’y a point d’effet , & que
là où il n’y a point d’effet , il n’y a
point de caufe. On ne doit donc point
regarder comme des effets les chofes
dans lefquelles on n’apperçoit aucun
changement , ni afîigner d’autre caufe
de la perfévérance des corps dans leur
état, tant qu’aucune force extérieure
ne les oblige' point d’en fortir , que la
loi établie dans Tünivers. Voyez les
Princifes Mathém. de Newton , liv. /.
116. Il n’y a point de changement
dans les corps , fans mouvement ; la
caufe du mouvement eft appellée force
motrice^ {ffVolf ijy. Cojmol.') & c’eft
elle qui fait concevoir la tumeur com¬
me polîible ; d’où il fuit que la force
motrice eft le principe de toute tumeur,
qu’elle ne peut exifter , & qu’on ne
peut concevoir qu’elle puifîe fe former
fans ce principe.
Théorie DES Vices. 419
C’efl: ce qui fait que je ne puis trop
m’étonner de la doûrine des moder¬
nes , qui fe difant Mécaniciens , & vou¬
lant tout expliquer dans la Médecine
par le mécanifme , n’alîignent point
pour la caufe des tumeurs , ni le mou¬
vement , ni l’elFort du fang , mais feu¬
lement fon adhérence & fa flagnation ;
ce que tous les Mécanicis^ns ne peuvent
traiter que d’abfurdité parfaite.
117. La ftagnaîion efl: un défaut de
mouvement progreffif, ou le repos des
colonnes de fang qui doivent circuler
dans les vaiffeaux. Mais puifque c’eft
une loi établie dans TUnivers que les
corps qui font en repos ne changent
jamais d’état , ni encore moins celui
des parties voifines , à moins qu’ils n’y
foient forcés , & que s’ils en changent
ce n’efl: que parce qu’ils fe meuvent,
puifqu’on ne peut concevoir aucun
changement dans les corps que par le
mouvement ; il s’enfuit que la ftagna-
tion n’ell point la caufe de l’enflure
des parties , ni par conféquent celle
des tumeurs.
118. La ftagnation d’un fluide dans
un vaifleau n’empêche point que d’au-
^îtes caufes ne purent déplacer les par-
430 C L A s s E !. ^1
ties voifines , & occafionner des tu¬
meurs. Mais comme il n’y a pas moins
de différence entre la caufe & le prin¬
cipe , qu’entre l’aÛe & la puiffance ,
& que la conféquepce de la puiffance
à l’afte ne fauroit avoir lieu ; il peut
très-bien fe faire que le principe de la
tumeur exiffe , fans que celle - ci ait
lieu , je veux dire , que le principe, ne
iiÆt point pour produire une tumeur.
1 19. Il n’y a point de fource d’er¬
reurs plus féconde dans la Médecine,
que cette confufion des caufes & des
principes , & les Médecins auroient
dû l’éviter avec d’autant plus de foin ,
que toute la théorie de leur Art ne
roule que fur la connoiffance des cau¬
fes des maladies. Galien prétend que
c’eft de la connoiffance feule des cau¬
fes & des principes , qu’on doit tirer
les indications curatives , & qûe c’eft
ce qui diftingue les Dogmatiques des
Empyriques. Si l’on confond indiftiric-
tement le principe avec la caufe , il n’y
a rien ~ qu’on ne puiffe afligner pour
caufe d’une maladie , vu qu’il n’y a
prefque rien qui ne puiffe nous la faire
concevoir comme poflîble. 'Dèmocnh
attribuoit la phrénéfie à un tranfpbÀ
Théorie DES Vices 131
de bile dans le cerveau. Polykc , gen¬
dre Hippocrate. , regardoit le vent ou
l’air comme la caufe de toutes les ma¬
ladies {^libro de fl.atïbus') ^ & cependant
il n’y a perfonne aujourd’hui qui ne
reconnoiÔe la fauffeté de ce fentiment.
Que fi la caufe efl: ce qùi fait conce¬
voir une chofe comme pofîible , ou ce
qui concourt en quelque maniéré que
ce foit à la faire exifier ; il efl certain
dès lors , que la bile efl la caufe de la
phrénéfie , & l’air celle de toutes les
maladies. Or ce que je dis de la bile, un
autre le dira des faburres , du fang , de
l’urine , du fluide nerveux ; de forte
que la Médecine n’aura pas plus de cer¬
titude que i’Aflrologie & l’Alchimie.
1 10. Il efl vrai que la flagnation des
fluides efl le principe des tumeurs ,
parce que le fang ^ ne peut s’arrêter ,
pendant que la circulation continue,
qu’il ne réfifle avec la même force qui
le fait arrêter , à celui qui le fuit ; ce
qui l’oblige à s’écarter de l’axe du vaif-
feau, & à fe jeter fur fes parois, ainfi
que nous l’apprenons de l’hydraulique;
card’aftion latérale des fluides efl d’au¬
tant plus grande , qu’ils trouvent plus
de réfiftance & qu’on les pouffe avec
4yi <5 I A s s E l !
plus de force. Mais cette ïlagnation eô
Seulement l’occafion qui fait que le fang
fe jette fur les parois , & ce n’efl que la i
force qui poiiffe le fang contre celiu-
ci qui doit paffer pour caufe eêiciente;
êc cela ed: fi vrai , que , comme je l’ai
pîufieurs fois obfervé', ayant lié une
fois les arteres carotides d’un chien vi¬
vant , une autre fois l’aorte dans fon tra¬
jet par le bas- ventre , & une autre fois
l’artere inteftinale du même animal,
quoique les uns ayent vécu un jour,
éc les autres pîufieurs femaines , je n’ai
cependant apperçu aucune tumeur fen-
fible entre le cœur & la ligature , foit
parce que la preflion latérale qui agit i
fur les arteres , lorfque les forces du '
cœur n’augmentent point, ne doit être
comptée pour rien eu égard à la réfif-
tance des parois des arteres , foit parce
que ces animaux par crainte ou à caufe
de la douleur (ils ne poufîbient aucun
cri , & l’im d’eux avoit un tremblement
continuel) , avoient leurs forces vitales
plus foibles qu’à l’ordinaire. U n’en efi
pas de même des petits vaifieaux qui
font obftrués , par les raifons mécani¬
que dont j’ai parlé (78) ; car la preflion
^érale , quoique la même que dans les
grands J
Théorie des Vices. 431
gîands , rencontrant une moindre ré-
fiiîance de la part des parois qui font
plus lâches & plus minces , furmonte
leur ëlafticîté , d’où s’enfuit la tumeur
par la théorie que je viens d’établir.
121. Mais quoiqu’une obltruâion
précédente foit très-fpuvent le principe
des tumeurs , il eft aifé de démontrer
qu’il furvient tous les jours des tumeurs
fans obftruétion , -ce que les modernes
regarderont comme un paradoxe. Je
vais donc les convaincre de cette vé¬
rité ; &; comme les expériences font
plus aifées à entendre que les raifons
tirées de l’hydraulique , c’ell par elle
que je commencerai.
J’ai adapté perpendiculairement dans
l’urétere d’un cadavre , tout près des
reins, un tube de quelques pieds , dans
lequel j’avois foin de verfer de l’eau ;
elle s’eft auffi-tôt infinuée dans la vef-
fie , & quoique fon fphinâer eût perdu
fon ton , & fût , comme l’on dit , pa-,
ralytique , & que les mufcles des ca¬
davres confervent une partie de leur
élafticité , la veflie s’eft enflée peu à
peu , & il n’en eft pas forti une goutte
par l’uretre , qu’après qu’elle a été con-
fidérablement diftendue. Lors même^
Tome /. T
434 Classe I. s
que Teau Ibrtoit par i’uretre , la veffi-
ne s’eft point dégonflée ; & qui plus
ayant employé un tube plus haut , l’eau i
s’efl: écoulée en plus grande quantité &
avec plus de vîtefle par l’uretre , & la i
veflie efl; devenue en même temps plus |
dure & plus enflée. On voit donc que !
ce n’efl: point le féjour du fluide qui a
fait augmenter la tumeur , puifque le
tube étant plus haut , l’eau fortoit de
îa veflie avec plus de vîtelTe , bien loin
d’y féjourner.
122. J’ai réitéré plufieurs fois la mê¬
me expérience fur le poumon , en adap¬
tant dans l’artere pulmonaire un tube
rempli d’eau, chaude. L’eau s’étant ré¬
pandue dans les veines & dans les
bronches , en a tellement emporté le
fang , que le poumon étoit auflî blanc
que la neige. Perfonne ne dira que ces
vaifleaux fuffent alors plus engorgés
que dans l’état de fanté ; cependant y
ayant fait couler de l’eau par le moyen
d’un tube de trois pieds de hauteur;
le poumon qui étoit d’abord fi fort af-
faifle , qu’il occupoit à peine îa qua¬
trième partie de la cavité de la poitri¬
ne , s’efl; enflé au point de la remplir
entièrement , & même de l’excéder ,
Théorie des Vices. 43^
quoique l’eau fortît à plein jet par les
veines pulmonaires & par la bouche ;
& qui plus eft , m’étant fervi d’un tube
de fix pieds de hauteur , l’eau s’écou-
loit plus vite que le fang ne circuloit
dans le poumon, pendant la vie de
l’animal. *
123. Il paroît évidemment parla,
que les parties peuvent fe tuméfier,
lors même que les vaiffeaux font libres,
& que les fluides circulent avec plus
de vîtefle , & c’efl: vouloir être aveu¬
gle en plein jour que de le nier : on
ne peut pas être infliruit avec la même
évidence par des expériences faites fur
l’homme vivant ; mais tous les Méde¬
cins favent qu’un exercice violent*, la
courfe , par exemple , engorge les pou¬
mons & les fait enfler, comme la dyfp-
née & l’hémoptyfie qui en efl: quel¬
quefois la fuite le prouvent ; les jam¬
bes s’enflent lorfqu’elles ont été refler-
rées par le froid; les fouliers, les ba¬
gues, les colliers deviennent plus étroits
le foir , ce qui a fou vent obligé à re¬
lâcher les boucles qui le matin ne nous
ferroient point trop.
124. L’Hydraulique & l’Anatomie
nous apprennent que le fang étant
T ij
43<5 Classe I.
pouffé avec force dans les ramifications
des arteres, fon frottement contre les
vaiffeaux augmente proportionnelle¬
ment à la force de celui qui le pouffe ,
ou comme le quarré de' la vîteffe im- i
primée ; &c en effet , la réaftion du flui- {
de qui précédé , fur celui qui fuit , eft i
d’autant plus forte , que raâ:ion de ce
dernier eff plus grande ; il n’y a point
de novice Phyficien qui ne fâche que
l’eau que Pon preffe légèrement avec
îa main , cede &c ne fait prefque au¬
cune réfiftanee , mais qu’étant frappée
fortement , elle réfifte comme fèroit un
corps dur , & c’eft là la raifon pour '
laquelle les pierres & les boulets qui
effleurent obliquement la furface de
l’eau, fe réfléchiffent de même que
s’ils donnoient contre un corps dur,
au lieu qu’ils la pénètrent, lorfque leur
mouvement eff moins violent.
115. On voit parla que le fang qui
fe trouve dans les vaiffeaux rie peut
être pouffé par celui qui lui fuccede ,
qu’il ne lui réfiffe , ce qui l’oblige à fe
jeter fur les parois , quoique le premier
continue fon cours ; car les corps qiû
fé meuvent réfiffent à leur accélération,
comme s^Grayefandc le prouva parfait*
1
Théorie des Vices. 457
tement. Les pierres plattes que l’on
jette de biais fur la furface d’une ri¬
vière dans le fens du courant , rejaiî-
liflent autant que celles que l’on jette
de travers , pourvu que leur mouve¬
ment foit plus rapide que celui de
l’eau.
ii6é II fuit de là que pour que le
fang agiffe avec plus de force fur les
parois des vaiffeaux, il luffit qu’il y foit
pouffé avec plus de force.
1 27. Les modernes fe voyant ferrés
de près , difent pour derniere reffource
que cette impétuofité du fang ne fait
qu’augmenter le battement des gros
vaiffeaux , & ne fauroit occafionner
une tumeur confiante ; que cela fuffit
pour tuméfier tout le corps , mais non
point pour faire enfler la partie.
128. Mais cette réponfe eft futile,
vu que l’aclion du cœur venant à augr-
menter , le fang circule avec plus de
vîteffe , foit dans la diaflole des artè¬
res , foit dans leur fyflole ; car les ar¬
tères après s’être dilatées lorfque la
preffion du fang fur elles vient à ceffer
dans la diaflole du cœur , réagiffent
plus fortement fim le fang , & le chaf-
fent avec plus de force; fa vîteffe dans
■438 Classe!.
î’un dz l’autre temps , quoiqii’inégaîe ^
efl: toujours plus grande que la vîteffe
ordinaire , & comme celle du fang ne i
peut augmenter que lés parties ne s’en»
fient du moins-un peu , il s’enfuit qu’el¬
les doivent demeurer enflées tant dans |
le temps de la fyflole , que dans celui j
de la diaftole, ce qu’il Moit d’abord
prouver.
119. Venons maintenant à l’autre
partie de la réponfe. Il confte par les
obfervations du fameux Haller ^ qu’il
y a dans le corps certaines brides ner-
yeufes , qui s’allongent ou fe raccour-
cifîent au gré de l’ame ( que ce foit
volontairement ou naturellement , peu
importe ) , ce qui fait que les vaifleaux
artériels qu’elles environnent devien¬
nent plus ou moins larges. Prenons
maintenant l’orifice de l’artere méfarri-
que, dont le diamètre efl; de trois li¬
gnes , & fuppofons que les brides ve¬
nant à s’allonger , fon diamètre foit de
quatre lignes ; il efl certain qu^le fang
circulera dans fes rameaux avec pliw
de vîtefle qu’auparavant. Pour enfentir
la raifon j on obfervera que le fang en
paflant dû tronc dans les rameaux , ren¬
contre dans la totalité des rameaux.
Théorie des Vices. 430
un efpace plus large ; d’où il fuit qu’il
eft plus prefîe dans les troncs que
dans les rameaux , témoin fon rejail-
liffement , lorfque le tronc eû percé ;
car il rejaillit dix fois plus loin qu’il
ne le- fait lorfque ce font les rameaux
qui le font , ainfi que le prouvent les
expériences hydrauliques de MM,
Carré & Mariotte. On voit par ces ex¬
périences que la dépenfe d’eau qui fe
fait avec la même force par différens
ajutages , eft plus grande qu’elle ne
devroit l’être proportionnellement à
leur grandeur, parce que le frotte¬
ment contre la circonférence fur la¬
quelle la colonne du fluide frotte , ell
plus grande dans les petits vailfeaux
que dans les grands , eu égard au vo¬
lume d’eau qu’ils contiennent; l’aju¬
tage augmentant un peu , la dépenfe
augmente en plus grasde raifon que
proportionnellement aux ajutages, c’eft-
à-dire , qu’elle perd moins par le frot¬
tement , qu’elle ne perdoit lorfque
les ajutages étoient plus petits. Par
exemple , M. Carré obferve ( Mémoire
de l’Académie des Sciences , année
1705 ) que la dépenfe qui fe fait par
un ajutage de z Mgnes z tiers de.
T iy
"440 Classe!.
diamètre , eft double de celle qui
fait par un ajutage qui a 2 lignes de
diamètre , quoique ces ajutages ne
fbient point dans le rapport de 72 à
36 , mais dans celui de 64 à 36.
■ 130. On voit donc que les brides
d’une artere venant à s’allonger > &
les troncs A^oifins à fe refferrer, le fang
circule avec inliniment plus de vîteffe
dans l’artere déterminée, fans que la
force du cœur augmente ; d’oii vient
que certaines parties s’échauffent, s’en¬
flamment & s’enflent , tandis que d’au¬
tres deviennent pâles & froides. Cela
fe remarque fur-tout dans les paflîons
& les maladies de l’ame. Dans la honte,,
par" exemple, les bridés qui entourent
î’artere maxillaire étant lâchées , Sc
lés arteres axillaires fe refferrant par
le moyen du nerf récurrent te fang
que le cœur y envoie fe porte prefque
tout au vifage,& communique une cha¬
leur & une rougeur fubite aux joues ,
parce que le fang afflue avec plus de
vîteflTe dans les artérioles cutanées. Il
arrive la même chofe dans la paffion
qu’excite la pitié , le vifage pâlit ,. mais
il fur vient une chaleur & un tintement
d’oreilles. Dans l’attaque d’apoplexie ^
Théorie des Vices. 441
la tête & le vifage fur- tout s’enfle pour
l’ordinaire , il devient rouge , il fe
bouffit jufqu’à devenir livide ; on y
fent une grande chaleur , les yeux
fàillent hors de la tête , &c. tandis
que les extrémités inférieures font tran-
fies de' froid èc fe retirent.
1 3 1 . On a même obfervé des fievres
partielles ^ entr’autres une fîevre d’un
bras , dont Bonnet fait mention ( in
fepuLckrcto de febrib. ) dont on ne peut
rendre raifon que par ce mécanifme.
On ne peut nier que dans le phleg¬
mon & le panaris , la chaleur, l’enflure
& la pulfatiofl ne foient plus fortes
dans le bras affeété que dans l’autre;
mais comme on ne peut attribuer ces
fymptomes à la flagnation du fang ,
comme je l’ai montré fort au long
dans la DifFertation qui eft à la fin de
mon Hémajiatique , il faut leur afligner
pour caufe l’accélération du fang dans
la partie déterminée.
132. Les principes des tumeurs font
ou une preflion trop forte des parties
contenues fur celles qui les contien¬
nent , ou la réaâion moins forte de
celles-ci fur les premières.
133. En effet, la preflion des parties
T V
44i c L A s s E I.'
contenues fur celles qui les contient
nent venant à augmenter , i! peut arri¬
ver qu’elles furmontent la rélîftance |
des parties contenantes , iorfque par
exemple les forces de celles-ci n’aug- j
mentent point pareillement & récipro*
quement. Ces chofes fuffifent donc
pour faire fentir la poffibiiité des tu¬
meurs , Sc par conféqiient , félon la
définition ( i©9 ) elles en font les prin¬
cipes.
134. Corollaire. Comme dans
l’état morbifique , par exemple , dans
la cachexie , l’afcite , la chlorofe , la
réaâion des folides efi: extrêmement '
foible , & que la pefanteur des fluides |
refte la même ; il peut arriver que la
lymphe, qui efi: plus fluide qü’à l’or¬
dinaire , fe fiépare du fang, fe jette fur
les parties qui ont le plus de pente ,
furmonte leur contraâiliîé , & y cau-
fe une tumeur froide , molle j pâle ,
indolente , & qui conferve l’empreinte
des doigts , ce qui efi une efpece
d’œdeme.
135. Corollaire. SI la lymphe,
la graifle , la mucofité s’arrêtent dans
leurs vaifi’eaux , à caufe de l’union des
parties affluentes avec cejles qui
Théorie dès Vices. 445
font déjà , & que les vaiffeaux ne
puilTent réfifter à la force avec laquelle
ces molécules s’approchent les unes
des autres , non plus qu’à celle de la
colonne fuivante qui les preffe , &
que la petiteffe des rameaux qui for-
tent de ces vaiffeaux , ne permette
point a ce fluide vifqueux de paflTer
plus avant, il augmentera & s’accu¬
mulera dans cet endroit; & s’il fe
convertit en fuc nourricier, & qu’il
fe durciffe , il occafionnera une ex-
croiflance , finon un fqiiirre , ou une
tumeur dure , indolente , pâle de mê¬
me couleur que la peau , & fans élaf-
ticité, Si les vaifleaux lymphatiques
ont été extraordinairement dilatés par
une phlogofe antécédente , ou par une
contufion , ou qu’à l’occafion de la
rupture des vaiffeaux fanguins , le fang
fe foit extrayafé dans les cellules ,
comme ils n’ont prefque plus d’élafti-
cité , le fang s’y arrêtera , y croupira ,
. & dans le premier cas , la partie en¬
gorgée fera rouge , & dans le fécond
livide. Telles font la meurtriflure ,
l’pphthalmie invétérée ffoide, les ta-
çhes Avides qu’on appelle vibicis^ &c.
-, 136. Si la humeur efî circonfcrite^
T vj
1
444 Classe r.
chaude, rouge , douloureufe , puBà,
rive & tendant à la-fiippiiràtion , c’eÆ j
un phlegmon. Si eUe occupe plus d’ef* i
pace,. ou fi une grande partie dé la-
tumeur eÆ rouge , extrêmement dou-
î'oureufe , uniforme , & qu’èlle Blan-
chiffe lorfqu’on la preffe e’eff une
éryjïpeiê ; fi' elle efi: rouge , étendiie ,,
prurigineufe' , fàrineufe >. ihégalê &.
écailleufe , c’eff une- lîerpe y ou une-
dartre. On trouvera plufieurs autres;
genres ôf efpeces de tumeurs a la:
fin de ma Pathologie. Ces dernieres;
font ordinairement appelléës chaudes
à caufe de là chaleur extraordinaire-
qui les accompagne ;; les premières y
de même- que l’emphyféme & lé car¬
cinome , font appellées ffoidèSi-
137. Les tumeurs chaudes ont pour
caufe l’afHuence du fang dans dès vaif-
féaux fouvent obffrués ,, dont la force
efi: plus grande que leur éîafticité na¬
turelle ; les froides viennent au con¬
traire de ce- que là contraâilité des&
vaiffeaux efi: moindre que la force
naturelle dès fluides qui y affluent.
138. La chaleur efi: proportionnelle
â l’aâiion dès particulès ignéès ,
cette aüion, efl la même dans la ma-
Théorie des Vices. 445
cîsne humaine , que l*aâ:ion mutuelle
des fluides &; des folides. Et comme
la réaôion efl: proportionnelle à l’ac¬
tion, la chaleur efl: pareillement pro¬
portionnelle à l’intenfité de leur réac¬
tion ,• lorfque la quantité de fluide igné
efl la même. Comme il efl néceflaire
pour que la chaleur devienne plus
grande qu’à l’ordinaire , que la réac¬
tion des fluides &; des folides foit plus
forte que la réaélion naturelle ,
qu’elle ne peut augmenter qu’autant
que la vîteflè des fluides augmente ,
fans que l’élaflidté des folides dimi¬
nue ÿ il s’enfuit que la caufe des tu¬
meurs chaudes n’efl autre chofe que
l’accélération du mouvement du fang,
dans des vaifleaux trop foibles pour y
réfifler.
139. Lorfqu’il fe fait un engorge¬
ment dans les vaifleaux capillaires
pourvu que le fang ne perde rien de
fa vîteflè naturelle , la vîteflè refpec-
tive entre les colonnes fuivantes , &
la colonne obftruée augmente (Théo¬
rie du pouls,. 1 14. 1x3;) & fi cette
vreflè devient plus grande,- non- feule-
nie ît il en réfulte' une tumeur , mais
encore un flottement plus confldérable^
446 C L A S s E L
auquel le degré de la chaleur fera pro¬
portionné.
- 140. Si l’élafticité des vaiffeaux &
des membranes ambiantes diminue,
& que l’impulfion des fluides qui s y
portent refte la même , ou quand mê¬
me elle diminueroit , pourvu que cette
diminution foit toujours moindre que
celle de rélaflicité des parties conte¬
nantes , l’aâion mutuelle diminuera ,
& par conféquent la chaleur fera moin¬
dre qu’à l’ordinaire ; d’oii s’enfuivra ce
qu’on nomme le froid , & tel eft le
principe des tumeurs froides.
1 4 1 . L’expérience nous apprend que
les moléaiies du fang que l’on fait
fécher & qu’on jette dans le feu , s’en¬
flamment, ce que ne font pas les parties
de la lymphe. D’ailleurs la vîteffie or¬
dinaire du fang , m.ême dans les plus
petits vaifleaux,efl: plus grande que celle,
de la lymphe dans fes vaifl’eaux ly^m-
phatiques , parce qu’ils font plus éloir
gnésdu cœur, & quelafomme de leurs
capacités efl: plus grande que celle des
arteres fanguines d’oîi ^es partent.
Or comme l’aûion des particules ignées
eft toujours comme le. quarré de la
vîtefle du fluide qui les contient, en
Théorie des Vices. 447
fUppofant l’aâion fur les folides , &
kurréaâion contantes, il s’enfuit que
le fang efl: plus difpofé à s’échauffer
que la lymphe ; & de là vient que les
tumeurs rouges font fouvent chaudes ,
au lieu que Tes tumeurs lymphatiques
DU pâles font froides ordinairement.
‘ 142. La maladie eft un concours de
fymptomes notables liés entre eux,
c’eff-à-dire , qui dépendent du même
principe , ainfique la Pathologie nous
l’apprend. Les maladies dont les fymp¬
tomes font une chaleur violente , la
douleur , une fievre aiguë, ou , fi
elles font externes , la rougeur & la
tenfion , ont des fymptomes qui dé¬
pendent du même principe d’inflam¬
mation , & qui par conséquent font
liés entr’eux; d’où vient qu’on les ap¬
pelle maladies injlammatoires , & ce
qu’on a dit jufqu’ici fert à éclaircir leur
théorie, il en efl: de même des maladies
cachédiques , qui comptent parmi leurs
fyrnptomes des tumeurs œdémateufes,
fquirreufes , iépreufes , afeitiques ,
froides & fouvent indolentes , qu’il efl
aifé d’expliquer par la théorie que je
viens de donner de ces fortes de tuq
meurs.
44? C L A s S E t
143 . Les Idftes , ou* les tumeurs en-
kiftées n’ont pas toutes les mêmes
eaufes. Les unes , comme ranévrifme-,
les varices , la tympanite , rafcite , la
pneumatoeele dépendent de eaufes l
ihécaniques ; les autres comme l’abcès, '
le fpina ventofa , &c. de eaufes phyfi»
que.s , telles que la diffolution , îa pu-
tréfeâion , l’érofion , qui feules fuffi-
fent pour caufer un abcès, une fup-
puration , la carie. A l’égard des ané-
vrifmes , des; varices , ècc. il faut en
chercher la eaufe dans l’effort des Sui¬
des,, qui furmonte la contraâilité des
vaiffeaux & des réfervoirs qui les con^
tiennent , & on la déduit aifément des
principes mécaniques. Quant à ja pra¬
tique générale & fpéciale de ces mala¬
dies, ceux qui voudront s’en inftruirev
peuvent confuiter Heijîer^ Platner^
CLASSE PREMIERE,
FI CES,
OU AFFECTIONS
SUPERFICIELLES.
donne vulgairement à ces
^ O 4 maladies l’épithete de Chirur^
gicales., parce qu’elles font de
peu d’importance, & qu’on en confie la
cure aux Chirurgiens , ou parce qu’on
ne peut les guérir fi>uvent fans une opé¬
ration manuelle ; mais comme elles
font entretenues quelquefois parle vice
du fang , elles exigent auffi alors les fe-
cours de la Médecine. Comme je traite
de tout ce qui concerne leur cure dans
TBiftoire des maladies plus forieufes,
je m’arrêterai peu à la théorie & à la
pratique de ces affections fuperficieUes;
'450 Classe I. Fkes,
ceux qui auront envie d’en favoir da*
vantage , n’ont qu’à confuiter les Au¬
teurs qui en ont traité plus au long j
entr’autres, Hdjler^ Petit , &c.
ORDRE PREMIER.
Ta c jî e s,
La Tache efl: un changement de cou¬
leur dans la partie-, ou une altération
de la couleur qui nous ell ordinaire
lorfque nous fommes en fanté. Les
Phyiiciens prétendent que la variétq
des couleurs dépend de l’épaiffeur &
de la denfité de la peau, & des lames
de l’épiderme ; miais cette théorie n’eft
pas encore affez développée , ni les
principes des couleurs aflez connus,
pour pouvoir nous être de quelque
utilité dans la pratique , & c’eft ce qui
fait que nous déduilbns ordinairement
la théorie des taches de la couleur des
fluides qui teignent la peau ou l’épi¬
derme ; leur couleur jaune , de la bile ;
leur rougeur , du fang; leur blancheur,
de la lymphe prédominante. C’eft ainfi
encore que nous déduifons les diffé-;
Taches. Tde.
rens degrés des couieiirs de l’altération
ou de la eonfîftance de l’humeur don¬
née, comme la lividité dans i’échy-
mofe, d’un fang coagulé ; la couleur
jaune dans la même échymofe , du mê¬
me fang plus délayé ; car l’expérience
nous apprend que îorfqu’on trempe
un linge dans de l’eau oii l’on a délayé
quelques gouttes de fang , il fe teint
d’une couleur jaune ; nous attribuons
k blancheur du criflaîlin dans la cata-
raôe, celle de la cornée dans l’am-
blyopie à l’épaiffiffement de la lym¬
phe , parce qu’elle blanchit en s’épaif-
fiffant.' Ceux qui font verfés dans la
Phyfique , mépriferont cette théorie
comme grofliere & imparfaite ; mais
il eft inutile d’en favoir là-delTus plus
que le peuple, d’autant plus qu’une
autre théorie ne rend pas la pratique
J?lus sûre.
• Les genres des taches fe réduifent
à fîx,, favoir, ja taie , le morphée ,
la ronfleur , là couperofe , l’envie ,
i’échymofe. Les autres décolorations ,
telles que les pétéchies , la chlorofe ,
l’ictere , les phîegmafies & les diffé¬
rentes efpeces de fievres, font com-
prifes dans le nombre des maladies
graves.
452 Classe I. Vices.
I. Leu CO ME OiwTaie,
Le leucome eft une tache qui {e .
forme Tur la cornée, |
La membrane albuginée de l’œil
jaunit dans la jauniffe , noircit dans
i’iûere noir , & dans l’échymofe de j
cette partie; au lieu que la cornée
blanchit dans le leucome , jaunit ou
perd fa tranfparenee , ce qui fuppofe ;
qu’elle prend quelque couleur. |
Comme la tranfparenee fuppofe i
une homogénéité parfaite , il faut nécef- \
fairement que la gravité fpécifique de
la lymphe qui nourrit la cornée dans I
l’état de lanté , foit la même que celle
des lames dont elle eft compofée; d’oît
il liiit que l’on doit attribuer l’opacité
qui accompagne le leucome à Phétérc-
généité ; Sc comme les fluides s’altèrent
plus aifément que les folides , il y a
lieu de croire que les fluides qui arro-
fent la cornée perdent dans le leucome
leur gravité naturelle. On fait que la
chaleur épaiffit & blanchit la lymphe,
& la caufe de l’opacité eft alors , qu’à
mefure que la lymphe s’exhale , quan¬
tité de particules d’air prennent &
'Tache s. Taies. 453
place; car l’air étant mille fois plus
léger que nos fibres & nos fluides , il
ne peut s’y infinuer , qu’il n’en réfulte
une hétérogénéité , qui , félon l’épaif-
leur des lames , réfléchit confufément
tous les rayons 4^ lumière , ce qui
caufe la blancheur , ou en laifle pafler
quelques-uns à travers , d’où vient la
couleur grifâtre , comme dans le nuage.
I. Le Teucoma mphelium , appellé par
les François ombrage , nuage, par les
Latins nehula , & par les Grecs achlys
& cegys. L.
Eftsne tache tranfparente de laeor-*
née , qui fait qu’on voit les objets com¬
me à travers un nuage ou de la fumée ,
ce qui efl caufe qu’on les voit eon-
fufément. Qn la diftingue en regardant
l’œil obliquement , de l’opacité de l’hu¬
meur aqueufe dans l’obfcurciffement
de la vue , qui accompagne la mydriafe ,
la cataraâe laôée rompue , & la cata-
rafte criftalline naiflante. On la divife
en achlys & ç^gys , félon le degré de
l’obfcurité , mais le plus ni le moins ne
change point l’efpece. Le leueome dif-
-fere de l’albugo, en ce que la tache
dans celui-ci efl: entièrement opaque ,
d’un blanc de craie , quelquefois
un peu éminente*
'454 Classe Î. Vices.
Cette taie efl: caufée foiivent par uni
ophthaimie variolique ou humide , par j
un excès de chaleur , une brûlure , par I
exemple. Les efprits acides , tels que
-celui de nitre, de vitriol, les alcalins, i
comme l’huile de tartre , les collyres
âcres , rendent la cornée opaque. L’ef-
pritde vin ne produit point cet effet,
quoiqu’il épaiffiffe la lymphe. ' ^
On excite le nuage par art , & il a !
fon utilité dans la mydriafe , Jorfque ,
l’ophthalmie efl interne , pour ecnpê- i
cher que le trop grand jour ne blefîe la
ifétine.
Le nuage eft plus ai^ à guérir que
l’albugo , & il cede aux remedes doux. i
Il fe diffipe fouvent de lui-même dans |
les enfans à mefure qu’ils avancent en j
âge. Les remedes les plus propres à le
guérir font le fuc de mourron bleu ou
rouge , que l’on met dans l’œil deux
fois par jour pendant quelques femai-
nes ; celui de la chauffe-trape & de
bleuet ed; aufli fort bon. Le fucre candi
en poudre fudit quelquefois pour le
difliper. Comme le vin émétique n’of-
fenfe point les yeux, on peut en mot*"'
tre quelques gouttes dedans avec fuc-
cès ; la- -vapeur de l’anis & du fenouil
êft aufli fort bonne.
Taches. Taies. 455
î. Lcücoma alhugo , en François taché
hlanchc. Lorfqu’elle reluit , les Grecs
l’appellent paralampjis , les Latins marr‘
^arita, les Vrançois perle. L. On la dit-
tingue en albugo de faint Yves , qui eft
rouge fur les bords , douloureufe & par
conféqueat enflammée , & en aJbugo
des autres Auteurs , qui eft un peu émi¬
nente , d’un blanc de craie , & fans
inflammation.
Ses principes font les mêmes que
ceux du nuage , excepté qu’ils font plus
énergiques , comme l’ophthalmie , le
chémofis , l’hypofphagma , la brûlure
de la chaux &c. Elle prive entière¬
ment, de la vue, parce qu’elle couvre
la moitié de la cornée , & qu’elle efl:
épaifle & très-blanche. On la guérit dif¬
ficilement , lors fur-tout qu’elle efl: in¬
vétérée. Ne la confondez point avec
Ponglet , la cataraâe , l’hypopyon ,
Pempyefls.
On guérit lé leucome de faint Yves,
en commençant par l’ophthalmie ^uî
l^accompagne. Voyez faint Yves, Trahi
des maladies des yeux.
Quelques uns prétendent qu’il faut
î^ler le leucome vulgaire , ce qui ne
convient qué-dans le drapeau {^pannus'^
45<S Classe I. yica: 1
dans le cas où le leucome eft accompa¬
gné de beaucoup d’humidité. /To/i/t
confeille les fumigations fréquentes i
faites avec l’aloès, la myrrhe , le maftic
les baies de genievre, que l’on jette fur j
des^ charbons ardents , & dont on con¬
duit la fumée dans l’œil avec un enton¬
noir. Maiichan veut , & je crois que
cela eft plus fur , que l’on reçoive la
vapeur de ces médicamens , de même
que celle de l’hyfope , du ferpolet ,
de l’origan , du romarin , du caffé , de
la racine de valériane , de la grmne de
fenouil, que l’on fait bouillir avec un
peu de camphre dans de l’eau ou dans
du vin , ou dont on fait un collyre; on
peut aufli s’en laver les yeux , & cela
me paroît plus fur encore.
A l’égard des collyres' fecs , on les
prépare avec des coques d’œufs cal¬
cinées & réduites en poudre très-fub-
tile, avec l’iris de Florence , l’agaric
blanc , le tartre d’urine. Les collyres
trop âcres fe font avec le fiel de poif-
fon, de taureau, l’axonge devipere,
le fafran de métaux réduit en poudre ,
l’huile de buis , de cartes , que l’on édiü*
core avec du miel. La poudre de vi¬
triol , de verd-de-gris ne vaut rien ;
cependant
Taches. Taîes. 457
cependant on s’en fert fouvênt en les
feifant diffoudre dans une grande quan¬
tité d’eau. On peut employer pour le
même effet & de la même maniéré le
fuc d’eufraife & ((’écîaire.
' Boerhaave recommande l’ufage réi¬
téré de l’aquila alba , & des catharti¬
ques , pour diffoudre la lymphe ^ &
difîiper le leucome.
3 . Le leucoma cicatrix, en Grec oule^tn
François c’eft une efpece qui
fuccede à la guérifon d’une plaie , d’un
ulcéré , d’un abcès à la cornée. Celle
qui reffe après une plaie, fe difîipe pres¬
que toujours d’elle-même, témoin ceux
à qui l’on extrait la catarafte en in-
cifant la cornée ; car la cornée a cela
de propre , que les plaies ni les abcès
n’ylaiffent aucune cicatrice. Il n’eneft
pas de même de l’ulcere ni de l’onglet,
car l’inflammation & l’acrimonie du
pus laiffent deffus une grande tache
blanche.
On fe fert pour la guérir des mêmes
remedes que pour l’albugo ; mais il eft
rare qu’on y réuffiffe. Pour prévenir
les cicatrices de la cornée que laiffent
les puftules de la petite vérole , il faut
avoir foin de faire infufer du fafrau
Toms /,
45 s Classe I. Fius.
avec un peu de camphre, & d’en mettre
tous les jours quelques gouttes dans les
yeux.
4. Le Icücoma gerontoxon de Maiichart
de macuLis cornez^ appellé par les Latins |
arcüs fenilis^ L. eft une tache enferme
d’arc , ou circulaire , blanche pour l’or¬
dinaire , qui fe forme autour.de la cor¬
née , & qui n’obfcurcit point la vue ;
ayant dans le milieu un petit cercle j
franfparent.Elle eû ordinairement eau- '
fée par des pullules qui fe forment
entre les lames de la cornée , qui crè¬
vent en dedans , & qui rendent fa cir¬
conférence opaque, l’en ai vu une, &
telle eû fouvent l’origine du cératocele
©U hernie de la cornée : cette efpece
de leucoma paffa pour incurable. ^
: Voyez les autres taches , telles que
i’hypofphagma , l’hypohema , le nuage
laâé , l’onglet , l’hypopyon , le diapye-
fis, l’elcoma , & l’ophthalmie phlyâe-
noïde, dans les efpecesde vue oblcure
& d’ophthalmie. Toutes ces m-aîadies
caufent àla vérité une tache fur la cor¬
née ; mais comme elles font m-oins une
affeélion hmple qu’une vraie maladie ,
on peut coîîfulter ce que je dis du ca-
îigo OU vue objeure & de la cataraâe à
Taches. Morphltl
îa Ciaffe V , & de l’ophthalmie à la
Claffe Vn.,
IL MorphÉe ^ Vidiigo,
C’eft une tache compofée d’un grand
nombre d’autres plus petites , avec af-
faiffemént de la peau, qui vient indif-
îinâement fur toutes les parties du
corps , mais qui ne les affede pas toutes
en meme temps. Les trois premières
efpeces ne s’obferve prefque plus au¬
jourd’hui.
I. VitUigo alphus^ Morphcza alha. , des
■kïûies , Alguada. d’Avicenne, Tom. 2.
pag. 244. Lzpre des Juifs. C. C’efl: une
tache de couleur pâle , ou blanche,
compofée de quantité d’autres qui font
difcretes & rton confluentes. Elle ga¬
gne les parties voifines à mefure qu’elle
vieillit , elle s’écaille & caufe une cer¬
taine âpreté , laquelle eft très - grande
dans la lepre qui ferpe. La cure en efl:
impoffible , lorfqu’en piquant la partie
avec une aiguille , elle ne rend point
deTang ; autrement elle eft pbffible ,
mais extrêmement difficile. L’alphus
^e la tête ne change point la couleur
cüaturelie des cheveux.
460 Classe I. Fices.^
Z. VitUigo leuce; alhara d’Avicenne*' i
Lmce. des Grecs; Bomti fipulchmum,
Tom. /. pag. y 64. C. La couleur eft 1
plus blanche que dans ralphus, & les
poils de la partie afFeftée font blancs ; |
mais, ils tombent dans la fuite , & la
partie refte rafe, au cas qu’elle fut cou¬
verte de poil auparavant. Le vice gagne
dans la peau qui eft deflbus, ce qui fait
qu’elle ne rend point de fan g lorsqu’on
la coupe , &: l’on ne peut la guérir lors i
fur-tout que le poil de la partie eft
tombé. Avicenne l’appelle alharas ,
lorfque le vice pénétré jufqu’aux os.
, Ce mal a été obfervé dans des phthifi-
BaLLonius Farad.
3. VitUigo mdas Gorraei définit, de
alphi fpeciebus.Morphœa /zigmAvicennæ,
Tom. 2.. pag. 244. cap. 20. C.
Cette tache n’eft pas par grappes ; elle
eft compofée d’un petit nombre d’au¬
tres difcretes , écailleufes , de couleur
noirâtre. On l’appelle alhara nigra-,
lorfque cette couleur pénétré dans les
chairs jufqu’aux os.
Curation. On commencera par fai-
gner le malade , & par lui prefcrire
une diete de bon fuc , après quoi on
le purgera avec l’épithyrne , l’agariç j
Tac h e s. Morphle, ^6i
les myrobolans noirs , le poîypode ^
le ftœchas , auxquels on joindra les
figues & les faifins fecs. On fera pren¬
dre tous les jours au malade du petit
lait dans lequel l’on aura fait infiifer
de l’épithyme. Avicenne veut qu’on
mette une drachme d’épîthyme fur un
poinçon de petit lait. On emploie auffi
avec fruit les bains, de même que le
collyre doux compofé avec l’épithy-
me; on y joint les fynapifmes & les
onguens dépilatoires , qu’on applique
fur la partie alfeûée , jufqu’à ce que
l’épiderme fe détache , ce que l’on réi¬
téré par intervalles. Voye^^ Avicenne
cùrâ morphaece nigrce & albam nigrce.
4. Vitiligo hepatica , Chaleur du foie ;
Maculce Lepatlcce de Sennert ; LebeijleBG
de Solenandre ; Ephelis de Celfe. L.
On reconnoît cette maladie à de
grandes taches d’un jaune noirâtre ,
qui n’affeâent point , comme les len¬
tilles , les parties découvertes ; mais
celles qui font cachées , ' comme
les aines , le dos ; elles font larges
comme la main , & elles reviennent
fouvent périodiquement après une fiè¬
vre tierce , quarte ; elles fe joignent à
la nofialgie ou maladie du pays ,
4^2 C L A s s £ I. Vices,
elles font lever l’épiderme par petites
écailles. ^
On les guérit par le moyen des
cathartiques ; 2°. d’une diete eboifie &
par l’ufage de bons alimens qui ne foient 1
ni âcres ni falés ; 3°. par des bouillons
légèrement incifié & diurétiques faits
avec des herbes hépatiques , telles que
les capillaires , i’aigremoine , la euf*
cute , la chicorée , &c. 4°. par les fac¬
tions réitérées de la partie ; 5°. les
bains ; 6^. les fynapifmes appliqués
fur la partie , & qu’on retire lorfqifils
ont fait leur effet , ou avec un caîa-
plafme de favon fondu, &c. Voyez
Senhert, de maculïs hepaticis , lib, i*
pan, i, cap. 8,
III. Rousseur , Epkelis,
Ce font des taches noirâtres , liffes I
confluentes qui viennent au vilàge , aux
mains , aux jambes , rarement aux
parties couvertes. Les éphelides font
des taches acquifes , au lieu que les
envies font des taches naturelles , &
c’eft en quoi elles different les unes
des autres.
i.V^pheLis à Joie ^ haie; Nlgredo à fde.
Taches. Roujfeur. 4S5'
Sennert de cutis vitiis ^ lib. 6. pag. 3.’
RpJülis ; en Grec apo tou eliou^ parce
qu’elles fontcaufées par le Soleil. L.
Cette tache noirâtre difFere des au**
très , en ce qu’elle n’ell point difcre-
te , mais continue ; elle vient au prin*-
temps , & les enfans qui s’expofent au
foleil y font fort fujets.
On s’en garantit avec des parafol$
& des gants , &c. L’épiderme que le
foleil a brûlé, fe détache avec le temps.
Les filles de Montpellier fe fervent d’o-
xycrat pour diffiper cette noirceur;
d’autres de pâte d’amandes ameres ;
d’autres d’eau rofe avec un peu de
camphre ou de gomme de cerifier dif-
foute dans du vinaigre , ou bien elle§
fe frottent avec des feuilles de cerifieç,
récentes.
2. Epheiis graviiarum. Sennert, ïbïd^
cap. 2. Ephélides des femmes grof-
fes ; L.
Ce font des taches noirâtres, dif-
cretes , larges comme la main qui vien¬
nent au front des femmes grofîes &C
des filles qui font opiîées. Elles difpa-
roiffent dès que les ordinaires repren¬
nent leur cours.
464 Classe I. Vkcs.
décoûion de baie dé laurier, avec du
miel , ou avec une émulfion de graine
de chanvre , ou avec le fuc de racine
de buglofe , &c.
3 . Ephdis Lmtigo. Taches de roujfeur^
lentilles. L.
C’eft une tache confluente compo-
fée de plufieurs autres qui reflèmblent
aux lentilles par leur couleur & leur
grandeur , & qui , de même que la
roufléur , alFeâe les parties expofées
au foîeil , quoiqu’elle aflede auffi les
filles qui n’y vont point , qui aug¬
mente en été , &; qui diminue l’hiver.
Les perfonnes qui ont la peau blanche
& délicate, fur-tout les blondes & les
cheveux ardens , y font extrêmement
fujettes.
On emploie , pour effacer les len¬
tilles , l’eau de fleur de fureau , celle
de feves diftiliée , la pâte d’amandes
ameres , & de graine de chou. Ballo-
nius obferve que les perfonnes fujettes
aux lentilles font cacochymes , & que
les ulcérés qu’elles ont font de mau¬
vais caraftere.
4. Ephelis ab igné. Taches de brâlu*
re. L.
Ces taches font caufées , ou par une
Taches. Couperofe. Envie. 4(35
Brûlure , & elles font jaunâtres , noi¬
râtres , & quelquefois cicaîrifëes , &
elles ne s’effacent jamais , on ne peut
que les farder , ou bien par une cha¬
leur ' exceffive qui brûle l’épiderme,
comme font celles qui viennent aux
euiffes & aux jambes des femmes qui
fe fervent de chauffettes en hiver.
5. EpheLis Lutea. Ephélide jaiine , ou
couleur iâérique des enfans. Color iBerodes
infantum, Junckeri. B. *
C’efl une tache jaune iélérique , qui
affeâe une ou deux parties , à laquelle
les enfans nouveaux nés font fujets. ‘
I . 6. Ephelis fcorbutica. Ephélide fcorbu-
tique.
C’eft une tache livide de la largeur
de la main , qui vient aux jambes , aux
lombes , &; aux autres parties , & qui
accompagne fouvent la maladie du
pays. Elle appartient au fcorbut , de
même que V ephelis vibex , ou les vibices
aux échymofes.
YV .Goutte-rose^Couperose.^
Rougeurs j Gutta rofacea.
= Ce font des taches rouffes en forme
de gouttes, Ôc peu élevees , qui vien-
V V
Classe I. . Vices',
Kent au vifage ; elles font, quelquefois
raboteufes, & elles durent long-temps,
C’efl par la durée qu’on diûingue la
couperofe de l’érylipele,
I. Gutta rofaUa jimplex.\ tacius hi-
pat'iques, Verduc, Pathol, tom.i.pa^.
i,q)X. Turner & les François, l’appel¬
lent goutte- rofipLm^\e.mti\t.. h.: . .
Ce font des taches raboteufes, émi¬
nentes , rouges , confluentes, qui vien¬
nent le plus fouvent au vifage , quel¬
quefois au bras , au cou , à la poitrine ,
fans defquamation , & fans démangeai¬
son confidérable. Elles forment fouvent.
des tubercules fur le nez des ivrognes.
On les guérit difficilement ; il faut em¬
ployer les remedes qui.adouciflent l’a¬
crimonie , & qui appaifent l’effervef-
cence du fang , tels que les bouillons
rafraîchiflans , antifcorbutiques , le pe¬
tit lait, le laitage, les aigrelets-^ les
bouiUons- d’écrevifles , de cloportes.
On en vient enfuite aux topiques, tels-
que les coquillages diflbus dans le jus
de citron ; les cofmétiques , tels que
le lait virginal , les pommades , &;c. .
i. Gutta rofacea herpsdcai Couperofi
4artreufe. Sennert , cap. 6. f. i. Üb.S^ L.
On la connoît à la déraangeaifon^
T XCH'S.S. Couperofe. ÊmU.
sus puftules iquameufes qui défigurer^
le ,vifege , le nez.
On la guérit comme la dartre. Voyez
lur cette efpece Gabdchover. .
3. Gutta rofaua fyphilitica. Courcnm.
de Vénus. Elle vient fur- tout au front
& aux tempes. C.
Ce font des pulfuies rouges comme
des boutons de rofe , dures , calleufes ,
circulaires , peu élevées , ulcérées à
leur pointe , feches , fans pus , quel¬
quefois humides , fluentes , fquameu-
fes ^furfuracées , jaunes , qui viennent
aux levres , au nez , plus fouvent aii
front, aux tempes &i derrière les oreil¬
les , ou elles forment comme un cha^
pekt, ce qui fait qu’on l’appelle vul¬
gairement ainli. Aflruc , des maladies
^vénériennes liv. 4. chap. 1. n. 4.
Ces pullules font un figne de vérole
confirmée , & elles demandent le m.ê-
me trait emenî.
4. Gutta rofiafebrilis ; couperofi fébrile,
Meferey , tom. 2. n. 241. B.
Dans les fie vres malignes on obfcrve
quelquefois une couperofe , dans la¬
quelle le nez devient pourpré , brun ,
noirâtre , gonfié , puftuleux ; ces fymp-
tomes annoncent ordinairement um
V vj
^68 Classe I. Vices,. ’
mort prochaine ; de vingt-cinq mafe.
des dans qui cet Auteur lés a obfervés
à peine en a-t-il pu échapper un ou
deux ; il furvient ordinairement une
gangrené qu’il faut traiter par des aro- i
matiques , & non par des fcarifîcations.
V. Envie, Nœvus.
On appelle mvïcs certaines taches j
que les enfans apportent en naiffant.
On les attribue vulgairement aux en¬
vies que les femmes ont eues dans les
premiers temps de leur grolTeffe ; elles
îbnt quelquefois élevées au- deffus du
niveau de la partie.
I. Ncevus Jîgillum; navus lenticularU ,
Sennert , le fâny L. Efl: une tache noi¬
râtre , ronde , petite , feule ou accom¬
pagnée de plufieurs autres , qui a quel¬
quefois du relief, comme une verrue.
Ces taches font quelquefois unies , elles
n’ont rien de nuifible , & quelquefois
elles vont fi bien au vifage , que les
filles qui n’en ont point, les imitent
avec des mouches.
1. Ncevus maternusy Sennert, L. P.
Ce font des taches qu’on apporte en
naiffant , qui difparoiffent ou diminuent
Taches. £nvzV. 4^^
dans certains temps , & qui reviennent
dans d’autres , & qui reffemblent tou¬
jours , à ce qu’on prétend , à ce que
la mere a déilré avec ardeur pendant
fa groffeffe , & qu’elle n’a pu obtenir.
Elles repréfentent des poiffons , des
figues , des mûres , de la chair de fan-
glier; & dans la faifon où les figues ,
les mûres , les fraifes font dans leur
maturité, elles font d’une couleur plus
vive , & elles groffiffent dans les filles
dont les réglés font fupprimées. Les
Allemands prétendent qu’on les fait
difparoître , en appliquant defilis la
main d’un cadavre humain, au mo¬
ment que la perfonne qui les a ne s’y
attend point.
VI. Echymose^ Echymoma,
C’efl; une tâche noirâtre , ou d’un
rouge noirâtre ou livide , qui jaunit
avec le temps , qu’on n’apporte point
en naiffant , qui n’eft point inégale 9
mais unie , ou peu éminente , & foli-
taire.
I. Ediymoma ab ichiy livor. Sennert»
Meurtrijfurc , tontufion ; en Latin ,
%illatio ; gn Grec , pclidns ; chez les
470 Classe I. Vlcts, ^
Auteurs , tchymojis. D. Elle différé des
autres efpeces, en ce qu’elle -eft caufée
par un corps contendanî qui frappe la
partie , en quoi elle différé du vikx,.
On la connoît encore à la douleur,
à l’inflammation , à la plaie , &c. dont
elle eff quelquefois accompagnée , &
elle eft caufée par un épanchement de
fan g dans le tiffu cellulaire, dont la
couleur perce à travers la peau ou l’é¬
piderme.
On la guérit par le moyen d’une
faignée copieufe ou réitérée , de po-,
tions réfoiuîives chaudes , & par des
fomentations de. même nature , par
exemple , avec de la pariétaire pilée,
avec de l’eau de vie, du vin chaud. .
Lorfque la conîufion eff légère , il fuffit
fouvenî d’appliquer deffus un morceau
de papier trempé dans l’eau froide , ou
de. l’onguent blanc de Rhafis.. Dans le
cas cil l’on appréhende la gangrené ,•
on applique deffus de l’eau de vie cam¬
phrée , de l’eau de la Reine de Hon¬
grie , du favon de Venife diffous dans
de Turine , du vin ou de l’eau de vie,
& l’on emploie même les foarincaîions.
Voyez là àeSxis Hüjiêr. Ohirurg. de conr
tufione^ cap. j.S. & delà fcdgnée qui
fuivie d^une échymojé^
Taches. Eckymofc. 471^,
1, Echymofa mdafma Galen. en La-,
tin , niÿror^Ë. Eâ une efpece d’échy-
jîiofe opiniâtre , fixe , ordinaire aux
vieillards , qui vient principâlement aux
jambes , iàns aucune caufe évidente ,
en quoi elle différé de la première efi-
pece^ Les femmes dont les ordinaires
ceffent y. font également fujettes.
3., EckymoTm. yibex , vulgairement
vïbiu&. A.
Ce font des taches pourprées qui
viennent naturellement dans les mala¬
dies aiguës, telles que le typhus , la
pefte , la petite vérole ; elles font lon¬
gues comme celles que laifient les coups
de fouet, & elles demandent le même
traitement que les maladies aiguës.
4. Echymoma fcorbudcum. Echymofe
fcorbutiqùe.G.
Outre les petites taches jaunes , le
feorbut éâ accompagné de vergetiires
& de lentilles nelrltres ou livides- aux
pmbes , .auffi-bienque de taches de la
largeur de la main, noirâtres ou livides
aux jambes , aux lombes & au dos.
■ EctTymoma à compr&^om, Echy-.-
tnofe par: compreiïïon. D.
Lorfque les malades reâent long-*
temps : appuyés fur les felTes, le 00 c»?
47 i ' C L A s s e' I. Vîcesl
. cyx , le dos dans les maladies aigües
ou chroniques , ces parties noirciffent ■
s’excorient par la comprelSon qu’elles i
foufFrent , l’épiderme & la peau fe gan¬
grènent , & le mal fait fouvent des |
progrès en profondeur.
' On les guérit , i ^ , par le changement
de fituation , &; en mettant des oreil- ,
1ers fous la partie , pour diminuer la
compreffion; 2®. en appliquant delTus
du vin dans lequel on a fait bouillir
des rofes de Provins, que l’on met
fur la partie ; 3°. par des remedes pro¬
pres à prévenir la gangrené.
6. Echymoma hypopyon de Paul Æ<-,
ginette , L. ou Vhypophtkalmia d’Hippo¬
crate , eft une affeètion légère , très-
différente de l’hypopyon.
7. Echymoma paLpebrarum. Echymofe
des paupières.
Echymoma hypofphagma d’Æginet-
te , echymoma paLpebrarum , fugillatio ;
Echymoje des paupières, L. Ùhcemalops
d’Hippocrate doit être rangé parmi les
caligo , ( vue obfcure. )
8. Echymoma hyponychon ; fuhun^
guium de Sennert , Lib. i. ne différé
point de la première efpece.
Les autres efpeces de taches appar-
1
T A C H E S. Echymofe. 473
beonent au caligo (vue obfcure ) dans
les dyfefthéfies , aux pétéchies dans les
maladies exanthémateufes , & aux dé¬
colorations dans les cacheftiques.
ORDRE SECOND.
Elevures^ Efflorescences,
Eÿiorefuntm.
E Lles different des taches , en ce
que , indépendamment du change¬
ment de couleur , la peau eft élevée &
couverte de phlydenes, de bourgeons,
de boutons , & d’autres femblables vi¬
ces cutanés.
Les puflules ou bubes , {^pujtulcz ) font
de petites tumeurs d’une ligne envi¬
ron de diamètre , a dont la pointe fup-
pure , & qui rendent du pus ou qui
s’écaillent.
Les boutons , (^papula') en Grec dey
dria^ different des pullules, en ce qu’ils
ne fuppurent point , mais qu’ils ren¬
dent une efpece d’humeur ; ils tom¬
bent dans la fuite par écailles furfu-
racées. ^
Les phlyUems, {^phlyBm^') font de
474 Classe I. Vices,
petites tumeurs d’une ligne de diame- 1
tre , tranfparentes , remplies d’eau ou
de firofiîé. Elles fe deffechent après |
qu’elles ont percé , & elles s’excorient;
Les Bourgeons , ( vari ) font des tu- I
meurs dures, colorées , opiniâtres, qui
fabf ftent long-temps fans fuppurer ni
s’écailler , de même que les tubercu¬
les fquirreux. Les Grecs les appellent
ionthoi.
Toutes ces affections font compo-
fées d’un certain nombre de petites
tumeurs femblables , & elles ont beau¬
coup de rapport avec les maladies exan-
thémateufes inflammatoires , telles que
la petite vérole, la miliaire, la rougeo¬
le , &c. de même qu’avec les maladies
cachectiques , telles que la gale , la lè¬
pre , le pian , la teigne , &c. mais elles
font de trop peu d’importance pour les
mettre au rang des maladies.
VIL Dartre , ou Dertre ,
ou Herpe , Herpes,
La dartre eff un amas de boutons f
ou une efïïorefcence compofée de
quantité de petites tumeurs rouges pru-
rigineufes , qui tombent par écailles
E-levuris. 475
du fon ,' DU par croûtes, ce qui
eû. afez rare.
I. Partre farineufe ; dartre fechei
Jîerpes Jimpkx ^ Sennert , L. P. Elle eâ
formée par des boutons rouges pruri¬
gineux qui ont peu de relief, qui ne
s’excorient point , ni ne tombent point
par croûte.
Elle différé des autres en ce qu’elle
ed facile à guérir , tant que le vice ne
réfide que dans la partie , & n’infeâe
point la maffe du fang. Elle eft caufée
par une matière âcre , qui n’ayant pu
s’évacuer par la perfpiraîion , s’amaffe
dans les glandes iébacées de la peau &
du vifage, fermente & acquiert uné
plus grande acrimonie,
■ Les Empyriqües la giiériffent fou-
vent avec des remedes alcalins , tels
que l’huile de tartre par défaillance ,
l’huile de cartes , de . linge , de bois
brûlé , laquelle eft rougeâtre , âcre ,
amere ; on la délaye avec la .faiive
d’un jeune homme à jeun , & on en
oint la partie.
2,. Dartre encroûtée ; Herpes firpigo
Turneri. a. Jpecies d& morbis cutands ,
^‘ip- J. Formica ambulatona Celfi. L.
' Xes boutons font malins , carrofifs ,
476 Classe I. P1,us. ^
entafles circulairement , poignants 8j ‘
accompagnés d’une grande démangeai-
fon. Ces boutons gagnent les parties
voifines , & font extrêmement opiniâ-
très. Ils rendent fouvent une humeur i
ténue & âcre ; mais ils ne fe refolvent
ni ne viennent à fuppuration. feafen-
fibilité & l’acrimonie font plus grandes
que dans la dartre farineufe.
Cette efpece exige des remedes lixi-
viels &: adouciffaris , comme la dartre
miliaire , auffi-bien que des topiques
îénitifs, tels que le cérat de Galien,
ou l’onguent rofat, auquel on joint
une dixième partie de foufre ou de ben¬
join , ou un douzième de mercure pré¬
cipité blanc.
3. Dartre miliaire ; Herpès miliaris^txi-
nerti , lïb. 5. cap. ly. Turner, fpecies
Amati Lufitani.^ cent. //. cur. 37. Frid.
HofFmanni, tom. 2. pag. 426! L.
Suivant Sennert , cette efpece con-
fifte dans des hydatides ou petites ve-
ficides de la groffeur d’un grain de mil¬
let , & fuivant Turner , dans des petits
boutons confluens , qui viennent au
cou , aux lombes , à la poitrine , aux
cuiffes ,ils font enflammés tout autour,
& accompagnés d’une petite fievre.
Elevures. Dartre. 47^
Lorfqu’ils viennent à crever , iî fe for¬
me à leur extrémité une petite croûte
roûde , jaune , fèmblable à un grain de
millet , ce qui leur a fait donner leur
nom. La pointe du bouton blanchit ^
lorfqu’il vient à fuppuration ; mais le
pus eft vifqueux, cruftacé. Lorfqu’on
applique deffus des onguens , la ma¬
tière qui s’exhale par la perfpiraîion ,
de même que l’onguent s’attachent aux
linges , & venant à fe détacher de la,
peau pour peu qu’on remue , l’épider¬
me s’excorie , ce qui caufe des dou¬
leurs fort incommodes. La fenfibilité,
l’acrimonie & l’ardeur font plus gran--
des que dans la dartre encroûtée.
La curation de la dartre encroûtée,’
de même que celle de la miliaire, fe
réduit à adoucir le fang & à le cal¬
mer. Pour cet effet , on commencera
par la faignée & la purgation , après
quoi l’on prefcrira au malade des bouil¬
lons de poulets , de grenouilles , dans
lefquels on mettra quelques écreviffes
ou quelques cloportes,,, de la racine
d’énule , de patience , des feuilles de
chicorée, de becabunga, de creffon
d’eau , de fumeterre , d’ofeille , &c.
^ on en continuera l’ufage. On lui
47§ Cl. kss^ l. Fices^ .
fera prendre auffi le petit lait mêlé
avec le fuc de ces plantes pendant
lin temps confidérable; après quoi on
lui prefcrira alternativement les bains
& la diete blanche. Mais rien n’ell
riieilleur que de purger le malade pen¬
dant trois jours , & avant de lui faire
prendre les bains , avec les eaux aigre¬
lettes de Walls , ou telles autres fembîa-
bles ; mais il faut le faire dans une fai-,
fon convenable , & cela vaut inilini-
îïîéht mieux que tous les topiques. Le
malade doit ufer d’alimens inripides ôc '
rafraîchiffans , de fruits charnus bien
mûrs , & ne boire que de l’eau ; il faut
qu’il renonce au cafté , au chocolat ,
& aux liquèurs fpiritueufes ; & à l’é¬
gard des topiques , le plus sûr peut-
être ed de n’ufer que de ceux qui em¬
pêchent la peau de s’attacher au linge>
tel que le cérat de Galien, que l’on
renouvellera deux fois par jour. Pour
calmer, l’ardeur , on emploiera, la li¬
queur de Saturne, ou fonfel , que l’on
mêlera avec le cérat , prenant garde
cependant de ne point répercuter en¬
tièrement la fanie , qui eft d’autant
plus dangereufe , que le mal eft plus
invétéré. De là vient qu’on doit ufer
E LEVURES. Dartre. 47^
avec précaution des topiques acides &
répercuffifs que les Auteurs recomman¬
dent , dans lefquels il entre du vinaigre,
du mercure , de i’alun , & autres cho-
fes femblables.
4. Dartre rongeante. Herpès ejlhiomsi-
nos Galen. Herpes exedens vel depafeens
Turneri, fpec. 4. Herpes Galen. Method.
med. cap. ly. C. Elle différé de l’éry-
^ipele ulcéré , en ce qu’elle n’uIcere
que la peau , au lieu que l’éryfipele
ronge les chairs lorfqu’il vient à s’ul¬
cérer. Cette eipece demande l’iifage
des remedes internes dont j’ai parlé
à l’article de la dartre miliaire , mais il
faut les continuer plulieurs mois , &
baffiner pendant ce temps-là l’ulcere
avec de l’eau d’orge & du miel , ou
de l’eau aigrelette tiede ; on couvre
enfuite la partie avec le cérat de Ga¬
lien , ou avec un onguent compofé
avec la cérufe & la litharge. On eû
fouvent obligé d’en venir £<ies reme¬
des plus forts , tels que le précipité
blanc , l’aerhiops minéral , le verd-de-
gris , les efearotiques , qui procurent
une luppuration louable , que l’on gué¬
rit par les moyens ordinaires.
Y Dartre vérolique i Herpes fyphUi^
4^0 ^ C L A S S E t Vices,
tiens. Herpès venereus , Aftruc. lih, 4. C.
On ne la connoît que par les fignes
véroliques qui l’accompagnent , foit
que la dartre foit fimple , & vienne
aux oreilles , & fur la partie de la tête
qui eft couverte de cheveux , foit
qu’elle foit rongeante. Elle marque une
vérole confirmée; elle réfifte aux re-
medes ordinaires, & elle ne cede qu’au
mercure ou à tel autre fpécifique dont
on fe fert pour guérir la vérole. C’eft
pourquoi, après avoir employé les re-
medes généraux qui précèdent les fric¬
tions , tels que la faignée , la purgation,
l’ufage des bains & du laitage pendant
trente à quarante jours , &c. il faut en
venir aux friâions mercurielles , &
joindre aux onguens l’ufage des pré¬
parations mercurielles douces , telles
que.l’æthiops, l’aquila alba, le préci¬
pité blanc. Quelques - uns recomman¬
dent les pilules de Bellofte , & elles
ne font point à méprifer,
6. La jarretière; Herpes perifeelis des
Grecs; Zo/zÆ 6* lojiora de quelques Aur
teurs. L. C’eft une dartre farineufe ,
feche , fimple , qui vient à l’endroit du
jarret , ou l’on met les jarretières.
7, Le collier, Herpes collaris, L.
Le
Elevures. Danrt. 4§î
Le collet que nosEccléfîaftiques por¬
tent , étant teint avec une compofition
où il entre de la chaux, leur caufe fou¬
lent une dartre au cou. On la didi^f^s
des autres efpeces qui ^ffeclent cette
partie, en ce qu’elle eft de figure cir¬
culaire comme le collet. Cette efpece
prouve que la dartre peut venir d’une
caufe externe , &: on la guérit en ôtant
îa caufe.
8. Dartres feoutonnées. Herpes pujld
iofus. L.
C’eft un afîembîage de pullules dif-
crettes , rarement confluentes , de la
groffeur d’un pois environ , d’uii rouge
noir , accompagnées d’un prurit extrê¬
mement douloureux, difperfées fur le
cou, fur les mamelles , &c. leur pointe
fe noircit promptement , perd le fenti-
•ment, & tombent en gangrené feche.
On guérit cette affeâion avec le cérat
de Galien , ou bien on fait tomber la
croûte gangreneufe en y appliquant du
beurre frais.
9. Ceinture dartreufe. Herpes ^ofier;
^na ignea. Fr. Hoffm. tom. 2. pag. 426”’.
ZonaRnJ^ellide ufu aquce marince, p.iz^,
The fingUs English.
C’efl une dartre d’un mauvais carac*
Tome /, X
4Si Cl. KSS^l. Vices.
îere , qui attaque principalement la poi¬
trine , & qui eft accompagnée de car-
dialgie , de chaleur morbifique , de Pin-
flariftnation & de l’ulcération doulou-
reufe de la peau ; elle eft formée d’un
afl’emblage de petites pullules tranfpa-
rentes, qui entourent la poitrine en
forme de zone , de la largeur de la
main. Voyez Severinum de abfcejfîbus ,
l. c.^. Tulpium , 3. Langium , qui
a vu cette efpece de tartre être la fuite
d’un ulcéré de la jambe guéri trop
tôt.
yiIL Epinyctide ^ EpinyBis.
L’épinyûide eft un amas de phlyc-
tenes d’un rouge noirâtre , de trois ou
quatre lignes de diamètre , qui vien¬
nent principalement aux jambes , -&
qui caufent des douleurs poignantes ,
fur-tout pendant la nuit.
1. EpinyBisvulgaris. Epinyûide vul¬
gaire. B. P.
A en juger parle premier coup d’œlI,
ce font des pullules grolTes & larges,
mais elles me paroiftent des phlyélenes
peu éminentes, accompagnées d’une
chaleur brûlante pendant la nuit , dont
E L E V ü R E s . Epinyatd&s. 4^5
la pointe s’ouvre & répand de la fa¬
rde , & qui diminuent îe matin. Elles
deviennent plus rouges vers le foir.
Elles caufent une petite fievre, des
anxiétés, des infomnies , & une ef-
pece de maladie qui dure plufieurs
jours.
On les guérit par la faignée , une
diete rafraîchiflante , les purgatife an-
tiphlogidiques , les bouillons émoi-
liens. On applique fur la partie un ca-
taplafme émollient compofé avec la
fleur de mauve , la graine de lin , &
autres chofes femblables. Après que
la douleur a eefle , l’épiderme fe dé¬
tache par petits morceaux. C’efl: aux
autres à voir fi elles appartiennent aux
éruptions , car ces genres ne font point
encore affez déterminés.
• 2. EpinyBis pruriginofa , malum eu-
tantum jingularc, D. Billebaut. Vander-
monde 17 5 6. 3 40. Epi nyftide pru-
rigineufe, maladie cutanée finguliere.L.
Ce font des taches d’un rouge vif
qui viennent aux bras & aux jambes ,
qui fe manifeftent au fortir du lit avec
une démangeaifon incommode, qui dif-
paroiflent le foir lorfqu’on fe couche y
& qui durent des années entières. J’ai
4^4 Classe L Viusi
connu une femme , à laquelle, après
qu’elle eut accouché , il vint de pa¬
reilles taches d’un pouce ou d’un demi-
pouce de diamètre, accompagnées d’u¬
ne déniangeaifon infupportable. Elles
difparurent lorsqu’elle fut grofîe , &
elles continuèrent depuis , elles difpa»
roiffoient le foir , Sc elles revenoient
le matin. Le mot Êlpinyûïdc eft dé¬
rivé è^lpi avant , & nyUis nuit , parce
qu’elles paroiffent principalement pen¬
dant la nuit.
Je ne dis rien du thcrminthc , parce
que je ne le eonnois point; mais je
le crois du même genre que l’épinyc-
tide , peut-être n’efl-il qu’un furoncle
étendu.
IX. Eruption , Pfydracia,
Galien dit qu’on définit l’éruption
(^pjydracium ) , une eifervefcence qui
l'urvient dans diverSes parties du corps,
êc qui eft accompagnée d’une rougeur
confidéràble, il donne à entendre ail¬
leurs que ce font des véficules ou des
phlyûenes; mais il arrive fouvent que
î’effervefeenee commence par, une rou¬
geur .accompagnée d’une dureté
ÈLEVüRES. Eruption. 4S5
Éit détacher l’épiderme de la peau,
de forte que celle-ci eft creufe , vuide,
ou pleine d’une léroiité jaune. Je join¬
drai à cette efpece celles qui fuivent.
1. La porcelaine de Montpellier. Pfy-
dracia porcellana; Roja fahans d’ Avi¬
cenne , B. On ignore fi c’efl Vejfera
de Sennèrt. *
Cette maladie %onfîfte dans des ef-
florelcences difcretes , d’un pouce ou
plus de diamètre , qui viennent fubite-
ment à la poitrine , aux bras & aux
autres parties couvertes, qui s’en vont
& qui reviennent; elles font rouges,
répandues &: nombreufes.
Cette afteéiion eft rarement accom¬
pagnée de la fîevre; elle attaque indif-
tinélement les perfonnes de tout âge
& de tout fexe , celles principalement
d’un tempérament vif & bilieux, 8c
elle fe guérit en peu de jours par ré-
folution , à l’aide d’une dicte légère ,
fafraichifl'ante , & en cas de befoin par
la faignée ; mais jamais par fuppuration ,
excoriation , ni évaaiation.
2. Piqûres de'guêpes , coufins ,&c.
PJ'ydracia à vefpis. B.
La piqûre des confins , ' des abeil¬
les , des guêpes eft faivie d’une éle-
X iij
Classe I. Vices,
vure d’un rouge couleur de' rofe , éiy-ï
fipélateufe & accompagnée d’une
douleur poignante très-vive ; & fi l’on
examine i’efflorefcence avec attention,
on apperçoit un point dans lequel l’ai¬
guillon de l’infeâe efi: fouvent enfermé.
M. de Réaumur prétend qu’il n’y a
pas de meilleur remede pour la piqûre
des abeilles , que de baifiner à plu-
fieurs reprifes la partie avec de l’eau
froide. Les Payfans ont coutume de
frotter la partie avec trois différentes
herbes. Ceux qui ont la vue bonne
ont foin de retirer l’aiguillon ; mais la
douleur efi: caufée par un venin acide
corrofif, qui s’infinue dans la partie
avec l’aiguillon, La piqûre de la guêpe,
du frelon , du coufin , du moucheron,
produit le même effet.
3. Eruption caufée par l’orlie. Tfy^
âracia unie ata. B.
L’ortie efi: armée de piquans très-
fubtils &; venimeux , qui caufent des
éruptions poignantes & éryfipélateufes.
Le phaféole pruriginéux de l’Amé¬
rique , caufe pendant quelques heures
une démangeaifon infupportable , &
fes piquans font fi fubtils , qu’ils échap¬
pent à . la vue.
El E vu R ES. Eruption. 487
Les artichauts font aulE armés de
piquans ; mais ils ne font point ve¬
nimeux.
4. Cirons. Pjydracîa. ab acaris ,
rones vulgb. B.
On donne le nom de ciron auflî-bien.
au bouton qu’à l’infeâe qui le caufe.
Cet infecte s’infinuant dans la peau des
mains & des pieds , y excite des puf-
rules rouges , prurigineufes , qui s’ul¬
cèrent. Mais indépendamment de cette
efpece , il y a plufieurs autres infeftes
qui nous attaquent , & qui caufent di-
verfes efHorefcences. De ce nombre
font la fourmi roufle , la fourmi rouge ,
le morpion, le pou ordinaire, lapunaife
de lit, la puce, & quantité d’autres, dont
les piqûres reffemblent fouvent fi fort
aux efflorefcences fpontanées , que les
Médecins ne favent qu’en penfer , fur-
tput lorfque les malades ont été piqués
de ces infeûes pendant leur fommeil,
& qu’ils ignorent la caufe de ces érup¬
tions. On peut voir parmi les cachec¬
tiques & les lépreux un grand nombre
d’autres maladies occafionnées par les
infeûes.
On tire les cirons avec la pointe
d’une aiguille , & l’on baffine la partie^
X iv.
4În Classe L riceû
avec du vin ou du vinaigre dans lêqueE
on a fait diffoudre un peu de nitre ,
ou de fel marin , ou bien on /e ferî
d’une leffive de cendre ordinaire. On
applique enfuiîe deffus un onguent
amer compofé avec de l’abfynthe , la;
tanaife , la myrrhe , ou l’aloès , & fi le
mal efi: opiniâtre , on y joint une di*
xieme partie de mercure.
5. Bourgeons. Pfjdracia achne Aitily
Achna; Vari Sennerti , üh. 6. cap, 23^
Jomhos en Grec. L.
' Les bourgeons du vifage y fi l’on en
croit Sennert , ont beaucoup de rap¬
port avec les éruptions. On appelle
ainfi de petites tumeurs rouges , dures,,
opini|tres , qui fuppurent rarement ,,
^li ne caufent ni douleur , ni déman-
geaifon & qui défigurent feulement le
ti'ifage. Ils different effentiellement des;
tubercules du front, dont j’ai parlé aux
articles de la goutte-rofe vérolique,.
de même que de la lepre , qui fe ma-
nifeffe par renrouement , l’enflüre du.
vifage , & par des tubercules rongeSi
On les attribue à l’ufage des alimens.
greffiers. Il y a des enfans qui les con-
fervent jufqu’à l’âge d’adblefcence , &Ç
oui n’en ont plus dans la fuiîe^
E L £ V U R E S. Eruption. 48 9
Jé laiffe à décider s’ils appartiennent
à la goutte -rofe , de même que ceux des
perlonnes adonnées au vin. On peut
voir pour les remedes qui leur con¬
viennent, Sennert , cap. aj. Lib. J,
pag. ,. _
6. Eruption diurne. Pfydracia diuma.
Journal de Méd. Nov. lySG.L.
On a vu une femme , qui depuis
l’enfance jufqu’à l’âge de vingt-quatre
ans , étoit fujette à des taches rouges ,
luifantes , accompagnées de prurit ,
d’une chaleur âcre , d’une tumeur fu-
perficielle , qui après un certain temps
avoit un pouce d’étendue. Ces taches
fe répandoient le matin fur tout le
corps, Ô£ difparoiffoient le foir.
X. Echauboulûre ^ Rydroa,
On appelle ainfi des exanthèmes de
ïa groffeur d’un grain- de millet , qui
paroHfenf tout à coup fur la peau. Les
puftules font confluentes ., paflageres,
•détachées & phlyûénoïdes.
I , Echauboulure ou échaubouillure.
Les.' Languedociens les appellent
hroul\ ébullition de- fang. Sennert , hy~
droa fudamen fiidaminçt ,ies . Grecs^
ecjefmata & idroa. X v
490 Classe î. Vices: ' '
Ces exanthèmes viennent au do's'
à la poitrine , aux bras , & plus fou-
vent aux jambes. Ils font nombreux ,
rouges , poignans & très-dculoureux.
Les jeunes gens & les perfonnes d’un
tempérament chaud , y font fort fu-
jets , fur-tout en été.
Cette affeâion demande un régime
rafraîchiffant , & elle fe guérit d’elle-
même. On peut cependant baffiner
les exanthèmes avec de l’eau de rofe
oude planîin, dans laquelle on a fait
diffoudre un ou deux grains de cam¬
phre. Ils codent auffi aux bains domef-
tiques , fouvenî auiîi ils ne deviennent
que plus nombreux. Ces pullules fe
deffechenî enfin, & tombent.
2. Hvdroa alha. Echauboulure blan¬
che. B.
La peau efi; fujette en été à des
échauboulures pareilles aux premières;
elles font de même couleur que la
peau , tranfparentes , véficuîaires , de
la groffeur d’un grain de millet, poi¬
gnantes J pleines de férofité , pâfla-
geres , & ferablables aux miliaires.
Le froid, lorfqu’il efi; fubit, irrite aufli
la peau , & fait naître fous l’épiderme
#e petites veflies moindres qu’un grma
EievurèS. Echduboulures. 491
de imilet. Les François appellent la
peau qui eft dans cet état , peau de
poule.
- 3 . Echauboulure fympîomatique ;
hydroa Jÿmptomatica. B.
C’eft un affemblage de piiftules rou¬
ges , avec démangeaifon , qui fortenC
avec la fueur dans plufieurs maladies,
comme dans la rachialgie végétale ;
cette fueur fent alors l’acide.
ORDRE TROISIEME.
P H Y M A TA.
L E S Phyma , auxquels on donne
vulgairement le nom de tumeurs.^ {ont
des protubérances notables , fouvent
feules , occalionnées par une Bagna-
tion des fluides dans les plus petits
vaifleaux. Ils different des taches ôc
des exanthèmes , qui n’ont que peu ou
point de relief, mais plutôt de la ru-
defle , à caufe des inégalités de la peau;
des kyjîes , qui font formés par un
amas de fluide dans les gros vaifleaux,
d’ou vient leur fluftuation ; des excroij^
fancesy dans lefquelles les chairs font
492: Classe I. Vices..
auÆ dures que les os; des dejcentes--,.
qui font caufees par le déplacement
des parties folides. Les Galéniftes ont
mis mai à propos toutes les protubé¬
rances au rang des phyma , . çonr fe
conformer à la divifion qu’ils ont faite.'
des humeurs , auxquels iis attribuoient
les différentes efpeces des tumeurs
d’oii vient qu’ils en ont exclu l’em-
phyfeme , parce qu’ils n’ont pu rap¬
porter l’air à la pituite, à la bile , .à la;
mélancolie , ni au fang.
Les phyma fe terminent par réfo-
lution , defquamation , décprtieation , ,
fuppuration , induration, gangrené , ou?
ramoliiflémenî.-
- La meilleure terminaifon lorfque-
la matière morbifique n’eft point ve-
nimeufe , eff la rifolution ; , lorfqii’elle?
l’eff , c’eft la fuppuration <y^ l’efchare,;.
que l’on excite par le moyen du feu ,,
ce qui eff une efpece de fphacele fec-
La defquamation a lieu à l’égard de
plufieurs exanthèmes , tels que la rou¬
geole , la dartre,- La cm4r^,vqui eff une'
ffippuration dtfféchée, dans les affec-
rions accompagnées de puffules, com¬
me la petite vérole , la teigne ; la décor^:
ücation. dans i’éryfipele , la rouge iir dUv
vriage, &c.
Phym^A. EryJîpsLè. 49'^
Xr. Ery&ifele y.Erytkema»
L’Eryfipele eft urre maladie dange*-
feufe ^accompagnée dr’une fievre aiguë^-
au lieu que 'C&îyth&ma.vit^ accompagné;
d’aucune fîevre ni d’aucun fymptome-
notabie. C’eft une tumeur fuperficielle ^
folitaire , étendue , d’un rouge cou¬
leur de rofe qui difparoît quand oa
îapreffe avec le doigt, unie, à moins
que les phlyâenes ne la rendent iné--
gale accompagnée d’une chaleur âcre
& brûlante , & de démangeaifon , qui
ne tend point d’elle-même à luppu-
mtion , mais à la féparation de l’épi^
derme..
I . Eryfipele commun , crythcma fpon^
tanmm. B.
C’eilune tumeur éryfipélateufe occa-*
fîonnée par une caufe interne. Il différé
de la dartre , en ce qu’il eff paflager^ au
lieu que celle-ci efl opiniâtre ; qu’il eft
uniforme, au lieu que la dartre eft cou¬
verte de boutons ou de puftules rouges.
Il fe. manifefte fouvent en forme de
erife à l’occafion d’un froid léger , au
quel la chaleur fuccede ; il eft de la lar¬
geur , environ d’un, écu ou il
■494 • C L A s s E I. Vices»
autour des plaies. II eft caufé par une
matière âcre , un fang fluide , ou , com¬
me on dit, bilieux, qui s’amaflè dans
les vaiffeaux réticulaires de la peau , &
jamais dans les glandes. De là vient
que la rougeur difparoît , lorfqu^on
preffe la partie avec le doigt, & qu’elle
revient dès que la prefllon celle , ce‘
qui marque qu’il n’y a aucune Hagna-
tion de fang. Toutes les membranes
du corps ont leurs vaiffeaux capillaires
difpofés en forme de réfeau , & ce
réfeau eft le fiege de l’éryfipele , ou
cutané ou intérieur. La matière du der¬
nier eft d’autant plus mauvaife qu’elle
a plus d’acrimonie ; fi la férofité acri-
monieufe s’épanche fous l’épiderme,
il furvient une phlyâene , qui fe déta¬
che par croûte en fe defféchant , ce
qui forme un éryfipele cruftacé.
Hippocrate emploie le mot cTcrythema
dans les coaques & les épidémiques ,
pour défîgner toute rougeur éryfipéla-
teufe. Celle qui vient autour du nez,
indique , félon lui , un flux de ventre
abondant. Duret rend ce mot par fuf-
fiifion éryfipélaîeufe.
• La nature guérit fouvent toute feule
«ette efpece, d’éryfîpele, La matière
P H Y M A. Eryppde, ^
tcre , réfoute par la chaleur , s’évacue
par la perfpiration ; ia partie h plus
épaiffe's’en va lorfque la peau sMcailie.
Il eft donc du devoir du Médecin , de
favoriler cette excrétion , de l’aider ,
en commençant par les remedes géné¬
raux , tels que la faignée & les cathar¬
tiques. Il arrive fouvent que le fang
qu’on tire au malade fe ége dans la
palette , & cela eft très-fréquent dans
le phlegmon ; le plus fouvent encore un
caillot jaunâtre &féreux fumage. L’éry-
fipele affede plus fouvent le vifage que
les autres parties. Il faut s’abftenir des
répercuffifs froids ; les fubftances âcres
& chaudes augmentent la douleur &
l’ardeur ; les liquides , quoique tiedes
au commencement , fe refroidilTent
en peu de temps, & peuvent devenir
nuifibles , de forte qu’il vaut mieux
Tenoncer aux topiques. On peut cepen¬
dant appliqner fur la partie un linge
trempé dans une décodion de fleurs
de fureau & d’eau , ou dans du vin
trempé. Les potiojîs délayantes & dia-
■phorétiques facilitent la perfpiration,
pourvu qu’elles n’ayent aucune: âcre té.
L’épiderme fe détache par lambeaux au
bout de quelques jours, & i’éryiçeli^
4^6 C L A s s É 1, F'kef:^
fe guérit. Foyei touchant i’éry{îpele'
ce que i’en dis à la claffe dés nialadies'-
indammatoires exanthémateufey.
Z. Brûlure. Êrytiiema. ambufio. Heif-
ter. Chinirg. lib. 4. cap. 16.
Tous les fluides bouillants, les folir
des que Bon a fait rougir ou chauffer h
un certain degré, le feu , le foleil même,
îorfqu’ii eil au méridien , & qu’on aug¬
mente fa force avec une loupe ou un
miroir ardent, brûlent félon leur degré-
de chaleur ëc leur durée; & felou que
là partie eft plus au moins fenfible , il en
réfulte divers phénomènes , comme
une brûlure , une efchare , un ulcéré ,
un fphacele , &e.
' Cet éryfipele différé du commun,
©n ce qu’il eft caufé par un principe
évident , favoir par l’application d’un
corps brûlant..Les particules ignées qui
s’infinuent dans la peau ,, enflamment
lé fang , raréflentlà lymphe ; de Jà lés
phlyâenes ,. les empailles , la rougeur
excelSve de la peau , la douleur aiguë ,
lés tumeurs étendues.-
Comme les particules ignéesL s’at-
tachentplus fortement aux corps froids
& idenfés , qu’à ceux qui fant chau'dà
^ raréfiés-^ on. foulage: ia: partie, en
P • Y M A. Eryfipete, 4'’y7
fexpofant à un air froid. Godefroy veut
qu’on trempe la partie dans l’eau froide
à différentes reprifes , & qu’après que
la douleur efr appaifée , on applique
deffus un Uniment fait avec de la cerufe,.
de l’huile & du blanc de baleine. Lorf-
qu’il n’y a point d’excoriation , je me
fers de vin tiede pur ou trempé , ou de
fuc d’oignon , ou d^encre ,, ou de fubf-
tances huiîeufes , par exemple y d’huile
battue avec de l’eau , jufqu’à ce qu’elle
ait acquis une certaine confiftanee. lî
ne faut point percer les phlycfeneSs,
on rendroit la douleur beaucoup plus
vive; & au cas qu’elles s’ouvrent d’elles-
mêmes, on ne doit appliquer deffus que
des émolliens , tels que le blanc d’œuf
battu avec de l’huile d’olive, de lin ou
d’amande douce , la pulpe d’une pom¬
me cuite, la bouillie d’orge, de riz, &c.
Au cas qu’il y ait un ulcéré ou une
efchare , confultez la clafle des ulcérés
& du fphacele. Lorfque la brûlure eÆ
confidérabîe & fort étendue , il con¬
vient d’ufer d’alimens légers & rafraî-
chiffans, de potions dans lefqueiles
on aura- délayé de l’efpritde fel, indé¬
pendamment des narcotiques , de la
^gnéej & des autres précaïuions ufl-
^49^ Classe I. Viast
tées en pareil cas , lorfque la vië^ du
malade eft en danger. Lorfque la brû¬
lure alFede les yeux , elle peut priver
de la vue de plufieurs façons ; fi c’efl; le
eou , elle peut rendre la tête immobile.
La brûlure caufée par l’huile bouillante,
la chaux vive , par des métaux fondus ,
efi: infiniment plus dangereufe que celle
de la paille , du chaume , de l’efprit de
vin, &c.
Enfin , le danger de la brûlure eft
proportionné, à l’intenfité de la
chaleur ; à la grofieur & à la dignité
de la partie affedée ; 3^. au temps pen¬
dant lequel le feu a été appliqué. L’in¬
tenfité de la chaleur eft d’autant plus
grande , que le corps brûlant eft plus
denfe & plus échauffé, & la durée de
l’aâion du feu d’autant plus confidéra-
ble , que le corps ardent , par exem¬
ple , l’huile bouillante , eft reftée plus
long- temps attachée à la partie.
3. Feu volage. Erythema volaticum;
maculai volaticac S&nneri ; Æjlus volatil
eus. Eft-ce le der ilug de Gabdchovtr? L.
Les enfans à la mammelle ont fou-
vent au vifage des éryfipeles opiniâtres
rouges, uniformes, circulaires, de la
grandeur d’une petite pie ce de monnoie.
P H Ÿ M Â. EryjipcU. 49^
kfqueîs fe fixent autour des joues ,
des levres. J’ai fouvent vu au milieu de
ia tache une ouverture feche & noi¬
râtre.
Lorfque ces taches fe couvrent de
croûte , difierent-elies de la croûte de
fait ? Sennert avoue n’en auoir jamais
vu, & il tient pour mortelles celles
qui viennent autour de la bouche , des
yeux, des oreilles; mais Verduc prouve
clairement que cela efl faux. Nous n’a¬
vons point encore d’hifioire exaôe
de cette maladie. Lorfqu’elle n’efi: ac¬
compagnée ni de chaleur ni de rougeur,
c’efi: une^gouîte- rofe. Celles que j’ai
vues n’avoient point de croûte , & par
conféquent elles diftéroient de la croûte
de lait.
4. Engelure , mule aux talons. Erytke^
ma psrnio.h. On appelle ainfi une enflure
rouge , unie , prurigineufe , opiniâtre
qui vient fur-tout en hiver aux extré¬
mités , comme aux mains , aux pieds :
elle eft accompagnée de chaleur , quel¬
quefois d’excoriation , & elle ne fe
termine ni par fuppuration , ni par
defquamation. Quant à l’engelure du
nez, voyez Bïblioth, med. Mangea , r.J»
pag. 4^2.
50ô C L A s S È. ï. Ÿîc&f.
Elle entretenue par Facrîmoaiè
du làng,. & elle eü excitée par la cha¬
leur lubite que l’on, proeure aux pieds^
& aux mains lorfqü’il fait froid càf
les parties caie l’on chauffe par degrés-
font moins, fujettes aux engelures, La
matière âcre , dont la perfpiration a été
interceptée , ocrafionne la rougeur, la
chaleur &: la démangeaifon que l’on ref-
fent, & cette derniere augmente par la
chaleur du lit.
Lorfque les engelures ne font point
ouvertes , on les guérit, parfaitement^,
en arrofant fréquemment la partie avec
de l’efprit de fel qui détruit racrimo^
nie alcaline de la matière morbifique 5.
mais lorfqu’elles font excoriées , il faut
appliquer deffus un emplâtre mucila-
gineux. On peut fiibllituer à Eefprit de
lel la foluîion d’alun , tes fomentations-
aromatiques faites avec dirvin rouge,
les afiringens toniques, la décoélion
de baies de genievre ,de châtaigne,
Il y a plufieurs Médecins qui confeil-
lent d’appliquer for l’engelure une rave
cuite , une peau de lievre , de la neige,,
-de la faumure. Koye^ Tiffot , Avis a»
Peuple , ch. X XX. n. 462
5. Érythema intertrigo, Ecorchurq^
éryfipélateufe. L.
P H Y M Â. EryJipeU^ fot
C’efl: une rougeur qui vient aux cuif-
ies & au périné des enfans , & qui eft
occailonnée par i’ürine dont leurs lan¬
ges font teints; les enfans à la mamelle
y font très-dlijets, elle leur caufe des
inquiétudes & des infomnies , & elle
efl fouvent accompagnée d’excoriation
dans les plis que forment les parties.
On la guérit en répandant dèffus
deux fois par jour de ta cérufe en pou¬
dre d’autres y appliquent de la ver¬
moulure de laule carié ; mais il faut
outre cela tenir les langes bien nets,
les mettre fouvent à la leffive , & les^
bien rinfer dans l’eau pour empêcher
qu’ils ne les blelTent.
<j. Eryt%.ma parattima , paratrima
Græcis. B.
C’eil une rougeur qui vient au der¬
rière. de ceux qui vont à cheval , aux
pieds des voyageurs , aux mains des
ouvriers, au dos des malades, laquelle
efl: caufée par la contufîon ou la com-
preffion continuelle des parties : elles
s’excorient , elles deviennent doulou-
reufes , elles s’attachent aux hardes & au
linge , & lorfqu’on vient à changer de
fituation on fent des douleurs violentes
^coccyx; cette rougeur devient queir
çoi Classe î. Vices:
quefois livide , & eft fuivie de la gan¬
grené. Cette efpece eft paffagere , &
elle fe dilîîpe dès que le principe pro-
catartique eft ôté , à moins qu’elle ne
dépende d’un principe interne, & alors
il furvient une gangrené feche , qu’on
rend fouvent mortelle par un mauvais
traitement , plutôt que par i’omilîion
des remedes.
On guérit l’&orchure fuperficielle
des pieds de ceux qui voyagent , en
appliquant deffus des feuilles d’aune
vertes, & en cas d’excoriation, du
fuif fondu.
Quant à celle du coccyx , on la fait
ceffer , en mettant des oreillers fous
les reins & les cuiffes du Malade, &
en balEnant la partie avec une décoc¬
tion de feuilles de rofes de provins,
dans du vin, avec de l’eau-de-vie cam¬
phrée, &c.
7. Eryfipele gangreneufe ; Erythema,
gangrcenofum. D. Quefnay , de la gan¬
grené ; A.
Cette efpece eft d’un rouge moins
vif , qui dégénéré promptement en
lividité ; il fe forme autour de la partie
gangrénée un cercle de couleur rouge ,
qui eft l’avant- coureur de le gangrené;
P H y M A. EryjipcU. 503
la partie n’eft point tuméfiée & ne tend
pas à la fuppuration ; quoiqu’un peu
ferme , elle conferve l’impreffion du
doigt , fi on la prefie.Les plaies d’armes
à feu , les plaies contufes font fujettes
à cette efpece d’éryfipele ; elle attaque
aufli des parties où il n’y a point de
plaie ; elle n’efi: au refie accompagnée
ni de tenfion , ni de chaleur confidé-
rable; fa cure efi la même que celle de
la gangrené dont efie efi un fymptome.
D. Quefnay de. la Gangrené , pag. 40 ,
3 ai , 333. elle furvient aulfi quelque¬
fois aux piqûres venimeufes.
8. Feux du vifage. Erythema volans
Tulpii, lib. 3. obferv. c^y. B.
Cet accident paffager accompagne
fouvent l’affeâion hyfiérique & la fup-
prefîion des réglés. C’efi une rougeur,
accompagnée de chaleur, qui, de temps
en temps , s’élève fubitement depuis
la poitrine jufqu’au vifage , & difparoît
peu de temps après ; elle excite quel¬
quefois une légère fueur accompagnée
de vertige.
9. Eryfipele occafionné par une
piqûre. Erythema à punUurd. B.
Les piqûres venimeufes , telles que
celles des abeilles , des guêpes , det
504 Classe I. Vlm:
confins , des frelons , &:c. font naitm
une efpece à'érjûpele , fur-tout aux
paupières & aux autres parties de la
face. Si ces parties ont été piquées,
le fuc venimeux infinué dans la plaie paf
l’aiguillon fiftuleux de ces infeéles
fait élever une tumeur rouge, unie,
fuperficielle , tachetée avec un grand
nombre de pullules , qui excitent des
douleurs aigues , la fievre , l’infomnie ,
îa convulfîon ; ces fymptomes ne font
pas mortels , ils difparoiffent en peu
de jours.
M. de Rèaumur qui a éprouvé diffé-
rens remedes contre ces fortes de
piqûres , prétend qu’il n’y en a pas de
meilleur , enie de baiîiner la partie affec¬
tée avec de l’eau froide , qu’on renou¬
velle continuellement.
M. Tijfot , Avis au Peuple , /z. 2^4
confeiiie 1°. de retirer d’abord l’aiguil¬
lon de l’animal , s’il ell relié ; 2°. d’ap¬
pliquer fur la partie du fuc de cerfeuil ,
de perfil , ou de l’herbe à Robert , ou
d’y appliquer des flanelles trempées
dans l’infiifion îiede de fleurs de fureau ,
dans laquelle on peut délayer un peu
de thériaque ; ou de couvrir le mal
aveo un cataplafme de inie_ de pain ,
P H Y M A. Eryjlpeh. 505
de lait , de miel èc d’un peu de thé¬
riaque ; 3°. de faire prendre quelques
hains de jambes ; 4"?. de faire boire de
l’inflifion de fleurs de fureau nitrée.
Les Payfans emploient en forme de
cataplafme les trois premières herbes
qu’ils rencontrent , de quelque efpece
qu’elles foient,
XII. Œdeme , Infil tra tion ,
Enflure , Œdema,
On appelle ainfi une tumeur éten¬
due , froide , pâle , molle , indolente ,
occafionnée par un épanchement de
férofité dans le tiflu cellulaire , à caufe
de fon défaut de circulation dans les
vaiffeaux lymphatiques.
I . (Edeme commun , œdématié , in¬
filtration, œdema jlaccidum. L.
Cette efpece conferve quelque
temps l’impreflion du doigt, ce qui
prouve qu’elle eft caufée , non-feule¬
ment par un amas de lymphe dans le
tiflu cellulaire , mais encore par le re¬
lâchement des parties fibreufes , que
la lymphe humefte & dont elles s’im¬
bibent , ce qui détruit leur élaflicité,
les rend molles & prefque infenfibles.
Tome L Y
5o6 ChhSS-E l. Victs.
Lorfque cette tumeur œdémateufe
afFefte les pieds, les jambes, les cüiffes,
ou un grand nombre de parfies à la
fois, on appelle cette maladie œdémaâc;
& fi elle affefte généralement tout le
corps, anafarque. Ce fymptome accom¬
pagne fouvent l’hydropifie de bas-
ventre , de poitrine , la cachexie, la
chlorofe , l’empyeme , la phthifîe invé¬
térée , la groiTéüe & lès autres mala¬
dies chroniques. V'oye:^ pour ce qui
concerne l’anafarque , la ciafle des ma¬
ladies cacheéfiques.
a. La criftalline , œd^ma crifiallU
num. C. _
C’efi une tumeur œdémateufe de la
verge & des parties génitales , caufée
par un virus vérolique elle demande
le même traitement que la vérole.
Voyez ci-deflbus le mot hydrouk, ^
l’article de Vofchloncek, La crifialline
attaque le plus fouvent le prépuce , qui
s’enfle & devient tranlparent comme
du criftal. Voyez Cockbum^ lihr. de
Gonorrhæa ; eft-ce la carie Ant. Mufee?
Efi-ce le taroli des Italiens ? Voyez la
cure dans Cockbum , cap. S.
3. Œdema periojîœi , Petit , maladies
des os, des Jignes de l^exofiofi , pag,
438. r. 5.. c.
Phyma. Œ.d&me. Enjhire, “507
Lorque la tumeur qui afFeâe les
parties a la même couleur que la peau ^
qu’elle eft indolente , ou prefque in¬
dolente , circonfcrite , foiitaire , ôc
qu’elle eft immédiatement Ctuée fur
les os , comme dans la partie antérieure
du tibia , on juge que c’efl: un œdeme
du période , lors mr-tout que la peau
vacille & remue , & qu’elle ne retient
point la marque du doigt lorfqu’on la
preffe ; mais lorfque la preffion ed for¬
te , l’impredion paroît audi-tôt , elle
fe manifede peu au-dehors , mais on
fent au tad la dépredion du période.
4. (Edema fcrpintina. , que les Pro¬
vençaux appellent f&rpmtim , ed un
cedeme qui vient aux pieds des enfans
qui naident ; mais j’ignore l’étymologie
de ce mot. On la guérit en appliquant
des linges chauds fiir la partie , & en
donnant à l’enfant de la confedion
d’hyacinthe. On ne connoît point en¬
core les principes de cette maladie.
5. Œdema hyjlmcum Sydenhami ^
tpijt. de. hyjîeria ; Raulin , de morbis va-
porojîs ; gondement hydérique , L. i^.
il affede les deux jambes , favoir les
péronés ; i°. il ne defcend ni aux pieds
lü aux tarfes , & ne commence point
5oS ' Classe I. Flces»
par euxjçommeie gonflement ordinaire*
3 il ne conferve point l’impreffion du
doigt ; 4°. il n’afFefte que les hyftériques.
6. (Edema variolofum. Bouffifure. A.
C’efl: une tumeurœdémateufe qui af-
feâe le vifage & les paupières dans la
petite vérole confluente , lorfque le
ptyalifme cefîe , & qui eft fuivie d’une
tumeur critique aux mains. Cette tu¬
meur eft fouvent parfemée de pété'*
chies dans la petite vérole maligne,
Foyci au fujet de l’oedeme qui fticçede
à la rougeole , le mot Phlegmatu.
‘ y. (Edema laUeum. Infiltration laiteu-
fe , lait répandu. Voye^^ Us Mémoires de
Çkimrgie de Paris , tom. 2. C.
Les accouchées & les femmes en¬
ceintes font fujettes à cette maladie ;
mais les dernieres plus rarement que
les autres. Elle gonfle le tiffu cellulaire;
elle eft accomjpâgnée de douleur, ÔC
elle affeâe principalement les aines.
Elle fe guérit par la faignée , les diu¬
rétiques & les fomentations réfoluti-
ves. Voyez les articles de la douleur
des mamelles & de la fciatique caufées
par le lait,
8. (Edeme urîneux. (Edema urinofum*
Raulin , Objervations de Médecine
Phyma. ^icrm. Emphyfime. 509
i^c). Cet œdemeetoit venu à la fuite
d’une rétention d’urine.
9. Œdema puridentum. <Edeme puru*
lent , Haller, PhyJioLog. lib. /. pag, 14
& 164^ C.
XI IL Emphysème , Bour^
SOUFFLURE , Emphyfcma,
L’emphyfeme efl: une tumeur fla-
lueufe , étendue , élaftique , de même
couleur que la peau , qui , quand on
la comprime , fait une crépitation com¬
me le parchemin fec.
Celui qui accompagne les plaies de
la poitrine , ell: caufé par l’air qui s’efl:
infinué dans le tiffu cellulaire de la
peau. On peut aufli l’exciter par art ,
en foiifîlant avec un foufflet dans le
tilTu cellulaire , ainfi que l’ont fait au¬
trefois des Bouchers fur le corps d’un
foldat ; mais ce dernier appartient à la
Pneumatofe , de même que l’emphy¬
feme des animaux que l’on enferme
dans la machine pneumatique. Haller
expofe dans fa Phy fiol. lib. 8 . fecî. 3 . art.
€. les maladies dans lefquelles l’emphy¬
feme peut avoir lieu. Ces maladies font
la gangrené , la dyffenterie des bœufs,
la petite vérole , le rachitis , l’affeélion
510 Classe I. Vius.
hyftérlque , le fcorbut , la firpprelTioiî
des lochies’, &c. & le plus fouventles
plaies de la poitrine. Voyez la Bouffi/.
Jure dans la dixième claffe.
I. Emph.yfema fpontancum. Emphy-
feme fpontané. C.
Il àiÈeïe de la tympanite & du mé-
téorifme , en ce qu’il a fon fiege dans
la peau , &: que l’air elî: enfermé dans
le tîfîu cellulaire. L’air fe fépare du
fang , ou par un mouvement de pu-
tréfaâion , d’oti vient , comme l’ob-
ferve Pringlius , que toutes les chairs
qui fe corrompent flottent fur l’eau';
ou par la fermentation , qui a lieu dans
l’état morbifique. Voyez les Expérien¬
ces de Mrs. Haies & Cotes, de dèrh
pToduaione, \
L’emphyfeme te guérit par la def-
truâion ou l’évacuation de l’air. L’aiï
fe détruit ou perd fon élafticité au-
moyen de la vapeur qui s’exhale du
corps de l’animal, comme le prouvent
les expériences de Mayow &; de Haies;
de maniéré qu’il fe diflipe par la feule
chaleur de la partie , à moins que la
caufe qui le produit ne fubfîfte. Rien
n’efl: meilleur pour hâter fa deftruftion
que les fachets remplis d’herbes & de
r
I Phyma. Squirre. 5;ii
femenees aromatiques & carminatives,
f telles que le fenouil, l’aneth , le cumin,
[ l’abiynthe , la camomille , le laurier ,
I cuits dans du vin avec de la fleur de
! fureau. Voyez la Pathologie de Verduc,
à l'article ae VEmphyfcmc , pag. i^q.
art. 6. Voyez aufli la Pneumatofe à l’ar¬
ticle des maladies cachétiques ; la dou¬
leur des mamelles , à celui des mala^,
dies de douleur , l’ofchéonceie flatueu-
fe, ci-defîbus, Sic.
'XIV. SqviRRE.^ Skirrus. Scirrho
fis 5 Ct^lii A urelianL
On définit ordinairement le fquirre
une tumeur dure , rénitente , indolen¬
te ; il aiFeâe le foie ou la rsîe ; mais
_ cette définition efl trop générale, &
l’on ne doit point confondre avec le
fquirre les écrouelles , les bubons , ni
encore moins les excroiffances calleu-
fes , dures , offeufes , les verrues , les
efcharres,lesfclérifmes. Je réduirai donc
ce genre aux efpeces fuivantes, laifiant
à ceux qui en favent plus que moi à
déterminer plus exaûement les autres.
1 . Squirre au foie. Skirrus hepatis. C.
Le fquirre a lieu , à ce qu’on pré-
Y iv
512 Classe I. Fîces,
tend , toutes les fois que l’on fent fous
les tégumens de l’hypocondre droit
une réMance plus grande qu a l’ordi¬
naire , confiante , avec diminution du
fentiment , ou fans autre douleur que
celle que caufentle poids & l’augmen¬
tation de la partie.
Lorfque la rélîfiance efi petite , mais
confiante & fans douleur, on appelle
la maladie ohjtniUion du foie , ou fquirre
imparfait. Lorfqu’il n’y a point ^ tu¬
meur , mais feulement une dureté , qui,,
au rapport de Bonnet, a fouvent fieu,,
quoique le volume de la partie dimi¬
nue ; on l’appelle fckrifma , tumeur ré-
nitente ; mais lè Médèdn ne peut dif-
tinguer le fquirre des vifceres du fcU-
rifme qu’après que le cadavre efi ou¬
vert , vu qu’on ignore le volume des
vifceres , & qu’on ne peut connoître
au tact fi la dureté affede le vifcere,
ou totalement, ou feulement en parties
Ce que les Anciens nous difent de
l’épaiflilTement de l’humeur mélancolie
que & pituiteufe , efi une fable & une
preuve de leur ignorance dans la Phy-
fique. Toutes les fois que j’ai difféqué
le foie ou la rate des fujets morts de
phthifie, que l’on avoit foupçonné être
Phyma. Squim. 513
affeftés d’un fquirre , à caufe de leur
dureté , j’ai feulement trouvé leurs
chairs plus denfes , ainfi qu’il arrive à
la chair de cochon falée , ou à celle
que l’on fait fécher à la fumée , & leurs
vifceres n’étoient point enflés ; d’oii il
fuit que cette dureté peut venir de
toute autre caufe que de l’amas ou de
la congeftion d’une humeur étrangère.
Il fuffit pour la caufer , 1 que les flui*
des contenus dans les vaifleaux s’épaif-
liflent & deviennent plus vifqueux ;
que les vaifleaux foient plus refler-
rés & plus nombreux , ou que les flui¬
des s’écoulent du vifcere avec plus de
lenteur & de difficulté; une feule de
ces caufes fuffit pour endurcir le vif¬
cere.
Le foie efl: fouventaffefté d’un fquir- .
re à la 'fuite de l’hépatite , de l’iftere ,
de la fie vre quarte , de l’afcite , comme
on peut le voir aux articles de ces ma¬
ladies. Je confidere ici le fquirre Am¬
ple , non point comme un principe des-
maladies , mais comme un vice ou un
fymptome de l’altération des qualités,
dont la curation efl la même que celle
dit fquirre fuivant.
a^Squirre à IdimiQ^ Shirruslienis» Q
^4 ClASSE ï. vices.
li conMe dans la réfiftance & fou-
vent dans l’enflure de la région hypo-
condriaqüe gauche : cette tumeur s’é¬
tend quelquefois au long & au large ;
elle ne caufe d’autre fenfation que celle
d’une pefanteur incommode , qui dure
long-temps. Lorfque la dureté de la
région de la rate efl: peu confidérable,
on appelle ce vice une objimUion de la
rate. Elle caufe pour l’ordinaire diffé¬
rentes maladies , telles que le gonfle¬
ment de la rate , la fievre quarte , l’ic-
tere noir , l’afcite , la cachexie , dont
je parierai en fon lieu.
11 efl; diflicile de connoître le prin¬
cipe du fquirre de la rate & du foie.
On prétend vulgairement qu’il efl: oc-
cafionné par un fang épais , vifqueux
& plein de tartre , mais cette théorie
efl: fort aventurée ; car il ne ‘s’enfuit
pas de ce que le foie efl: plus ferme
que la rate ^ & celle-ci plus que les
poumons & le cerveau , qu’il s’amaffe
des humeurs çralFes & vifqueufes dans
le foie ; car la dureté des vifeeres efl
fouvent occafionnée par leur preflioa
mutuelle , fans pour cela que les hu¬
meurs foient épaiflies. C’eft de quoi je
traiterai aux articles des maladies du
foie 5 de la rate du bas-ventre.
Phymâ. Squirre. 515
Littré (^Hijioire de P Académie Royale,
des Sciences^ lyoo. ) a obfervé une rate
fquirreufe, dont le volume n’étoit pas
augmenté ; mais qui étant putréfiée ,
ne pefoit qu’une once & demie. Il ar¬
rive cependant plus fouvent , que le
volume de la rate augmente , fans qua
ce vifeere acquière plus de dureté. On
a vu des rates qui pefoient plus de 20 ,
& même plus de 30 Hvres, quoique
ce vifeere ne pefe guere en état de
fanté, qu’une demi -livre. Morgagni ^
epifi. XXXVI. 18.
3 . Loupe , glande , tumeur ferophu-
leufe , fquirreufe. Skirrus lupia , Glan^
dula Avicenri. Lupia Caflelii. L.
C’ell: une tumeur dure , indolente ,
folitaire , de même couleur que la peau,
& qui fe forme fous elle dans différen¬
tes parties du corps. Elle différé des
écrouelles , en ce qu’elle eff feule ,
qu’elle groffit peu à peu , & qu’elle
vient aux articles des genoux , des mâ¬
choires , autour de la tête & ailleurs.
Elle différé des excroiffances, par exem¬
ple , du farcome , parce qu’elle eff eau-
fée par un amas d’humeurs , & non
point par un excès de nourriture dans
la partie, La glande différé de la loupe.
5i6 Classe î.
en ce {fu’elle n’eft point enkyftée , à
moins qu’elle ne devienne telle par la
fuite ; elle dégénéré quelquefois en
cancer. Lorfqu/elle eiî: petite on lui
donne le nom de glande ^ & elle ne
tend- point à fuppuration..
XV. FBLEGMon y Pklegm^nei,
Le phlegmon efoune tumeur ronde ^
dure , accompagnée de rougeur , de
chaleur & de puifation , qui vient d’el-
le-même à fuppurâtion. Ce mot vient
de phUgo , je brûle , j’allume , j’enflam¬
me. 11. différé des pullules inflamma¬
toires , par exemple , de la petite vé^
rôle , &c. en ce que la tumeur eft feule:
& beaucoup plus greffe da bubon ,,
de la parotide J du panaris , de l’oph-
thalmie parce qu’il n’a point de fiege
déterminé.
11 eft eaufé: par une abondance de
fang arrêté & accumulé par fluxion
dans les vaa-ffeaux de la partie tumé-
flée, & arrêté dans les glandes ou la
membrane cellulaire ; car fi cet engor¬
gement fe formoit dans les. ramifica¬
tions des vaiffeaux , la tumeur ne
feroit ni ronde , ni. circonferite ^
Phyma. Fhhgmoït,
mats répandue de même que Pér^-
pele.-
I. Phlegmon dos mamelles ^ vulgai¬
rement appellé Vojqtl F article de.
la douleur des mamelles.
a. Phkgmone oculi. Plegmon de l’œiL
Voyez Ophthalmie interne.
-3. Piegmone tejlis , vulgairement gO’-
norrhée tombée dans les bourfes. A.
Elle efl; ainfi appellée du principe
auquel elle eil; due. Outre les remedes
généraux, tels que la faignée , la dicte
légère , les fomentations émollientes
& réfolutives , elle exige ceux quidé-
truifent le virus vérolique.
4. Phkgmone mufçulorum .^mmor phleg^
monodes; Phlegmon , tumeur phlegmo-
neufe des mufcles. A.
Ce phlegmon n’a ni figure ni grof«
feur déterminée. 11 eft ordinairement
dû à des principes procatartiques, tels
qu’une fraâure ^ une contufion , une
plaie : il exige des remedes réfolutifs^
ték, que les ïaignées réitérées , fuivant
l’étendue de la tumeur , la violence
des fymptomes les forces , l’âge du
malade de même qu’une diete légè¬
re , rafraîchifiante & humeâante , les
eataplafines émoUiens feiîs avec les
5i8 Classe L Vices.
feuilles de mauves , de violettes , d’o-
feilie ; les bubes de lis , la mie de paia
cuite avec du lait , le fafran , la graiffe
récente , la moelle des animaux , l’hui¬
le , la pulpe de guimauve. Ces reme-
des diminuent la douleur , la chaleur
& la tenfion , rendent le îang fluide ,
relâchent les vaiffeaux , les membranes
affeftées de contraftions fpafmodiqués,
& rétabliffent la circulation. Si malgré
ces remedes , le phlegmon vient à fup-
puration , ou dégénéré en fphacele , on
n’a qu’à voir les remedes que j’indique
pour tes apoftemes , le fphacele , &c.
5. Phdegmone axillaris ; vulgô bubo
axiüaris ; Bubon des aiffelles. Voye^
Bubon.
6. Phlegmone tejliculi; Plegmon du
teflicule. River. Obfcrvat. cent. 2.
& obfervat. 2. obfcrvat. comm. L.
XVI. Bubon y Buha.
Le bubon efl une tumeur, partie
fquirreufe & partie phlegmoneufe , ac¬
compagnée d’une douleur fourde &: à
peine lancinante , de chaleur , de rou¬
geur , & d’une moindre rénitence que
fe phlegmon,, qui vient ordinairement
Phyma. Buhon, 51^
aux glandes des aînés. Elle eft auffi
lente à venir qu’à s’en aller , & elle
empêche de marcher jufqu’à un cer¬
tain point.
Il eû caufé par l’abondance du fang
& par le ralentiffement de la circula¬
tion dans les vaiffeaux lymphatiques
des glandes à caufe de leur engorge¬
ment. Il différé du bubonocele en ce
qu’il a fon flege dans les glandes des
aînés , au lieu que l’autre a le fien dans
Panneau des mufcles épigaftriques &
de pouppart ; fans compter que le bu¬
bonocele vient tout à coup , & que le
bubon efl lent à fe former, que le pre¬
mier eft fouvent fuivi du miferere , &
que le bubon n’eft point fujet à cet
accident.
1 . Bubon ; BuBo fimplex, D.
Les Grecs l’appellent inguen^ parce
qu’il vient aux aînés. On l’appelle lim-
ple , parce qu’il n’accompagne ni la
fievre , ni la pefte , ni la vérole. On
le guérit de même que le phlegmon ,
mais fur-tout avec des réfolutifs.
2. Poulain ; Bubo JyphiUticus, Aftruc,
lib^ J. cap. S. Cambuca de Paracelfe. C,
Le poulain efl produit immédiate¬
ment ou au bout de quelques jours
çio Classe r. Vlas,
par un commerce impur , ou par la
îuppreffion d’une gonorrhée; c’eft la
fa première caufe. Celui qui vient fim-
plement de l’infeûion invétérée du
lang , eft appellé poulain de la fécondé
efpece. Ils font tous deux ou plegmo-
neux , ou oedémateux , ou fqiiirreux ,
mais de différente groffeur. Les uns
font gros comme un œuf de pigeon,
les autres comme le poing. Le phleg-
moneux efl: plus aifé à réfoudre , &
vient plutôt à fuppuration ; l’œdémar
teux fe réfout & ne fuppure point;
le fquirreux réfifte aux réfolutifs & ne
fuppure jamais. Il différé des autres
efpeces par fon principe. Il efl un ligne
infaillible de vérole , & il demande le
même traitement.
Si le bubon fyphilique ed: fquirreux,..
on y appliquera , pendant le temps des^
fridions , une emplâtre de vigo avec
le mercure ; s’il s’enflamme , on le cou¬
vrira d’un cataplafme de mie. de pain
& de lait,; lorfque le pus efl formé,:
®n doit l’ouvrir , & fi le pus efl loua^
ble , appliquer fur l’uîcere de l’onguent
bafilicum ,, auquel on ajoutera du dir
geflif, fi le pris eflfanieux & peu abon¬
dant; fi l’ulcere efl calleux , on em^^r
ploiera le eauflique,.
PhymA» Bîibon. 521
3. Bubon fcrophuleux; Bubo jim-
mojhs. C.
li différé des autres efpeees par les
figues fcrophuleux qui fe manifeftenî
au cou , au méfentere , lorfque ceux
du bubon vérolique & peililentiel man¬
quent. Foye^ ce qui concerne les
écrouelles à l’article des maladies ca-
cheâiques. Je doute qu’on ait vu de
bubon fcorbutique , vu que les mo¬
dernes qui ont écrit de cette maladie ,
entr’autres Lindius, ne font nulle men¬
tion de ce fymptome.
4. Bubon peftiientiel ; BuBo pejfl-
hns. A. C’eft une tumeur critique qui
vient aux aînés des peffiférés , & qui
annonce leur guérifon.
Il faut quelquefois l’ouvrir & le faire
fuppurer , quoiqu’il ne foit pas mûr ,
pour évacuer le virus peftiientiel. Foy,
le mot Pefic. Clafli 3 .
5. Les croiftances ou croiffans ; Buba
crejcentium. B. C’eft une tumeur dou-
loureufe, rénitente j de même couleur
que la peau , qui vient aux aines des
jeunes gens qui grandiffent , & qui les
fait maigrir. Elle fe réfout d’elle-même»
& elle n’a rien de dangereux.
6. Bubo fcorbuticus ; Bubon fcorbi^
tique. Foye^ Pefte fcorbutique.
5ii Classe I.
7. Buho axillaris ; Bubon axillaire,
îl efl critique dans la rougeole. Hatté,
Journal de Médecine , Mai iyS6.
XVIL Par OTiDE , Parotis ^
Oreïllon,
Elle différé du bubon en ce qu’elle
affeûe les glandes fituées derrière les
oreilles. C’eft une tumeur fquirreufe
& phlegmoneufe de la glande paroti¬
de, qui eft long'temps àfappurer; fes
variétés font les mêmes que celles du
bubon , mais fes efpeces ne font pas
fi nombreufes.
I . Parotide fimple ; Parods benigna. B.’
Elle n’efi accompagnée ni de nevré,
ni d’aucun autre fymptome notable.
2. Parotide fébrile; Parods fehnlis.
D. Elle furvient dans les maladies ai¬
guës & dans la pefte , ou d’une ma¬
niéré critique ou fymptomatiqiie , &
elle caufe fouvent la furdité. Elle fur¬
vient auffi dans la pleuréfie maligne.
River, cent. /. Obf. 72. Elle efl: critique
dans la fievre miliaire , Journal de Mé¬
decine , Mai iy3â , ainfî que dans les
maladies des prifons , Pringle , tom. 2.
chap. G. Voyez la cure dans la Suettz
des Picards.
Phyma. Furoncle. 523
XVin. Furoncle^ Clou ,
Furunculus,
C’eft une tumeur cutanée inflam¬
matoire , qui s’élève en pointe , dure ,
d’un rouge tirant fur le noir; dans le
milieu de laquelle on trouve , après
qu’elle efl: venue à fuppuration , un
petit paquet de fibres qui n’ont pu fe
réfbudre. Il y a des furoncles de la grof-
feur & de la figure d’un œuf de pigeon,
il y en a d’autres plus gros & d’une
figure fphéroïde.
Le paquet de fibres qu’on trouve
dans l’axe du furoncle qui s’abfcede ,
s’appelle bourbillon.
Ses efpeces ou fes variétés font :
I®. Le clou axàixTiïixQ furunculus
dothien ^ Galen. B. Celui-ci exige le
même traitement que le phlegmon ,
mais il efl: plus dur & plus rond.
2. Le furoncle therminthe ; furuncu¬
lus therminthus , Gorræi définit , efl ,
fuivant Oribafe , une efpece de phyma,
furmonté d’une puflule noire , qui ,
étant ouvert , efl écailleux au-deflbus ,
& qui , lorfqu’on l’ouvre , efl rempU
de pus. Cette defcription efl très-
obfcure.
5^4 C'Lk^S'El. vîcei,
Furunculus ^ appellé par les Grecs
phyguhlon , & par les Latins panus ôc
punis , efl: un furoncle éryfipélateux
large , qui a fon fiege dans les glandes
cutanées , qui vient rarement à fup-
puration , & qui eft accompagné d’une
douleur & d’une chaleur brûlante.
Nous n’avons encore aucune tûftoire
exade de cette maladie.
XIX. Charbon, Anthrax,
Le Charbon ed une tumeur qui a
pour l’ordinaire fon fiege dans les
chairs , dont la pointe efi couverte
d’une puftule griîe , fphacelé en de¬
dans , dont le tour efl: rouge & dou¬
loureux, & qui venant à s’excorier ou
à s’abfcéder , gagne les parties voifi-
nes, &: devient d’un rouge extrême¬
ment vif.
Pline & Celfe nous en donnent
une difcription- fort exade. Lorfqu’il
établit fon fiege fur le cou ou dans la
gorge , qu’il n’efi: accompagné ni d’en¬
flure ni de douleur , que la puftule ou
l’épiderme eft livide , & la chair noi¬
râtre , il y a fphacele ; & alors le mar
lade languit , il tombe dans l’aftbur
Phyma. Charbon. 515
piflement , fon pouîs eft foibîe , rare ,
& il meurt en peu de temps. Lorfque
le charbon eft moins malin , il le forme
autour de la pullule une tumeur phleg-
moneufe , accompagnée d’une petite
jfievre ; &; lorfque la tumeur eft ou¬
verte, & qu’on écarte fes levres, on
apperçoit un ulcéré d’un rouge noi¬
râtre , fec, chaud , brûlant , qui gagnç
les parties voilines.
Le charbon eft une maladie três-
£-équente chez les pauvres gens qui
vivent dans la mal-propreté , qui fe
Bourriffent de viande de mouton mort
de cette maladie , qui travaillent leur
laine , & qui fondent leur grailTe pour
en faire de la chandelle ; ce qui fait
que les Bouchers, les Corroyeurs &
les chandeliers y font fouvent fujets.
On appelle rarement les Médecins
pour traiter cette maladie ; les gens de
la campagne ont leurs fpécifiques ,
appliquent deffus un cauftique , & pré¬
tendent l’avoir guéri.
I. Le Charbon fimple ; Anthrax fim*
fUx , A. efl celui qui n’efl point pan-
dénûque , mais fporadique ; il a beau¬
coup de relief, & il eft accompagne
de la fievre & de légers fymptomes.
5r5 Classe I. ricM.
Sa cure confiée à appliquer fans
délai fur fa pointe fphacelée un caufti-^
que , tel que la pierre infernale, pour
détruire le virus gangreneux, qui peut
ronger les parties voifines , ou rentrer
& occafîonner les fymptomes les plus
funeftes, comme la fyncope , le délire,
^c. On prefcrit rarement la faignçe ;
mais elle ne fauroit nuire lorfque le
pouls eft fort. Il faut cependant hâter
la chute de l’efcharre , & la fuppura-
tion pour évacuer le virus & purifier
le fang , à quoi contribuent les fuppu-
ratifs ordinaires, & prefcrire au ma¬
lade des remedes internes propres à
accélérer la circulation , au cas qu’elle
langüiffe , à l’entretenir fi elle eft mo¬
dérée , & à augmenter la perfpiration.
2. Charbon pefiilentiel ; Jnthrax
malignus. A. Voyez l’article de la pelle,
à la clafîe des maladies exanthéma-
teufes.
3. Le mal des ardens; Anthrax per*
Jicus. Pruna & ignis perjîcus AvicennaCè
THiftoire de France de Mezerai.
C’efi une efpece de pelle. Le feu Saint
Antoine. Voyez l’Hilloire de Philippe I.
année 1090. A.
Le mot carbo défigne un bois bnilc
Phyma, Charbon.
& réduit en charbon , &; celui de car-
bunculus une pierre précieufe , & ils
I valent par conféquent moins que celui
^anthrax.
I /^.Anthrax tarantatus^z^^tVii malvat
par les Languedociens. A.
C’efl fuivanî P. Borelli , centur. 7...
pbf. 17. une efpece extraordinaire de
! charbon , lequel eil très-fréquent à
I Roquecourbe près de Cajtres , & qui
‘ îue le malade, à moins qu’il ne paf-
1 ie neuf jours entiers fans dormir.
Pour cet effet, fes parens & fes amis
I 5’affemblent chez lui , & l’eng^ent à
i chanter , à danfer & à fe divertir avec
I , eux. Sera prétend que les perfonnes
qui ont été piquées par la tarentule ,
tombent dans un affoupiffement pro¬
fond, & de là vient qu’on les &it
danfer , pour empêcher qu’ils ne s’en¬
dorment. Voyez le Janon.
X X. Carcinome ^ Cancer ,
Carcinoma.Carcinosen gxec.Tu-
meur chancreufe , cancer occulte»
Le bas peuple s’imagine que ce mal
s’aigrit comme le charbon , lorfqu’on
le nomme par fon nom , de de là vient
a.
5îS Cl AS SE I. Vices.
qu’il ne le nomme point , ou qu’il le
■nomme limplémenî k méchant.
Dans cette maladie , de même que
dans toute efpece de phyma , il y a
■deux états à conlidérer ; celui de la tic-
meur dans fon entier, & qui n’eû pas
■encore ouverte , & celui de Vulcerc ,
de l’excoriation & de l’ouverture ,
qui ell plus ou moins tardive , car l’ul-
cere ri’eft pas un genre diHind, mais
.une modification du phyma.
On le définit une tumeur dure , tu-
l)ereufe , lancinante extrêmement opi¬
niâtre. IldifFere du fquirre par la dou¬
leur lancinante , & l’inégalité de fa fu-
perficie ; du phlegmon , par fa durée ,
& la couleur naturelle de la peau, à
moins que la tumeur ne foit environ¬
née de tumeurs variqueufes noires.
Le cancer ulcéré , ou l’ulcere chan-
creux différé des autres par la mau-
vaife odeur qu’il rend, le renverfement
des levres , la dureté -de la chair, la
fanie âcre qu’il rend par fon opiniâ¬
treté., de la douleur lancinante dont il
eft accompagné.
On ri’a point encore de diflinéHon
exaéle de fes efpeces. On obfervera
cependant que les carcinomes font oc-
cafionnéi
Phyma. Cancer. 5x^
cafionnés par des verruès , telles, que
celles qui vienRent aux mamelles; d’au¬
tres , par des points , ou des. varices
noirâtres &: dures , comme des foiir-
.îîiis, & de ce nombre font les myr-
•jnccia des -Grecs ; d’autres viennent de
l’irritation des loupes ou des fquirres
qui affedent le cou , la glande lacry¬
male ; d’autres commencent par une
pullule, qui s’ulcere' en peu de temps
■& qui gagne les parties voilines, &
tels font ceux dont Saint Yves donne
ides exemples , mais non point une def-
cription exaôe dans fon Traité des ma¬
ladies des- yeux, cap. C. Voici fes ef-
peces.
1 . Carcïnoma vcrrucofum , vcrruca can-
■crofa. Saint Yves, cap. J. C.
2. Carcinoma myrmccia ; tr/yiîîsqie
efpece de Saint Yves , cap. 6. part. t. C.
P Carcinoma lupus , appellëe vulgai¬
rement cancrofa; loupe chaiicreu-
. fe. C .
4. Carcinoma phagezdcna; Garcinome
phagédenique , quatrième efpece de
Saint Yves , pullule chaacreufe. C. On
ignore li leur pronoitic & leur cure
font les mêmes , fur-tout s’il ell, vrai ,
comme l’aflure Saint Yves , qu’il ai^
Toîik /, Z
'5 P Classe I. Vices,
guéri la première efpece par îe moyen
d’une eau qui n’a pu guérir les autres
elpeces.
Hippocrate 'affure que ceux qu’on
guérit d’un cancer , meurent en peu
de temps; c’efl; pourquoi la cure de
cette maladie doit être omiluve , c’efl-
à'dire , qu’on doit cmettre^tout c^e que
l’on juge capable de détruire fes prin¬
cipes ; car leur wuience eft telle , qu’ils
s’irritent par les altérans & les éva-
cuans, fi l’on' en excepte, les délayans
& les adoucifians internes. On ne doit
point toucher aux cancers occultes,
n’y mettre ni onguens ni cataplafmes ,
& les couvrir de coton pour les ga¬
rantir de la preflion. Au cas qu’ils s’ul¬
cèrent , il faut les déterger fans vio¬
lence , ou plutôt appliquer defius le
cérat de Galien , du beurre fans fel ,
des rouelles de veau , & des^onguens
anodins. . . _
Dans l’un & l’autre cas , on doit
faire ufage des bouillons rafraîchifians,
du petit lait , du lait , des tifanes , &
des bains , pour tempérer l’acrimonie
du fang. Il y a des carcinomes déta¬
chés, qui ne tiennent ni aux parties
foiides , ni aux gros vaifieaux , que
9
Phymâ. Cancer. 53 E,
fon peut extirper avec fuccès , après
avoir fait précéder les dépuratifs &C les
anodins.
J’ai vu un cancer fort gros à la ma¬
melle d’une femme , occafionné par
une petite verrue profondément enra-
j cinée , plutôt que par aucun virus vé-
rolique , que i’ufage du mercure rédui-
fit à la dixième partie.
Vandermonde prétend , dans fon
. Journal de Médecine , que l’ufage in¬
terne des feuilles de la belle-dame,
guérit le carcinom.e.
J’ai vu guérir un carcinome phagé-
deniqiie au vifage avec de l’huile cor-
roiive de plombagine. Voyez les Mé¬
moires de V Académie des Sciences de Pa¬
ris. Quant à la guérifon du carcinome
par l’ufage interne de la grande ciguë-
de Tournefort , Foye^ les Expériences
de Storck.
5 . Cancer Jyphilitiçus. Cambuca Para-i
celji ; Cancer vérolique , C,
Une fille âgée de trente ans , qui
ufoit depuis plufieurs mois de l’extrait
de jufquiame blanc , avoit aux deux
mamelles une tumeur grofl'e comme un
œuf de poule , dure , tubéreufe , pro¬
fonde , .accompagnée de douleurs laa-
532. Classe I. Fic&s.
einantes qui s’étendoient par interval¬
les depuis raiffeile jufqu’à la mamelle ;
elle le plaignoit en même temps d’ul-
eeres à la bouche & au vagin ; lefquels
étoient des relies d’une vérole acquife
depuis dix ans. Les circondances ne
permettant pas d’employer les friftions, %
i’eus recours aux pilules de Keifer,
dont l’ufage continué pendant un mois
& demi fit difparoître la tumeur & la
douleur des mamelles , ainli que tous
les autres fymptomes de la vérole , qui
n’ont plus reparu depuis,
XXL Panaris , Paronychia,
Le panaris ell une tumeur phlegmo-
neufe qui vient à l’extrémité des doigts,
&: qui eft accompagnée d’une douleur
pulfative très-aigue , d’une grande rou¬
geur, d’une chaleur brûlante , & d’une
• tenlion excelîive,
I . Panaris cutané ; Paronychia cuta.-
ma^ Heifter. Chirurg. c. lyo. B.
La tumeur qui fe forme à l’extré¬
mité du doigt eft d’abord peu douloü-
reufe, elle grolîit enl'uite & devient
rouge , la douleur & la rougeur aug¬
mentent J di «es fymptomes ne p^^
PhyMA. Panarh. 553
jfent pas outre , & font fupportables
mais la douleur pulfative augmentant ,
elle vient à fuppuration , l’extrénuté
du doigt devient blanche , molle , &
Pabcès ayant percé , il le termine par
la déterfion & la confolidation.
On achevé la cure avec des émoî-
liens , propres à faire venir la tumeur
à maturité ; on extrait le corps étran¬
ger qui l’a occafionnée , comme peut
être une épine , une pointe d’aiguille ;
on met deflus un caîaplafme fait de la
mie de pain , du lait & du fafran , de
la pommade de colimaçon , de la pulpe
de feuilles de mauve , de violette , de
racine de guimauve , de la bulbe de Iis ,
& au cas que la douleur & la chaleur
foient peu conlidérables , on peut fe
fervir d’un emplâtre de diachylom avec
les gommes, de celui de mucilage, &c.
la fuppuration faite , on ouvre l’abcès,
& on le traite â la maniéré ordinaire.
Il arrive Souvent que l’ongle tombe ,
lorfqu’il s’eÜ formé du pus delTous , èc
alors la cure eft beaucoup plus longue.
Z. 'Panaris du périofte , paronychia.
pzriofîizi Heilier. ibid. Garengeot, Ope- ,
rations de Chirurgie , du panaris. A.
Cette efpece différé de la première
Z iij
534 T; LAS SE 1. F7ces.
’€n ce que la douleur Si la chaleur font
beaucoup plus grandes qu’on ne de-
vroit l’attendre d’une tumeur : elle elt
accompagnée de fievre^ d’infomnie ,,
de convulfions , & même de délire/
Elle dilFere de la îroifieme en ce que
la douleur ne s’étend point jufqu’au
condyle intérieur du bras , je veux
dire jufqu’au coude.
Cette efpece ed: occafionnée par
quelque peu de fanie âcre &c corrofive '
qui s’amaffe fous le période , & qui
carie fouvent l’os , & lorfqu’on néglige
le mal , il gagne la main ; de forte qu’on
eü obligé de faire une incliion à l’ex¬
trémité du doigt , ou latéralement ,
fuivant Garengeot , ou dans le milieu,
oh le tendon âéchifîeur n’aboutit point,
comme le veut Heider , pour procu¬
rer une ifîue à cette goutte de pus ou
de fanie. Il fe forme fouvent îe len¬
demain une excroiflance de chair fou-
gueufe , que l’on coupe ou que l’on
mange , après quoi l’on panfe la plaie
à' l’ordinaire.
3. Paronychia undinis ^ fpec. Heif-
ter. ibid. panaris^u tendon. A.
Cette efpece a fon dege dans la
gaine du tendon déçhiiïeur du doigt.
Phyma. Panans."- 53 f
ôii il s’amaffe du pus , ou de la fanie
âcre* & ccrrofîve. La tumeur qui fe
forme à l’extrémité du doigt , efl mo-
diqrîe , quelquefois même il n’y eu
a point , ce qui n’empêche pas que
la douleur ne l’oit infupportable. Elle
fe fait fentir dans la main, le carpe,
& dans tout le bras jufqu’au condyle
interne de l’humerus , d’où s’enfuivent
la ùevre , les infomnies , les fpafmes ;
il furyient une enflure au bras , à la
main & aux articles des phalanges des
doigts.
Cette efpece efl: infiniment plus dan-;
gereufe ^ue les autres , & fouvent le
lùiet efl: emporté par la fîevre , l’in-
fornnie , la fuppuraîion &: la gàngrene.
Les remedes font inutiles , & il faut
en venir à l’inciflon du doigt & de la
gaine du tendon ; & qui plus efl ,
faire l’inclflon profonde, au cas que
le pus ait pénétré bien avant , comme
dans le tendon annulaire du carpe ,
dans le ligament tranfverfai qui unit
l’os du coude avec le rayon. Cette
curation efl décrite^ort au long dans
Heifler & Garengeot , & on peut voir,
ce qu’ils en difent.
4. Paronychia araura J^inncEi ,
morbôriim, L, Z iy
5 Classe I. Vices, -
On donne ce nom à l’inflammation
du doigt accompagnée d’une ulcéra¬
tion latérale & d’une douleur médio¬
cre ^ produite par l’ongle qui coupe
latéralement la peau.
5. ^ Paronychia digitium,.C, Digitium
ilL Linnæi , gen, morborum. 227.
Cette efoece fe manifefte par une
douleur aiguë & périodique à l’articu¬
lation d’un doigt , fans qu’il paroiffe
aucun ligne d’inflammation ÿ le doigt
maigrit confidérablement à l’endroit de
la douleur , laquelle dure des mois &
de^ années entières , revenant plufîeurs
fois le jour par accès de deux pu trois^
minutes.
On giiérit le malade en amputant le
doigt.
L’os ne paroît pas rongé , mais fria¬
ble , comme de la farine coagulée. Ce
mal efl: commun en Suede.
6. Paronychia prejfura. L. Prejfura ilL
Linnæi , gcn, morborum. 260.
C’efl une efpece de phlegmon qui
naît à la racine de l’ongle y lorfque le
doigt , gelé par le froid , efl: expofé
à une chaleur fubiîe , la douleur efl
médiocre ; il furvient fouvent une uî-
çération , l’ongle tombe , il en vient
f'
Phyma. Panaris. 537
tine autre qui eft épaiffe & raboteufe»
Cette efpece diiFere du panaris cutané
par la différence de fon fiege.
7. Panaris artificiel , paronychia ar-
ttficialis ^ Ephemer. Nat. Cur, dec, a.,
ann. 10. ohf. i8y. pag. y6'4.
Cette efpece efl produite par îa li¬
gature qu’on fait à un doigt avec la
peiiicnle d’un œuf frais. On croit que
cette ligature guérit la fievre tierce.
XXîL Phimosis.
Les modernes définiffent le pbimo- ■
fis , une tumeur phlegmoneufe du pré¬
puce , fou vent même du gland,
qui empêche le inouvement du pre¬
mier.
Les anciens Grecs appelloient gé¬
néralement de ce nom toute obfiruc-
tion des conduits ; d’où vient qu’ils
ont reconnu un phimofis des paupiè¬
res , des levres , de l’uterus , des nari¬
nes ; mais nous entendons aujourd’hui
par là une inflammation du prépuce
qui l’empêche de fe renverfer pour
découvrir le gland, fi c’efi; un vrai
phimofis , ou qui le reflerre tellement
qu’il fe forme un étranglement autour
538 ChKSS^l. Vices:
de la couronne du gland , comme dans
le faux phimofis , ou le paraphimofis
des modernes.
I. Phimojis vcra , phimojis Fleiiler.
Çhirurg^ cap. 1^0. A.
C’efî une inflammation violente du
prépuce , qui l’empêche de fe renver-
îer pour découvrir le gland. Elle efl
caufée par k fécrétion d’un fluide acri¬
monieux, jaune, vifqueux , qui arroie
le prépuce , & qui fe forme dans les
glandes odoriférantes du gland. La
furface intérieure du prépuce, de même
que le gland, s’enfiamnrent , & cette
infiamniatiôn efl accompagnée de dou¬
leur & de la difficulté d’uriner , à caiife
de l’irritation que le prépuce fouffre
de la part de Purin e. Cette maladie
eû. la môme que la gonorrhée du pré¬
puce dans ceux qui l’ont fort long.
Voyez Gonorrhée. J’ai connu des ffijets
qui ont été guéris d’une ophthalmie
par le retour de cette excrétion , ce
qui prouve que la mucoiité qui fuinte
par la couronne du gland , efî: la même
que celle qui fuinte par les glandes de
Meibcmiüs. Sennert obferve qué les
enfans font très-fujets à cette maladie.
0n la guérit avec des bouilloîis ra-
Pkt?ÆA. Pklmojiè^
fïaichilîans , le petit lait , les bains ,
les eaux aigrelettes , bien entendu que
la faignée & la purgation ayent pré¬
cédé. On -appaife la douleur & la rou¬
geur , en baffinant le gland avec de
l’eau rofe, de l’eau de Saturne', &c.
2v Phimojis hydrocdica. C.
Les perfonnes qui ont une hydro-
pilie , une anafarque , un afciîe gu une
fimpie hydroceie, ont fouventle gland
& le prépuce fi fort enflés , que la
glaru^efl: entièrement couvert , &
qu’oiî a peine à trouver fon ouver¬
ture. J’ai vu même plus d’une fois s’y
former un amas d’humeurs qui mena-
çoit de l’infiammaticn & de la gan¬
grené, Lorfque ce cas arrive, le re-
tîiede le plus prompt eft d’incifer avec
des cifeaux le limbe du prépuce en
plufieurs endroits , ainfi que je l’ai vu
pratiquer à un fameux Chirurgien nom¬
mé Serres ; on détruit par là l’engor¬
gement, & l’on prévient le fphacele
en baflinant la partie avec de feau de
vie camphrée.
3. Phimofis vérolique. Phimojis fy^
philitica. C.
II efl: caufé par des ulcérés véroli-
ques oui fe forment fur la couronne
540 Classe L FzVef.
du gland , d’où s’enfuit l’inflammatioir
du prépuce^ lors fur- tout que fon
limbe efl affeâé de pareils ulcérés,
auxquels on donne vulgairem.ent le
Tüom. ,àt chancres. Comme on ne peut
déterger ces ulcérés ,, l’érofibn aug¬
mente, & il en réfulte plufieurs autres^ *
^mptomes fâcheux. .
Dans le cas où la maladie n’a point
encore £ait de progrès , on commence
pair la faignée ,ia purgation & les bains,
d’où l’on paffe aux frifîions- ^rcu-
rielles. On emploie en même Kmps
les fomentations faites avec le lait ,
les fleurs de mauve, de mélilot &C'.
©n ramene le prépuce , & l’on fait
en forte de mondiner & de déterger-
ces petits ulcérés mais s’ils, font pro¬
fonds , & que l’on craigne qu’ils ne
rongent entièrement le gland , on
coupe entièrement le prépuce , vu
qu’une ou deux incifions ne fufliroient
point pour découvrir ces ulcérés ; on
continue les ffiâions., & tout réuflit
à fouhait dès que le virus efl; une fois
évacué.
Le phimofis èc le paraphimofis acr-
compagnés de chancres véroliques
caûfent quelquefois la gangrené,. Hiaut
Phyma. Pkîmojîs. ^,.4.1.
alors faire une faignée , fcarifier la par¬
tie , & faire prendre du kina à forte
dofe :1a fanté fe rétablit par ces moyens
il furvient une fuppuration. qa’on en¬
tretient avec le digeftif , &: lorfque
l’efcarre gangreneufe eft enlevée , om
emploie les friûions ou L’efprit anti-
vérolique,
4. Phimofis avec étranglement. PA/-
mojîs cireumtigata , Aftruc des malad,^
véner. liv. chap. 8. du phimojîs
pelle par les Latins circumligaturci , &
par les Grecs par aphimojis. A,
Cette efpece eft plus fôuvent fim-^
pie que vérolique. Elle eft caufée paï^
l’inflammation &. l’enflure du gland
dans l’éredion de la verge lors fur-
tout que le prépuce a été repoufte avec
violence , ainft que cela arrive lorf-
qu’on déflore une fille y ou par telle:
autre caufe femblable ; c§r fbit que le
prépuce qui a été renverfé s’enflamme
& refîerre le gland , foit que celui-ci
s’enfle davantage que le prépuce , il
en réfulte l’efpece dont nous parlons y
qui fe guérit par la faignée , en trem¬
pant la verge dans du lait , & enfuite
dans une décodion réfolutive faite avec'
la fleur de mélilot» de fureau, &c»
542. Classe î. Vices,
J’ai va dans l’Hôpitai général trois ou
quatre paraphimoüs femblables , occa-
iîonnés par une ligature qu’on avoit
faite à la verge a’vec un fil , d’cii s’é-
toient enfuivies la fuppreffion de l’u-
rine &; i’inflamniation -de la verge. J’ai
cependaint vu ‘deux enfans dans qui
le fil avoit traverfé peu à peu la verge ,
fans îaiiTer aucun veltige après lui.
5. Phimojis vaginiz ; Pbimofis du va¬
gin, des maladies vlnmennes ^
lib. 2. cap. 8. 72. I. h.
Il efl: caufé par l’inilamrnation vé-
rolique dés levres , des nymphes , &
celle-ci par des ulcérés véroüques car¬
cinomateux. II aitecle de même le fon¬
dement des catamites , & les mame¬
lons ds« nourrices , & tous ces vices
exigent les mêmes remedes que le phi-
mcfis véroiiqiiê , favoir , la déterfion
des ulcérés la deftrudion du virus. ^
6. Phimojîs infantiam, Manget, Bt-
hlioth. praB. pag. 9. d’après Hiidaniis. L,
îl efl: caufé parl’acrimonie de î’upne,
& par le mauvais régime des nourrices,'
&; les enfans à la mamelle n’en font
point exempts.
Il fe guérit à l’aide d’une ciete légère
& rafraîchüTante , d’une purgation lé-
PîIYMA. Phimôjis. Ç45
gere , & avec un cataplafme compofé
avec de la mie de pain , des fleurs de
balauiles pulvérifées , du fafran , du
beurre frais &: du lait de vache.
OPcDRE QUATPvIEME.
EXCB.GISSANCES , Excrcfceraîcz,
C E font dés tumeurs qui dÜrerenî
des phyma, î en ce qu’elles font pro¬
duites par un fuc nourricier trop abon¬
dant qui fe convertit en partie foîide ;
d’cii vient qu'elles font long-temps
à fe former , & qu’elles grofliffent fans
qu’on s’en apperçoive ; 3*^. en ce qu’el¬
les ne viennent point d’elles- mêmes à
fuppuraîion , qu’elles font Axes , de
même couleur que la peau , indolentes
& conftantes. »La lordofe efl: la feule
qui réponde moins à cet ordre. Elles
font caufees par l’abondance du fuc
nourricier qui s’attache aux vaifleaux
de la partie affeôée , qui s’affimile à elle ,
& fe convertit en fa propre fubflance;
au lieu que dans les phyma les fluides
confervenî leur fluidité, & fe conver-
'^44 Classe I. Vlus,i
tiffent aifément en pus ôî eh fanie. Les
excroiffances varient félon leur confif-
tance & la place qu’elles occupent , &:
on peut les réduire aux genres fuivansr
XXIIî. S AR CO ME , S arcoma^
C’efl: une excroiCance qui a à peu-
près la même confiftance que la chair,-
1, Excroiffance charnue , Sarcomct
vulgare Sennert. L.
Elle vient indiilinâement par tout
& elle eli ou naturelle ou accidentelle^
Elle ne différé de la loupe qu’en ce
qu’elle eff indolente y & qu’elle nuit
par fa groffeur & par la place qu’elle
occupe. La loupe a fon liege dans les
glandes , au lieu qu’il n’en eff pas de
même du farcome.
j. , 2. Polype du nez, Sarcoma nariurru
C’eff une excroiffance qui a fon
fiege dans la membrane, qui taplffe le
dedans des narines , & qui nuit à l’odo¬
rat , à la refpiration & à la '^zrolt.Voye^
Anofmic , dyfpnée , qui ont ce farcome
pour principe.
3. Sarcome des yeux , Sarcoma 06U--_
rw/zz. Saint Yves, chap. 74. 6* 18. L.
C’eff une excroiffance fouvent adi-
Excroissances. Sarcome. • ^45-
peufe qui fait corps avec les paupières
du côté du petit angle de Fœil. Celle
qui efl: du côté du grand angle efl; d’une
autre couleur que la partie , & appar¬
tient au pterygion ou à i’encanthis. Ce
larcome nuit à vifion ou à la vue»^
Fqyq Obfaircifîement de la vue.
4. Sarcome épulie . Sarcoma epulîs
Heifter, cap. 86. L,
C’efl une excroiflance qui vient dans-
la cavité de la bouche , &: principale¬
ment aux gencives^ en quoi elle différé
de la paruiie, ou de i’apoff eme des gen¬
cives. £ avaler y b'égaie-.
ment.
5 . Polype de î’uterus , Sarcoma cer-
cqjis , polypus uteri , cercojïs Aëtii. L.
C’eff une excroiffance charnue fort
groffe , qui fort hors de l’utérus ou du
vagin, & qui reffemble quelquefois à
une hyfférocele. Elle nuit à la généra¬
tion , à l’accouchement , &c. Voye^
DyfiGcie , jîériUti^ &c. on l’appelle Cer-
cojis , à eaufe qu’elle a une queue ou
un piffile.
6. Sarcoma natta , napra dorfi. L.
Le gros farcome pendant du dos elt
une excroiffance à queue qui groffit
beaucoup , qui tient au dos, qui eff
54^' Classe î. Fîces.
fort pefante , & qui empêché' qifon
ne püiffe fe coucher , tant par fa grof-
feur , que par la place qu’elle occupe,
7. Sarcoma bicephalium, L. G’efl: une
excroiffance qui vient à la tête , & qui
eft fi grofle , /qu’on la prendroit pour
une fécondé tête. Ne diîFere-telie de
ia loupe que par fon volume t
8. Sarcome fongueux , Sarcoma fun-
gofum , appeilé par les Grecs hyperfar-
cojîs. C’eft une excroiffance molle &
fongueufe qui fe forme autour des
plaies & des ulcérés.
9. Sarcocele 5 Sarcoma fcrod Heiffer.
Cher. cap. i2i 6" 12S. enGrecJarcocde,h.
C’eff une excroiffance du te'fficule qu’il
ne faut pas confondre avec le fquirre
ni avec l’inffam.mation de cette partie.
Dans le fquirre, le îefficuîe eff plus
dur qu’il ne l’eff naturellement , ce
qui n’arrive point dans le farcocele.
Dans le phlegmon, le tefficiile s’enfle,
& on y fent une douleur extrêmement
aiguë., au lieu que' le farcocele grofflt
lentement & ne caufe auomie douleur.
Gn donne vulgairement le m.ême
nom au fquirre du tefticule; mais celui-
ci fe réfout par les topiques , ce que le
farcocele ne fait jamais.
Excroissances. Sarcome, 547
10. Sarcoma varicocèle, cirjbceles Heif»
ter. cap. izo. Ramex varicofus , du
même. L.
Il appartient plutôt aux varices des
vaiffeaux fpermatiques qu’aux far co¬
rnes, quoique quelquès'-uns les con¬
fondent eniemble.
11. Sarcoma enchhntis , faint Yve»
chap. 18. pag. /J (T. en François mûre. L.
Cette maladie eft de deux efpeces,
eu égard au fiege qu’elle occupe. L’une
eft une excroiffance de la caroncule
lachrymale , l’autre , qui eft beaucoup
plus greffe , fe forme entre la paupière
& le globe de l’œil. La fuperficie de
l’une & de l’autre eff couverte de petits
grains , comme une mûre , d’où lui
vient fon nom , leur couleur eil tantôt
rougeâtre , oc tantôt plombée.
On la guérit de deux façons , i^. en
y appliquant la pierre infernale , 2.^. en
y faifant une ligature , ou , ce qui vaut
encore mieux , en la coupant avec une
lancette , après quoi l’on mange le reffe
avec une poudre compofée de huit
parties d’alun &: d’une de fucre.
54^ Classe î. Vices,
XXIV. Condylome^
Condyloma^ "
C’eft une exeroiffance ferme pîus
dure que les chairs & plus molle que
les os.
^ ï. Durillon^ c allô fitè, Condyloma dlus^
en Grec Tyioma. L.
C’eft une excroifTance de Tépider-
me qui vient aux mains &: aux pieds y
& qui n’eft adhérente ni aux tendons,,
ni au périofte. Les ouvriers, qui ma¬
nient des initruments greffiers , & ceux
qui marchent nus pieds y font fujets ,
& elle ôte le fentiment de la partie.
2. Cor des pieds, Coniyloma clavusXj*
C’eft une excroiffance dure, calleufe^
adhérente aux tendons & au périofle.
des pieds & des mains. La preffion la
rend douloureufe , & elle eft le plus,
fouvent caufée par lacompreffion des
fouliers. Les cors different des ver¬
rues & des poireaux , en ce qu’ils ont
dans leur milieu un cal très-dur, qui
lorfqu’on l’arrache , fait ceifer la dou¬
leur , Jufqu’d ce qu’il s’en foit formé urï
nouveau. Poiîr les amollir, on com¬
mence par tremper le pied dans l’eaî
r
Excroissances. Condylome. 549
-îiede , après quoi l’on applique deflfes
de lafeuille de joubarbe , de telephium,
ou un emplâtre de mucilage.
3, Callus ou cal, Condyloma cdllus,
Foye:^SennQn. Vib.6. pag. 6. cap. S. L.
C’efl: une tumeur qui le forme dans
les i^mmifl’ures des os fraâurés , ou un
fondement du périofte qui joint les frac¬
tures , qui nuit par fon volume , ou qui
défigure les membres. Il différé de ?e-
xoftofe par fon origine.
4. Ganglion , Condyloma ganglion ,
Heiffer. de ganglio , cap. 1^1. h.
Le ganglion eft une tumeur dure ,
indolente , blanche , adhérente aux
tendons ou aux os , mais oui fe meut
latéralement , de la groffeur d’un pois,
qui vient aux mains & aux pieds. Elle
fe réfout , quoique difficilement par des
fr.ûions fréquentes , en la comprimant
avec une lame de plomb , avec l’em¬
plâtre de vigo , avec le mercure , par
des coups de maillet réitérés. On peut
auffi l’extirper par incifion , mais il nuit
li peu , qu’on en vient rarement à cette
opération.
: 5. .Fie., Condyloma ficus , en Grec
Sycofis. L. -
On donne le nom de des aux çondy-
550 Classe I. Fîus.
•iomes du fondement ou des parties na-
tiireiles , qui ont la Hgure d’une mûre.
Martial les a cpnnus long-temps avant
qu’on connut la vérole, mais il y en a
aujourd’hui de véroliques.
6. Crêtes , pendeloques ,
thymus, &c. D. ^
Les condylomes véroliques du fon¬
dement &: des parties naturelles varient;
ies uns reffemblent à des crêtes , les
autres à la fleur de thim , les autres à
un chou-fleur; leur figure Sc ieur cou¬
leur varient aufli , ce qui leur a fait
donner différens noms.
Ces diverfes excroiflpnces véroliques
font indolentes , & tombent quelque¬
fois par l’ufage du bain , du moins lorf-
qu’on fe fert du mercure. Dans le cas
oh elles' réfiflent, il faut les confumer
avec des cathérétiques , ou les couper
avec des cifeaux pendant qu’on ufe de
frisions meramelles.
Ne confondez point lés condylomes
du fsndement avec les marifca.
l’article des HémOrrho ides, clafT. IX.
7. Poireau, Condyloma porrum, D. Le
=poireau efr enfoncé dans les chairs , &
déborde à peine la peau, il d’ailleurs
'femJblàble-à la verrue. îl y en a de^fim-:
Excroissances. Verrue. 551
pîes & de véroliques qui viennent aux
parties naturelles. Iis demandent le mê¬
me traitement que les verrues.
XXV. Verrue , Vermca,
On donne ce nom à une petite ex-
croiffance charnue dure, indolente ,
élevée fur la peau, plus petite que le
condylome-, à moins qu’on ne la con¬
fonde avec le carcinome de la première
cfpece.
La feule différence qu’il y a entre la
verrue & les condylomes eff que la
verrue fe fonne fur la peau , & qu’on
la croit formée par l’endurcifferaent des
papilles nerveufes , d’où vient qu’il eff
très-diiScile de les diftinguer. Elle eff
^e la.groffeur d’un pois , elle' en a la
figure, di elle eff de laxnême couleur
•que la peaUjà moins qu’elle ne foiî com¬
pliquée avec quelque envie ou quelque
leing, ce qui n’eft pas rare. Elle différé
xiu poireau en ce qu’elle eft failiànte êc
•qu’elle -a un pédicule , au lieu- que le
poireau , de même que tous les çondy-
îoihes , ri’ont point de relief.
I. V çxrx&^^'Verriicu fimplex en Grec
acrochordon.X*. - '
552. Classe L Vlus.
Cette efpece de verrue tient à îa
peau par un pédicule fort mince ; elle
eft feule , foiivent naturelle , de la grof-
feur d’un pois , & elle vient au cou &
aux autres parties du. corps. Elle différé
du carcinome , de l’acrochordon & des
autres efpeces , en ce qu’elle ed indo¬
lente , & qu’on peut la couper fans
qu’onlefente. Ils’en forme quelquefois
dans le corps , mais elles font fèparées
les unes des autres.
2. Vcrnica gregalis ; efl-ce la formica
■des Latins ? L.
Il vient fou vent au vifage & aux
autres parties du corps de petites ver¬
rues entaffées les imes fur les autres ,
groffes comme des têtes d’épingles ,
noires à leur extrémité , fouvent natur-
relies , indolentes , & fembiables d’ail¬
leurs en tout aux myrrnecies. •-
3 . Verrue vérolique , yerruca jyphî^
litîca. Allruc. lib. 3. cap. C.
' Cette efpece de verrue vient au
■fondement & aux parties naturelles de
l’un & de l’autre fexe , & elle eft ac-
^uife, parce qu’elle eft caufée parun
virus vérolique. Lorfqu’elle efi affaiffée
& enfoncée dans les chairs , on lui
donne le nom de .
Qtk
ExCROISSAîîCES. Verrue. 555.
P On lie les verrues iimples avec de
la foie, ou avec un crin de chçval, ou
bien on les extirpe avec la lenette ; ou
^ bien , on ratifie leur pointe , &c l’on
I applique defius de d’elprit de fel, de
l’huile de vitriol ou de l’eau-forte , ou
bien on ies per^e avec une aiguille que
l’on a fait rougir à la flamme d’une
chandelle , ou on les confume avec
la pierre infernale, prenant garde toute¬
fois que le cathérétique ni le caufiique
n’offenfe les parties voifines. A l’égard
des verrues véroliques , on commen¬
cera par les friûions mercurielles , ou
, après avoir ratifie la pointe des verrues,
I on les confumera peu à peu avec de
la poudre de fabine pure, ou mêlée
avec un peu d’ochre. Confultez là-def-,
fus l’ouvrage à^AJlruc.
XXVI. Onglet, Puryglunu
L’onglet eft une excroiflance char¬
nue , QU membraneufe & vafculeufe,
qui s’étend en forme d^le depuis un
angle de l’ceil vers la cornée.
, Elle différé de l’Encanthis, en ce
qu’elle efl: membraneufe , & qu’elle
n’eft ni ronde m grenue j du farcome ,
Tome J, A -a
554 Classe L T^ues.
en ce que celui-ci vient aux {iaiipieres
& eft de figure fphérique , au lieu
que Tonglet commencé à pulluler le
plus fouvent au grand angle de rœii,
I. Onglet , Saint Yves ca^. 23. Pre-
ry^ium unguia. Heifter. Chir. cap. 5y . L.
Il différé extrêmement de Fobfcur-
cifiement de îa vue , que caufe l’onyx
ou l’onglet , quoiqu’ils paroilienî con¬
tenir par le nom.
On les guérit par lés remedes ou
par l’opération. Les remedes font les
cathérétiques doux , tels que l’alun cal¬
ciné, le vitriol blanc, & même le verd-
de-gris, que l’on mêle avec du fucre ,
que f on réduit en poudre , & dont ort
faupoudre l’onglet une fois par jour ,
ce qui le diffipe lorfqu’il ne fait que
commencer.
Loïfqu’il efi: grand & invétéré , on
l’enfile adroitement, & on le coupe
avec des cifeaux , & l’on confume. ce
qui en refie avec des cathérétiques
légers. L’opération faite , il fuffit dé
bafiiner l’ulcere foif & matin avec de
l’eau de vie. Voyt^^ Obfcurcifîement de
la vue.
l. Le drapeau , Pterygium pannus. L,
Gn appelle comununément ainfi cette
Excroissances. Ôngîee, . 5 5 J
€fpece d’onglet , dans lequel la peau
qui joint les paupières ëc qui s’étend
versia prunelle ,'de mênie eue les vei¬
nes ,ïbnt.rôugës & eûâée's.7'%'é£ Obf-
curciffement de la vtiei On le traite de
même que le premier , excepté qu’on
faifit adrbiteme nt les veines variqueufes
de la main droite , qu’on les détach^,
qu’on' les coripe , & qu’on les féparé
des paupières. '
On confond mal à propos avec les
onglets différens carcinomes des yeux>
qui n’ont rien de commua avec eux,
X X y I L O RG E O LE Ty
i 7 Hardeolum.
Uorg^éplèt,. ëil.uné tumeur dure J
ptèfque îndolénté j déimême couleur
que la peau ,. rarement; rouge 5 qui vient
aux extrémités des paupières , ronde
pîds pefite 'qü’un pois.-
I . Grain dè" grêlé , Hardeotum grando
Aëtii, en Grec Krith.h.Otâ. un.orgeo-
lét- ddf y fqüirréux , immobile qui vient
en dedans des paupières , & qui renfer¬
mé un çorps,tranfparent.
a. ffordioïian chala'^uTn Heifler.
fUfg, cap. 1,. C’ed uii taberciilp
Aa ij
55<S’ Classe!. Vices.
mobile & fquirreux , qui. vient aux
extrémités des paupières. . • : j -
3 .''CirQn dés paupières , Hordèolu^
Jyro. L. C-efl; un tubercule phlejnu>?
peux ^ iquirréux/ nr ,
‘ ' 4. Otgiieil , Hor4eolum_fleatomcitofum.
C’eft une petitè loupe qui. vient aux
extrémités des paupières , & qui eft
remplie d’une humeur fébacée & ,ap-
procbanté dumîeî/ ' '
-5. , Verrue des- pau|ûéres,,
lüm vérrUcofum, L. - i . ^ ,
6. tlordealum hydatidofum , Aquula
Sèiinert. L.
On peut confulter ^e^erfur Ip trai¬
tement de ces maladies- Le ciron des
paupières fe réfout & vient à fuppura-
tion au iftoVen d’un emplâtre de mu¬
cilage, ou de diachyium. Pri'^rcèl’orr
geolet Üéatomateux aVec une lancette ,
& l’on en fait fortir la matière ; on perce
ou l’on coupe les autres , du bien dp,,
y, applique la piètte inferrialé. 7 _ -
XXVIÏL Ç 0/ TME 7 /4»:
" Le goitre eft une exéroiflançè dii.
une tumeur fquîrreufe"'qüi' a fdn'ftege
dans la partie antérieure du çoiî , ~on
Excroissances. Goitre. 557
a^peilé: ceux qui en font attaqués goî-
V£Q.\tJi{§mmrones'),
I. Bronchocek Botium , Roncalli Me-
die. Europee, pag. x:iB & to^.: L.
Les HdDÎtans de Bergame y font fort
fujets,; Ô£ c’eft une tumeur ftéatoma-
teufe où fquirreufe des glandes thyroï¬
diennes. Les habiîans de la campagne
y font plus fujets que ceux des villes,
& les femmes plus que les hommes;
ce que le lavant Pajia attribue à la foi-
blefle de ces parties, laquelle eft occa-
fionnëe par les fréquens vomiffemens
auxquels les femmes enceintes font
fujettes. Cette tumeur a fouvent la fi¬
gure d’une poire qui pend à la gorge ;
elle vient quelquefois à fuppuration ;
fouvent aufii elle devient aufli dure
qu’un cartilage.
Quoique cette maladie défigure
l’homme , qu’ elle nuife à la voix , qu 'elle
le rende hébété , & qu’elle l’empêche
de refpirer , il y a cependant peu de
gens qui veuillent employer le fer
ou le feu pour la guérir , de peur qu’il
n’en réfulte des tumeurs confidérables
& des maladies de poitrine , telles que
la toux , l’afthme , la phthifie , à moins
qu’elle ne foit récente, car alors on peut
Aa iij
55S ClAS'S E \, ViU5,- y
en entreprendre la cure en toute fureté;
Les femmes y font plus fujettes que les
filles. ' ■ V ■ . ,
Curation. Gn a éprouvé que rien
n’efl meilleur pour diffiper le goitre ,
que d’avaler de la cendre d’éponge de
mer calcinée, lly a des'gens qui mfent
^aflringens. tels que la noix de galle,
îa moelle d’églantier ^ la pomme de cy¬
près , l’alun ; d’autres de femelles de
fouliers calcinées ; mais Pajha prétend
que les meilleurs remedes , après la
daignée & la purgation , font le fel
de prunelle , dont on met - deux fcru-
pules dans quatre onces d’éau de pluie ,
dont on boit deux fois parjonr pen¬
dant quarante jours, On frotte tous
les jours la tumeur , & l’on applique
delTus un morceau d’éponge trempé
dans de l’urine tiede , dans laquelle on
a .mis unaiiûtieme partie de fel de pru¬
nelle. 3"^. U confeilie aufïi de boire tous
les matins pendant un mois & demi un
verre d’eau de mer , & d’en bailiner
le goitre, & peut-être eft-ce de lui
que Rujfdl Médecin Anglois , a pris ce
fecret pour la guérifon des écrouelles.
M a fubdimé k ce remede pour celle
de i’afcite & de i’idere , l’urine dent
Excroissances. Goh-t, 55^
les gens de la campagne fe fervent , &
que Schroder vante beaucoup. 4^. En¬
fin, dans les cas qui exigent des reme-
des plus énergiques , l’Auteur prefcrit
deux fcrupules de favon diiToûs dans
quatre onces d’eau, ou un bol de favon ,
fur lequel il veut qu’on boive de la
décocbon de faponaire , dont il fe fert
pareillement pour l’afthme humide ;
en effet le favon diffout la croûte blan¬
che qui fe forme fur le fang dans la pa¬
lette. 5'?. Enfin, il prétend que rien
n’eil meilleur que de boire un mois
durant deux cuillerées de vinaigre fcil-
litique , & d’en baffiner le goitre, bien
entendu qu’il nefoitpas trop invétéré ;
Car dans ce cas, il ne cede qu’aux fup-
puratift , ou à la tenette.
2. Bronckocdt ventofa , Roncalli Me-^
die. Europce , pag. loc). Hernia colU
emphyfimatofa Plater. Botium Bron¬
chocèle flatueux , hernie emphyféma-
teiîfe du cou , L.
On le guérit avec des emplâtres car-
minatifs , ou au cas qu’ils foient inuti¬
les , avec des fomentations fpiritueu-
fes. La cure ne réufîît point fur ceux
qui ont le cou fort gros dès leur en¬
fance.
Aa iy
5^0 Classe î. Vkes.
3 . Brochoncdefarcoma, Roncall.
Europ(z^pag,^6^.U
Cette efpece n’efl point occafîonnée
par un amas de lymphe épaiffie & amaf.
lée dans les interftices des mufcles ,
ni dans le tiflii des glandes , mais par
1- excroiffance des parties ; auffi eft-elle
pref^uo incurable. Roncall n’indique
point les lignes auxquels dn peut la
connoître. Cette maladie ell fort com¬
mune en Suiffe , en Allemagne , près
de Gollar, en Piémont ^ en Brefce
dans l’Etat de -Venife. Ne viendroit-
elle point des eaux de neige & des
châtaignes dont les habitans font leur
nourriture ?
4. Bronchocèle aquofa , Montalti Sy
nopf. Bronchocèle aqueux. On con-
noît l’hydropifie du golier au ta£l: , &
on doit employer pour la guérir les
diurétiques , & fur- tout le vinaigre
fcillitique , indépendamment des ca¬
thartiques qui doivent précéder. La
fumée d’éponge brûlée eft auffi fort
bonne.
Excroissances. Exofiofes. 561
XXîX. Eparviin^ Exostose^
Epine venteuse; Exoflôfis ^
P œdarthrocace , Nodus , F reind ,
Hijîoire de la Médecine,
L’exoftofe eft une tumeur de l’os , -
oft totale , 6u partielle.
Les offelets du carpe , du tarfe , &c.
font fujets aux exoflofes. L’os s’enfle
entièrement. Lés exoflofes des gros os,
tels que le tibia , le fémur, l’humérus,
les -os du crâne j du balîin , &c. font
partielles. Tantôt l’enflure afFeâte îacir-
cônférencè de l’os ; tantôt fa partie
antérieure , & tantôt fa partie pofté-
rieure.
Les unes afFeâentla moelle des os,
d’autres leur lame externe ; les unest
font douloureufes , les autres indolen¬
tes, excèpté lôrfque les mufcles agif-
fent, parce que les os les bleffént par
leur figure conique ou aiguë.
Lorfque l’enfliire affeâie les lames
internes des os du crâne , du baflin
elle caufe quantité de phénomènes ,
dont la cure efl: fouvent inutile , parce
que fon principe eft très - difficile à
Cônnôître.
Aa V
562 , Cl ASSE L Fices,
La fubfîance de Tes ne s’enfle jV
mais qu’elle n’ait été ramollie jil n’ea
eâ pas ü€ même du périofie interne *
où externe. .
'i. Exofiofé Hënigne ; Exojîcjîs le-
jirgna ; Pefit , Maladk des' es , tonz.- 2.
^^^430. L. . ■ . ... •
Cette exoftofe: n’eit aecompagnée .
d’aucuns .fympîomes , ou du moins
n’ont-ils rien de dangereux, ce qui
vient de la iituaîion,.de la figure, de
ia groiTeur de la tumeur, aufii-bien
que de i’-ufage des parties adjacentes..
Îlu contraire , les exoftofes malignes ,
font fuivies de fy-mptomes qu’on ne
peut expliquer qu’on ne connoifié la
qualité vicieufe des humeurs ; oC ils
. font entretenus par la dyrerafie véroü-
que , feprbufique ,- carcinqmaîe.ufe de
ceS'piêmes humeurs. On connoi-tL’e-
txoftcle bénigne , en :ce qu’qa- ne re¬
marqué aucun iigne de ces .dyfcrafies.
Les principes procathartiques de Te-
xoftofe font les plaies-, les coups , les
contufipns , îes.œdemes , les varices
lés ulcérés dont ks patîies ont été afi^
fectées. , qui privent le pérlofie de-fon
fuc nourricier, ce qui eû caufe. que les-
fibres çfieufes fe relâchent ^ le ramc^
ExCROîSSAKCES. Êxojlojès.
lifent , que le fuc s’amaffe dans leurs
vaiffeaux, & caufe une tumeur.
Celles qui fur^ûennent aux os des
membres, gênent quelquefois leur mou¬
vement par leur figure , leur groHeur,
leur fîtuation. Il y en a d’autres qui
n’ont rien de nuifible. Celles qui fe
forment auprès des organes de la vue ,,
de l’ouie, de la parole, blelFent ces
fonctions de plufieurs maniérés.
Les exofiofes ne caufent ni rougeur,'
ni enflure à la peau qui eft au defiiis ;
mais celles qui proviennent d’un ul¬
céré , font fuivies de la carie , & fou-
vent d’un farcome ofTeux.
On ne doit point toucher â cette
efpece , qu’autant qu’il en réfuîte de
grands inconvéniens ; dans ce cas, il
faut couper l’os avec une fcie , & en
procurer l’exfoliatiGn par les moyens
que l’art fournit.
• Z. Exoftoie rachitîqu-e ; Exofio^sra-^
chuica. Petit , Maladie des os , pag. 440.
Fωarthrocace Severini. L.
I®. Elle attaque les enfans, & non
les adultes. 2®. Cependant ceux qu’elle
ar âffedés , n’en font point délivrés Iqrf-
qu’ils font adultes , -quoique- ierachitis
ait été guéri. 3®. Elle afiecÈe les os fpQi^
Aa
564 Classe.!. Vïcts..
gieux de l’épine , des articles. 4^. On
n’y fent aucune douleur ni au eom-
mencement, ni dans l’état ; mais les
douleurs deviennent cruelles , lorfque
les exodofes fe dilîipent : cela arrive
fur-tout aux enfans dont les nodus dif-
paroiffent. Ges douleurs font ou in¬
termittentes ou continues , Scelles ont
leur fiege dans le période.
Lorfque la douleur ed interne, ac¬
compagnée de carie 6c d’exodofe , on
nomme la maladie pœdarthrocacc. Elle
ne cede à aucun remede ; mais lorf¬
que l’os s’abfcede , il en réduite une
ddule , une fievre lente ; 6c c’ed inu¬
tilement qu’on en viendfoit à l’ampu¬
tation ,.vu que le vice du fang affeâie
les autres os du corps-
3. Exodofe chancreufe \ Exofiojh
cancrofa ^ Petit , ibid.pag. 4y8. C.
Oh la reconnoît aux douleurs lan¬
cinantes qui fe font fentir par interval¬
les dans le période. La tumeur ed noi¬
râtre; elle ed d’abord petite 6c circonf-
crite , mais elle grodit infenfiblement.
Les veines des environs font variqueu-,
fes , mais on la |‘eeonriGÎt: principale-;
ment aux .Garcinomes qui affeclent leS’^
autres parties,
Excroissances. Exojlofes. 5^5
Le lait , les bains & les narcotiques
font îes-feuls moyens qu’on puifîe em¬
ployer pour calmer la violence du
mal.
4, Exoftofe fcropHuleufe ; Exojîofis
f&rophulofa ^ Petit , Malad. d&s os , pag.
4^0. tom. X, C,-
On la reconnoît aux lignes fcrophu-
leux , favoir, 1*^. aux glandes fquirreu-
fes du cou , des aifl’elles , des aines ,
du méfentere à l’enflure du vifa-
ge , des levres , du nez , des joues ;
au larmoyement des yeux , au flux
des narines,-
Lorfque la maladie efl: récente , on
la- guérit quelquefois par- un long ufage
du lait,, des- décoélions fudoriflques,
& des friâions mercurielles. ,
5'. Exoftofe fcorbutique ; Exofiojîs
fcorbutica , V eût ^ Maladie- des oSypag,
4:43.ro/w. 2; G.
On la reconnoît aux- Agnes qui ac¬
compagnent les alFeélions hypocon¬
driaques , aux lafîitudes fpontanées ,
aux douleurs des membres ,, à la fpu-
tation fréquente ,- à la mobilité & a la
noirceur des dents , à l’enflure ,-la cou¬
leur livide, de faignement , la mauvaife
odeur des gencives,, aux taches de la
^66 C l a s s e I. Vîcss.
peau , & fur- tout à celles des jambes '
qui font , i^. amples, violettes -
rouges , confluentes , miliaires , poi¬
gnantes ou pmrigineufes ; 3*^. fem.bîa-
Mes aux boutons que caufenî les cou-
fins, lefqueis font très- rouges dans le
milieu ; 4^. jaunes ou jaunâtres ,
fouvent fquameulès.
L’exoflofe efl; plus rare dans les lu-
jets fcorbutiques que la carie ; elle n'a
Heu que dans le fcorbut récent , de
même que la carie dans celui qui efl
invétéré; d’oii vient que les apophy-
fes fe diflblvent, fe brifent, & fe rem-
pliflent de matière corrompue.
6. Exoftofe vérclique ; Exèjiirjîs fy~
philitica , Petit , Maladie des os , pag.
473. tom.Q.. C.
On la connoît aux fymptomes vé-
roliques , tels- que les ulcérés , lès p'oùi
lains, les pufîiiles , les poireaux , les-
deuieurs nocturnes qui fuccederrt à la
fupprelSon d’une gonorrhée , ou à im
commerce impur. Voyelles fymptomes
de la vérole. Ces exoflofes 'viennent
suk os des jambes , & fur-tout à ceux'
du crâne ; efies caufent des douleurs'
cruelles dans la moelle des os , ré-'
fifient ibuvent aux friétions mér-cür-iei-;'-
Z^c^oissmc^s, Exopfis. 5^^'
leè. Elles font un figne d’une vérole
invétéréei
Lorfque l’exoflofe eft récente , &
qvi’il n’y a point de carie , elle cede
a’4x remedes généraux & iaux frictions
niereurieliss. Si la carie ou le nodus
eft externe , il faiît la ratiifer: avec un.
fer rougi au feti, ou la côniumer avec
d’auîres cauftiques. En cas-d’épine.vEn-
teuîe , & il la carie eft interne , il faut
percer l’os avec le trépan, '& le dé-
terger. ^ Heifter , Chirurg. Lib. S*
<ap. ^ ^ ’
17. iixofto.fe variolique ; Exo^ojzs vcb-
nplcfa ^ Ÿeii% Maladie des os , pag. ^8
Hildan. cent. 4. obf. çjS. Q. .
Elle affeâe ies genoux & les autres
apophyfes 5 6c les fait enfler , bientôt
après une. ipetiîe vérole, maligne ; elle
eft aufîiftôî ftiivié de la fup.puratiorï Sc
de la carie, d’où s’enfuirent jdesftftules
èc, des^peddârthrocaces. incurables.
- Elle réfifte à tous les remedes, &:
tout ce qu’on .peut âire , eft de fou-
lager lé malade par la diete blanche.
::Si. :Exo^(gîs:^icria. Lud#ig. Gheir*
Fâufte. exoftofe.'L.
;• C’eft Une eixcroiftance du périofte
^des Rgamensi- quivu’afeSe les os^
Classe l. Vices:
en aurane maniéré ; cette tumeur eft
molle , cédant à la prefîion du doigt ,
& accompagnée' de douleur. Elle fup-
pure quelquefois , & alors l’os fe carie.
9. Èxojlojis o^sojleatoma , Ludwigii ,
ihid^
C’efï une tumeur' fongueufe , fituée
fous le périofle , qui s’infinue dans le
tiffu des fibres- ofTeufesv
XXX. La Bosse y Gihhojîtas,
C’efl une faillie défeéiueufe des os
de la- poitrine , 'Occafionnée par une
tumeur ,, une luxation , -une diflorfion ,
GU tel autre principe;
Ceux qui ont ce défaut font appel-
lés bofiüs , & Héifteir donne
à lamala:die même le nom de gibbus. '
1=. Gibbojîtas fiinalh , qïi grec cypho* '
^^^ boffe de l’épine/
Elle - confïfte- dans la diflorfion de'
Mpine du dos , & -elle efl de deux
efpeces. Dans l’une , les finusde l’épine^
s’incEnent vers la droite ou vers la gau*
che ; dans l’autre , ils pronnnenfou 'en
avant ou en- arriéré,; de forte que le'.
mMadé ne peut remuer la tête , &: a
Jb; vifàge paàcbé -en ayant ou renÿerf#
ExCRmSSANGES. Bcjfe. féÿ
en arriéré. Gette aâeôion eft caufée
par l’accroiffement mégal des vertè¬
bres , tantôt en avant ôc tantôt de
côté , comme on peut le voir par les
figures des fqûelettes boffus du Cabi¬
net du Roi , que MM. BufFon & Dau-
benton ont inférées dans leur Hifioire
naturelle,
La boffe dépend fouvent d’un prin¬
cipe rachitique , & dans ce cas elle
vient aux.enfans fans aucune caufe évi^^
dente ; du bien elle eft héréditaire ^
ou caufée par un coup, une chute , ou
par des corps ferrés ou garnis de ba¬
leines , ou mal faits , qui ont compri¬
mé la poitrine.
J^qyei le Commentaire de Galien ^
fur le fécond Livre des articles d’Hip¬
pocrate , oii il fait le dénombrement
des efpeces, à l’art. 3.
Z. Boffe de l’omoplate ; gibbofitas^
Jcapularis , gihbus alatus. L.
On ne doit pas confondre cette boffe
avec la prominence relmive des tabi-
des , dans lefquels la confomption des
chairs fait paroître les omoplates plus
élevées, par le défaut de graiffe. Celle
dont il s’agit ici eft caufée ou par le
déplacement de l’omoplate ,, ou pat
570 Classe,!. Tices.
une esoflofe , ou per un fquirre cachl
qui ia fmî faillir en dehors.
3 . Bofie du ôernum ; gibbojitas fier-
nalis. L.
Elle eiil pour l’ordinaire produite par
un principe interne dans les enfans, de
même que dans le foetus ; par exemple j
par un fquirre, qui caufanî une tenfion
inégale dans les mufcles , fait que le
fiernum fe porte en avant. Elle eu fou-
vent précédée dans les enfans par
l’afthme ou la dyfpnée , & ceux qui
deviennent bofliis enfuite d’un aflhme,
meurent , fuivant Hippocrate , avant
l’âge de puberté.
5 . Gibbofuas lordojis. Gouée , Chirurg*
pag. I GG. Mémoires de Trévoux, /722.L.
Si après qu’un bolTu efl mort , on
lui coupe les mufcles droits de la poi¬
trine , fon corps fe redreffe auffi-tôt ,
Ce qui donne lieu de croire que la cour¬
bure de l’épine du dos , 6ç‘par confé-
quen'î ia ]x>ffe , ne viennent que de la
tenfion trop forte de ces mufcles ; &
lorfque l’on connoît î’efpece , il eft fa¬
cile d’y apporter ks remedes conve¬
nables.
6. Bofle fquirreufe : gibhojîtas skir-
rûfa, L. '*
^ ExCROïSSANCES.
, Elle eit caufée par une loupe ou un
fercome ^ui vient au dos , ou par une
tameujr fquirreufej qui a îa figure d’une
boffe. On peut voir dans Heifier à Fen-
droiî cité, les fecours chirurgiques qui
conviennent à ces fortes d’afFedtions ;
& à l’égard des remedes , voye^ l’article
du Rachiîis.
XXXL Lordose ; Lordofi^
C’eR une diftorfion des os,, qui fait
que les membres fe courbent en de¬
hors ou en dedans , que.les os fe cour¬
bent & changent de fiîuaticn.
1. Lordcfis coviptmitim I les malades
font appelles comperms , en François
caîgmux, L.
On appelle caign eux ceux qui ont
les pieds tournés en dedans , eu , félon
quelques-uns , ceux qui ayant les jam¬
bes droites , ont les genoux qui fe tou¬
chent , & les jambes écartées par en
bas.
2. Lordojis valgorum. L.
Ceux-ci different des caigneux, en
ce qu’iis n’ont point les jambes droites ,
mais courbées en dehors , & les pieds &
les cuiîfes rapprochées l’une de l’autre;»
G E A S SE î.
3 . Lordofi^ var&rum. lM : ' ^
Ge font ceux qui ,oi>t les jairibes
pliées en dedans j les pieds & les ge¬
noux écartés l’un de l’autre ,, & les
mollets qui fe touchent.
Les fecours mécaniques qu’on em¬
ploie pour corriger ces défauts , foni
les botiries de cuir ; mais elles ne fer¬
vent à rien , & fouvent même elles
font miifibies^ lorfqu’elies fontroidés^
étroites ou mal faites.-
fin du Tome premîerr
T À B L E
"‘DES ORDRES
Et genres de Maladies contenus
‘ dans ce premier Volume.
E Pitre Dédicatoire, P3g« i
Kloge. de M. di Sauvages. ^
Difeours Préliminaire. 59
Fondement de la Nofologie hifiorique. 95
De la Méthode Nojblogique, 97
Expofé de la Méthode de Jonflon & de
Sennert. . : 105
Nomenclature Nofologique. 146
Fondemens de la Nofologie philofa-
phique. I<58
Des Forces animées. zi6
Des Forces inanimées. *-55
Des Principes des maladies. 289
Clef , des ClaJJes. . 3x1
Méthodepourreconnoitre les maladies. 3 24
Difeours aux Amateurs dé la Méde-
. cine. - ; 334
Sommaire des Claffes pr des Ordres, 36c>_
Spmjhdirc dé la prsmieré Clafè^ , i^9l
574 TABLE.
THÉORIE DE LA I. CLASSE.
V'i CES OU maladies JupcrjiticUcs, '^. 373
Ordre I. Taches . 4.50
Leucomi ou Taie, Leucoma. 452
Morphk^'SliTp.go, -.45S>
Rbujfeur, Epheiis. ty . : 462
Gouttkroje ,Couperofe , Rougeurs, GiUta
rofâcea. ■ _ 465.
'Envie , Sein , Naevus. • ■ . 46^.
Echymofe , Echymoma. , 4,6 9 _
Ordre IL Ekvures ,, E^orcfcences-^
EISorefcentia.- 4-7 j'
Rujlules ou Bubes yVvAvàcS., . ibld.
Boutons , Papulse.: . ^ ; ibid-.-
, Phty.âens. •> ibid^-
Bourgeons , Vari. 474
Darire, Denre ou Herpe ibid*
Epitiyclidd:, Epinyâis;; . -48i-
Pfydiada. A: • 4S4
Echauhoulure ,lAyàxoz. . ~
Ordre Jll. Phymata. ' ■ -4^^
Eryjîpele , Ejythema.. ”'"'"49 %
Œ.dime\ Infiltration ' ^ >-Enfiùre ^ T
- '^la.
TABLE. 575"
'Emphyfeme ^ Bourfoujlurc , Eniphyfe-
ma. _ pa|. 509
ùquirrc y bkirrus. 511
Phlegmon, Phlegmone. 516
Bubon , Bubo. 51g
Parotide , Parotis. 522
Éqroncle, Clou, Furunculus. 525
Charbon , Antrax. 5 24
Carcinome, Cancer, Carcinoma. 517
Panaris , Paronychia. 532
Phimojîs , Phimofis. 537
OtiDRE. I V. Excroijfances , Excref-
centiæ. 543
Sarcome , Sarcoma. 544
Condylome, Condyloma. 54B
Verrue, Verruca, 551
Onglet , Pterygium. 5.5 3
Orgeolet, Hor^olum. 555
Bronchocèle. ' 556
Epar vin , Exofiofe , Epine venteufe ,
Exoûoûs , Pædarthrocace , nodus.
La BoJJe, Gibbofitas.
Lordofe, Lordoüs.
568
57t
Fin de la Table du premier Volume %